Les Sarati de Rúmil

 Trois Anneaux
Måns Björkman
traduit de l’anglais par Pascal Burkhard
Articles de synthèse : Ces articles permettent d’avoir une vue d’ensemble du thème traité mais ils nécessitent une bonne connaissance des principales œuvres de J.R.R. Tolkien.

Rúmil de Valinor a créé le premier système d’écriture d’Arda en l’année valienne 11791). Tolkien fait référence à ce système en parlant des « Tengwar de Rúmil »2), mais le nom réel de ce système d’écriture est sarati, chaque lettre étant un sarat3).

Les lettres

Les sarati sont des symboles phonographiques : chaque sarat représente un phonème dans la langue parlée. Chaque caractère est associé à un son spécifique, le lien étant bien plus étroit qu’avec les tengwar. On peut donc parler des sarati comme étant un alphabet ; c’est effectivement le cas dans de nombreuses sources.

Il existe des sarati pour à peu près n’importe quel son imaginable. Ce n’est pas sans raison que ce système est appelé « le système alphabétique eldarin universel »4). Aucun des textes écrits avec des sarati n’exploite l’ensemble des caractères possibles, mais chacun utilise un sous-ensemble de caractères qui correspond aux phonèmes de la langue employée.

Les consonnes

Rúmil étant un linguiste très doué, le système des sarati était basé sur les théories linguistiques et phonétiques en vigueur à l’époque où il a été créé. Dans l’analyse phonétique traditionnelle du quenya, les voyelles n’étaient pas considérées comme des phonèmes à part entière, mais plutôt comme des fonctions modifiantes dont le but est de « colorer » les consonnes5).

Ainsi, seules les consonnes étaient écrites avec des sarati, tandis que les voyelles étaient écrites avec des diacritiques (dans les sources, le mot tehtar n’est jamais utilisé comme terme pour les diacritiques sarati, et ne le sera par conséquence pas non plus dans cet article). En fonction de la langue et du placement par rapport au sarat, le diacritique est prononcé avant ou après la consonne. D’autres modifications des consonnes sont généralement marquées par des diacritiques : par exemple le doublement du son, ou un /s/ adjacent ou encore la présence d’une nasale homorganique avant le sarat.

Plusieurs sources indiquent que la forme des sarati présente de nombreuses variations6). Ceci est confirmé en permanence dans les différents exemples dont nous disposons. En effet, seul un nombre limité de caractères demeurent les mêmes dans les différents exemples, comme le montre la Figure 1. Même l’apparence de ces caractères varie sensiblement, différents allographes étant utilisées dans les diverses sources. (La valeur du son est donnée en utilisant l’Alphabet Phonétique International.)

Occlusives p p b b t t d d
Fricatives f f v v h h
Nasales m m n n
Semi-voyelles w w ʍ ʍ j j ᴊ̊/ç ᴊ̊/ç
Spirantes r r l l ʀ ʀ ʟ ʟ

Figure 1 : Sarati utilisés uniformément dans toutes les sources.

Il convient de noter que nos sources concernant les sarati ont été écrites par Tolkien sur une période de plusieurs dizaines d’années, durant laquelle il a continuellement développé ce système d’écriture. Il n’est pas toujours aisé de déterminer quels changements représentent des modifications de sa conception des sarati et lesquels attestent simplement de la grande variation propre à ce système.

Dans nos exemples de textes anglais écrits avec des sarati, le sarat pour la lettre r est toujours utilisé là ou la lettre latine R apparaîtrait, quelle que soit la manière dont le son est prononcé en anglais moderne. C’est pourquoi nous le trouvons dans les deux formes their « leur(s) » et through « à travers » (dans la Forme primitive), care « (faire) attention » et great « grand » (dans la Forme phonétique), earth « terre » et bread « pain » (dans la Forme tardive).

Les voyelles

L’utilisation de voyelles diacritiques est en général cohérente, les variations étant limitées à des inversions des diacritiques entre sons similaires.

Les voyelles diacritiques sarati

Figure 2 : Les voyelles diacritiques sarati.

Les voyelles diacritiques sont toujours tournées du même côté, face au sarat auquel elles sont rattachées. La Figure 2 montre la forme typique des signes diacritiques lorsqu’ils sont positionnés à gauche des sarati. Quand ils sont placés à droite, leur forme est inversée ou « en miroir ».

Porteur de voyelles (avec diactritiques en gris) Porteur de voyelles (avec diactritiques en gris)

Lorqu’il représente une voyelle sans consonne adjacente, le diacritique est placé sur un porteur. Celui-ci a normalement la forme d’une ligne droite, parallèle ou perpendiculaire au sens d’écriture. Les voyelles longues sont parfois indiquées en étant placées sur un porteur spécial, mais le plus souvent c’est plutôt le signe diacritique qui est doublé. « From Quendi and Eldar, Appendix D » nous apprend qu’avant l’époque de Fëanor, le porteur de voyelles court et droit était issu d’’un sarat qui représentait antérieurement la consonne fricative vélaire voisée [ɣ] du proto-eldarin. Une théorie avancée était qu’en quenya, toutes les voyelles sans consonnes les précédant avaient en fait été précédées par une consonne ayant disparu au cours de l’évolution de la langue ; la fricative vélaire voisée était l’une de ces consonnes. Elle existait en proto-eldarin, mais a par la suite disparu avec l’évolution du quenya. Là où, malgré tout, la fricative vélaire voisée apparaît dans nos échantillons de textes, elle est représentée par un sarat significativement différent.

Sens d’écriture

De droite à gauche De droite à gauche

En boustrophédon En boustrophédon

De gauche à droite De gauche à droite

Selon la « Description of the “Alphabet of Rúmil” »7), les sarati « étaient à l’origine écrits de droite à gauche, ou en boustrophédon [c’est à dire en alternant de droite à gauche et de gauche à droite] en commençant à droite. Mais dans les livres et en formes cursive, ils étaient généralement écrits de haut en bas en commençant dans le coin supérieur droit, même si l’écriture de droite à gauche horizontalement apparaît également. »8)

La majorité de nos échantillons de textes sont écrits de haut en bas, mais la plupart des textes comprennent plus qu’une simple colonne et commencent apparemment dans le coin supérieur gauche et non droit. Il existe également quelques échantillons qui sont écrit horizontalement de gauche à droite, comme dans l’alphabet latin. C’est pourquoi les directions d’écritures suivantes sont attestées (les références sont données entre crochets) :

  • De droite à gauche9)
  • En boustrophédon
  • De gauche à droite10)
  • De haut en bas, commençant à droite11)
  • De haut en bas, commençant à gauche12)

Les Eldar étaient ambidextres et pouvaient donc écrire tout aussi bien avec les deux mains. Pour écrire de droite à gauche, ils utilisaient la main gauche, pour écrire de gauche à droite, ils employaient la main droite, afin de ne pas couvrir ce qu’ils venaient d’écrire avec la main13).

De haut en bas, commençant à droite De haut en bas, commençant à droite De haut en bas, commençant à gauche De haut en bas, commençant à gauche

Alignement

Avec barre Avec barre Sans barre Sans barre
Reflété « en miroir » Reflété « en miroir »
Orientation

La description générale suivante, donnée dans la « Description of the “Alphabet of Rúmil” », reste constante dans de nombreux échantillons :

« Dans les livres, les lettres étaient arrangées de sorte à former des crochets accrochés à une barre. Cette barre était alors dessinée de façon continue et les consonnes étaient écrites à droite (ou en-dessous) de la barre et les signes vocaliques sur la gauche (ou au-dessus) de la barre. »14)

Un nombre important d’échantillons omet la barre15), tandis que certains d’entre eux incluent des textes distincts où la barre est présente. Il est difficile de dire si ceux-ci démontrent le contraste entre l’usage « livresque » et les autres usages.

Dans deux textes brefs et expérimentaux, les sarati sont alignés sur la gauche de la barre16). Deux autres textes, tout deux comprenant le nom du professeur Tolkien, voient leurs sarati reflétés « en miroir » autour de la barre (représentée une seule fois)17). Dans ce dernier cas, les voyelles diacritiques sont également reflétées « en miroir » et placées le long du bas des sarati.

Quelle que soit la direction d’écriture, chaque sarat est toujours tourné avec le même côté face à la lettre qui suit. Cela signifie que lorsqu’on écrit de gauche à droite, les sarati apparaissent inversés par rapport à l’écriture de droite à gauche. Les sarati sont également toujours attachés à la barre par la même côté. Il est dès lors peu pratique de parler de partie droite, gauche, haute et basse des sarati, puisque ceux-ci varient en fonction de la direction d’écriture et de l’alignement. J’y ferai donc plutôt référence en parlant du côté avant, arrière, supérieur et inférieur des sarati, le coté avant étant celui qui fait face au sarat suivant dans la direction d’écriture, et le coté supérieur étant celui qui est toujours attaché à la barre.

L’exception notable à cette règle est le dénommé « usage gnomique »18), où les lettres sont écrites de gauche à droite avec la voyelle diacritique au-dessus, mais les sarati sont orientés comme dans l’écriture verticale.

« Usage gnomique »

« Usage gnomique »

Dans les exemples de sarati, j’utiliserai toujours la direction de haut en bas à moins que le but de l’exemple soit spécifiquement d’illustrer autre chose.

La ponctuation

L’utilisation de ponctuation dans l’écriture des sarati est rare. Même si un certain nombre de marques de ponctuation est mentionné dans les descriptions du système d’écriture, seuls deux signes sont utilisé dans des textes (l’un apparaissant une fois, l’autre à deux reprises), signes qui semblent correspondre au point dans l’alphabet latin. Le premier signe de ponctuation est constitué de deux points, situé de chaque côté de la barre. L’autre est similaire, mais doublé.

Point final

Points finaux, vus dans R17 et R1, R20

Valorisation

Les différents systèmes qui permettent de faire correspondre les sarati à des valeurs phonétiques sont appelées « valorisations ». Une description détaillée de ces systèmes peut être trouvée dans l’article Valorisations des sarati.

Voir aussi

Sur Tolkiendil

Sur le net

1) « The Annals of Aman », Morgoth’s Ring
3) « Quendi & Eldar », The War of the Jewels
4) « Qenya Grammar Excerpt », Parma Eldalamberon nº 13
5) « From Quendi and Eldar, Appendix D », Vinyar Tengwar nº 39
8) Version originale : « was originally written from right to left, or boustrophedon [i.e. alternating right-to-left, left-to-right] beginning at the right. But in books and cursive form it was usually written from top to bottom beginning at the top right-hand corner, though writing from right to left across also occurred. »
13) « Eldarin Hands, Fingers & Numerals and Related Writings », Vinyar Tengwar nos 47 et 48
14) Version originale : « In book-usage the letters were all arranged so that they were formed as hangers to a bar. This bar was then ruled or drawn continuously, and the consonantal signs were written to the right (or below) the bar, and the vocalic signs to the left (or above) the bar. »
 
langues/ecritures/sarati/sarati-de-rumil.txt · Dernière modification: 28/08/2013 17:45 par Elendil
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