Table des matières

Tiré de « Quendi & Eldar », Appendice D

Cinq Anneaux
J.R.R. Tolkien
édité et annoté par Carl F. Hostetter
traduit de l’anglais par Damien Bador
Article théoriqueArticles théoriques : La maîtrise globale des écrits de J.R.R. Tolkien est nécessaire pour bien saisir la portée des articles de cette catégorie, les sujets étant analysés de façon poussée par leurs auteurs.
Cet article est issu du journal linguistique Vinyar Tengwar no 39, daté de juillet 1998 et édité par Carl F. Hostetter. Le traducteur remercie chaleureusement le Tolkien Estate, Carl F. Hostetter et l’équipe éditoriale de Vinyar Tengwar pour avoir autorisé la publication de cette traduction.

Le texte de Tolkien est sous la protection du droit d’auteur. © 1998-2016 The Tolkien Trust

Le Vingilot (© Ted Nasmith)

Ce qui suit est la section intitulée « *Kwen, quenya et les mots elfiques (notamment ñoldorins) pour le Langage » de l’Appendice D à l’essai « Quendi & Eldar » (c. 1959–1960) que Christopher Tolkien exclut lors de la publication dans The War of the Jewels (voir WJ, p. 359). Au début de la page 396 de ce volume, Christopher indique que celle-ci se trouve dans l’Appendice D.
Cette section comprend l’essentiel de huit des pages dactylographiées de la dernière version de « Quendi & Eldar ». En de très rares endroits, ces pages ont été corrigées à l’encre par Tolkien, surtout pour rectifier des erreurs typographiques. Dans cette édition, ces modifications ont toutes été incorporées silencieusement. Tolkien ajouta aussi une note au dactylogramme avec un stylo-bille rouge (voir la Note 5 de l’auteur ci-dessous). Le texte de Tolkien a été légèrement réorganisé ici en ce qui concerne les notes. Comme pour le reste de « Quendi & Eldar », Tolkien interrompt parfois le texte principal avec des notes, tapées sur la ligne suivant l’appel de note, même lorsque cela coupe une phrase (cf. WJ, p. 359). La pratique de Christopher dans l’édition de « Quendi & Eldar » a été de réunir les notes de Tolkien à la fin de l’essai et de les distinguer de ses propres notes en s’y référant dans le texte sous la forme Note 1, Note 2, etc. entre parenthèses. Nous suivrons ici cette méthode.
Le dactylogramme de « Quendi & Eldar » fut précédé par un ensemble complexe de matériaux manuscrits que Tolkien attacha ensemble en deux petites liasses. Ceux-ci ne précédèrent sans doute pas de beaucoup le texte final, vu que l’un des feuillets de la deuxième liasse est une page de calendrier de novembre 1959. Dans la première liasse se trouvent deux versions manuscrites de ce qui deviendra l’Appendice D du dactylogramme, toutes deux insérées entre les feuillets que Tolkien numérota 18 et 19. La première de ces deux versions, intitulée « Appendice : Mots noldorins pour le Langage » et occupant quatre pages marquées de « 18(a) » à « 18(d) » par Tolkien, diffère considérablement de la version dactylographiée et est donnée en entier ci-dessous, après la version définitive. La version manuscrite intermédiaire, occupant neuf pages que Tolkien marqua de « a » à « i », possède peu de valeur textuelle, étant donné que le dactylogramme la suit de très près ; les variantes intéressantes sont toutefois ajoutées aux notes éditoriales. Certaines d’entre elles apparaissent dans la portion de l’Appendice D publié en page 394 de The War of the Jewels et il est plus simple de les citer ici : dans le manuscrit, le radical dont dérive le q. tengwe « indication, signe, témoignage » est donné comme étant *TEÑE, avec la forme intermédiaire *teñgwe ; l’expression quenya traduisant « signes phonétiques » est dite être hlonaiti tengwi et un tengwesta utilisant des signes phonétiques est appelé un hlonaite tengwesta.
Deux discussions éditoriales des formes elfiques rencontrées dans le dactylogramme et dans la première version manuscrite ont été ajoutées à la fin de chaque texte, après les notes de Tolkien, ce qui permet de citer des informations pertinentes tirées d’autres textes (notamment « Les Étymologies » et les sections publiées de « Quendi & Eldar »). S’y trouve aussi la majorité des commentaires éditoriaux spécifiquement linguistiques.
Je suis reconnaissant envers Christopher Tolkien de m’avoir fourni ces textes pour les publier dans Vinyar Tengwar et envers Christopher Gilson, Arden Smith et Patrick Wynne pour leur assistance lors de la préparation de cette édition.


[Le présent texte suit immédiatement le dernier paragraphe en p. 395 de The War of the Jewels.]


A cette époque bien sûr, les Maîtres du savoir ignoraient l’existence de l’iglishmêk nanesque et étaient encore limités à l’examen des dialectes et gestuelles eldarines en Aman, accru par quelque accointance avec la langue des Valar (voir la note ci-dessous)1). Ils étaient cependant impressionnés par l’analogie des gestes-signes silencieux, dont il était possible d’observer les mouvements constitutifs ; cela affecta considérablement les premières analyses et descriptions de leur propre langue, qui tendaient initialement à accorder plus d’attention aux mouvements physiques effectués en parlant qu’aux effets audibles, considérant le locuteur plutôt que l’auditeur.

Ainsi selon les premiers Maîtres du Savoir une lambe devait être décomposée en un certain nombre de tengwi, qui pouvaient être utilisés seuls ou en combinaison. Dans un hwerme, plusieurs gestes visuellement distincts pouvaient être combinés pour transmettre une signification simple (Note 1). Pourtant un seul de ces mouvements pourrait suffire par lui-même pour véhiculer une signification. Ainsi en allait-il de la parole. Bien qu’elle fût bien plus complexe et organisée, et qu’elle employât normalement des combinaisons de mouvements linguaux ou autres, elle pouvait toujours utiliser comme « mot » un élément phonétique qu’on pourrait considérer simple ou non-combiné. Au sujet de la parole, les premiers analystes vinrent de la sorte à employer le terme tengwe non pas en tant que « mot », même s’il était indépendant et non-composé, comme signe ou indice de la signification associée, mais pour désigner les mouvements phonétiques décomposables dont étaient formés les mots.

Suivant leurs vues de ce qui constituait un mouvement phonétique élémentaire ou tengwe, ils semblent aussi avoir été influencés par leurs théories sur les origines du parler elfique et sur la manière dont les « radicaux » normaux ou bases des mots avaient été construits à partir des plus simples origines. Dans tous les cas, ils commencèrent à analyser les tengwi composant le parler elfique comme étant chacune des consonnes de base réelles ou supposées, suivie par l’une des voyelles de base, qui (comme ils l’affirmaient) la « coloraient ». Le nombre total de quante tengwi, ou signes pleins, composant un tengwesta était par conséquent le nombre de ses consonnes de base multiplié par celui de ses voyelles de base.

Ainsimata « manger » était composé des tengwe ma + tengwe ta, mais cette conjonction et cet ordre constituaient un quetta ou mot distinct, dont la signification n’avait pas de lien nécessaire avec, mettons, √maka (dans lequel seul le second tengwe était changé), ni avec √tama (dans lequel seul l’ordre était modifié).

Mais à propos du quenya tel qu’il était, cette analyse devait encore tenir compte des groupes consonantiques et des consonnes finales (c’est-à-dire des consonnes sans voyelle les suivant ou les colorant), ainsi que des voyelles survenant seules, en particulier en position initiale. À cette époque, les Ñoldor connaissaient déjà une grande part de l’histoire de leur propre langue et c’était en partie à la lumière de ce savoir qu’ils traitèrent ces deux points.

Concernant les consonnes sans voyelles, ils considéraient systématiquement que celles-ci avaient « perdu » la voyelle les suivant et ils les appelaient rakine tengwi « signes dépouillés » ou « dépossédés ». Pour ce faire, il n’était pas nécessaire de distinguer les vraies « pertes » des « omissions », c’est-à-dire d’opposer les disparitions phonétiques « involontaires » de sons au sein d’un discours ou de la transmission linguistique au cours du temps à la suppression ou au rejet de sons au cours d’une invention consciente ou de la construction de mots plus complexes. (Les maîtres du savoir finirent par considérer cette distinction comme ayant une grande importance.)

Au sujet des voyelles sans consonne les précédant, ils procédaient de façon similaire. Ils disposaient en quenya de quelques monosyllabes vocaliques, comme i et ú, et aussi de quelques dissyllabes qui étaient vocaliques, telles ëa « il est » ou öa « au loin ». Il y avait encore un nombre non négligeable de mots dissyllabiques qui, bien qu’ils aient une consonne initiale, n’en avaient pas de médiale, tels töa « bois » ou lie « peuple ». Mais les plus difficiles à intégrer à leur théorie de la structure de base étaient les nombreux « radicaux » qui n’avaient pas de consonne initiale. À côté d’une structure qu’ils considéraient normale : XaXa (dans laquelle X représente n’importe quelle consonne de base et a n’importe quelle voyelle), comme par exemple √mata, il y en avait de nombreux de type –aXa, comme √ara2). Les Maîtres du Savoir affirmaient que ces voyelles devaient avoir « perdu » la consonne les précédant, mais puisqu’ils estimaient qu’une consonne était une partie plus vitale d’un tengwe que la voyelle de coloration, ils appelèrent ces voyelles non accompagnées penye tengwi, c’est-à-dire « signes manquants » ou « inadéquats »3).

La supposition de perte, dans ces deux cas, ne découlait cependant pas simplement d’une théorie. Dans de nombreux mots, c’était l’explication historique réelle à la présence de voyelles sans consonne les précédant (dans le cas des hiatus médians probablement l’explication dans tous les cas) ; c’était aussi souvent la raison véritable des contacts entre consonnes sans voyelles intermédiaires, tandis que toutes les consonnes finales avaient probablement perdu une voyelle finale, si les lointaines origines quendiennes étaient prises en compte. Les Maîtres du Savoir en étaient conscients. Certaines consonnes avaient été perdues au cours de l’histoire documentée du quenya en Aman, ou leur ancienne présence pouvait être détectée par l’examen du quenya et par comparaison avec le dialecte telerin. De nombreuses consonnes finales contemporaines possédaient des voyelles les suivant dans les temps anciens ou étaient clairement apparentées à des mots qui en possédaient toujours.

Par exemple, Mandos dérivé de l’ancien Mandostŏ à côté d’osto de l’ancien ostŏ (l’abréviation et la perte subséquente des voyelles finales des seconds éléments des composés étant une caractéristique fréquente des premières étapes du quenya4)). L’ancienne présence du ñ intervocalique, plus tard perdu en quenya, pouvait être détectée en considérant les liens entre tëa « indique » et tenge « indiquait », tengwe « signe », ainsi qu’en comparant avec ëa « existe » à côté d’engwe « chose ». L’ancienne présence du g initial pouvait être détectée en comparant, disons, le q. alda « arbre » avec le tel. galla5) ; le processus de perte être déduit de son orthographe dans l’ancienne écriture rúmilienne ʒalda (utilisant un signe initial dont les maîtres du savoir savaient par tradition qu’il représentait la spirante postérieure ouverte).

A cette époque par conséquent, les maîtres du savoir représentaient les penye tengwi comme dépendants d’un signe indiquant une consonne perdue et utilisaient dans ce but le signe rúmilien pour l’ancien [ʒ] : 6) ; quoiqu’ils n’aient pas voulu affirmer par là que la consonne manquante était toujours due à une réduction du g ou que la perte avait seulement eu lieu après la divergence du quenya et du telerin. Il y avait de nombreux cas où le quenya et le telerin s’accordaient à ne pas avoir de consonne initiale.

Cependant, concernant les penye tengwi7), les premiers maîtres du savoir avaient encore des difficultés avec les diphtongues. Ils étaient en effet obligés d’inclure les diphtongues ai et au parmi les voyelles de base (les appelant « couleurs doubles » ou « mélangées »). Car il était manifeste que, dans de nombreux cas, ai et au existaient comme modifications ou « renforcement » des i et u simples, qui ne pouvaient raisonnablement s’expliquer par des pertes consonantiques, tandis que toutes les autres diphtongues survenaient uniquement suite au « manque » de la voyelle qui avait jadis suivi par un j ou w consonantique. Par exemple, tuile « bond, jaillissement, printemps » en lien avec *TUJU « germer, bourgeonner ». Cela était décomposé en tu-yu-le. ai et au pouvaient bien sûr apparaître de la même manière et étaient alors similairement décomposés : e.g. taina « étiré, allongé », de *TAJA « étirer » et taure « forêt » de *TAWA « bois »8) ; ceux-ci étaient décomposés en ta-ya-na et ta-wa-re. Mais raika « tordu », dérivé de *RIKI « entortiller, tourner » et nauka « rabougri » de *NUKU étaient décomposés en rai-ka et nau-ka.

Cette théorie de la perte était ainsi historiquement justifiée dans de très nombreux cas et constituait un compte-rendu raisonnable de la façon dont les formes des mots avaient été inventées ou construites par combinaison et de la manière dont elles avaient été modifiées au cours de leur transmission. Mais en de nombreux points elle était historiquement erronée. Par exemple, dans la plupart des cas, les groupes de consonnes initiaux n’étaient certainement pas produits par perte vocalique, pas plus que l’infixation nasale médiane, importante caractéristique du quenya, comme dans mante « mangea » en lien avec √mata. Dans la période formative, les voyelles avaient manifestement aussi été utilisables par elles-mêmes en tant qu’éléments signifiants ; et quoique les voyelles aient largement été employées comme additions modifiant les radicaux de base, le fait qu’il n’existait que de rares mots indépendants de structure purement vocalique était simplement dû au petit nombre des voyelles.

Telle était la situation lorsque Fëanor, au début de sa carrière, tourna son attention vers les questions de langage et d’écriture. Il est dit qu’il progressa bientôt loin au-delà des maîtres du savoir de son temps. Il fit des recueils de tout le savoir, oral et écrit, concernant le quenya des jours anciens et étudia en détail ses liens avec le telerin. Étant alors dans ses jeunes années, avant l’époque de son mécontentement, il est encore dit s’initia à la langue des Valar « plus que tout autre des Eldar d’Arda ». C’est d’Aule qu’il obtint essentiellement cela (Note 2), élargissant ainsi ses vues par l’expérience d’une langue entièrement différente de sa langue maternelle par ses sons et par sa structure. Mais Fëanor se tourna bientôt vers d’autres sujets ; et dans tous les cas son intérêt premier allait vers l’écriture, dans ses aspects pratiques et décoratifs plutôt que comme transcription phonétique exacte. Non pas qu’il se soit désintéressé de l’analyse phonétique. Dans ce domaine, il était en effet supérieur à tous ses prédécesseurs ; l’alphabet, ou système alphabétique, qu’il devisa9) permettait l’expression de beaucoup plus de sons individuels que n’en comportaient réellement le quenya ou le telerin. Évidemment, étant d’abord conçu pour leur représentation, il était naturellement conditionné dans une large mesure par le caractère phonétique et la portée de ces langues.

Dans le mode qu’il proposa pour la représentation pratique du quenya il utilisa l’analyse syllabique de ses prédécesseurs, déjà incorporée dans l’ancienne écriture rúmilienne, mais il fit cela essentiellement pour des raisons de compacité et de brièveté. Les « lettres » de base étaient des consonnes, tandis que les voyelles étaient indiquées par des signes diacritiques, habituellement écrits au-dessus de la consonne les précédant (c’est-à-dire, suivant l’ancienne terminologie, indiquant sa « couleur »). Là où une voyelle n’avait pas de consonne précédente, il était fait usage du dispositif déjà mentionné, par lequel les signes vocaliques étaient attachés à la lettre . Mais dans le système fëanorien ceci n’avait plus de valeur consonantique et devint simplement un « porteur » pour plus de facilité d’écriture. Fëanor rejeta en effet la théorie voulant que les penye tengwi10) fussent toujours dus à une perte consonantique11). (Note 3)

En dépit de la méthode habituelle d’écriture, Fëanor estimait en conséquence que les voyelles étaient toutes des tengwi ou éléments de construction du mot indépendants, quoique de fonction différente. Il appelait les voyelles óma-tengwi or ómear ; et les consonnes ñáva-tengwi ou ñávear12). C’est-à-dire celles qui dépendent principalement de la résonance de la voix et celles qui dépendent principalement des mouvements de la bouche (y compris les lèvres)13) (Note 4). Il remplaça ultérieurement ñávear par le mot inventé patakar, considérant (comme dans son alphabet) que p, t, k représentaient les principales positions de contact ou de friction consonantique14).

Fëanor devisa en fait « pour les Maîtres du Savoir » des lettres individuelles indépendantes pour les voyelles, distincte des tehtar15). Ce quanta sarme ou « écriture pleine » était effectivement surtout utilisé par les Maîtres du Savoir dans des buts spécifiques, jusqu’à ce que plus tard en Terre du Milieu les lettres fëanoriennes soient appliquées à d’autres langues, comme le sindarin, pour lequel la méthode diacritique était peu pratique pour indiquer les voyelles16).

Parmi les autres opinions ou découvertes de Fëanor, deux peuvent être mentionnées. Toutes deux découlèrent de sa conception du processus qu’il appelait « renforcement » (antoryame). Il disait que l’examen des liens croisés entre les radicaux et entre les dérivés d’un même radical rendait manifeste que les « constructeurs de mots » avaient délibérément enrichi ou « renforcé » telle ou telle composante phonique (suivant son caractère propre), pour une emphase ou simplement pour une différenciation. Les cas les plus simples étaient ceux dans lesquels un son avait simplement été allongé : comme dans la relation entre *mātā (le radical de la forme continue « est en train de manger ») et le radical supposé *mata. Là où la voyelle était allongée, ce processus avait été envisagé, mais Fëanor considérait que ce principe n’était pas différent de cas comme *grottā à côté de *grotā, dérivés du radical *(g)roto17), ou comme *lassē, q. lasse « feuille », dans lequel la consonne médiane avait été allongée. Il était absurde de décomposer ceuxEmphase (italique)-ci en go-ro-to-ta, go-ro-ta, la-sa-se. Leurs vrais liens avec les formes les plus simples étaient *rot > +RoT-ā ; *las > laS-ē. (Note 5)

Dans gr- comme variation de r-, Fëanor vit un cas d’une autre méthode de renforcement : la construction de ce qu’il appelait « mélanges » (ostimi). C’est-à-dire la confluence de deux éléments qui pouvaient phonétiquement être analysés (sans référence à l’intention ou à l’effet) comme des gestes ou mouvements séparés, en une combinaison qui était supposée avoir et avait effectivement un effet et une signification unitaires. D’autres exemples qu’il cita concernaient les liens entre les initiales st- et s- ou t-, gl- et l-, ky- et kw- et k-. Mais il était particulièrement impressionné par les combinaisons nasales, notamment mb, nd et ng, et souligna qu’en quenya ces dernières étaient extraordinairement fréquentes comme renforcements tant de m, n, ñ que de b, d, g, étant en fait préférées aux simples allongements mm, nn, ññ et bien plus fréquentes que bb, dd, gg. Par exemple, il affirma que rondo « salle voûtée » n’était pas ro-no-do, pas même ron+do, mais en lien avec le radical *ron existait roNo avec « mélange » (ostime) ou diphtongue (ohlon) (consonantique) employée pour le renforcement de n.

Fëanor employait les mêmes termes, ostime ou ohlon, pour les diphtongues vocaliques. Il tendait à les considérer comme étant toutes du même type. Il reconnaissait bien sûr qu’elles pouvaient être produites par la perte (ou l’absence) d’une voyelle après les formes consonantiques de i et u : J et W, mais il était d’avis que beaucoup des radicaux supposés ayant une forme comme *Tuyu, *Taya (selon les opinions anciennes) étaient réellement monoconsonantiques à l’origine ; c’est-à-dire que *tai avait été un radical utilisant un ohlon, mais était comparable à « main », qui utilisait juste une voyelle allongée. Il souligna que dans tous les cas les ohloni de voyelles pouvaient être produites par contact de voyelles avec un ĭ, ī ou ŭ, ū additionnel et sans que soit perdue une consonne intermédiaire : comme (disait-il) dans « lèvre » à côté de peu « les deux lèvres, l’ouverture de la bouche ». (Note 6)

Fëanor vit toutefois que ces points n’expliquaient pas la position spéciale de ai et au vis-à-vis des i et u de base. Ceux-ci avait manifestement été renforcés, disait-il, d’une manière similaire à, mettons, d > nd, par préfixation d’un autre élément qui se combinait avec le i ou le u : raika en lien avec *RIK était *rIk+ā, avec ai au lieu d’un simple allongement comme dans iríkie « a tordu ». C’était au cours de son investigation de ce point par comparaison avec le telerin qu’il vint à la conclusion qu’au cours de la période primitive, non seulement des radicaux comme *RIK, *RUK avec des i, u de base avaient été capables d’employer un ohlon au lieu d’un simple allongement, mais aussi des radicaux comme *REK et *ROK. Cependant, les ohloni a͡e, a͡o, ne s’étaient pas montrés durables et devinrent des voyelles longues. Cependant, par une divergence qui remontait probablement fort loin, , devinrent œē long près de ā ») et ǭō long près de ā ») dans la branche vanya-noldorine, lesquels furent ensuite identifiés aux ē et ō normaux. Dans la branche telerine, les deux étaient devenus ā. Ces ē et ō qui étaient représentés par ā en telerin furent longtemps connus comme les « e et o de Fëanor ». Leur existence fut plus tard confirmée par l’investigation du sindarin et du nandorin. Plus tard, les Maîtres du Savoir furent inclinés à penser que ces , n’étaient pas des développements très primitifs, mais comparativement tardifs et dus à l’analogie avec ai : i et au : u.

Les exemples de ai, au de cette origine n’étaient pas très nombreux. Ils étaient principalement « intensifs », comme dans rauko « créature très terrible » (*RUK), taura « très puissant, vaste, de puissance ou taille démesurée » (*TUR). Certains étaient « continuatifs », comme pour Vaire « Toujours-tissant » (*WIR). Les exemples de œ, ǫ étaient plus rares, si on les limitait aux cas indubitables, comme le q. méla « aimant, affectionné », tel. māla (*MEL) ; le q. kólo « fardeau », sind. caul « grand fardeau, affliction » < *kālō (*KOL). Sur le lien entre le nom Orome et la forme sindarine Araw (qui présente probablement un développement similaire ǫ > q. ó mais tel. ā) voir la note ci-dessous sur le valarin18). (Note 7)

Notes de l’auteur à l’extrait tiré de « Quendi & Eldar », App. D

Note 1

Un exemple donné par des commentateurs ultérieurs, probablement tiré de l’iglishmêk, est un dressement léger de l’index de la main droite immédiatement suivi par un mouvement semblable de l’index de la main droite : cela signifiait « j’écoute ». Mais si les doux mouvements étaient effectués simultanément, cela voulait dire « écoute ! »

Note 2

Toutefois la légende tardive selon laquelle Aule lui fit aussi connaître la langue qu’il avait créée pour les Nains pourrait être une addition due à la renommée de Fëanor.

Note 3

Il est rapporté (par Pengolodh) avoir affirmé : « les mots peuvent être décomposés en leurs tengwi, mais je dirais plutôt qu’ils ont une ou plusieurs chambres et la voyelle est l’espace dans chacune, tandis que les consonnes en sont les murs. On peut vivre dans un espace sans murs, mais pas dans des murs sans espace : kt est seulement un bruit, à peine audible dans un discours normal, mais ket peut avoir une signification. En construisant les mots, nos pères prirent par conséquent les voyelles et les séparèrent avec les consonnes comme murs, mais pour eux le début et la fin des mots étaient des divisions suffisantes, quoique les moindres qui puissent être autorisées. Le début des mots était le plus fort, comme nous le constatons du fait que les voyelles du début disparaissent rarement, tandis que celles de la fin s’évanouissent souvent, n’ayant pas de mur du fond pour les contenir. »

Note 4

Principalement : la partie jouée par la langue pour produire certaines qualités de voyelles et par la voix dans certaines consonnes était bien sûr reconnue.

Note 519)

Plus tard, bien qu’étant généralement d’accord, les maîtres du savoir considérèrent que gr- / r- était une variation modelée sur gl- / l-, le renforcement originel d’un r- initial étant dr- (souvent observé en sindarin).

Note 6

Il avait bien sûr raison sur ce dernier point, quoique l’exemple peu fût incorrect (voir ci-dessous), mais plus tard les Maîtres du Savoir (qui suivaient généralement ses opinions) abandonnèrent ses vues sur les radicaux avec J ou W médian lorsque les origines quendiennes eurent été investiguées plus en détail à la lumière de leur connaissances d’autres langues, comme le sindarin et le nandorin. L’opinion ultérieure était qu’en fait les « radicaux pleins » (désignant par là les radicaux nomino-adjectivaux ou verbaux) étaient en réalité rarement voire jamais monoconsonantiques à la fin du développement commun du quendien primitif ; par exemple, « main » était perçu comme une contraction d’un *maha plus ancien après perte du h intervocalique (un son que Fëanor ignorait exister en quendien), qui était préservé devant t, comme dans mahta- « manipuler, manier, gérer ». Il était reconnu que était une contraction similaire de *peñe et le duel peu de *peñū, le ñ originel étant discernable dans le radical « renforcé » penga- « faire la moue » et le q. peñquanta « plein à ras bord, à la bouche pleine ».

Note 7

Certains des maîtres du savoir étaient de l’opinion que si la théorie de Fëanor était exacte, la limitation du « renforcement vocalique » à la préfixation des a internes était difficile à comprendre et qu’il devrait y avoir des exemples d’ajout de i, u : ei, ai, oi, ui à partir des e, a, o, u simples et ou, au, eu, iu à partir des o, a, e, i simples. Aucun exemple certain d’ajout de u ne peut être fourni, quoique cela puisse s’expliquer par le fait que l’eldarin (et probablement le quendien primitif) présentait une préférence pour les diphtongues se terminant en i et évidemment pour j plutôt que w en tant qu’élément suffixal. Des exemples fournis pour un ajout de i, peu sont convainquant ou exempts d’une autre explication également probable. Le meilleur exemple est *maikā, q. maika « lame d’un outil ou arme coupant, en particulier lame d’épée » en lien avec *MAK « couper, trancher au moyen d’une arête aiguë », q. « tranche avec une épée », makil « épée », makar « épéiste ». Il est impossible de trouver une autre origine pour maika et il ne peut s’agir d’un mot très précoce formé à partir de matériaux disparus. Certains maîtres du savoir le mirent en relation avec un petit groupe de formations « désiratives » supposées anciennes avec intrusion de i qui méritent aussi d’être considérées : q. maita « affamé » (*MAT), soika « assoiffé » (*SOK « déglutir, ingurgiter, boire »), mína « désirer commencer, empressé d’aller » et mína- v. « désirer aller dans une certaine direction, souhaiter aller quelque part, se diriger vers ; avoir un certain but en vue » < *meinā (*MEN « aller »). Maika s’interpréterait ainsi par « empressé, capable, prêt à couper » et l’on pourrait fort bien le mettre en relation avec l’idée souvent vue dans les contes anciens que les épées étaient avides ou assoiffées.

Glossaire éditorial à l’extrait tiré de « Quendi & Eldar », App. D

Tous les mots et éléments suivants sont en quenya sauf indication contraire.

Appendice : Mots noldorins pour le Langage

Ce texte, germe de l’App. D, apparut sous la forme d’une longue note à une phrase sur le recto d’une page manuscrite, numérotée 6 à l’origine (mais re-numérotée 18 après l’ajout de douze pages avant elle), dans la première liasse de matériaux manuscrits de « Quendi & Eldar ». Cette phrase indique : « Il est par conséquent difficile de voir comment [le mot quenya] parvint à acquérir son sens exclusivement linguistique, à moins que le radical *kwen- à partir duquel il est formé (il y probablement longtemps, étant en fait le plus ancien mot elfique pour « langue, langage ») eût jadis une connotation linguistique. En regard du mot language [fr. « langue, langage »], Tolkien inséra un astérisque et ajouta la note correspondante en bas de page : « Voir dans “l’Appendice”. » Au verso, numéroté 7, après un autre astérisque, Tolkien commença le développement de ce qui devint le texte donné ci-dessous. Cependant, ce premier effort fut infructueux, succombant aux suppressions, à une écriture de plus en plus pressée et dégénérant rapidement, ainsi qu’à des notes plus ou moins lisibles entassées dans les quatre marges ; le tout fut finalement biffé à plusieurs reprises.
Cette note, à nouveau précédée d’un astérisque, fut alors recommencée et cette fois complétée sur quatre pages manuscrites initialement numérotées de 7 à 10 (subséquemment re-numérotées de « 18(a) » à « 18(d) »). Dans la marge supérieure de la première, Tolkien écrivit et biffa subséquemment les mots « Notes à suivre p. 6 ». À la droite de cela il écrivit « Appendice » et en dessous « Mots noldorins pour le Langage ». Au-dessus de l’ensemble il écrivit « Appendice à Quendi ». Le texte de la note complétée est donné ici, en citant dans les notes éditoriales les variantes intéressantes de la première tentative inachevée. Comme précédemment, les notes de Tolkien sont rassemblées à la fin de ce texte, après quoi sont fournis un glossaire des formes elfiques avec références linguistiques croisées et un commentaire.

En q. et en sind. le mot *lambē (q. lambe, sind. lam(m)) était employé pour la langue ou le dialecte d’un pays ou peuple spécifique. C’était simplement le mot pour la langue physique (dérivé de √lab « lécher, remuer la langue »), qui n’était pas connecté à l’origine avec lam « son »21), bien qu’il lui soit associé. Cet usage de lambe « langue » se référait sans nul doute aux habitudes discursives de différentes langues22), qui rendaient les langues [physiques] de leurs locuteurs plus adeptes à produire des sons et combinaisons qui leur étaient familières ; lambe n’était ainsi jamais employé pour le « langage » en général, mais seulement pour les différentes formes de parler et était toujours joint à un adjectif qualificatif ou à un génitif, comme « leur langue, les langues elfiques, la langue des Ñoldor, etc. »

Pour « langage » en général, les maîtres du savoir ñoldorins des temps ultérieurs, ayant désormais23) connaissance non seulement de divers dialectes et langues elfiques mais aussi de plusieurs langues des autres Incarnés (comme les Hommes et les Nains)24), usaient des termes teñgwele, teñgwesta et lambele. Teñgwele était le nom le plus général, employé pour embrasser le Langage sous tous ses aspects. Teñgwesta était appliqué plus spécifiquement à sa structure, y compris ce que nous appellerions morphologie et grammaire. Lambele concernait les aspects « phonétiques ».

Teñgwele était un dérivé de la base √TEÑ « représenter, dénoter, indiquer (par signe), etc. » Selon l’analyse ñoldorine une langue et tout le Langage était composé d’un nombre limité (en pratique) de teñgwi vocaux (Note 1)25) : teñgwele était ainsi un mot général pour le groupement ou la composition de teñgwi en un système linguistique. Les noms formés avec la terminaison -lē semblent au sens propre avoir été universaux et abstraits26), quoique naturellement dans l’usage commun ils désignassent souvent des objets particuliers. Comme quenta « une narration, une histoire », quentale « narration, Histoire » : mais quentale Ñoldoron / Ñoldorinwa « l’histoire des Ñoldor ». Teñgwele cependant, étant un terme technique des maîtres du savoir linguistique, conserva son sens théorique général et pour les langues spécifiques lambe était utilisé. De même, le lambele technique ne devint pas un équivalent de lambe (dans son sens linguistique) mais demeura un mot général pour ce que nous appellerions « phonétique », tout en considérant les effets du dessein, de la sélection, de la prédilection (préférences esthétiques) et de la signification sur la nature et l’usage des teñgwi. À l’origine, teñgwesta n’était pas un mot général, mais signifiait « tout groupement particulier, collection ou arrangement de teñgwi ». Chaque lambe avait ainsi son propre teñgwesta (ou exemplification de teñgwele). Mais puisque le teñgwesta vint à être spécifiquement appliqué à l’usage d’éléments linguistiques selon leur signification et leur fonction (la remarque ci-dessus sur la force de - est un point de teñgwesta) ce mot vint à être utilisé par les Maîtres du Savoir non seulement pour la « grammaire », largement considérée, de toute langue décrite, mais pour la Grammaire en général, y compris ses considérations historiques, en particulier dans la mesure où elles aidaient à expliquer les caractéristiques réelles d’une langue à la période considérée.

Ainsi quentasta serait employé (pas quentale) pour tout arrangement particulier (par quelque auteur) d’une série de documents ou d’attestations en un compte-rendu historique donné27). De la sorte quentale Ñoldorinwa signifie toujours « cette partie de l’Histoire qui concernait les Ñoldor (la série réelle d’événements et d’expérience) », mais l’Histoire des Ñoldor d’Ingoldo serait Ñoldo-quentasta Ingoldova.

Un teñgwe était l’élément linguistique « tel qu’il est parlé ou entendu ». Dans l’analyse antérieure et en appliquant spécifiquement les vues ñoldorines sur la structure de base du quenya, ce mot semble avoir été appliqué pour chacune des consonnes « de base » réelles ou supposées, suivie de l’une des voyelles « de base » ; ainsi ta, te ; ko, ku, etc. Mais lorsque l’état réel du quenya et d’autres langues fut analysé, indépendamment des théories sur leur origine, cela fut abandonné et teñgwe s’appliqua à chaque « son vocal » selon sa structure phonétique, son appréciation et son effet auditif.

Puisque les voyelles continuaient à être nommées pennar (Note 2), teñgwi vint à être appliqué spécifiquement aux éléments consonantiques, un processus assisté par le système d’écriture fëanorien (de même que ce système fut lui-même affecté par les premières analyses syllabiques). Mais dans les comptes-rendus plus techniques les voyelles étaient dénommées ómateñgwi et les consonnes lambeteñgwi. C’est à dire, les éléments dépendant principalement de l’óma « voix, résonance des cordes vocales » et ceux principalement caractérisés par les positions de la langue ; sauf bien sûr qu’il était reconnu que les configurations de la langue différenciaient les qualités vocaliques, tandis que la résonance vocale jouait un rôle dans le caractère de nombreuses consonnes. (D’autres termes, reconnaissant ces caractéristiques, étaient parfois employés, comme : musse teñgwi « éléments doux » ou lehta teñgwi (lehtar) « éléments libres, libérés » pour les voyelles et sarda teñgwi sons durs ou tapta teñgwi (taptar) « éléments bloqués » pour les consonnes. Mussi [pl.] « doux » et Sarde « durs »28) n’étaient cependant pas précisément équivalents à lehtar et taptar. Mussi comprenait les continues (voisées) ou « semi-voyelles » : l, r, m, n, (ŋ), y, w, qui pouvaient fonctionner vocalement quoiqu’à l’exception de y, w (en tant que i, u) cela n’avait pas lieu en quenya.)

A l’écriture la forme teñgwa était employée. Cela désignait tout signe visible représentant (théoriquement) n’importe quel teñgwe audible. Elle était habituellement appliquée aux signes consonantiques, puisque les voyelles étaient représentées par des « marques » différentes (tehtar) placées sur ou sous les teñgwar dans le mode le plus souvent usité pour écrire le quenya.

Notes de l’auteur à « Mots noldorins pour le Langage »

Note 1

Pluriel de teñgwe [< teñ-wē] « signe, trace, témoignage ».

Note 2

Du fait que des mots pouvaient exister sans consonne et que, même selon leur analyse des « bases », nombre d’entre elles n’avaient pas de consonne initiale, les premiers théoriciens (a) incluaient dans la liste des teñgwi les voyelles de base isolée ou (b) supposaient l’ancienne présence de ce qu’ils appelaient une consonne « silencieuse » ou « disparue ». Pour cela, ils employaient le signe (lettre) h_, représentant [ʒ] à l’origine, qui avait en fait (ainsi qu’ils le savaient) jadis existé dans leur propre dialecte quenya, et expliquaient la relation entre de nombreux mots en ñoldorin qui commençaient par une voyelle, là où le dialecte telerin avait g-. Mais cela n’expliquait pas tous les mots sans consonne initiale ou les mots avec uniquement une consonne initiale et pas de médiale. Ainsi le terme ñoldorin pour voyelle, notamment isolée en tant qu’élément linguistique, était penna (sc. penna teñgwe) « manquant », un teñgwe sans sa concomitante normale.

Glossaire éditorial à « Mots noldorins pour le Langage »

Tous les mots et éléments suivants sont en quenya sauf indication contraire.

Voir aussi

Sur Tolkiendil

Sur le net

1) La référence renvoie à la « Note sur la “Langue des Valar” » [angl. « Note on the “Language of the Valar” »] (WJ, p. 397–407).
2) Voir la brève discussion de la structure elfique de base au début de l’App. D (WJ, p. 391–392).
3) Le manuscrit intermédiaire donne le singulier correspondant penya tengwe « un signe manquant ou inadéquat ».
4) Le « Glossaire » de l’Athrabeth fait dériver le nom de Vala Mandos (radical mandost-) de mbandō « prison, sauvegarde » et osto « un bâtiment ou place fort ou fortifié » (MR, p. 350).
5) Dans le manuscrit intermédiaire la forme telerine initialement écrite était galda, mais celle-ci fut immédiatement remplacée par galla.
6) Arden Smith écrit : « Aucun caractère de ce type n’apparaît dans les matériaux rúmiliens disponibles, qui datent pour la plupart du début des années 20. Dans ces manuscrits, les « porteurs » sont systématiquement représentés par de simples traits, verticaux ou horizontaux, comme l’illustre le VT 37, p. 22. Cependant, la valeur [ʒ] est toujours représentée par un signe très différent, qui possède la plupart du temps la forme q. » N.d.T. : Ce signe ressemble toutefois grossièrement au sarat du porteur court vertical, dont les empattements auraient considérablement été exagérés, ce que confirme la reproduction du tengwa représentant le porteur court (telco) au §14 de ce texte.
7) Le manuscrit intermédiaire a ici « penye tengwi ou (ainsi qu’ils étaient souvent nommés, utilisant penya comme nom technique) les penyar ».
8) Dans ce paragraphe, les radicaux *TUJU et *TAJA sont des remplacements effectués par Tolkien de *TUYU et *TAYA (qui étaient aussi les formes du manuscrit).
9) Le manuscrit intermédiaire a « devisa et transmit aux Eldar ».
10) Le manuscrit intermédiaire a penyar.
11) Le manuscrit intermédiaire continue ici : « C’est à lui qu’on dit devoir les noms de voyelle et de consonne en tant que types distincts d’éléments de construction des mots. »
12) Dans le manuscrit intermédiaire, les consonnes sont pávatengwi ou pávear. Ce sont aussi les premières formes données dans le dactylogramme, avant que celles-ci ne soient changées en ñáva-tengwi et ñávear.
13) Le manuscrit intermédiaire donne « bouche, páva (y compris langue, lèvres et dents) », páva étant une insertion ultérieure.
14) Dans le manuscrit intermédiaire, cette phrase se termine par « les trois principales positions de contact consonantique en quenya. »
15) Le manuscrit intermédiaire ajoute « ou ómatehtar, mais celles-ci étaient surtout utilisées par les Maîtres du Savoir (e.g. pour coucher sur le papier des propos qui étaient jusqu’ici restés oraux). »
16) Le reste de la version dactylographiée de cet extrait ne possède aucun précédent dans le manuscrit intermédiaire, qui poursuit depuis ce point avec le texte correspondant à la conclusion de l’App. D (WJ, p. 396–397). Dans le manuscrit, le nom du membre le plus éminent des Lambengolmor, appelé Pengolodh dans le dactylogramme, est appelé « Thingódhel (ou Singoldo) » (cf. WJ, p. 419 n. 25) et est réputé avoir collecté beaucoup de matériaux linguistiques « avant la chute d’Angband et le départ de la majeure partie des Eldar de Terre du Milieu » (cf. WJ, p. 397).
17) Une note sur « Quendi & Eldar » cite l’élément eldarin commun (g)rotā « excavation, demeure souterraine » et le verbe *groto « creuser, excaver, forer », ainsi que le sindarin « *groth < *grottā (une forme intensive de grod < *grotā) “une large excavation” » (WJ, p. 414–415 n. 26).
18) Cf. WJ, p. 400.
19) Il s’agit d’une note ultérieure, ajoutée dans la marge avec un stylo-bille rouge.
20) Concernant la signification complète et précise d’ëa « il est, existe » et les difficultés l’entourant au même titre que d’autres termes cosmologiques dont Christopher Tolkien discute dans Morgoth's Ring (p. 37–38 et plus loin en p. 39, 62–64), il est adéquat de citer ici l’une des quelques notes très tardives insérées dans le dactylogramme de « Quendi & Eldar » (l’un des feuillets est une notice de publication datée de mars 1968) ; celle-ci commence par :
ilū- toute chose, tout, le tout. Cela est plus qu’ëa, qui est toute la « nature » mais n’était pas considérée inclure les [âmes ?] et esprits. ilu comprend Dieu, toutes les « âmes » & esprits ainsi qu’ëa. iluisa « omniscient », ilúvala « omnipotent », ilukara « créateur de tout ». ilya = « chaque, tous, l’ensemble d’un groupe spécifique de choses », cf. LG [i.e. la Lamentation de Galadriel] ilye tier « toutes les routes, chemins » (sc. entre la Terre du Milieu et Aman).
Dans le dactylogramme de « Quendi & Eldar », ilúve « totalité, le tout » est dit être « un équivalent d’ » (WJ, p. 402).
21) La première version cite « √lam “son” : q. láma “un son”, mais en particulier un son vocal ». Cf. LAM- (RP, p. 417).
22) La première version ajoute « ou de langues divergentes ».
23) Tolkien altéra le « maintenant » original en « désormais».
24) Dans la première version, cette phrase commençait par : « Le mot pour “langue” en général [supprimé : d’une sorte similaire à la langue elfique et incluant donc le parler des Hommes, des Nains et même des Orques.]… »
25) Dans la première version, cette phrase donne : « Dans leur analyse [i.e. celle des Maîtres du Savoir linguistique ñoldorins], une langue était bâtie à partir d’un certain nombre d’éléments, appelés chacun teñgwa ou teñgwe. » Une note dans la marge inférieure, se référant apparemment à cela, dit : « teñgwe pl. teñgwi était le terme plus abstrait ou phonétique. »
26) La première version affirme que « Les abstraits construits avec la terminaison (a)le, (e)le sont à proprement parler des universaux, de sorte que tengwele = la composition, le groupement de tengwi en une langue [composée ?]. »
27) De ce que Tolkien dit ici des quentasta et teñgwesta, il semble qu’on pourrait hypothétiquement isoler une terminaison quenya en *-sta indiquant un « groupement spécifique, collection ou arrangement d’exemples du nom auquel il est suffixé ». Notant que le q. –st- correspond parfois au nold. / sind. –th (cf. q. hosta « grand nombre », nold. hoth « troupe, foule » (RP, p. 413–414 s.v. KHOTH-), sind. hoth (CLI, p. 349 n. 24 et aussi le q. nasta « fer de lance, langue de terre, triangle », nold. / sind. naith « langue de terre » ; RP, p. 443 s.v. SNAS-, SNAT- ; SdA, p. 379, 381), il semble raisonnable de se demander si une telle terminaison pourrait être apparentée au suffixe sindarin –ath, que Tolkien décrit être « originellement un suffixe nominal collectif », employé en sindarin en tant que « pluriel de groupe, embrassant toutes les choses du même nom ou celles associées suivant un arrangement ou organisation spécifique » (RGEO, p. 74–75). Dans une lettre datée du 17 décembre 1972, Tolkien note que –ath n’est pas une terminaison duelle, ni n’est apparenté au q. atta « deux », mais est plutôt « un suffixe collectif ou de groupe » (Lettres, p. 597).
28) Les gloses de « Mussi » et « Sarde » étaient initialement « doux » et « dur », plus tard corrigés respectivement en « doux » pl. et « durs ».