L'invitation au voyage - Thibaud Mercier

J'aimerais tant partir pour cet étrange monde
Peuplé d'hommes, de nains, d'elfes et de hobbits,
Tel un rôdeur du Nord qui toujours vagabonde
Le regard rendu gris par le feu qui l'habite.

Une épée au côté, en manteau de voyage,
J'aimerais m'en aller pour ces lointains rivages
Où la vague murmure en mourant sur la grève
Comme un paisible écho résonnant dans un rêve ;
Tenter d'apercevoir la belle Eressëa
Derrière l'horizon où le Soleil s'en va ;
Passer la Nimrodel mélodieuse et douce,
Chercher Galadriel et le chant de sa source,
Aux forêts de Lórien que l'on ne peut décrire ;
Le long du Chemin Vert jusques aux grands navires
Des Havres Gris, reprendre en un dernier hommage
Le même lent trajet qu'en leur pèlerinage
Les elfes tour à tour suivirent pour passer
À l'ouest de l'Océan, aux terres du passé.

Comme un petit poète amoureux d'aventure
La fleur aux dents, le cœur toujours ouvert et pur,
J'aimerais tout d'un coup m'engager sur les routes ;
Les lointaines chansons que toute oreille écoute,
Les légendes contées au coin de chaque feu
Berceraient mon voyage aux détours hasardeux ;
Et, chaque jour, au gré des rencontres nouvelles,
Objet d'étonnement pour ceux qui m'émerveillent,
Je fraterniserais avec elfes et nains,
Arbres, aigles royaux, hommes et magicien ;
Me faufilant, agile, au milieu des batailles,
Comme un souffle passant barrières et murailles,
Allié surprenant quand frappent les coups durs,
Cambrioleur aidant au fil de l'aventure
Tous ceux qui trouvent grâce à mon cœur généreux,
Adversaire invisble, inconnu, audacieux,
Imprécise menace aux yeux des ennemis,
- Araignées, trolls, dragon, orques ; hommes aussi -
Improbable instrument d'un étrange Destin,
Personnage joyeux, aimable et plaisantin,
Je n'aurais en mon cœur qu'un unique désir :
Qu'épreuves et combats puissent enfin finir,
Que mes pieds fatigués par un trop long voyage
Quittent la longue route en un dernier virage
Retrouvant les sentiers et villages connus…
Comme un petit poète paisible et ingénu,
Comme un vaillant hobbit, j'aimerais m'en aller,
Par le chant de la Route un beau jour appelé.

La poudre d'Or du soir qui monte sur la plaine,
Le Vent du Nord qui passe et de sa douce haleine
Agite l'océan des herbes ondulantes,
J'aimerais les humer ! Cette terre puissante,
Où comme des oiseaux passent les Rohirrim,
Ces superbes plateaux où les forêts s'abîment,
J'aimerais y aller sur le dos de Gripoil ;
Et, traversant la nuit et ses paisibles voiles,
Avec ces fiers soldats chevauchant dans les ombres,
Je voudrais m'engager contre cette armée Sombre
Qui massacre et qui tue, qui dévore et qui pille
Et fait ternir les eaux et pleurer les familles !
Contre ces gobelins, ces orques, ces humains
Créatures du Mal, en guerrier du Bien
J'irais porter ma haine et mes coups furieux !
Et si, tenant son siège, l'Ennemi orgueilleux
Serrait d'un poing d'Acier, de Carnage et de Mort
La Tour, l'Or et le Sable du valeureux Gondor,
Apparaissant mourants aux lueurs d'un éclair,
Alors soudainement l'étendard blanc et vert
Des vaillants Rohirrim serait alors brandi,
Et leur Roi, à la gloire brusquement resplendie
Pareille à la lumière éthérée de l'aurore
Hurlerait au cœur de la tempête des cors !
Porté comme le vent par mon puissant cheval,
Ma lance scintillant au milieu des étoiles,
Mon bouclier brillant comme un jeune soleil,
Mon épée se teintant de rouge et de vermeil
Et des flèches glissant sur ma cotte de mailles,
Ah ! J'aimerais sentir le feu de la bataille
En mes veines courir et éclater en chants !
Comme un grand chevalier affrontant les méchants,
Comme Éomer le Beau, et Aragorn le Roi,
J'aimerais pour un jour m'en aller au combat.

Kheled-Zaram, miroir aux étoiles noyées,
Je pense à vous, hélas ! Et Moria oubliée,
Dont la gloire repose à jamais dans les ombres,
Et dont tous les joyaux depuis des jours sans nombres
Furent perdus, pillés dans le Feu et le Sang,
Khazad-dum ! Souvenir d'un royaume puissant
Bâti, comme les nains, dans un solide roc,
Je pense à vous, hélas ! Et les nains que l'on moque,
Exilés, dispersés, écartés, méprisés,
Je pense aussi à eux. Et la fleur irisée
Qu'ils façonnent ainsi que l'acier et la pierre,
Et la Fleur Eternelle, la Musique éphémère,
Comme ces combattants opiniâtres l'aiment !
Comme les doux éclats d'une brillante gemme,
Les notes, qui pincées, qui frottées, qui chantées
Eclosent dans leur c½ur et dans leurs voix peinées !
Si je pouvais un jour avec ces musiciens
Me souvenir aussi de ces temps anciens,
Et sentir les flots de l'étrange musique
S'écouler en mon âme en un feu fantastique !

J'aimerais m'envoler en Terre du milieu,
Voir ces étranges êtres et ces étranges lieux,
Que Tolkien dessina en mon âme ravie,
Leur donnant la couleur, le parfum et la vie.

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arts/poemes/mercier_thibaud/l_invitation_au_voyage.txt · Dernière modification: 26/04/2009 03:19 par amra
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