Nern Thinn en-Doriath - Cuthalion

-Petits Contes de Doriath -

 Melian (edheldil)

Melian se promenait dans la clairière, chantait, dansait, et de sa voix s’échappait un doux parfum de fertilité, et une musique belle et joyeuse.

Lomelindi et jonquilles,
Tulipes et Symbelmynë,
Bruyères et rosiers,
Vous tous chantez, vous chantez !

Lomelindi et jonquilles,
Arbres à fruits et buissons fleuris,
Herbes d’argent et fleurs dorées,
Myosotis et Cardamome, vous chantez !

Lomelindi et jonquilles,
Chênes et hêtres, bouleaux et houx,
Lacs d’argent et blanches cimes,
Vous tous chantez, chantez la belle Melian !

Dans la clairière elle bondit de collines en collines et chanta de nouveau, à la gloire des fleurs, des arbres et des rivières. Sa beauté resplendit de plus belle, au fil des notes et des chants, car de la lumière de Faërie, elle emplissait son chemin et l’esprit. A la nuit tombée, sous les étoiles innombrables, Melian se reposa, sur une haute et verte colline. Là vint Elwë, qui, perdu dans la Lórien , et ne sachant quel sentier suivre, fut attiré par la lumière d’Aman, qui brillait en Melian. Toute la clairière et toutes les collines étaient emplies de cette lumière divine. S’approchant de Melian, Elwë fut empli d’une inspiration soudaine, que son cœur lui dicta.

Parmi les montagnes et les cascades,
Au-delà des lacs et des rivières,
Par-delà la mer et toutes les terres,
Jamais je n’ai vu, non rien vu !

Parmi les fleurs et tous les arbres,
Au-delà des forêts et des chênaies,
Par-delà la mer et toutes les terres,
Jamais je n’ai vu, non rien vu !

Parmi les étoiles et tous les astres,
Au-delà des quatre coins du pays,
Par-delà la mer et toutes les terres,
Jamais je n’ai rien vu d’aussi beau que Melian !

Et au sommet de la colline il alla, et contemplant la beauté du Maia, il prit sa main, et un heureux enchantement s’empara d’Elwë qui, à la lueur des étoiles chanta de la même voix que Melian du pays d’Aman.
Toute la nuit ils inventèrent de nouvelles mélodies : Melian appelait de sa voix claire et limpide, et l’elfe répondait de son chant retentissant et mélodieux. Alors tous deux furent épris l’un de l’autre, et allèrent ensemble par-delà les rivières et les bosquets. Melian nomma son aimé Elu Thingol, le roi à la robe grise, le Sindar qui conquit le cœur d’un Maia. A Eglador les Nains vinrent, et furent nommés Naugrim par les Sindar. La voix rauque et disgracieuse des Naugrim chantait dans les Milles Cavernes de Menegroth, le grand palais de Thingol.

Cric, Crac, oui ça craque !
La pioche fracasse,
La pelle creuse,
Les lanternes brillent, dans nos mines !

Cric, Crac, oui ça craque !
Rubis rouge sang,
Saphir bleu de Mer,
Toutes les pierres nous trouvons !

Cric, Crac, oui ça craque !
Les nains depuis toujours,
A Belegost et Nogrod,
Taillent la pierre de leurs mains !

Chantons, Chantons, nous qui vivons,
De la pierre et des métaux précieux !
Allons, Allons, creusons, creusons,
Jusqu’au cœur de la montagne !

Cric, Crac, oui ça craque !

Et dans ce même temps d’abondance et de joie, Melian offrit à Thingol un enfant. Et, comme Melian pressentait les choses mieux que quiconque en Terre du Milieu, elle dit à Thingol, roi de Doriath : «Cet enfant que je t’offre, nous l’appelleront Lúthien et je sais que ce sera la plus belle et la plus somptueuse de toutes les filles des elfes. Mais je pressens aussi que son destin ne sera pas tel que le méritait sa beauté et que son destin ne sera pas scellé dans la race des elfes. Je sais aussi qu’elle mourra d’une étrange façon, comme aucun elfe n’est jamais mort.»

 Lúthien_dansant_au_printemps (Leslie Boulay)

La joie de Thingol était immense. Il appela sa fille Lúthien, selon le souhait de la reine, et elle était plus belle et plus talentueuse encore que dans les prédictions de Melian. Elle se promenait souvent dans les forêts et les clairières, allait souvent se baigner dans les eaux pures des rivières et des lacs. De Brethil à Nan Elmoth elle allait, chantant de bosquet en bosquet, avec une voix telle que celle des Valier en Faërie. Elle inventa maints chants, et ils se comptèrent par centaines, et Lúthien seule les connaissait tous, bien qu’à la suite, quelqu’un d’autre les partageât.

La voix de Lúthien la bienheureuse,
Tel le chant de l’herbe de la plaine,
Tel le chant des rivières d’argent,
Tel le chant du rossignol dansant,
Perce les nuées pour atteindre les cieux.

Les chants de Lúthien la bienheureuse,
Telle la voix des grands vents de l’hiver,
Telle la voix des cascades aux reflets d’or,
Telle la voix des feuilles dans la brise,
Relève la fleur fanée, et réjouit les étoiles.

La lumière de Lúthien, au milieu de Lórien,
Telle l’étoile du soir, tel l’éclat d’une flamme,
Tel le cristal ou le diamant,
Ou comme le rayon du Niphredil,
Illumine la nuit, illumine la terre.

Et dans sa joie et son allégresse, à travers collines et montagnes, elle revint au royaume souterrain de Thingol et Melian. Elle s’entretint avec ses parents, leur racontant l’éclat du cristal, le chatoiement des rivières sans fin, et la caresse de l’herbe, avant de repartir dans le pays pour chanter de nouveau. Et là, dans les méandres de la forêt, emplie de douces fragrances et de parfums frais, elle rencontra Beren, l’un des Edain, qui l’aima et qu’elle aima dès le premier regard. Et Beren chanta de la même voix que Lúthien, qu’il appela Tinúviel, tel que le fit Elu Thingol roi de Doriath pour Melian sa bien-aimée.

Tinúviel, Tinúviel, oh ma belle !
Attends-moi, attends-moi, que je vienne avec toi !
Ta beauté me surpasse, et ta voix est divine,
Mais aies du moins pitié, de Beren l’affligé !

Tinúviel, Tinúviel, oh ma belle !
Restes-là, restes-là, que j’écoute ta voix !
Nous irons ensemble, aux quatre coins de Beleriand,
Et notre amour brûlera tous les maux,
Brûlera tous les maux d’un feu immortel ! »

 Beren et Lúthien (Pascal Boillet)

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arts/poemes/cuthalion/nern_thinn_en-doriath.txt · Dernière modification: 15/09/2014 14:50 par Taliesin
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