Une lecture sceptique de Narnia

Irène Fernandez - 27 juillet 2012 - Cerisy
ColloqueLes colloques de Cerisy ont, depuis longtemps, accordé une place de choix aux littératures de l’imaginaire et aux littératures dites « de genre » ; elles sont aussi, bien sûr, un lieu emblématique de réflexion sur la littérature. Une semaine sera consacrée, en juillet 2012, à l’œuvre de J.R.R. Tolkien (1892-1973) et au groupe des Inklings (C.S. Lewis, Charles Williams, Owen Barfield, etc.).

Compte-rendu de l'intervention

par Cloé Dottor

Les chroniques de Narnia ont acquis un statut de classique en Angleterre. Pourtant, même si le livre est très lu, les critiques ont tendance à la rattacher au symbolisme chrétien en oubliant la valeur poétique de l’œuvre. Lewis lui-même se définit comme un homme d’imagination avant d’être un écrivain religieux. La lecture conceptualisante entrave l’expérience imaginative et empêche de saisir le sens de l’œuvre. Ce phénomène est accentué par une erreur de l’éditeur, qui demande à Lewis un épisode expliquant la création du monde et qui gâche ainsi le mystère de la découverte pour le lecteur.

Un sentiment de trahison s’empare du lecteur jeune lorsqu’il comprend l’idéologie religieuse derrière l’histoire. Cependant, certaines personnes surmontent leur déception et continuent de lire Narnia, croyants ou non. Ce phénomène peut s’expliquer par l’importance qu’a Narnia au sein de l’intrigue. C’est la seule force d’unification du texte, à laquelle les lecteurs sont attachés. Pourquoi ? D’abord par l’accord entre la nature et ceux qui l’habitent. Dans Narnia, les animaux sont vraiment des personnes, contrairement à ceux de La Fontaine, qui sont des images. Narnia met en évidence la recherche d’une liaison réelle : entre la dryade et l’arbre, par exemple. C’est l’expression littéraire d’une image-force qui habitait Lewis depuis sa jeunesse : le souhait d’un lieu parfait. La nature lui donne le pressentiment de ce lieu parfait. La contrée évoquée dans Narnia se fait de façon polyphonique par les allusions constantes à d’autres lieux, d’autres époques, d’autres aventures de Narnia. Cela créé un effet de profondeur qui attire le lecteur. En ce sens, le style de Lewis est assez puissant pour s’effacer derrière la contrée qu’il décrit et mettre en scène un texte « habitable ».

Remarques de l'auditoire : L’allégorie n’existe pas dans Narnia, puisque chez Lewis, tout commence par des images. C’est pour cette raison qu’il créé une relation d’égalité entre humains et animaux : ce n’est pas parce que l’homme est au centre de l’univers de Narnia qu’il est le seul à avoir un intérêt.

 
essais/colloques/colloque_cerisy_2012/compte-rendu_irene_fernandez.txt · Dernière modification: 11/04/2017 09:44 par Druss
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