La « Couronne de Durin » à l’épreuve de l’archéoastronomie

Didier Willis — 2011
Article théoriqueArticles théoriques : La maîtrise globale des écrits de J.R.R. Tolkien est nécessaire pour bien saisir la portée des articles de cette catégorie, les sujets étant analysés de façon poussée par leurs auteurs.

Parmi les objets célestes évoqués dans le Seigneur des Anneaux, il en est un dont la description est des plus mystérieuses1) : la Couronne de Durin que l’on voit se refléter dans le Kheled-zâram, le Lac du Miroir proche de la sortie orientale de la Moria. Gimli s’en fait le chantre, dans le chapitre « Un voyage dans l’obscurité »2) :

Il se baissa et regarda dans le Lac du Miroir
Et vit apparaître une couronne d’étoiles,
Comme des joyaux sur un fil d’argent,
Au-dessus de l’ombre de sa tête.
[…]
Mais encore les étoiles noyées apparaissent
Dans le sombre Lac du Miroir privé de vent ;
Là gît sa couronne dans l’eau profonde,
Jusqu’à ce que Durin du sommeil se réveille.

Plus loin, au début du chapitre « La Lothlórien », Gimli, Frodo et Sam auront l’occasion de se pencher à leur tour sur le lac où Durin s’était vu couronné d’étoiles3) :

Ils se penchèrent sur l’eau sombre. Tout d’abord, ils ne virent rien. Puis, lentement, ils aperçurent, reflétées dans un bleu profond, les formes des montagnes environnantes, dont les cimes paraissaient des panaches de flamme blanche ; au-delà il y avait une étendue du ciel. Là, tels des joyaux plongés dans les profondeurs, brillaient des étoiles étincelantes, bien que la lumière du soleil régnât au-dessus dans le ciel. De leur propre forme, nulle ombre ne se voyait.
« […] Là, gît la couronne de Durin jusqu’au jour où il se réveillera. Adieu ! »

Avant toute chose, il nous faut déjà rappeler, à propos des gravures figurant sur les Portes de Durin, l’identification suggérée par Tolkien lui-même dans son index au Seigneur des Anneaux : « Sept étoiles (au-dessus d’un marteau et d’une enclume), emblèmes de Durin […] représentaient la Charrue »4). Pour rappel, la Charrue (angl. the Plough) est le nom donné par les Britanniques à la constellation de la Grande Ourse (dont nous appelons aussi l’astérisme principal, formé de ses sept étoiles majeures, le Chariot). Cette mention anodine, perdue dans un index plutôt dense, a généralement échappé aux auteurs qui ont essayé avant nous d’identifier la constellation apparemment perçue en reflet par Durin.

Quiñonez et Ragget se font l’écho de Patrick Wynne qui leur suggère, pour la Couronne de Durin, la petite constellation de la Couronne Boréale (Corona Borealis), en notant — outre une similarité de noms — que « les deux groupes possèdent sept étoiles, avec l’étoile centrale étant la plus brillante »5). Ce n’est pas tout à fait exact, ainsi que le fait remarquer David Giraudeau en note éditoriale dans sa traduction française de cet article : par rapport à son étoile la plus brillante, « la constellation possède deux étoiles d’un côté (β et θ) et quatre de l’autre (γ, δ, ε et ι), tandis que la Porte [de la Moria] montre une symétrie à trois étoiles de chaque côté »6). À cette petite imprécision près, il n’en demeure pas moins, pourrions-nous compléter, que les sept principales étoiles de la Couronne Boréale sont disposées en arc de cercle, à la manière d’un diadème, ce qui correspondrait assez bien aux « joyaux sur un fil d’argent » évoqués dans le chant de l’éveil de Durin. Les autres propositions de Quiñonez et Ragget, à savoir la Grande Ourse et les Pléiades, sont à peine détaillées. Bien que constituée aussi de sept étoiles majeures, la forme de la Grande Ourse (« un chapeau avec un bord manquant, tandis que l’autre se plie à moitié vers le bas, puis vers le haut en deux angles étranges ») n’est pas jugée adéquate (sans autre forme de procès et semblant ainsi oublier, à ce stade de leur analyse, l’identification de Tolkien dans son index). L’amas des Pléiades est brièvement évoqué « puisque leur nom commun est les “Sept Sœurs” », mais faute d’éléments plus concrets à mettre au dossier, il ne semble guère possible d’aller plus loin. Lors d’une conférence, Larsen7) a suggéré, comme une autre « hypothèse originale, que la Couronne de Durin puisse en réalité avoir été calquée sur la constellation moderne de Céphée, le Roi. C’est encore une autre constellation septentrionale circumpolaire célèbre, située juste aux côtés de Cassiopée et de la Grande Ourse ». Mais elle admet aussitôt volontiers les limites de sa proposition, puisque « la principale difficulté d’une telle identification est que Céphée ne contient que cinq étoiles prééminentes ». Nous pourrions ajouter, à sa défense, que Céphée ressemble vaguement au dessin enfantin d’une maison à toit pointu. Ce n’est pas ce que nous attendrions pour une couronne « classique », ni même pour un diadème, mais cela pourrait néanmoins peut-être évoquer la forme de la couronne du Gondor telle qu’elle est dessinée par Tolkien dans l’une de ses lettres8), sorte de tiare conique semblable à la couronne de Haute-Égypte. Dans tous les cas, nous sommes cependant bien loin de la couronne représentée sous les sept étoiles sur les Portes de Durin.

Tous les auteurs qui se sont interrogés jusqu’à présent sur l’identité de la Couronne de Durin semblent avoir oublié deux points essentiels, que la lecture du texte impose pourtant : pour que Durin, se penchant sur le Kheled-zarâm, puisse voir une quelconque constellation juste au-dessus de sa tête, c’est-à-dire de son reflet en miroir à la surface du lac, il faut idéalement que ladite constellation soit située, à cette heure précise, juste à sa perpendiculaire, autrement dit au zénith. Qui plus est, le poème fait référence à un double événement astronomique : cette conjoncture particulière des astres ne doit se produire que deux fois. La première a eu lieu lorsque Durin, premier du nom, découvrit le lac au Premier Âge du Monde. La seconde, d’allure prophétique (nous y reviendrons), annonce le retour futur de Durin, dans sa dernière incarnation. Nous nous proposons d’étudier, dans cet article, ces deux points tour à tour.

Quelle est, déjà, la condition à satisfaire pour qu’un groupe d’étoiles se retrouve exactement au zénith d’un lieu donné ? Il faut que sa déclinaison, c’est-à-dire son angle avec l’équateur céleste, soit identique à la latitude de l’observateur. À cette condition seulement, alors que la Terre tourne sur son axe, notre groupe d’étoiles finira par croiser le zénith du point d’observation considéré.

Il se trouve que J. R. R. Tolkien a donné, dans l’une de ses lettres, un élément crucial permettant d’estimer la position géographique de la Comté et de Minas Tirith9) :

Si l’on place Hobbitebourg et Fondcombe (comme je le conçois) à peu près à la latitude d’Oxford, alors Minas Tirith, 1 000 km plus au sud, se trouve à peu près à celle de Florence.

Connaissant les latitudes d’Oxford (51° 45′) et Florence (43° 46′), cette indication de l’auteur nous donne deux points de repères qui nous permettent indirectement d’en déduire, à partir de la carte de la Terre du Milieu, une assez bonne approximation de la latitude du Lac du Miroir. En faisant simplement le rapport des distances sur la carte, nous l’estimerions autour de 50°. Bien entendu, il faudrait idéalement pouvoir tenir compte dans cette estimation des effets dus à la projection de la sphère terrestre sur une carte plane. Andreas Moehn s’est plié à l’exercice avec, semble-t-il, un peu plus de rigueur mathématique10) ; une latitude d’environ 50° pour le Lac du Miroir concorde aussi avec les résultats de son étude. Nous ne sommes pas à quelques minutes d’arc près11), étant donné que nous ne nous intéressons pas à une étoile ponctuelle mais à une constellation de taille moyenne, prise dans son ensemble.

La seule constellation à approcher un tant soit peu cette valeur, à notre époque, est la Grande Ourse, avec une déclinaison moyenne de 50° 43′ en son centre12). Cependant, la Grande Ourse couvre une surface assez importante : Alkaid, au nez de l’Ourse, a une déclinaison de 49° 18′ tandis que Dubhe, à son dos, est à 61° 45′. À un autre extrême encore, Alula Borealis, que l’on compte comme appartenant à la Grande Ourse bien que ne faisant pas partie de l’astérisme du Chariot, se situe à 33° 05′. C’est dire combien la Grande Ourse, aujourd’hui, fait le grand écart autour de la déclinaison qui nous intéresse. De surcroît, si l’on réduit la constellation au seul Chariot constitué de ses sept étoiles majeures, l’alignement avec le pôle céleste est encore moins évident. Comme une observation précise en témoigne aisément, ce groupe de sept étoiles passe globalement un peu trop au nord du zénith et l’effet obtenu n’est pas particulièrement saisissant.

Configuration du ciel à la latitude approximative du Kheled-zâram vers 1942

Fig. 1. Configuration du ciel à la latitude approximative du Kheled-zâram vers 1942, pôle nord céleste pointé par l’étoile Polaris de la Petite Ourse

En d’autres termes, dans la configuration actuelle du ciel, aucune constellation — Céphée ou la Couronne Boréale encore moins qu’une très approximative Grande Ourse — ne permet de rendre compte de manière vraiment satisfaisante de l’expérience de Durin. Tout au plus, la Grande Ourse est aujourd’hui ce qui s’en approche le plus, ce qui expliquerait peut-être l’identification suggérée par Tolkien dans l’index du Seigneur des Anneaux, même si l’on conviendra maintenant, examen plus minutieux à l’appui, que cette position n’est pas totalement convaincante…

Cette première conclusion ne vaut, comme on l’a dit à l’instant, que pour notre propre époque (soit quelques 2000 ans après J.-C.). Les événements décrits dans les annales de la Terre du Milieu se sont déroulés, selon l’auteur lui-même, dans un lointain passé présumé de notre monde. Si nous voulons rendre raison des descriptions caractérisant la Couronne de Durin, nous devons alors prendre en considération, pour avoir une idée de l’apparence du ciel quelques millénaires avant notre ère, le phénomène de précession des équinoxes. Le pôle nord céleste, en effet, n’a pas toujours été en direction de notre « étoile polaire » actuelle (Polaris, à la queue de la Petite Ourse). En raison du couple exercé par les forces de marées de la Lune et du Soleil sur le renflement équatorial de la Terre, l’axe de rotation de cette dernière oscille lentement, à la manière d’une toupie, en décrivant un cône dont le tour complet est effectué en 25 800 ans environ. En conséquence, la position relative des étoiles sur la sphère céleste change au cours de ce cycle. Vers 3000 avant J.-C., le pôle céleste était pointé par Thuban, dans la constellation du Dragon. Plus exactement, Thuban a occupé sa position la plus proche du pôle nord vers –2830, date qui coïncide plus ou moins avec le début de la construction des pyramides sous les IIIe et IVe dynasties égyptiennes. Une abondante littérature s’est penchée sur la connexion possible entre cette étoile et l’orientation des pyramides13) : l’un des « puits à air » de la Grande Pyramide de Khéops à Gizeh, conduit rectiligne partant de la chambre du pharaon, semble aligné vers la position occupée par Thuban à cette époque. Les textes astrologiques et astronomiques compilés sous le règne de Sargon, roi d’Akkad, semblent aussi avoir accordé une importance significative à cette étoile14). Les hommes de la toute fin du paléolithique, vers 12000 avant J.-C., avaient pour étoile polaire un astre bien plus remarquable, Véga de la Lyre. Si nous n’avons, pour des raisons évidentes, aucun témoignage certain datant de cette période15), cet exemple est cité par quantité d’ouvrages astronomiques anciens comme récents, sans doute parce qu’il marque les esprits, Véga étant l’étoile la plus brillante, après Arcturus, dans l’hémisphère nord.

Le phénomène de précession des équinoxes est connu de longue date. La première estimation que l’on en connaît est celle qui fut faite autour de –130 par l’un des plus grands astronomes de l’Antiquité, Hipparque. Relevant la position de Spica, dans la constellation de la Vierge, il remarqua que ses mesures pour cette étoile proche de l’écliptique différaient sensiblement de celles effectuées par ses prédécesseurs, comme Timocharis d’Alexandrie un siècle et demi auparavant. Autour du ixe siècle, on prête à l’astronome arabe Thabit ibn Qurra l’un des premiers traités sur la question. Dans son célèbre De revolutionibus orbium coelestium publié en 1543, Copernic en donna l’interprétation correcte comme mouvement de l’axe de rotation de la Terre. Isaac Newton et les grands mathématiciens du xviiie siècle, tout particulièrement D’Alembert et Euler, se penchèrent plus tard sur le sujet.16)

Est-il sensé d’appliquer la précession des équinoxes pour essayer d’identifier la Couronne de Durin ? La piste est prometteuse et nous donne l’occasion d’aborder maintenant le second volet de notre démonstration : étant donné que le pôle céleste décrit un cercle autour du pôle écliptique, il ne peut y avoir, au cours d’une période de 25 800 ans, que deux dates seulement auxquelles une constellation occupera une déclinaison donnée par rapport à l’équateur céleste. Nous retrouvons ainsi les conditions que le chant entonné par Gimli nous semblait imposer.

Dans leur essai, Quiñonez et Ragget argumentaient : « Bien que les événements de la Terre du Milieu soient supposés avoir eu lieu il y a quelques six mille ans de cela, les positions des étoiles n’auraient pas changé significativement »17). Bien que leur remarque soit tout à fait juste — c’est d’ailleurs ainsi qu’ils l’entendaient vraisemblablement — quant à la forme générale des constellations, nous savons maintenant que la position des étoiles par rapport à l’équateur céleste n’était pas la même que de nos jours. Parmi leurs suggestions, les Pléiades (déclinaison actuelle 24° 07′) peuvent d’emblée être éliminées, car elles sont bien trop éloignées du chemin décrit par le pôle céleste et ne remonteront jamais à 50° de l’équateur céleste. La Grande Ourse, nous l’avons vu, croise déjà relativement près du zénith du Lac du Miroir à notre époque ; au long du cycle de précession, les deux époques auxquelles la déclinaison de l’astérisme du Chariot seul correspond le mieux aux 50° de latitude estimés pour le Lac du Miroir se situent autour de –7000 et 3000. Il en découle donc, pour la seconde occurrence, une date située dans notre propre futur. La forme des continents a « changé » et, à notre époque de domination des Hommes, la fière lignée de Durin semble déjà s’être éteinte ; pour toutes ces raisons, la Grande Ourse est loin d’être le meilleur candidat et nous nous voyons contraints, par la force des choses, de mettre en doute encore une fois l’identification de Tolkien dans son index. Céphée pose une autre sorte de problème, car cette constellation se trouve elle-même sur le chemin du pôle céleste — son étoile Aldéramin pointait approximativement le pôle vers –18000 et elle le fera de nouveau aux environs de 7500. Les deux époques où Céphée était pratiquement au zénith du Lac du Miroir sont très approximativement les mêmes que celles que nous allons obtenir pour la Couronne Boréale, mais sans pouvoir l’exclure définitivement, nous restons peu convaincus par cette identification, avec globalement les mêmes réserves que Kristine Larsen.

Considérons donc à présent notre dernier prétendant, la Couronne Boréale. Les deux époques auxquelles sa déclinaison correspond à la latitude estimée pour le Lac du Miroir se situent autour de –12000 et –3000. Nous pouvons représenter l’apparence du ciel en ces temps reculés, au moment où la Couronne Boréale croise au zénith, à l’aide d’un logiciel de simulation astronomique comme Cartes du Ciel18).

Configuration du ciel à la latitude approximative du Kheled-zâram vers -3000

Fig. 2. Configuration du ciel à la latitude approximative du Kheled-zâram vers –3000, pôle nord céleste pointé par l’étoile Thuban de la constellation du Dragon

Configuration du ciel à la latitude approximative du Kheled-zâram vers -12000

Fig. 3. Configuration du ciel à la latitude approximative du Kheled-zâram vers –12000, pôle nord céleste pointé par l’étoile Véga de la Lyre

Par le plus grand des hasards, ces deux dates sont respectivement, empressons-nous de le noter, approximativement celles où Thuban et Véga occupaient, ainsi que nous l’avons rappelé plus haut, le rôle d’étoile polaire. Ce sont donc aussi les dates les plus susceptibles d’être « connues » par quiconque ayant lu ou pris connaissance d’un article ou d’un livre d’astronomie abordant la question de la précession des équinoxes.

Nous sommes logiquement en droit de nous demander si Tolkien pouvait être au fait de ce phénomène de précession. À cet égard, nous pouvons peut-être rappeler que les études archéologiques rigoureuses et systématiques des pyramides, débutées dès le début du xviiie siècle durant la campagne d’Égypte, atteignirent leur apogée au xixe. Savants, explorateurs et amateurs s’y succédèrent. Deux ouvrages furent assez largement diffusés à la fin du xixe siècle, The pyramids and temples of Gizeh (1883) de Sir W. M. Flinders Petrie et Our Inheritance in the Great Pyramid (1864) de l’astronome écossais Charles Piazzi Smyth, où ce dernier énonce ses théories personnelles, très controversées dès leur publication, sur les propriétés prétendument astronomiques de la pyramide de Khéops. La découverte de la sépulture de Toutânkhamon par l’archéologue britannique Howard Carter, le 4 novembre 1922, remit l’égyptologie sur le devant de la scène médiatique avec un retentissement international. La question de la représentation du ciel à l’époque des Égyptiens et des alignements possibles des pyramides par rapport aux étoiles — dès lors aussi, par voie de conséquence logique, celle de la précession des équinoxes — était donc encore particulièrement d’actualité au début du xxe siècle. Quand bien même il n’aurait pas été lu par Tolkien, un autre auteur « fantastique » de cette époque, Howard P. Lovecraft, n’hésita d’ailleurs pas à évoquer ce cycle de précession dans son Polaris19), bref texte que l’on reconnaît volontiers d’inspiration dunsanienne :

Endors-toi, guetteur, jusqu’à ce que les astres
Aient tourné pendant vingt-six mille ans.
Alors, je reviendrai à l’endroit où je brûle à présent.
D’autres étoiles se lèveront alors dans l’axe du ciel,
Des étoiles qui apaisent et des étoiles qui bénissent
Avec une douce miséricorde.
C’est seulement lorsque j’aurai terminé mon périple
Que le passé viendra frapper à la porte.

Remarquons au passage que le motif du retour à une configuration céleste antécédente, après un long cycle de précession, revêt dans cet écrit de Lovecraft — comme chez Tolkien, pensons-nous — un caractère prophétique.

Ceci étant dit, affinons nos premières estimations en prenant comme repère l’étoile R Coronae Borealis qui, bien qu’elle soit aux limites extrêmes de la visibilité à l’œil nu, a pour avantage de se trouver au centre de l’astérisme principal de la Couronne Boréale20) : ses deux passages au zénith du Kheled-zâram21) se situent en –12195±68 et en –2782±84.

Précession (calculée) de l’étoile V* R CrB

Fig. 4. Précession (calculée) de l’étoile V* R CrB

Peut-on se servir de ces données, relativement précises, pour dater les événements de la Terre du Milieu ? Malheureusement, l’histoire du peuple Nain est assez méconnue, et nous ne pouvons nous livrer qu’à deux hypothèses extrêmes.22)

  1. Il est prophétisé que Khazad-dûm sera reconquise sous le règne de Durin VII, ce qui ne peut survenir avant la mort d’Aragorn au début du Quatrième Âge, sinon le fait serait mentionné dans les annales du Seigneur des Anneaux qui s’arrêtent à cette époque. Cela nous donne une première limite supérieure : la mort d’Aragorn ne peut survenir après –2782±84. La fondation de Khazad-dûm surviendrait alors après l’an valien de l’Âge des Arbres 1266±16. On notera avec intérêt que la valeur basse de cet intervalle (1250) correspond précisément à la date où les Elfes rencontrèrent les Nains de Belegost et Nogrod. Quelle qu’ait été la date réelle d’apparition des Nains en Terre du Milieu (dont on sait seulement qu’elle survint quelque part après celle des Elfes vers l’an valien 1050), cela pourrait indiquer que Durin Ier quitta assez tardivement sa demeure ancestrale de Gundabad23). Il aurait découvert le futur site de Khazad-dûm lors d’un voyage vers l’Ouest, voyage qui peut-être, pouvons-nous alors supposer, l’aurait conduit jusqu’aux Montagnes Bleues et aux demeures de ses pairs de Belegost et Nogrod. C’est peut-être cette visite de Durin, après concertation, qui aurait poussé ces derniers à se dévoiler aux Elfes. Quoi qu’il en soit effectivement, dans cette hypothèse, la chute de Barad-dûr aurait lieu environ 4 900 ans avant notre époque24), et celle de Gondolin environ 10 500 avant le xie siècle où vivait le marin anglo-saxon Ælfwine.
  2. Khazad-dûm n’a pu être fondée que du vivant de Durin Ier, dont nous savons qu’il est décédé un peu avant la fin du Premier Âge. Cela nous donne une limite inférieure, considérant alors que la fin de l’Âge des Arbres ne saurait survenir après –12195±68. Dans ce second cas de figure, la chute de Barad-dûr aurait eu lieu environ 7 100 ans avant notre époque, et celle de Gondolin environ 12 700 avant le xie siècle d’Ælfwine.

En combinant ces deux hypothèses, nous pouvons estimer que la chute de Barad-dûr eut lieu environ 6 000 ans (±1100) avant notre époque, et celle de Gondolin 11 600 ans (±1100) avant le xie siècle. À défaut d’éléments historiques plus précis, les marges d’erreur obtenues sont importantes, mais il peut néanmoins être intéressant de vérifier si ces dates concordent avec celles avancées par Tolkien. Dans la même lettre où il évoquait déjà les latitudes de Fondcombe, Hobbitebourg et Minas Tirith, il nous livre lui-même son sentiment sur la datation du passé fictif de son monde25) :

J’espère que la distance(*), manifestement importante mais indéfinie, qui sépare la Chute de Barad-dûr des Jours actuels est suffisante pour permettre une « vraisemblance littéraire », même pour les lecteurs au fait de ce que l’on sait ou devine de la « pré-histoire ».
(*) J’imagine que cette distance est d’environ 6000 ans : c’est-à-dire que nous serions maintenant à la fin du Cinquième Âge, si les Âges avaient à peu près la même longueur que le Second et le Troisième Âge. Mais ils se sont accélérés, je pense, et j’imagine que nous serions en fait à la fin du Sixième Âge, voire au Septième.

S’il n’était pas dans l’intention de Tolkien d’être plus précis, l’ordre de grandeur évoqué dans cette lettre est cependant globalement en accord avec nos résultats. Au-delà de la vraisemblance littéraire chère à Tolkien, pourrions-nous dire, la cohérence scientifique — à supposer que notre interprétation astronomique du poème sur Durin soit correcte — est préservée. Un autre élément de datation nous est encore livré au chapitre 11 du Lhammas, ainsi que Christopher Tolkien le commente26) :

À propos des dires de Rúmil ici [dans le Lhammas B], selon lesquels « plusieurs milliers d’années se sont écoulés depuis la chute de Gondolin », une leçon effacée se distingue sous « plusieurs milliers » ; il s’agissait très probablement de « 10 000 », qui est la leçon donnée dans le Lhammas A.

Ce texte, auquel Ælfwine eut accès, est attribué au sage Pengoloð de Gondolin, qui l’aurait rédigé à Tol Eressëa27). Tolkien élabora ce récit à la fin des années trente, alors que le Seigneur des Anneaux était tout au plus en gestation et que la chronologie des Âges n’avait pas encore la forme que nous lui connaissons, mais néanmoins, dans les grandes lignes, l’estimation reste plus que satisfaisante.

Dans la mythologie gréco-latine, Dionysos (Bacchus) offrit un diadème à Ariane abandonnée par Thésée. À sa mort, cette couronne fut placée au firmament et ses joyaux furent changés en étoiles. Les poètes anglais ont souvent repris ce motif : Spenser évoque la couronne d’Ariane dans sa Reine des Fées28) ; Keats en fait, quant à lui, sa tiare dans Lamia. Mais plus significativement, cette couronne aurait initialement été façonnée par le dieu-forgeron Héphaïstos (Vulcain), ex auro et indicis gemmis29). Dans le Silmarillion, les étoiles furent créées par Varda lors de la venue des Elfes, avec pour chef-d’œuvre la Grande Ourse en défi à Melkor, « une ronde de sept étoiles majeures, Valacirca, la Faucille des Valar, comme l’annonce de sa ruine ». Dans une version plus ancienne de ce récit, publiée dans le Livre des Contes perdus, Tolkien avait cependant imaginé une autre origine30) :

Aulë jeta à terre son marteau […] et le marteau, frappant quelques lingots d’argent sur le sol de sa magie, fit vivre des étincelles d’argent, qui jaillirent en lumière par ses fenêtres et dans les cieux. […] Varda ne disposa pas les Sept Étoiles, celles-ci étant en vérité les étincelles de la forge d’Aulë dont la splendeur dans les cieux antiques poussa Varda à fabriquer leurs rivales ; pourtant elle n’y parvint jamais.

Détail d'un brouillon des Portes de Durin

Détail d'un brouillon des Portes de Durin

Dans son commentaire de cette anecdote, Christopher Tolkien mentionne aussi une autre note antérieure de son père où le marteau d’Aulë provoquait encore, par accident, la création de la Grande Ourse, quoique dans des circonstances différentes31). Il serait assez révélateur que les sept étoiles de la Couronne de Durin eussent été façonnées, comme les sept pères des Nains, par Aulë, leur grand « fabre » Mahal, analogue d’un dieu-forgeron dans la cosmogonie propre à la Terre du Milieu. Il ne serait pas étonnant, dès lors, que les Enfants d’Aulë se fussent placés sous le patronage de cette constellation très particulière issue de la forge de leur créateur32). L’identification à la Grande Ourse, proposée par l’auteur lui-même dans son index pour ces étoiles surmontant marteau et enclume, pourrait alors fort bien tenir d’un lointain écho de cette version primitive du Legendarium de Tolkien où Aulë tenait le beau rôle, même accidentellement, dans le façonnement inégalable de la Faucille des Valar. Il semblerait, d’ailleurs, que Tolkien se soit souvenu de ces écrits de jeunesse, car deux étincelles paraissent jaillir de l’enclume sur les plus anciennes représentations des Portes de Durin dans ses brouillons du Seigneur des Anneaux33).

Mais à partir du moment où la fabrication des astres, Grande Ourse en tête, revient néanmoins intégralement à Varda, Aulë s’efface du mythe — sauf à supposer que le motif cosmique de cette création accidentelle puisse être transposé à une autre constellation moins importante. Alors seulement, la Couronne Boréale pourrait constituer une solution plutôt élégante, non seulement pour les arguments astronomiques et mathématiques que nous avons relevés précédemment, mais aussi sur un plan mythologique, eu égard à sa fabrication dans la forge céleste d’un dieu-forgeron.

Avant de refermer ce dossier, il convient d’en résumer les limites. Tout d’abord, nous ne commettrons pas l’erreur de nos prédécesseurs en négligeant la mention qui figure dans l’index du Seigneur des Anneaux. Nous avons tenté de démontrer en quoi la Grande Ourse ne nous semble pas constituer la meilleure identification possible de la Couronne de Durin et en quels termes, parmi tous les choix possibles, la Couronne Boréale s’avèrerait être une bien meilleure alternative, à plus d’un égard. Nonobstant tout cela, cette mention reste le seul élément textuel affirmé avec certitude. Il n’en faudrait guère plus pour que tout l’édifice de notre raisonnement soit mis en doute, ou du moins pour reconnaître que J. R. R. Tolkien n’avait probablement pas poussé sa réflexion aussi loin. En outre, un autre problème de taille reste entier à résoudre. L’expérience, confirmée par Gimli, Frodo et Sam, du reflet des étoiles dans le Lac du Miroir reste inexplicable. Il paraît en effet impossible qu’une même constellation soit en per­ma­nence visible dans le lac, d’autant plus que cette observation vaut même, comme en témoigne le texte, en pleine journée. Nous sommes contraints d’admettre que cet élément étrange, tel qu’il nous est présenté, n’est définitivement pas rationnel — et de là, nous pouvons nous interroger sur le bien-fondé de toute tentative de rationalisation des autres éléments du chant de Gimli. C’est dire, en fin de compte, que nous ne saurions être véritablement certains d’être en présence d’un phénomène analysable et réductible par un raisonnement sensé. Une remarque de Tolkien, formulée dans l’une de ses lettres34), pourrait d’ailleurs aisément se transposer à l’astronomie :

En ce qui concerne la forme du monde au Troisième Âge, j’ai bien peur qu’elle ait été conçue « pour l’histoire » et non suivant la géologie, ou la paléontologie. Je regrette vraiment parfois de ne pas avoir rendu un peu plus possible un accord entre les hypothèses ou théories des géologues et ma carte. Mais cela n’aurait fait qu’entraîner encore plus de problèmes avec l’Histoire humaine.

Puisque notre hypothèse sur la précession des équinoxes permet une datation précise de deux événements de l’histoire de la Terre du Milieu, jouons le jeu jusqu’au bout pour savoir à quelle sorte de conflit avec l’Histoire attestée nous pourrions aboutir. À savoir, pour rappel, en restant sur la Couronne Boréale, Durin VII devrait observer son reflet couronné par cette constellation dans le Lac du Miroir en –2782±84. La prophétie concernant l’avènement de ce dernier Durin, de la re-colonisation de Khazad-dûm et de la gloire retrouvée sous son règne, puis — à un terme non précisé — de la fin du temps des Enfants d’Aulë, ne fut qu’esquissée en termes assez succincts par Tolkien35). La date que nous avons calculée ferait presque de ce dernier Durin le témoin de l’émergence de la culture égyptienne et le contemporain des bâtisseurs de pyramides36). Comme Tolkien nous en avertissait, la géographie de l’Europe, évidemment, ne saurait concorder avec celle de la Terre du Milieu, mais il resterait assez plaisant pour l’esprit que les tous derniers Nains de Tolkien aient pu fouler la Terre à l’époque même où l’on place traditionnellement le commencement de l’Histoire, avec l’invention de l’écriture autour de la Méditerranée. Nous n’aurions pu rêver mieux comme transition entre une ère mythologique et les temps historiques que celle qui vit naître les grandes pyramides.

Puisqu’il est permis de rêver, il y aurait mieux à dire encore. Le climat chaud et sec de l’Égypte ainsi que les habitudes funéraires des anciens égyptiens ont contribué à la préservation de nombreux restes humains. Pour les chercheurs37), l’Égypte se révèle être une source d’informations importante sur la façon dont l’achondroplasie, une maladie des os à l’origine des principaux cas de nanisme, était perçue dans l’Antiquité. Si les premières preuves biologiques de nanisme dans l’Égypte ancienne remontent à la période pré-dynastique badarienne (vers –4500), plusieurs squelettes datant de l’Ancien Empire (–2700 à –2190) ont aussi été découverts. Les anciens égyptiens nous ont laissé un immense corpus de textes sur papyrus, d’illustrations sur les tombes et les murs de leurs temples, de peintures sur des vases, de statues, de figurines ou d’amulettes… Des personnes frappées de nanisme sont représentées sur tous ces supports, dans toutes les activités courantes de la vie : préposés personnels, domestiques, danseurs et amuseurs, mais aussi contremaîtres dans les manufactures de textile, dresseurs d’animaux domestiques et joailliers ou bijoutiers. Plusieurs nains étaient haut-fonctionnaires, parfois suffisamment estimés pour recevoir une place de choix dans les nécropoles royales proches des pyramides. Les noms de certains de ces personnages officiels sont restés à la postérité, comme Pereniankh, Khnumhopte, ou encore Seneb, dont le Musée du Caire conserve une statuette le représentant avec son épouse et ses enfants. Marié à une femme de taille ordinaire, il semble avoir eu plusieurs titres religieux et honorifiques. Enfin, au moins deux dieux égyptiens sont nains : le démiurge Ptah, patron des architectes, des artisans et des orfèvres38), lorsqu’il est représenté sous ses traits de Ptah Patèque (du grec Pataikos, après Hérodote), et Bès, dieu du foyer et de la fertilité.

Au final, il ne faut point s’en cacher, nous n’avons acquis aucune certitude sur la nature de la Couronne de Durin. Nous espérons cependant que le voyage riche en rebondissements auquel nous avons convié nos lecteurs, partant d’un simple détail obscur d’un texte de Tolkien, aura été instructif. Quant aux secrets du Kheled-zâram et de la Couronne de Durin, ils sont encore bien gardés. Les vers du poète américain Kenneth Rexroth pourraient peut-être traduire notre sentiment devant l’inaccessibilité d’un tel mystère39) :

Les étoiles acérées dansent sous le feuillage frémissant ;
Le lac est noir, insondable dans les ténèbres cristallines ;
Haut dans le ciel, la cime diaphane d’un pic enneigé
Sépare en deux la Couronne boréale.

Le nain Khnoumhoptou au Musée du Cair

Fig. 5. Le nain Khnoumhoptou au Musée du Caire dessiné d’après photographie par Faucher-Gudin40)

Voir aussi

Sur Tolkiendil

1) Cet article prolonge, en reprenant de fond en comble le dossier, une intuition d’Alberto Monteiro, « Dating of Middle-earth Events » (<http://www.geocities.com/Area51/Corridor/8611/medating.htm>).
2) « He stooped and looked in Mirrormere / And saw a crown of stars appear; / As gems upon a silver thread; / Above the shadow of his head. § […] But still the sunken stars appear / In dark and windless Mirrormere; / There lies his crown in water deep, / Till Durin wakes again from his sleep. »
3) « They stooped over the dark water. At first they could see nothing. Then slowly they saw the forms of the encircling mountains mirrored in a profound blue, and the peaks were like plumes of white flame above them; beyond there was a space of sky. There like jewels sunk in the deep shone glinting stars, though sunlight was in the sky above. Of their own stooping forms no shadow could be seen. § “[…] There lies the Crown of Durin till he wakes. Farewell!” »
4) « Seven Stars (above hammer and anvil), emblems of Durin […] represented the Plough », index IV, entrée « Star, as emblem », non reprise dans la trad. fr. publiée chez Bourgois.
5) Quiñonez, Jorge & Ned Raggett, « Nólë i Meneldilo: Lore of the Astronomer », Vinyar Tengwar no 12, 1990 (p. 5–15) ; p. 13, trad. fr. David Giraudeau, « Nólë i Meneldilo : Science de l’Astronome » (<http://lambenore.free.fr/telechargements/VT12.pdf>).
6) Ibid., note du traducteur.
7) Larsen, Kristine, « The Astronomy of Middle-earth », conférence lors la convention RingCon à Bonn en Allemagne, 23 novembre 2002 (<http://www.physics.ccsu.edu/larsen/astronomy_of_middle.htm>, notre traduction).
8) Letters no 211 p. 281 ; trad. fr. Lettres p. 396.
9) « If Hobbiton and Rivendell are taken (as intended) to be about the latitude of Oxford, then Minas Tirith, 600 miles south, is at about the latitude of Florence. » (Letters no 294 p. 376 ; trad. fr. Lettres p. 526).
10) Moehn, Andreas, « A Meridional Grid on the Middle-earth Map » (<http://lalaith.vpsurf.de/Tolkien/Grid.html>).
11) Sur la projection reconstruite par Moehn, le lac a une latitude légèrement supérieure à 50° (nous mesurons LMOEHN ≈ 50° 37′ 29″). Le rapport des distances verticales, en moyennant l’écart léger qui apparaît sur la carte du Seigneur des Anneaux entre Fondcombe et Hobbitebourg, nous donne, par règle de trois, une valeur légèrement inférieure à 50° (soit LWILLIS ≈ 49° 40′ 46″, avec pour référence LOXFORD ≈ 51° 45′ 7″ et LFLORENCE ≈ 43° 46′).
12) Nous donnons toutes les déclinaisons célestes qui suivent dans le référentiel J2000.0, standard pour notre époque.
13) Burnham, Jr., Robert, Burnham’s Celestial Handbook, New York : Dover, 1978, vol. II p. 802 sqq. — Bien que visible à l’œil nu avec de l’entraînement, Thuban est d’assez faible magnitude (3,65) et n’est pas aisée à distinguer. En outre, vers –2500, elle s’était déjà éloignée du pôle nord céleste de pratiquement 2°. L’alignement des pyramides construites à cette époque paraît trop précis pour que l’utilisation d’une Thuban ainsi décentrée du pôle soit encore pleinement acceptable. Des théories plus récentes, calculs et simulations informatiques en renfort, estiment aujourd’hui plus probable que les Égyptiens aient utilisé une ligne fictive joignant Mizar (dans la Grande Ourse) à Kochab (dans la Petite Ourse), ligne qui passait alors (précisément en –2467) par le pôle nord céleste, cf. Spence, Kate, « Ancient Egyptian chronology and the astronomical orientation of pyramids » in Nature, vol. 408, 16 novembre 2000, p. 320–324.
14) Allen, Richard H., Star Names: Their Lore and Meaning, New York : Dover, 1963, p. 206.
15) La question est cependant sensée — selon certains chercheurs, l’agencement de plusieurs figures et groupes de points sur les peintures de la grotte de Lascaux peuvent faire penser à une représentation du ciel, voir par exemple « Lascaux, le ciel des premiers hommes », documentaire de Stéphane Bégoin, Vincent Tardieu et Pedro Lima, diffusé sur la chaîne de télévision franco-allemande Arte le 3 novembre 2007 à 20h45.
16) Voir par ex. « Éloge de D’Alembert » de Condorcet, p. v–vi en introduction des Œuvres Complètes de D’Alembert, vol. 1, éd. Martin Bossange et C°, 1821.
17) Quiñonez & Raggett, op. cit., p. 13 (trad. fr. Giraudeau, cit.).
18) Logiciel développé par Patrick Chevalley (<http://www.stargazing.net/astropc>).
19) « Slumber, watcher, till the spheres, / Six and twenty thousand years / Have revolv’d, and I return / To the spot where now I burn. / Other stars anon shall rise / To the axis of the skies; / Stars that soothe and stars that bless / With a sweet forgetfulness: / Only when my round is o’er / Shall the past disturb thy door. » (H. P. Lovecraft, Polaris, 1918, publié dans The Philosopher, 1920 ; trad. fr. Paule Pérez, éd. Belfond).
20) HR 5880 (V* R Coronae Borealis) est une étoile d’ascension droite 15h48m34.42s et de déclinaison 28° 9′ 24,4″ (dans le référentiel J2000.0). Difficilement visible à l’œil nu (car au mieux de sixième magnitude), c’est une étoile variable d’un type très particulier, découverte en 1795 par l’astronome amateur Edward Pigott, mais tout ce qui nous intéresse ici pour nos calculs est sa position particulière au cœur de la constellation.
21) En prenant comme latitude 50° 9′12″±56′ 33″, cf. nos estimations en n. 11.
22) Nos calculs reposent sur les données suivantes : première rencontre des Nains par les Elfes en l’an valien 1250 de l’Âge des Arbres : Grey Annals in The War of the Jewels, §19 p. 9, commentaire p. 107–108, de même dans Annals of Aman in Morgoth’s Ring, §84 p. 93. L’Âge des Arbres s’achève en l’an valien 1500 : Annals of Aman, p. 131. Une année valienne, dans ces annales, correspond à ~9,58 années solaires : Morgoth’s Ring p. 59–60. L’Âge du Soleil dure ensuite 590 ans solaires et la chute de Gondolin survient en 510 : The Tales of Years in The War of the Jewels, p. 346 (rectifiant les 600 ans de la p. 345). Le Second Âge et le Troisième Âge durent respectivement 3 441 et 3 021 ans : appendice B du Seigneur des Anneaux. La mort d’Aragorn survient en l’an 120 du Quatrième Âge : ibid.
23) Lieu de naissance originel du peuple de Durin, cf. Of Dwarves and Men in The Peoples of Middle-earth, p. 301.
24) C’est-à-dire en prenant comme référence 1959, grosso modo à la date de la lettre no 211 de Tolkien dont nous reparlerons infra.
25) « I hope the, evidently long but undefined, gap(*) in time between the Fall of Barad-dûr and our Days is sufficient for ‘literary credibility’, even for readers acquainted with what is known or surmised of ‘pre-history’. // (*) I imagine the gap to be about 6000 years: that is we are now at the end of the Fifth Age, if the Ages were of about the same length as S.A. and T.A. But they have, I think, quickened; and I imagine we are actually at the end of the Sixth Age, or in the Seventh. » (Letters no 211 p. 283 ; trad. fr. Lettres p.399, nous restituons la note oubliée dans l’éd. fr.).
26) The Lhammas in The Lost Road, commentaire p. 192 pour le texte de la p. 180, notre traduction : « In the words of Rúmil here that ‘many thousands of years have passed since the fall of Gondolin’ an obliterated reading lies beneath ‘many thousands of’; this was very probably ‘10,000’, which is the reading of Lhammas A. »
27) Ibid. p. 167. Le commentaire de C. Tolkien ci-dessus mentionne Rúmil, sur les travaux linguistiques duquel Pengoloð s’est appuyé, mais il nous paraît plus probable que cette datation de la chute de Gondolin provienne de Pengoloð lui-même.
28) « Looke! How the crowne which Ariadne wore / Upon her yvory forehead […] / Being now placed in the firmament, / through the bright heavens doth her beams display, / And is unto the starres an ornament, / Which round about her move in order excellent. »
29) Cité par Allen, Richard H., op. cit., p. 174 ; cf. par ex. Hygin, Astronomie poétique, II, 5, 1–4 : « Dicitur etiam a Vulcano facta ex auro et indicis gemmis […] »
30) « Aulë flung down his hammer […] and the hammer striking some ingots of silver upon the floor did of its magic smite silver sparks to life, that flashed from his windows out into the heavens. […] the Seven Stars were not set by Varda, being indeed the sparks from Aulë’s forge whose brightness in the ancient heavens urged Varda to make their rivals; yet this did she never achieved. » (The Book of Lost Tales, ch. 5, p. 113–114 ; trad. fr. Adam Tolkien).
31) Ibid., p. 133 dans l’éd. angl. : dans cette autre version abandonnée, les sept étoiles étaient les « sept papillons » d’Aulë (angl. seven butterflies) — a contrario, dans le Silmarillion, le Papillon (quenya Wilwarin) est le nom qui échoit apparemment à la constellation de Cassiopée.
32) Ajoutons, pour renforcer le trait, qu’il paraît plausible que le nom des Nains dans leur propre langue, Khazâd (sg. Khuzd), fasse référence au nombre 7. Cette intuition, déjà notée par plusieurs commentateurs, s’appuie sur un exemple relatif à la langue adunaïque de Númenor, gimlî hazid « sept étoiles » (Sauron Defeated, p. 427–428 ; le chiffre sept apparaît aussi sous la forme hazad à la p. 247, balîk hazad « sept navires ») et, bien que cet exemple soit donné sans contexte, sur le fait que cette langue possède une certaine parenté avec celle des Nains. Cela ne saurait être qu’une simple hypothèse, mais il serait évidemment tentant d’y voir chacune des sept Maisons des Nains représentée par une étoile de la Couronne de Durin, l’étoile centrale mise en exergue sur les Portes de Durin désignant alors la Maison de Durin elle-même.
33) Reproduction dans The Treason of Isengard, p. 182 ; cf. aussi illustrations no 150 et no 151 dans Hammond, Wayne G. & Scull, Christina, J. R. R. Tolkien, Artist & Illustrator,Harper Collins Publishers, 1995, p. 158.
34) « As for the shape of the world of the Third Age, I am afraid that was devised ‘dramatically’ rather than geologically, or paleontologically. I do sometimes wish that I had made some sort of agreement between the imaginations or theories of the geologists and my map a little more possible. But that would only have made more trouble with human history. » (Letters no 169 p. 224 ; trad. fr. Lettres p. 318).
35) Tout ce qui en reste tient en quelques lignes dans Sauron Defeated, p. 278–279, 383 et note p. 391.
36) Rappelons qu’un Nain vit en moyenne environ 250 ans, au mieux 300 ans (Sauron Defeated p. 284). Pour les lecteurs curieux, la Couronne Boréale passerait encore de manière plus qu’acceptable au zénith du Lac du Miroir vers –2500, période où l’on s’accorde aujourd’hui à placer la construction de la plupart des grandes pyramides, même si Thuban était déjà à ~2° du pôle nord céleste (cf. note 13, se référer à l’article de Nature susmentionné pour une datation des pyramides). Ce ne serait plus aussi bien le cas vers –2000, à l’époque des dernières pyramides du Moyen Empire.
37) Nous résumons ici, essentiellement, les travaux récents de Kozma, Chahira, « Dwarfs in Ancient Egypt », American Journal of Medical Genetics, vol. 140A, 15 février 2006, p. 303–311.
38) Montet, Pierre, « Ptah Patèque et les orfèvres nains », Bulletin de la Société française d’égyptologie (BSFE), no 11, Paris, 1952, p. 45–49.
39) Rexroth, Kenneth, « Another Spring » (1942) ; éd. cit. The Collected Shorter Poems of Kenneth Rexroth, New Directions Publishing Corp., 1966 ; trad. fr. Joël Cornuault, « Autre Printemps » in l’Automne en Californie, éd. Fédérop, 1994. « The sharp stars flicker in the tremulous branches; / The lake is black, bottomless in the crystalline night; / High in the sky the Northern Crown / Is cut in half by the dim summit of a snow peak. »
40) L’illustration est tirée de l’édition anglaise de l’ouvrage de Gaston Maspero, History Of Egypt, Chaldea, Syria, Babylonia, and Assyria, vol. 4, disponible en ligne sur le projet Gutenberg (<http://www.gutenberg.org>).
 
essais/astronomie/couronne_durin_archeoastronomie.txt · Dernière modification: 09/01/2019 11:20 par Druss
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