Le fringuant héros

LE FRINGANT HEROS


Un texte de Chiara Cadrich

DC. Début septembre 1422, dans une pâture du Père Chaumine…

Je suis bien dans mon carré de prairie. J’y galope à mon aise. J’y repère les mottes des taupes. Je renifle l’écorce de mes pommiers – moi j’aime ça les pommes ! J’ai reconnu les bornes de mon domaine.

Elle est riche, ma pâture, il y a un peu de tout - du trèfle, des herbes hautes… Et puis en hiver, j’ai des bottes dans ma cabane. Elle est rassurante et confortable ma petite cabane. C’est mon maître qui l’a construite. Je l’aime, mon maître. Je l’attends, il arrive.

Mon maître, il m’a confié un trésor. Il est fier de moi, mon maître ! Il m’a dit :
-« Bill, mon gars, je plante deux rangées de potates ! C’est mes plus belles ! Tu manges la luzerne, mais tu touches pas aux potates ! Et puis tu les gardes ! Personne touche aux précieuses potates ! »

Alors je lui garde, à mon maître! Je l’aime, il arrive.
Au début, j’ai encensé sur les potates… Ben oui, sinon on sait pas que c’est moi qui les garde ! Mais mon maitre n’était pas content… Alors je le fais plus. Gentil maître ! Bon maître, mon sauveur ! Il arrive, je l’attends… Mais qu’est-ce qu’il fait ?

Parfois il amène le bout d’chou. C’est tout petit, c’est mignon ! Ça fait peur au début, ça remue et ça crie! Mais je l’ai senti - une douce odeur de lait et d’anis, décidée et rieuse, tendre comme un petit poulain ! Je l’aime, mon maître. Il arrive, je l’attends. Mais qu’est-ce qu’il fait ?

Mon maître tient au Bout d’chou encore plus qu’à son trésor, alors je lui garde aussi ! Mon maître le met sur mon dos, en le gardant dans ses bras. Je hennis tout doucement quand le bout d’choux s’accroche à mon crin. Ce serait bien des petits poulains, partout dans ma prairie…

Ah ! Je l’entends, il arrive ! Je reconnais son auguste pas, égal sur le chemin, avec son Bout d’chou sur les épaules et sa bêche à la main !

.oOo.



Ce soir-là, Maître Samsagace rend visite à Bill, son compagnon d’équipée. Hennissements, piaffements et petite caracole autour du trésor fièrement gardé. Elanor rit de frayeur et de ravissement en donnant une pomme au gros glouton, tirant même un sourire au pâle oncle Frodon.

Le Bout d’chou hissé à cru, la fine équipe arpente le sentier, gravissant la colline sous la lueur complice de la lune. Les brumes du soir sont plus enivrantes, les senteurs de la terre plus exaltantes que d’ordinaire – un parfum de jeunesse et d’aventure ravigote la foulée alourdie d’un poney choyé et empâté.

La petite compagnie s’enfonce à la brune sous les frondaisons des collines vertes. Bientôt la route serpente à flanc de coteaux, au rythme paisible d’un Bill radieux sous le babil ravi d’Elanor. Frodon s’avance, son visage émacié sous l’astre blafard. Il sait que Sam le surveille du coin de l’œil – un mauvais souvenir est si vite ravivé…
Un glapissement saisit hommes et bête ! La lune blême voile sa face de nuées tremblotantes. Alors Frodon en nage tire de son sein une petite pierre blanche au bout d’une chaine… L'ancien porteur de l'anneau halète, le souffle court et inquiet, les yeux dans le vague. Mais un chant des elfes s’épanouit au loin, transperçant les ombres de sa limpide éternité.

Bientôt, environnée de lucioles, la compagnie foule les fleurs impérissables sous les lueurs vespérales d’un autre âge du monde. Baignés des senteurs de pin et délassant leurs pieds sur la mousse bordant l’eau vive, les hobbits se rassasient de lumière dans le regard de leurs hôtes.

Les vierges elfiques forment un chœur attendri autour de l’enfant hobbit, s’émerveillant de cette petite elfe égarée dans une famille mortelle. Son gazouillis innocent éveille une ronde d’hymnes caressants. Autour de l'azur de son jeune regard ébahi, les mains graciles et expertes des elfines, tressent ses courtes mèches blondes en un soleil radieux.

Sam s’abandonne aux merveilles de ce rêve éveillé, ému aux larmes de le partager avec sa petite fille. Jamais il n’eût pu confier cette indicible béatitude. Délaissant le gazon de la clairière et les fruits des étranges saisons des Hauts-Elfes, Bill dresse ses oreilles au son des pipeaux et des contes glorieux de jadis. Frodon, haletant et reconnaissant, laisse se répandre le baume des voix et des paroles elfiques sur les plaies de son âme meurtrie.

Sous les frondaisons bénies, lassés de leurs labeurs en ces terres blessées, les Noldor laissent s’éteindre les derniers flambeaux de leur orgueil. Gildor et les siens se languissent des demeures séculaires de leur peuple outre-mer, irradiant d’un espoir inaccessible aux mortels. Pourtant le front grave du Seigneur elfe, acquiesce avec bienveillance aux suppliques de Frodon, qui déjà porte son regard troublé au-delà des jours de ce monde.

Aux premières lueurs de l’aube, qui perle de rosées lilas les gris indistincts de la nuit, les elfes repartent préparer leur ultime périple.
Au seuil de la clairière, Bill le poney, qui veille sur les hobbits endormis, adresse un dernier salut aux Noldor.

Alors Gildor fredonne à son oreille un air de sérénité, de longévité et d’espoir. Puis, lui octroyant un étrange pain des elfes, il bénit le poney en disant :
« Compagnon, puisses-tu aider ton Maître et sa famille dans leur dernière épreuve, lorsque seul l’Ami fidèle saura porter le fardeau des jours anciens… »

Quelques jours plus tard, Bilbon, Frodon, Gandalf, Galadriel, Elrond et de nombreux elfes s’embarquent aux hâvres… Bill ramène alors Sam au bercail, supportant avec tout l’amour d’un poney, le fardeau de son cher Maître et de son immense chagrin.

.oOo.



DC. Eté 1432, sur le chemin des Champs Verts au lac Nenuial…

-« Votre majesté, la gent Hobbit proteste de ses sentiments les plus amicaux et appelle de ses vœux l’établissement fructueux du Roy en ses demeures septentrionales ! »

Sam, affublé d’une ample veste de taffetas cramoisi, sur un ancien gilet de soie de Bilbon, sue à grosses gouttes sous son chapeau à plume verte. Parcourant avec grandiloquence et gaucherie le parchemin du discours rédigé par Merry, il regarde son auditoire avec appréhension.

Pippin éclate de rire:
-« Par pitié, Sam, enlève au moins cette fraise ridicule ! Même le Vieux Touque y avait renoncé ! »

Sam se sent comme une ablette dans le seau d’un marmiton, comme on dit à La Grenouillère – prêt à passer à la casserole. Il préfèrerait se trouver à trente lieues de là, en son foyer aux côtés de Rose, Elanor et de Frodon, son petit dernier.

Merry réprime un sourire et s’avance :
- « Tu n’as pas besoin de t’accoutrer complètement pour répéter, mon cher Sam ! Pour la révérence, il faut retirer le couvre-chef ainsi, puis il te suffira de t’incliner sobrement, comme ceci.
- Si mon pauvre Vieux pouvait me voir, il trouverait certainement à redire à propos de cette bimbeloterie et ces simagrées !
- Lorsque l’on se rend à Annuminas, capitale du Roi dans le Nord, pour participer à une cérémonie confirmant la concession de la Comté, on fait un petit effort vestimentaire, Monsieur le Maire Gamegie !
- Quel malheur pour moi d’être maire ! Je suis comme coupé en deux : revoir Maître Grand Pas serait une telle joie, mais je ne peux point apprendre toutes ces étiquettes d’ici trois jours ! »

Le plus célèbre jardinier de la Comté, embarrassé de sa rapière et irrité par ses dentelles, se dandine comme un majordome pris en faute. A ses côtés, Bill broute consciencieusement les trèfles gras entre les paquetages des hobbits, en se battant les flancs de son crin noir.
-« Pour ce qui est de l’étiquette, s’exclame Pippin, il te suffira de m’imiter, ma prestance naturelle suffira pour nous deux ! Après tout, on ne peut exiger du poney, d’égaler en un jour le coursier du Roi ! [1]»

Ces derniers temps, un certain succès auprès de sa cousine Adamante tourne un peu la tête du coquelet de Bourg-de-Touque. Merry s’apprête à lui rabattre son caquet, mais Bill se charge lui-même de ramener le tout jeune Thain à plus de modestie, en urinant sur son paquetage !

Ignorant la pluie de récriminations, Sam flatte l’encolure de son vieux compagnon avec un sourire narquois :
-« Mon brave Bill a beaucoup d’à-propos et de prestance naturelle, lui aussi ! J’ai parfois l’impression qu’il comprend tout ce qui se dit… En tout cas, ce voyage officiel lui redonne du tonus ! »

.oOo.



DC Eté 1443, quelque part sur la route entre Minas Tirith et Imloth Melui…

Pour cette royale partie de campagne, les gardes de la citadelle chevauchent à une distance respectueuse.

Aragorn -« Je suis très étonné que vous ayez pu l’emmener pour ce long voyage ! Il doit se faire vieux !

Sam - C’est comme qui dirait de la magie ! Mon Bill est sans doute le doyen des poneys de la Comté à présent ! Nous ne comptions pas l’emmener… Il avait le boulet très enflé le jour de notre départ, mais il a rué dans son box comme un forcené et s’est échappé pour nous rejoindre. Je n’ai pas eu le cœur de le laisser derrière… »

Elanor flatte tendrement l’encolure de sa vieille monture :
Elanor –« Sa santé s’est améliorée dès que nous avons pris la route ! A présent il parait fringuant comme un étalon de l’année ! La monture idéale pour une demoiselle de compagnie de la Reine !».

Peut-être la jeune hobbite voudrait-elle se voir offrir le Poney ? Les oreilles à l’écoute, Bill s’arrête au bord de la route et, au grand dam de sa cavalière, commence à brouter tranquillement. Le Roi sourit :

Aragorn – « Mais en bon vétéran, il ne manque jamais l’occasion d’une petite dégustation en chemin ! »

La Reine jette un regard ardant et lumineux à son époux :
Arwen – « Je comprends ce brave petit soldat ! Rester en arrière, lorsque ceux que vous aimez courent l’aventure, est une épreuve insupportable pour un cœur vaillant ! »

Puis elle hoche la tête d’un air pensif et ajoute comme pour elle-même :
Arwen - « Mais il a une mission envers son maître, et ne vous laissera jamais partir sans lui ! »

.oOo.



DC. Hiver 1482, après le décès de Rose Chaumine…

Je suis mal à l’aise dans mon carré de prairie. Les mottes des taupes ont gagné les précieuses potates. Par désœuvrement, j’ai grignoté l’écorce des pommiers à les en faire crever.

Elle est riche, ma pâture, mais j’ai perdu l’appétit. J’ai tourné et retourné autour de ma cabane. Ça ne me rassure plus de m’y réfugier. C’est mon maître qui l’avait construite. Je l’aime, mon maître. Je l’attends. Il ne vient plus.

Je sens qu’il est parti, très loin… Il ne serait pas parti sans son Bill, tout de même ? J’ai peur qu’il ait pris les routes vers l’occident… je le sens…

La dernière fois que je l’ai vu, mon maître n’était plus lui-même. J’ai bien senti qu’il était terriblement malheureux. Son regard éteint ne me voyait plus. Il fixait le vide d’un air absent, serrant dans ses poings une vieille couronne de fleurs séchées.

Lorsque je suis venu chercher une caresse, mon maître s’est mis à pleurer, son visage enfoui dans mon crin. Il a pleuré toute la nuit, aussi obstinément que la bruine qui nous recouvrait.

Au petit matin, sa fille ainée Elanor nous a retrouvés. Elle avait l’air effrayée et en colère, alors je lui ai fait comprendre qu’avec moi le Maître ne risquait rien. Mais elle m’a repoussé dans ma cabane en m’appelant « vieille bourrique » !

Puis elle a dit au maître : « Allons viens, Papa ! Tu ne dois pas rester seul ! Tu vas venir avec nous aux Collines de la Tour. Toute la famille Chênevert sera ravie de t’accueillir ! »

Je ne suis plus aussi vaillant qu’autrefois, mais je ne peux pas laisser mon maître seul pour son dernier voyage ! J’ai promis !

.oOo.



Chez Elanor Lesouches [2] et Fastred Chenevert [3], aux collines de la tour

Fastred -« Comment va-t-il ?

Elanor - Il n’a pas très bien dormi… Et il est resté immobile toute la matinée, le visage tourné vers le couchant à travers les carreaux.

Fastred - Propose-lui un peu de ton pâté de potates ! Il adore ça !

Elanor - Mon frère Merry m’a écrit que son vieux poney s’est sauvé… Je n’ose pas le lui annoncer – il l’aimait tellement, ça va lui faire un choc… »

Mais le soir même, un équidé étique descend la colline et pénètre dans la cour de la ferme pour s’y effondrer, épuisé.
Maître Samsagace lève ses yeux de la brume et se précipite pour secourir son vieil ami.

Cette nuit-là, enfin, les deux vieillards, hobbit et poney, dorment profondément, tous deux pelotonnés dans la paille. Le lendemain et les jours suivants, le dernier porteur de l’anneau, confondu par la fidélité, l’endurance et la longévité de son compagnon quadrupède, retrouve lui-même appétit et courage pour le requinquer.

Sous les yeux émerveillés d’Elanor, Fastred et leur famille, le vieux poney se rétablit et l’aïeul retrouve goût à l’existence. Chaque matin – lorsqu’il ne pleut pas !- Elanor les laisse se promener sur la lande, jusqu’à l’antique tour des elfes.

Lorsqu’elle apprend qu’au terme de ces escapades, son père grimpe au sommet de la tour d’argent pour contempler l’occident, pendant que Bill folâtre avec les petites pouliches blanches des anciens elfes des havres, Elanor manque se mettre en colère contre son mari. Le Gardien de la Marche de l’Ouest a prêté la clé de la tour à son père – cent quarante-quatre marches, à son âge !

Elanor entoure alors son père et le vieux poney de toutes les attentions, choyant, surveillant, bichonnant, invitant souvent le Thain et le Maître du Pays de Bouc, épiant, prévenant leur moindre désir.

Elanor sait pourtant, en son cœur, que l’on ne peut indéfiniment combattre la longue défaite. Lorsque Sam lui confie le livre rouge, dont le dernier chapitre est couvert de son écriture appliquée, sa fille aînée cache ses craintes et sa tristesse.

.oOo.



Ce matin, le vent d’est cingle sur l’estuaire. Des lambeaux gris accourent par-delà les tours, mugissant aux oreilles inquiètes de mes compagnes.

Mais je n’ai pas peur. J’ai parcouru les pistes. J’ai surmonté les collines. J’ai traversé les déserts sauvages. J’ai combattu et distancé les loups. J’ai retrouvé mon maître.

Aujourd’hui, sous les sifflements mauvais de l’orage, mon maître Sam me chevauche pour notre dernière équipée. L’éclair lâche ses traits meurtriers, mais mon maître s’accroche à ma crinière. Aujourd’hui c’est moi qui mène mon maître. Mes jeunes amies m’environnent et me guident. Je vole plus vite que les vents menaçants.

.oOo.



Les gouttes de pluie se mêlent aux larmes d’Elanor, comme elle se rue sous la tempête. Sam et Bill ont disparu. Elle pense bien où les trouver et grimpe la colline. Alors qu’elle atteint enfin la grande tour blanche, l’éclair s’abat sur son sommet dans un fracas assourdissant. Elanor se relève, tremblante, et appelle au seuil de la flèche immémoriale. Seuls répondent les roulements du tonnerre. Alors l’angoisse laisse la place au désespoir.

Après de longues heures de marche, Elanor atteint la grève. Il n’y a plus rien sur les rives grises. Les ateliers des charpentiers de marine sont déserts. Les quais balayés par la pluie sont vides.

Pourtant une harde de petits chevaux blancs s’attarde au bord des flots, battant les galets du sabot et hennissant au vent.
Comme Elanor les rejoint, le voile terne de la pluie se déchire au large du golfe de la Lhûn. Loin à l’occident du rivage, une trouée de soleil embrase la mer elfique de feux éclatants, alors qu’une risée y gonfle une grande voile blanche. La dernière nef a quitté le Mithlond.

.oOo.



Epilogue

L’été suivant, la harde des Hauts des Tours s’agrandira de nombreux poulains, tachetés de blanc et de brun.

Cette race solide sera réputée très intelligente et douce avec les enfants. Ils adoreront les pommes et l’on usera de cette faiblesse pour les dresser. On dira même qu’ils sont capables de combattre les loups.

Meriadoc Brandebouc, le Maître du Pays de Bouc, qui a mené des études approfondies sur le pays de Bree – sa population, son herbe à pipe, son langage, son cheptel équin, etc. - pourra établir que les troupeaux des Hauts des Tours sont apparentés aux rustiques poneys de Bree.

Peregrin Touque, le Thain, suggérera donc que cette race si remarquable soit nommée « le Poney Fougeron », en mémoire, dira-t-il avec un sourire, d’un fameux amateur de pommes qui vécut à Bree autrefois, et qui vendait des poneys.

.oOo.



NOTES
[1] Expression des Coteaux de Touque, qui laisserait entendre que l’on ne peut acquérir une haute compétence sans un long travail et des aptitudes innées.
[2] Traduction personnelle de « Elanor Gardner », du nom que prendront les descendants de Sam.
[3] Traduction personnelle de « Fastred of Greenholm »

Chronologie (DC – Datation de la Comté)
L’histoire enregistrée des bipèdes laisse peu de place à leurs fidèles compagnons de labeur ou de voyage…
o Elanor nait le 25 mars 1421
o Le 22 septembre 1421, Frodon, Bilbon, Gandalf et les elfes s’embarquent aux hâvres
o 1436 Elanor devient l’une des dames de compagnie d’Arwen à la cour d’Annuminas
o 1442 Sam et sa famille visitent Aragorn en Gondor.
o 1451 Elanor épouse Fastred Chênevert. La Marche de l’Ouest, terre de collines et de landes, est annexée à la Comté par décision royale.
o 1455 A la demande de Sam, le Roi nomme Fastred, Gardien des Collines de la Tour, dans la marche de l’Ouest.
o 1482 Décès de Rose Chaumine, l’épouse de Sam.
o 1483 Sam donne à Elanor le livre rouge, désormais appelé « Livre rouge de la marche de l’Ouest », et se rend aux hâvres.
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arts/nouvelles/cadrich_chiara/le_fringant_heros.txt · Dernière modification: 15/11/2017 21:11 par Dαεrοη
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