Table des matières

La finnisation du quenya

 Quatre Anneaux
Petri Tikka – Août 2005
traduit de l’anglais par Damien Bador1)
Articles de synthèse : Ces articles permettent d’avoir une vue d’ensemble du thème traité mais ils nécessitent une bonne connaissance des principales oeuvres de J.R.R Tolkien.

La découverte d’une grammaire finnoise eut une influence significative sur Tolkien. Selon lui, « J’en fus assez intoxiqué ; j’ai abandonné ma tentative d’inventer une langue germanique “non attestée”, tandis que le motif et la structure de ma “propre langue” — ou série de langues — furent significativement finnisés. »2) Ainsi fut créé le quenya, le latin elfique3) des Hauts-Elfes. La langue elfique de Tolkien inspirée par le finnois porta le nom de qenya de sa conception jusqu’à ce qu’il soit changé en quenya à la fin des années 30. Cette modification semble être uniquement orthographique, mais elle correspond aussi à une petite modification de la prononciation, le q marquant une consonne double devenant un qu dénotant une consonne simple (voir sous « Phonologie » ci-dessous). Le finnois n’autorise pas non plus les consonnes doubles en position initiale, aussi peut-on voir cela comme un exemple de finnisation continue au côté de l’inspiration originale.

Beaucoup a été dit sur les liens entre le finnois et le quenya, dans des études consacrées à ce sujet comme dans des affirmations et théories éparses. Aucune d’entre elles n’a nié l’influence de la langue finnoise sur celle des Hauts-Elfes. Tant les données empiriques que les propres affirmations de Tolkien l’ont solidement prouvé. Mais certains ont minimisé son importance, principalement parce qu’ils n’ont noté que les nombreuses différences de vocabulaire, d’accentuation, de phonotaxe, etc. Plus important, des doutes sont apparus sur la continuité de l’influence finnoise sur le quenya. Dans son article « Les Hauts-Elfes sont-ils finno-ougriens ? », Harri Perälä affirme que « l’influence du finnois semble très forte dans les premières formes de cette langue, au moins en ce qui concerne le vocabulaire, où de nombreux mots sont de style finnois. Le quenya se distancia ultérieurement quelque peu du finnois, mais la similarité ne disparut jamais. » J’ai pour objectif de récuser cette affirmation selon laquelle la finnisation du quenya décrut au cours du temps. Elle me semble être fondée sur une compréhension limitée de l’influence linguistique. Il est véridique que Tolkien cessa d’emprunter autant de mots finnois pour le quenya qu’il le fit au début. Mais il ne s’agit que d’un emprunt superficiel. Dans les domaines les plus importants, le lien alla en se renforçant. Le motif et la structure du quenya continuèrent à être « significativement finnisés. »

L’influence du finnois sur le quenya n’est pas dominante au point de devenir une distraction. Il s’agit à coup sûr d’une langue en tant que telle. Mais les parallèles qu’il présente avec diverses langues sont suffisants pour enflammer l’imagination et l’intellect de chacun. Habituellement, Tolkien ne procédait pas à des emprunts directs. C’était plutôt un jardin dans lequel une flore se développait à partir d’anciennes pousses linguistiques. Les différentes sources que Tolkien sollicita pour forger le quenya créent à la fois une atmosphère unique et profonde. Cet émerveillement, si je puis dire, peut s’expérimenter tant par une brève plongée dans cette langue que par une étude intensive de plusieurs années. Dans cet article, j’examinerai de façon assez détaillée la finnisation du quenya sous tous ses aspects, montrant des exemples concrets de sa présence et de son intensification progressive. Bien que je présente dans cette étude des similarités entre le quenya et le finnois, je ne prétendrais pas que toutes soient des emprunts directs, intentionnels au finnois. Certaines d’entre elles peuvent être ou sont selon toute probabilité de simples coïncidences. Derrière d’autres peuvent se trouver des structures linguistiques générales identifiées par Tolkien. Certaines peuvent venir d’emprunts à d’autres langues. Il peut enfin s’agir de simples parallèles intéressants sans ligne d’influence spécifique. Néanmoins, je pense que toutes les similarités devraient être notées afin de pouvoir simplement estimer l’étendue de l’influence du finnois sur le quenya.

1. Les cas

En qenya premier n’existent que quatre cas : nominatif, accusatif, datif et génitif4). En finnois quinze cas existent (ou quatorze, si l’on excepte l’accusatif5)). Nous pouvons donc constater que le qenya premier se rapproche beaucoup plus de langues comme l’allemand, qui possède également quatre cas, identiques à ceux du qenya6). Mais en quenya plus tardif, il existe dix cas7) (ou neuf, si l’on excepte l’accusatif8)). Ainsi, ce vaste ensemble de cas, distinction majeure de la grammaire finnoise, était à l’origine absent du qenya, mais devint ultérieurement partie intégrante du quenya. Les cas du qenya premier « sont purement logiques et n’ont pas de signification physique »9). Il existe aussi cinq suffixes adverbiaux en qenya premier, dont quatre ont des applications physiques10), mais il ne s’agit pas de véritables déclinaisons nominales. La différence est donc énorme lorsque l’on s’aperçoit que sur les quinze cas du finnois, six sont de nature locative, et trois de plus sont employés ainsi dans les adverbes. Mais le gouffre se réduisit plus tard. Le quenya tardif possède quatre cas ayant des applications physiques : génitif11), allatif, locatif et ablatif. En q(u)enya premier et tardif, -sse a une fonction inessive et locative12). Le finnois dispose de la terminaison –ssa (variante –ssä avec harmonie vocalique), presque identique, qui est utilisée pour le cas inessif. Elle a une application plus spécifique que le quenya –sse, qui fait habituellement référence au fait d’être dans ou en contact étroit avec quelque chose. C’est l’influence finnoise la plus manifeste sur les déclinaisons du quenya. Harri Perälä pense dans son article sur le finnois et le quenya qu’il s’agit de la seule influence13), mais je ne suis pas d’accord.

Les similarités formelles entre certains cas comparables du finnois et du q(u)enya remontent loin. L’ancien accusatif du qenya se forme au moyen de –t, comme dans kalmat, accusatif de kalma « lumière »14). En finnois, l’accusatif n’est pas marqué ou se forme au moyen de –t, e.g. minut, accusatif de minä « je » (radical minu-). L’accusatif du quenya tardif se forme en allongeant la voyelle finale15). En finnois, le cas partitif (qui est utilisé comme cas objet, de même que l’accusatif) se forme en ajoutant –ta ou –a16). On peut ainsi obtenir exactement les mêmes formes nominales pour ces cas objets en finnois et en quenya, e.g. quenya ciryá, accusatif de cirya « navire » et finnois kirjaa, partitif de kirja « livre ». Il mérite aussi d’être remarqué que dans certains dialectes du finnois, l’accusatif se forme simplement par allongement de la voyelle finale, exactement comme en quenya. En qenya premier, le génitif se forme par ajout du suffixe -n17), exactement comme en finnois. En quenya ultérieur, la terminaison –n devint celle du datif, ce qui est aussi sa fonction en finnois archaïque. Le datif quenya est aussi utilisé pour les sujets impersonnels, e.g. (h)ore nin caritas « j’ai besoin / souhaite / désire le faire »18), qui est une fonction de la terminaison en –n en finnois, comme dans mieleni minun tekevi « je ressens un besoin (de faire quelque chose) »19).

L’ancien partitif qenya –ĭnen « de, hors de »20) et l’instrumental quenya plus tardif -nen21) ressemblent au cas comitatif finnois –ne, toujours au pluriel (même s’il a un sens singulier), qui requiert toujours que le nom reçoive aussi une terminaison possessive. Il exprime la présence de quelque chose avec quelque chose, e.g. vaimoineen « avec sa femme / ses femmes » < vaimo « femme » + -i- marqueur pluriel + -ne marque du cas comitatif + Vn une terminaison possessive de la troisième personne. On peut rapidement constater comment des formes telles que celles-ci, se terminant par un –ineen assez particulier auraient pu inspirer une terminaison comme celle du qenya premier –ĭnen et du quenya ultérieur –nen, doté d’une forme plurielle –inen. La signification de la terminaison qenya était originellement assez différente, mais en quenya tardif, elle vint à signaler l’instrumental. Les significations de l’instrumental et du comitatif sont souvent associées l’une avec l’autre, comme pour l’anglais with, par exemple, ce qui rend apparent le lien entre le comitatif finnois et le cas instrumental quenya. Mais il existe aussi une terminaison instrumentale en finnois, se formant en –in. La signification des cas instrumentaux finnois et quenya est la même : ils expriment les moyens ou l’instrument utilisé pour effectuer une action. La forme du cas instrumental finnois ressemble tant au partitif du qenya premier qu’à l’instrumental du quenya ultérieur : les deux possèdent la consonne n et l’instrumental finnois, le partitif qenya et le pluriel de l’instrumental quenya commencent par i. En outre, la terminaison adjectivale finnoise –inen est de forme identique au partitif qenya –ĭnen et s’accorde aussi avec une connotation de ce suffixe qui est que « Cette forme est souvent utilisée à la place d’un adjectif »22).

Tom Bombadil (© Anke Katrin Eissmann)

Le mystérieux cas -s23), dont la signification demeure incertaine, est similaire à une forme courte de l’inessif finnois : -s (qui apparaît sous la forme –ssa ou –ssä dans la langue littéraire non poétique). Il a été suggéré que le cas –s est une forme courte du locatif quenya –sse. Cela créerait un parallèle intéressant avec l’inessif finnois –ssa / -ssä et sa forme courte, -s. Mais le cas –s semble avoir une nuance de signification différente de celle du locatif normal, ce qui le distingue du finnois. Le cas –s ressemble aussi à un cas adverbial finnois appelé le latif, doté d’une terminaison en –s. Il est utilisé dans quelques adverbes figés, e.g. alas « vers le bas » < ala « aire ». Il sert aussi à former des adverbes exprimant le fait de se diriger vers quelque chose lorsqu’ils sont ajoutés à un nom au comparatif, e.g. rannemmas « plus près de la rive » < ranta « rive, côte » + -mpi (radical –mpa-) suffixe comparatif + -s terminaison lative24). Le cas datif quenya –n, comme forme courte de l’allatif –nna, est une version non physique de celui-ci, i.e. dénote un objet qui a pour caractéristique d’être pour quelque chose. De même, comme forme courte du cas locatif –sse, le cas –s pourrait être une version non physique du locatif, i.e. dénoter un objet étant proche (en esprit) de quelque chose. Très spéculativement, la traduction de rannemmas « plus proche de la rive » pourrait avoir suggéré cette idée à Tolkien, bien que sa signification soit physique.

Pour moi, il existe une légère ressemblance entre l’ablatif du q(u)enya premier et tardif -llo25) et l’ablatif finnois –lta. Il pourrait s’agir d’une coïncidence, cependant. L’allatif du qenya premier –nta26) et celui du quenya ultérieur –nna27) ressemblent à un cas adverbial finnois appelé sublatif, formé au moyen de la terminaison –nne. Il désigne un endroit vers lequel va quelque chose, de même que la terminaison quenya exprime un mouvement vers, à, ou en direction de quelque chose. Il n’est employé que dans un nombre réduit de pronoms, comme sine « vers cet endroit » et minne « vers où ». Cette terminaison pourrait dériver de *-nta, qui est identique à l’ablatif du qenya premier. Le quenya –nna ressemble aussi au cas essif finnois –na /–nä. Leur forme est presque identique, et tous deux servent à désigner une localisation temporelle. Cf. le quenya Elen síla lúmenna omentielvo ! « Une étoile brille sur l’heure de la rencontre de nos chemins »28) et la même chose en telerin Ēl sīla lūmena vomentienguo29), qui possède une forme non renforcée de l’ablatif, identique à l’essif finnois. Le finnois emploie -i- comme déclinaison plurielle, e.g. taloissa « dans les maisons » < talo « maison » > -i- marque du pluriel > -ssa terminaison inessive. Le qenya premier et le quenya tardif en font autant, e.g. tára·kasisse « sur les hauts pics »30) et elenillor « depuis les étoiles »31). Mais ce n’est le cas que lorsqu’une voyelle de transition est nécessaire entre le radical et la déclinaison, contrairement au finnois, où elle est employée partout32).

2. L’adjectif

En finnois, les adjectifs s’accordent en cas et en nombre avec le nom qu’ils qualifient. Il en allait de même en qenya premier33). L’accord en cas disparut ultérieurement, comme on peut le voir dans ondolisse morne « sur les rocs noirs »34). Ondoli signifie « rocs », morne est le pluriel de l’adj. morna « noir » et –sse est la terminaison locative. Avec accord du cas, on aurait eu quelque chose ressemblant à **ondolisse mornalisse. Mais par cet exemple, nous pouvons aussi voir que l’accord en nombre fut conservé en quenya tardif.

Il existait un suffixe adjectival –va en qenya premier35) et une terminaison possessive-adjectivale –va en quenya tardif36), qui est identique au suffixe adjectival finnois –va / –vä, que l’on voit par exemple dans valtava « énorme » < valta « pouvoir ». Elle sert fréquemment à former des adjectifs, mais n’est pas aussi commune que son équivalent quenya. Mais elle est aussi employée pour le participe présent actif. Ce double emploi est similaire à celui de la terminaison quenya –la, que l’on voit dans caila « couché au lit, alité »37) < KAY- « être couché »38), laquelle est aussi une terminaison productive du participe présent actif, comme dans falastala « écumant », participe de falasta- « écumer »39). La terminaison adjectivale quenya –ra, qui est par exemple attestée dans tára « élevé » < TĀ-, TAƷ- « haut, élevé ; noble »40), est identique à la terminaison adjectivale finnoise –ra, apparaissant par exemple dans avara « expansif » < radical ava- « ouvert ». Les deux ne semblent productives qu’à des époques reculées.

En finnois, il existe un suffixe adjectival très commun, -ea/-eä, par ex. kauhea « affreux », lempeä « gentil », mais il n’est plus productif. Cette terminaison existe aussi dans toutes les formes de quenya et semble être la terminaison adjectivale la plus usitée synchroniquement. Parmi les adjectifs où elle est utilisée, notons aurea « éclairé par le soleil, ensoleillé »41), nieninqea « comme un flocon de neige »42), almárea « béni » et ilaurea « journalier »43). En quenya, il est possible de former des adjectifs à partir du locatif avec cette terminaison, e.g. meneldea « étant au ciel » < menelde « au ciel »44). De même il existe en finnois une terminaison adjectivale très fréquente, -llinen, qui dérive de la déclinaison adessive –lla + la terminaison adjectivale –inen, comme dans maalinen « terrestre » < maa « terre ».

3. La phonologie

Tout d’abord, il faut mentionner que l’absence des voyelles antérieures ä, ö et y, qui sont caractéristiques du finnois et l’emploi de l’accent latin, complètement étranger au finnois, créent une sensation très différente en q(u)enya premier ou tardif. En finnois, l’accent est toujours sur la première syllabe, et les voyelles antérieures ä, ö et y ne peuvent apparaître dans le même mot que leurs équivalents postérieurs a, o et u (ce qui s’appelle l’harmonie vocalique). En considérant ces faits, on peut comprendre pourquoi certains Finnois ne voient pas nécessairement de lien entre finnois et quenya45). Pourtant, le fait même que Tolkien n’ait pas incorporé au quenya ces deux caractéristiques remarquables de la sonorité du finnois est peut-être très représentatif des méthodes qu’il employait pour créer ses langues : il voulait qu’elles soient originales mais en même temps enracinées dans la réalité afin qu’elles paraissent archaïques et riches. Car, comme nous le verrons, Tolkien fut influencé par de nombreux autres aspects de la phonologie du finnois lorsqu’il créa et modifia le quenya.

En qenya premier, les groupes consonantiques finaux sont autorisés et adviennent assez fréquemment, e.g. fint « un tour, une notion », mirk « un sourire », petl « marteau » et vandl « bâton »46). Avec mirk, nous pouvons aussi voir que d’autres consonnes que les dentales sont autorisées en fin de mot. La phonotaxe finnoise l’interdit. Aucun groupe consonantique n’est autorisé à la fin des mots ; seules sont autorisées les voyelles et n, t, s, r et l, qui sont des consonnes dentales. Dans le quenya ultérieur, cela fut altéré pour ressembler exactement au finnois47) : « […] le quenya ne tolère pas d’autres consonnes finales que les dentales t, n, l, r après une voyelle »48) ; s est apparemment omis accidentellement49). Il est étrange que cette caractéristique centrale du finnois ait été initialement absente du quenya. Peut-être Tolkien accrut-il plus tard sa maîtrise de la phonologie finnoise et fut ainsi en mesure de finniser habilement le quenya d’une manière plus subtile.

L’un des aspects les plus notables de la phonologie du finnois est l’absence de groupes consonantiques initiaux. Historiquement et classiquement, cela a été une règle absolue, en général ou strictement, et l’est toujours dans de nombreux dialectes50). Il pourrait s’agir d’un aspect du finnois que Tolkien trouva nouveau et excitant, puisqu’il est généralement absent des langues indo-européennes. En effet, les groupes consonantiques initiaux semblent relativement rares en quenya premier, mais sont néanmoins permis, fort étrangement ; cf. « q : originellement une consonne simple il s’agit désormais d’un “k” légèrement labialisé suivi par un “w” distinct »51) Néanmoins, comme les groupes consonantiques finaux, les initiaux furent plus tard interdits en quenya : « L’adûnaïque, comme l’avallonien [i.e. le quenya], ne tolère pas plus d’une consonne de base unique en position initiale dans n’importe quel mot… »52) Il est remarquable que le nom même du q(u)enya explique et rende à la fois confuse la finnisation de cette langue : du point de vue de la prononciation, il explique la finnisation en montrant que les groupes consonantiques disparurent ; du point de vue de la graphie, il semble montrer que les groupes consonantiques furent autorisés avec ces deux lettres, bien qu’il ne s’agisse que d’orthographe53).

Kt est un groupe consonantique fréquent en qenya premier, e.g. ektar « épéiste », lokta- « jaillir » et palukta « table »54), mais il n’est pas acceptable dans la phonologie finnoise ou celle du quenya tardif. Dans les deux langues, les kt primitifs donnèrent ht, e.g. un radical de kaksi « deux » kaht- < *kakte en finnois, et ehte « lance » < EKTE-55) en quenya. Il existe des mots de qenya premier qui contiennent deux voyelles successives qui devraient normalement être des diphtongues, mais sont signalées être des voyelles séparées par un tréma, e.g. kaïkta- « étrangler »56) et oïkta57). Ce phénomène existe bien en finnois, là où les séquences vocaliques qui devraient normalement être des diphtongues ne le sont pas du fait de la disparition d’une fricative vélaire voisée, e.g. koin « j’ai expérimenté » < koghin. Mais ce type de séquences peut se prononcer comme une diphtongue. L’équivalent qenya premier semble être une formation stable, contrairement au finnois, où elle est relativement récente, étant âgée de moins de 500 ans, et semble disparaître. Il est intéressant de noter que cette formation semble ne pas être attestée en quenya tardif.

Finrod (© Anke Katrin Eissmann)

Le finnois antérieur à l’écriture n’autorisait pas les voyelles longues dans la syllabe finale du mot. Cela peut se déduire par l’absence de mots de cette forme dans les premières strates de vocabulaire (original ou emprunté) et l’existence de formes alternatives, plus anciennes, avec une voyelle brève pour les terminaisons et autres qui se finissent habituellement par une voyelle longue. Cette règle semble aussi avoir existé dans une certaine mesure en quenya parlé, où « toutes les voyelles longues furent réduites en voyelles courtes en position finale et devant les consonnes finales dans les mots de deux syllabes ou plus »58). Cette restriction phonotactique est violée par le composé palantír59), dans lequel les éléments palan « loin » et tír « voyant » semblent être traités du point de vue prosodique comme des mots séparés, mais il s’agit d’un cas isolé60).

Dans toutes les formes de quenya, les occlusives voisées ne peuvent être placées librement, mais seulement après une approximante ou une nasale. Certains ont affirmé qu’il s’agissait d’une différence majeure avec le finnois, qui n’a classiquement aucune occlusive voisée. B et g, qui n’apparaissent que dans des emprunts étrangers ne se distinguent de p et k que dans un usage influencé par le suédois ou à l’écrit. D est indigène, mais était en fait prononcé comme une fricative avant l’influence suédoise. La restriction phonotactique des occlusives voisées en quenya a inspiré une théorie selon laquelle les occlusives voisées pourraient ne pas être des consonnes indépendantes dans cette langue. Ils ne possèdent pas même de tengwar qui leur soient propres, après tout61). Cette restriction phonotactique est en fait assez similaire à la restriction finnoise qui veut que les consonnes doubles n’apparaissent pas après d’autre consonne que les approximantes et les nasales, exactement comme les occlusives voisées en quenya. Cf. quenya amba « vers le haut » vs. ampa « crochet »62) et le finnois arki « vie quotidienne » vs arkki « une feuille de papier ».

Il n’y a pas d’aspiration des occlusives sourdes en finnois. Selon toute probabilité, ce n’est pas le cas non plus en quenya. Il est vrai que Tolkien les aspirait dans sa lecture de Namárië, mais cela pourrait être dû à la difficulté que rencontrent les locuteurs de l’anglais à ne pas aspirer les occlusives sourdes. Cela doit cependant être contrebalancé par le fait que Tolkien était un expert en linguistique63). Pourtant, trois choses peuvent être dites en faveur de l’hypothèse selon laquelle il n’y aurait pas d’aspiration en quenya. Tout d’abord, l’elfique primitif faisait la différence entre les occlusives aspirées et non aspirées, et les occlusives sourdes du quenya descendent des occlusives non aspirées64). Deuxièmement, il existait à l’origine des lettres distinctes pour les consonnes aspirées dans le système général des tengwar, et les occlusives sourdes du quenya ne sont pas écrites au moyen de ces lettres65). Troisièmement, comme le quenya ne possédait pas d’occlusives voisées apparaissant indépendamment, il n’y avait pas besoin de distinguer aussi nettement les occlusives sourdes en leur ajoutant une aspiration.

En finnois ancien, la syllabe si descend d’un ti originel, e.g. sinä « tu, vous » < *tinä. Ce phénomène est également régulier en qenya, comme le mentionne la « Early Qenya Grammar » : si < *ti66). Mais ce n’est pas la règle pour le q(u)enya du « Qenya Lexicon »67) ou des « Étymologies »68), même si un unique exemple est attesté dans « Les Étymologies » : q. maite, pl. maisi < *maʒiti « habile, talentueux »69). On trouve encore une autre caractéristique intéressante de l’évolution du quenya et du finnois : alors qu’en finnois, les –i finaux dérivent généralement de –e finaux originels, en quenya, les –e finaux proviennent habituellement de –i finaux primitifs70).

4. Le verbe

En finnois, il existe une formation rarement usitée pour exprimer le futur : une forme finie du verbe olla « être » et le participe présent d’un verbe, e.g.olen tuleva « je viendrai ». La terminaison du participe présent est –va. En quenya premier, le futur est dénoté par une terminaison –va, comme par ex. antáva « donnera »71). Cela persista dans le quenya ultérieur sous la forme –uva, par ex. dans kenuva « verra »72). Le futur quenya semble présenter une influence finnoise, vu qu’une terminaison identique est utilisée en qenya premier comme en finnois. Comme en finnois, -ta fait partie des suffixes verbaux les plus fréquents à tous les stades du quenya. Dans les deux langues, -ta est un suffixe verbal général qui transforme principalement les verbes transitifs, e.g. le fin. luvata « promettre » et le q. tulta- « appeler, convoquer », mais aussi les intransitifs, comme le fin. kadota « disparaître », q. lanta- « tomber »73). En finnois comme en quenya, -ta est aussi un suffixe infinitif et peut avoir des objets dans les deux langues74).

Il est assez manifeste en finnois et peut-être possible en quenya que la troisième personne du présent soit à l’origine un adjectif verbal ou un participe utilisé comme prédicat. La terminaison de la troisième personne prenait la forme –vi en finnois archaïque, et descend clairement de la terminaison adjectivale –va. Pour former le présent, le quenya allonge la voyelle radicale et ajoute la terminaison –a, une construction qui sert aussi à créer des adjectifs, e.g. fána « blanc » < SPAN- « blanc »75), láta « ouvert » < LAT- « être ouvert »76). Si cette construction était participiale à l’origine, son utilisation comme forme finie rendit nécessaire l’apparition d’une nouvelle forme pour le participe, qui ne puisse être confondue avec le présent. D’autres terminaisons adjectivales furent ainsi ajoutées à l’ancienne, -inen en finnois et –la en quenya77). De la sorte, la terminaison archaïque du participe présent en finnois est –vainen / –väinen, comme dans tulevainen « venant » et tietäväinen « sachant », et le quenya possède des participes présents comme hácala « béant »78) < #hac- « béer ». Mais cela reste très spéculatif du côté du quenya.

5. Les pronoms

Dans la « Early Qenya Grammar », les pronoms sont des préfixes79). Dans le quenya plus tardif, ils devinrent des terminaisons. En finnois, les pronoms sont des terminaisons. Comme en finnois classique, le quenya n’utilise des pronoms indépendants que pour l’emphase80). La consonne caractéristique de la première personne du singulier est n en finnois comme dans toutes les étapes du quenya. Cela se voit dans la terminaison pronominale de la première personne du singulier –n81), qui est identique en finnois et en quenya. La terminaison possessive de la première personne du singulier en finnois, -ni, est identique au pronom indépendant non-emphatique de la première personne du singulier ni82). Me est le pronom indépendant de la première personne du pluriel en finnois ; de même, c’est l’un des divers pronoms de la première personne du pluriel (ayant des connotations différentes et changeantes) dans toutes les étapes du quenya83). L’élément m de la première personne du pluriel peut aussi se voir dans la terminaison de la première personne du pluriel –mme, qui existe tant en finnois qu’en quenya84). Le finnois et le quenya emploient se comme pronom de la troisième personne, bien qu’en finnois il s’agisse normalement d’un démonstratif. Dans « Les Étymologies », le q. se est en fait dérivé du « radical démonstratif » s-. Une terminaison –s de même origine que se est aussi employée pour la troisième personne en quenya, contrairement au finnois.

6. Divers

Des trémas sont parfois placés sur les voyelles en quenya comme en finnois, mais leur emploi est différent : ils ne dénotent pas l’avancement de la voyelle mais le fait qu’il s’agisse d’une syllabe distincte. Cela peut causer une certaine confusion pour les lecteurs finlandais du quenya : devrait-il par exemple se prononcer [eæ]85) ?

Tant le finnois que le quenya ont une terminaison nominale en –mo, qui est utilisée pour former des noms de personnes dans les deux langues, e.g. fin. julkimo « célébrité » < julki- « public » et q. winyamo « enfant, adolescent »86) < winya « nouveau, frais, jeune »87), bien qu’en finnois son emploi soit bien plus large. On trouve également les terminaisons similaires –sta en quenya et –sto en finnois, lesquelles sont toutes deux employées pour les noms collectifs, e.g. le q. tengwesta « un système ou code de signes » < tengwe « signe »88) et fin. sanasto« lexique, vocabulaire » < sana « mot ».

Le finnois fait partie du groupe finno-baltique de la famille linguistique finno-ougrienne. Les langues de ce groupe sont très similaires les unes aux autres, bien qu’elles ne soient pas mutuellement intelligibles. Mais en tant que locuteur du finnois, on a l’impression que cette barrière est presque surmontable, ce qui est étrange si l’on considère qu’ils sont séparés depuis un à deux millénaires. Le quenya, le telerin et le vanyarin forment aussi un groupe linguistique – on pourrait l’appeler le groupe calaquende, puisque les membres de celui-ci comprennent tous les Calaquendi. Mais contrairement aux langues finno-baltiques, ces langues elfiques peuvent être considérées comme des dialectes l’un de l’autre, vu qu’elles sont mutuellement compréhensibles. Le quenya et le finnois ont un statut assez similaire à l’intérieur de leur groupe respectif : les deux peuvent être considérés être les plus conservateurs de tous (même à l’intérieur de leur famille linguistique). Le telerin et l’estonien sont tous deux parlés par des peuples de navigateurs et sonnent de façon amusante. Le vanyarin et le carélien ont été respectivement influencés de manière significative par le valarin et le russe, les langues de leurs dirigeants89). Mais cette série d’analogies est assez mince. Toutefois, il est au moins possible d’affirmer cela : les groupes finno-baltique et calaquende sont les plus conservateurs de leur famille linguistique respective, parlés par des gens qui avaient voyagé plus loin de leur demeure originelle que la plupart de leurs cousins.

Et finalement, le fait que la sonorité du quenya, initialement légère et féerique, soit devenue ferme et ancienne est peut-être la finnisation la plus importante. De Fées, les locuteurs imaginaires de cette langue devinrent des Elfes. Le finnois est la langue d’un peuple rude, ancien et mélancolique, après tout. Les Fées et ce genre de non-sens ne siéent pas à un vrai Finnois, et devraient plutôt être laissés à ces raseurs de Suédois. Afin de prouver ce point, je vais lire à haute voix un extrait du même poème en finnois, en qenya premier et en quenya plus tardif :

Ken on näkevä valkean laivan
viimeiseltä rannalta lähtevän,
hämärät haamut
laivan kylmässä rinnassa olevat,
valittavain lokkien kaltaiset?
90)

Man kiluva kirya ninqe
oilima ailinello lute
níve qímari ringa ambar
ve maiwin qaine ?
91)

Man kenuva fáne kirya
métima hrestallo kíra,
i fairi néke
ringa súmaryasse
ve maiwi yaimië ?
92)

Références

Voir aussi

Sur Tolkiendil

Sur le net

1) N.d.T. : Je souhaite remercier Bertrand Bellet pour sa relecture et ses conseils avisés, en particulier pour m’avoir signalé les points de ressemblance entre l’histoire des langues elfiques d’Aman et celle des langues scandinaves.
2) Version originale : « It quite intoxicated me; and I gave up the attempt to invent an ‘unrecorded’ Germanic language, and my ‘own language’ — or series of invented languages — became heavily Finnicized in phonetic pattern and structure. » L, p. 163-168 no 163.
3) RP, Partie II, chap. 5 « Lammasethen » § 7, table.
4) , 9) , 14) Ms. EQG [→ Declension].
5) Il coïncide soit avec le nominatif soit avec le génitif (excepté pour les pronoms personnels).
6) Le grec ancien possède cinq cas : nominatif, génitif, datif, accusatif et vocatif. Ce sont les mêmes qu’en qenya, si l’on excepte le vocatif, rarement usité. Cf. « En fait, on pourrait dire qu’il [le quenya] est composé sur une base latine avec deux autres ingrédients (principaux) qui me procurent un plaisir “phonesthétique” : le finnois et le grec. »
Version originale : « Actually it [Quenya] might be said to be composed on a Latin basis with two other (main) ingredients that happen to give me ‘phonaesthetic’ pleasure: Finnish and Greek. » Lettre no 144 § 11.
7) , 15) , 36) Plotz.
8) « La différence entre nom. et acc. fut abandonnée… » (Plotz [Comm.] § 3).
10) Ms. EQG [→ The adverbial suffix].
11) Voir RGEO, Namárië, glose interlinéaire, où Oio-losseo est traduit par « Toujours-blanc-depuis ».
12) Il devint une véritable déclinaison nominale en quenya après avoir été un suffixe adverbial en qenya (Plotz ; ms. EQG [→ The adverbial suffixes]).
13) « Les seuls cas qui semblent être apparentés sont le locatif quenya sse et l’inessif finnois –ssa / –ssä que j’ai utilisé dans l’exemple « dans une maison » ci-dessus. » (Perälä, 2000).
16) N.d.T. : En quenya tardif, il existe aussi un partitif, mais il s’agit d’un nombre et non d’un cas ; il se forme généralement au moyen de la terminaison –li.
17) Dact. EQG [→ Declension].
18) Óre § 14.
19) Premier vers du Kalevala.
20) Un suffixe adverbial (ms. EQG à The adverbial suffixes]).
21) , 27) Une déclinaison nominale (Plotz).
22) Version originale : « This form is often used in place of an adjective » ; Ms. EQG [→ The adverbial suffixes].
23) Cf. Bian [2002].
24) Il n’existe pas de nom indépendants au cas comparatif sans que leur soit rajoutée une sorte de terminaison locative.
25) Comme la terminaison locative, il s’agissait d’un suffixe adverbial qui devint une déclinaison nominale (ms. EQG [→ The adverbial suffixes] ; Plotz).
26) Un suffixe adverbial (ms. EQG [→ The adverbial suffixes]).
28) QE, A *wo Quenya § 1.
29) QE, note 1.
30) Dact. EQG [→ The adverbial suffixes or cases].
31) M&C « Un Vice Secret », « Autres versions » § 16.
32) N.d.T.: En fait, la voyelle de transition est généralement -i- au pluriel et au pluriel partitif, mais -e- au singulier, tandis que -u- apparaît fréquemment au duel.
33) Ms. EQG [→ Loose compounds].
34) M&C « Un Vice secret », « Autres versions » § 17.
35) Ms. EQG [→ The adverbial suffixes].
37) Étym. + A&C KAY-. La glose complète donne « couché au lit, alité, maladie », définissant à la fois un usage adjectival et nominal de caila.
38) Étym. KAY-.
39) M&C « Un Vice secret », « Autres versions » $ 14 + comm. l. 10.
40) Étym. TĀ- § 1.
41) QL, AWA.
42) M&C « Un Vice Secret » § 58-59.
43) Joy At. V-VI + ligne 6, ilyarea.
44) Joy At. IIb-V + ligne 1, menelzea na § 1.
45) E.g. Valtonen, 1999.
46) QL, FINI, MIRI, PETE et VAHA-, respectivement.
47) N.d.T. : Il convient néanmoins de noter que les groupes consonantiques finaux sont autorisés lorsqu’ils font partie de la déclinaison, comme dans ciryant, datif duel de cirya « navire » (Plotz).
48) Introduction de « Rivières et collines des feux de Gondor » § 8.
49) « Rivières et collines des feux de Gondor », note éd. no 7 ; voir aussi L, no 347 § 4 : « Le q. permettait, en fait favorisait, les “dentales” n, l, r, s, t en tant que consonnes finales ; aucune autre consonne finale n’apparaît dans les listes q. »
50) Mais du fait de l’influence suédoise (langue dans laquelle les groupes consonantiques au début des mots sont autorisés et fréquents), cette règle a été appliquée de façon laxiste dans les dialectes du sud-ouest et dans la langue écrite.
51) Version originale : « q: originally a simple consonant it is now a slightly rounded ‘k’ followed by a distinct ‘w’ » ; ms. EQG [→ Alphabet of transcription]).
N.d.T. : On notera toutefois que w est considéré comme une semi-consonne dans les langues elfiques, et n’enfreint donc pas nécessairement cette règle.
52) Version originale : « Adunaic, like Avallonian [i.e. Quenya], does not tolerate more than a single basic consonant initially in any word… » SD, partie III (vi) Adunaic, Consonants § 8).
53) N.d.T. : sic. L’auteur semble oublier que u est une voyelle.
54) QL, EKE, LOHO et PALA, respectivement.
55) Étym. EK-.
56) QL ?KAA.
57) Narq. l. 4.
58) Plotz [Com.] § 3).
59) Index du SdA, « Choses », palantír.
60) N.d.T. : Une note du PE 17, p. 86, précise en outre qu’il s’agissait d’un composé númenórien, ce qui pourrait expliquer ce non-respect de la phonologie du quenya.
61) N.d.T. : Cette restriction vaut au mieux pour la branche ñoldorine du quenya. Non seulement les sarati disposent-ils d’un caractère indépendant pour d, mais le quenya vanyarin semble avoir autorisé l’emploi intervocalique de d, comme l’indique le nom de la complainte Aldudénië ; cf. Silm., chap. 8.
62) Étym. AM2- et GAP-, respectivement.
63) Bien que cela ne garantisse pas une prononciation parfaite.
64) Dans « Les Étymologies », les bases débutant par T et TH sont toutes listées sous la même lettre. Voir aussi Fauskanger, 2003, p. 16.
65) « Le système fëanorien originel possédait aussi un grade avec des jambages étendus au-dessus et en-dessous de la ligne [d’écriture]. Ceux-ci représentaient habituellement les consonnes aspirées (e.g. t + h, p + h, k + h) » SdA App. E II (i) § 8). Voir aussi Fauskanger, 2003, p. 16.
66) , 79) Ms. EQG [→ Pronouns. Personal].
67) Cf. tiqi- « fondre » < TIQI (QL).
68) Cf. tilde « pointe, corne » < TIL- « pointe, corne » (Étym.).
69) Étym. MAƷ-.
70) Comme dans « *pori : q. pore « farine, repas » (Étym. POR-).
71) RP, Partie I, chap. 3 (ii), note 12 § 4 ; cf. anta-, Étym. ANA1-.
72) M&C « Un Vice secret » : « Autres versions » § 13, 16.
73) N.d.T. : Si l’auteur a raison en ce qui concerne tulta-, il se fourvoie au sujet de lanta-, qui est dérivé du radical DAT-, DANT- (Étym.) et comporte donc seulement la terminaison –a.
74) Óre, note éd. no 11.
75) Étym. SPAN-.
76) Ós. [texte] § 3 et Étym. LAT-, respectivement.
77) Cf. caila « étant couché au lit, étant alité » < KAY- « se coucher » (Étym. + A&C ; cf. ***).
78) M&C « Un Vice secret » : « Autres versions » § 16.
80) N.d.T. : En réalité, le quenya peut aussi utiliser des pronoms indépendants non-emphatiques, bien qu’ils apparaissent moins fréquemment que les désinences verbales.
81) SdA, Livre VI, chap. 5 § 87-88.
82) Ms. EQG [→ Pronouns. Personal] ; Óre § 3 et note éd. 4 § 3.
83) Ms. EQG [→ Pronouns. Personal] ; RP, Partie I, chap. 3 (i) II § 27 ; Joy At. I-IV + ligne 10, me.
84) Cf. vamme « nous ne ferons pas » (QE A *ABA quenya § 4), firuvamme « nous mourrons » (Joy At. III-IV + ligne 7).
N.d.T. : C’est toutefois une caractéristique qui disparut des dernières conceptions de Tolkien. Après 1965, celui-ci considéra que la terminaison –mme correspondait en fait à la première personne du duel exclusif, tandis que les terminaisons de la première du pluriel devenaient –lme et –lwe.
85) En particulier, ceux qui ont entendu parler de l’influence du finnois sur le quenya supposent souvent que le quenya devrait se prononcer comme s’il était écrit en finnois. Cela peut mener à des horreurs comme : ve fanüar maarüat… Cela sonne affreusement parce que cela s’oppose à l’harmonie vocalique du finnois tout en respectant étrangement la longueur des voyelles accentuées. La source de cet exemple hélas véridique ne sera pas divulguée.
86) EHW, partie I, note éd. 34.
87) Étym. AG GWIN-.
88) QE App. D § 12.
89) N.d.T. : Il convient toutefois de relativiser ces affirmations : si le vanyarin est bien un dialecte du quenya, sa phonologie et sa grammaire étaient cependant plus conservatrices que celles du quenya ñoldorin. Et bien que le vanyarin ait effectivement assimilé plus de mots valarins que le ñoldorin, le q. miruvórë est un emprunt direct au val. mirubhôzê-. Au demeurant, il mérite d’être noter que les Valar ne « dirigeaient » pas plus les Vanyar que les Ñoldor, même s’ils étaient l’autorité ultime des deux clans (il est vrai que les Vanyar faisaient plus partie de la communauté valinórienne que les Ñoldor).
Par ailleurs, si le quenya et le telerin étaient mutuellement intelligibles, il faut noter qu’ils appartenaient à deux groupes différents de la famille des langues elfiques : le quenya fait partie du groupe vanya-ñoldorin, tandis que le telerin d’Aman appartient au groupe lindarin, qui comprend aussi le sindarin et le nandorin. Ainsi, le rapprochement du quenya et du telerin ressemble-t-il plutôt à celui des différentes langues faisant partie d’un Sprachbund, comme celui d’Asie Extrême-orientale (chinois, japonais, coréen et vietnamien), celui de la péninsule balkanique (albanais, roumain, langues slaves méridionales, grec et romani) ou celui du sous-continent indien (langues dravidiennes et indo-aryennes), dans lesquels des langues d’origines diverses sont venues à partager des caractéristiques grammaticales et phonologiques communes. De manière plus significative peut-être, on peut citer l’exemple des langues scandinaves, qui se divisaient initialement en scandinave occidental (norvégien, féroïen et islandais) et oriental (danois et suédois). Le norvégien s’est suffisamment rapproché du groupe oriental pour qu’il y ait une certaine intercompréhension entre leurs locuteurs, tandis que sa parenté ancienne avec le féroïen et l’islandais, beaucoup plus conservateurs, n’est plus immédiatement apparente et qu’il n’y a plus d’intercompréhension avec celles-ci. Enfin, si l’on considère l’ensemble des langues elfiques, Tolkien a plusieurs fois affirmé que le telerin d’Aman était la langue la plus conservatrice et la plus similaire au quendien primitif originel.
90) Traduction de Markirya par moi-même.
91) M&C « Un Vice secret » § 46.
92) M&C « Un Vice secret », « Autres versions » § 13.