L’équivocité des conceptions valarine et elfique du « marrissement » d’Arda

Didier Willis - 2003-2007 (révisé 2011)
Articles théoriquesArticles théoriques : La maîtrise globale des écrits de J.R.R. Tolkien est nécessaire pour bien saisir la portée des articles de cette catégorie, les sujets étant analysés de façon poussée par leurs auteurs.
Dans ce dossier1), nous marquerons d’un astérisque (*) les termes proposés comme alternatives au vocabulaire courant, ainsi que le suggère Jérôme Sainton dans son essai « Le Marrissement d’Arda : fil et traduction de la Catastrophe du Conte »2). Notamment, le problème cardinal que doit affronter la traduction française est de conserver une même famille de mots pour dire que Melkor est the Marrer, le monde insouillé Arda Unmarred, le monde corrompu Arda Marred, la corruption du monde the Marring of Arda. Nous présenterons en conclusion différentes possibilités.

Une version étendue de cet article a été publiée dans l'ouvrage La Feuille de la Compagnie n°3 : Tolkien l'Effigie des Elfes.

La Feuille de la Compagnie n°3 : Tolkien l'Effigie des Elfes

« Il y a bien des langues différentes dans le monde, mais aucune d’entre elles n’est dépourvue de sens. »
I Corinthiens XIV, 8-10

Tolkien a consacré plusieurs notes et quelques passages importants de ses récits tardifs à formaliser les aspects théologiques de son œuvre. Ainsi, la dénomination Arda Unmarred recouvre-t-elle, selon les textes, deux concepts connexes : à la fois l’idée de l’état originel du monde s’il n’avait pas été perverti par Melkor, et la projection d’une création voulue parfaite, qui sera restaurée par Eru à la fin des temps. De ces deux concepts, le premier n’a jamais existé de facto et constitue simplement une référence idéale à ce qu’aurait dû être la Création si elle n’avait pas été avilie3). La Création n’a pas été voulue mauvaise, mais Melkor y a distillé ab ovo les germes du Mal.

Ces développements sont toujours présentés filtrés par la connaissance elfique, par des récits à teneur linguistique et des traductions érudites des Sages du peuple des Elfes, comme par exemple Pengolodh. Ainsi le texte inaugural du Silmarillion, l’Ainulindalë, tel que nous le connaissons, est-il lui-même censé être adapté à la tournure d’esprit des Enfants d’Ilúvatar4). Dès lors, tenter de remonter du monde tel que les elfes et les hommes le connaissent et le conçoivent aux conceptions des Valar se heurterait irrémédiablement à la limite de nos conceptions. Cependant, il est possible de comprendre que les Valar pensaient la création d’un autre point de vue que les Eruhíni. L’étude de la langue « parlée » des Valar permet, en effet, d’apporter une nuance ou de donner une autre dimension aux termes employés par les Elfes pour décrire le monde. C’est la problématique que nous nous proposons d’aborder ici à travers un exemple concret, celui des traductions d’Arda Marred et d’Arda Unmarred.

La conception elfique : Arda Souillée / Marrie*, Insouillée / Immarrie*

Nous savons que dans la théologie elfique, l’état actuel du monde, résultant de son avilissement par Melkor, est Arda Marred, une dénomination que nous pourrions traduire par Arda Souillée, Arda Marrie* et dont les équivalents en langue elfique sont Arda Sahta dans une de nos sources et Arda Hastaina dans une autre5). Ces deux constructions linguistiques relèvent du même procédé : Hastaina est de toute évidence un participe6) et Sahta est utilisé ici comme adjectif7). La glose anglaise nous apparaît simplement comme une traduction directe de ces concepts.

Le dessein originel d’Eru était Arda Unmarred, soit Arda Insouillée, Arda Immarie*. En langue elfique, nous disposons de l’expression antonymique Arda Alahasta, où alahasta est de toute évidence une forme négative8).

À la fin des temps, les Elfes9) espèrent qu’Eru rétablira Arda Healed, une Arda Guérie, Consolée, Arda Envinyanta ou Arda Vincarna, deux formes participiales dont les significations sont littéralement renewed (renouvelée) et made anew (refaite)10).

À travers cette terminologie, il est intéressant de noter que lorsque les Elfes décrivent le monde qu’ils habitent, ils font référence, avec une forme positive, à son état actuel, accompli et causé (par Melkor), au seul état qu’ils connaissent par expérience : Arda Souillée. Les autres états, autant avant leur temps qu’en projection d’une eucatastrophe future, sont définis relativement à cet état de corruption : Arda In-souillé, Re-faite.

La conception valarine : Arda Sanctifiée, Désanctifiée

Si nous nous penchons à présent sur la langue valarine, il est facile d’avancer des hypothèses difficilement vérifiables, en raison de la rareté des sources. Seules quelques bribes de cette langue sont connues, par le biais de l’essai Quendi and Eldar. Néanmoins, la comparaison de plusieurs termes révèle un élément que personne ne semblait avoir noté jusqu’ici. Il permettra de montrer en quoi l’étude des langues elfiques peut ne pas se limiter à un exercice linguistique mais joue un rôle conceptuel de premier ordre dans l’élaboration du légendaire de Tolkien.

D’un côté, nous connaissons le nom de Manwë en valarin : Mānawenūz = Blessed One, Celui qui est Béni, Saint11) ; nom que l’on peut aussi rapprocher de la racine elfique MAN- : holy spirit, esprit saint12). Nous savons, par ailleurs, que les termes Aman and Manwë, en langue elfique, contiennent un élément aman-, man- d’origine valarine et signifiant approximativement blessed, holy, béni, saint13). Le premier mot, a-man, est visiblement construit par réduplication de la voyelle caractéristique de la racine, peut-être par emphase selon un procédé relativement fréquent en elfique14).

De l’autre côté, Arda Unmarred et Arda Marred sont respectivement traduits en valarin par Aþāraphelūn Amanaišāl et Aþāraphelūn Dušamanūðān15). Dans son essai sur la langue valarine, Helge K. Fauskanger note : « Le mot dušamanūðān “souillée, marrie*” semblerait être un participe passif de par son interprétation [en traduction] ; si nous avions connu le verbe “souiller, marrir*”, nous aurions pu isoler les morphèmes utilisés pour la dérivation de tels participes »16). Cette affirmation suppose cependant que la glose anglaise corresponde exactement à l’expression valarine, c’est-à-dire que cette dernière signifie précisément marred et que le seul problème est de ne savoir ni découper ce très long mot en unités élémentaires, ni l’infléchir. A contrario de cette thèse, nous n’avons aucune preuve que la correspondance est parfaite et il conviendrait mieux d’en douter.17)

De fait, aucune langue n’exprime jamais totalement les choses de la même manière, et rien ne permet d’affirmer que l’interprétation de ces mots serait aussi transparente. Mais nous pouvons, en revanche, remarquer que ces deux termes se partagent un point commun : ils semblent tous les deux contenir un même élément -man- semblable à celui que nous pouvons isoler dans Mānawenūz et Aman. Cependant, comment pouvons-nous alors concilier ce fait paradoxal : que les termes valarins pour marred et unmarred semblent, en surface, contenir précisément un terme opposé à celui que nous attendrions logiquement ? Avec toutes les précautions d’usage, nous pouvons peut-être formuler, à nouveaux frais, l’interprétation suivante18) :

Amanaišāl : aDUP.-man-(a)« BLESS »-(i)EPENTH.-šālADJ.
Dušamanūðān : dušNEG.-aDUP.man-(ū)« BLESS »-ðānADJ.

Nous aurions alors une forme positive Amanaišāl, Blessed, Bénie, Sanctifiée et une forme négative Dušamanūðān, Unblessed, Désanctifiée, c’est-à-dire exactement l’inverse, grammaticalement, qu’en langue elfique ou qu’en anglais19). Au-delà de l’intérêt strictement linguistique que l’on peut trouver à cette question, cette interprétation mettrait en lumière la façon dont les Valar eux-mêmes conçoivent le monde qu’ils ont vu depuis son origine, à l’opposé des Elfes qui ne l’ont connu que plus tard, après que Melkor ait déjà accompli ses funestes desseins. Le dessein originel d’Eru ne serait pas, à parler strictement, Arda Unmarred, mais plutôt Arda Blessed. Nous y trouverions presque une résonance avec la Genèse : « Dieu bénit le septième jour et le consacra, car il avait alors arrêté toute l’œuvre que lui-même avait créée par son action »20).

Réciproquement, le monde dominé par Melkor ne serait pas Arda Marred mais Arda Unblessed. La nuance sémantique, sans être d’importance majeure, nous paraît néanmoins significative : elle témoignerait, non d’un sens véritablement différent, mais d’une perspective et d’une conception différentes.

Concluons notre approche en éclairant, d’abord, l’équivocité de l’élément man, aman dans ces formes. Dans Quendi and Eldar, Tolkien note aussi que le toponyme quenya Aman, comme nom du lieu géographique où habitent les Valar, dérive d’un élément aman : blessed, free from evil21), béni, libre de tout mal, et bien que le sage Pengolodh ne donne pas la forme valarine originale22), il est précisé qu’elle signifiait at peace, in accord (with Eru), en paix, en accord avec Eru23). Une interprétation plus littérale et beaucoup plus proche du sens primitif de Aþāraphelūn Amanaišāl serait alors probablement Arda Accordée (avec la pensée divine d’Eru), tandis que Aþāraphelūn Dušamanūðān serait Arda Désaccordée, Arda Discordante. Puisque l’Ainulindalë dit que « (…) la discordance de Melkor gagna du terrain et les mélodies se perdirent dans une mer de sons turbulents »24), qu’il nous soit permis de conclure, en écho lointain de la musique des Ainur voulue par Eru et de la discorde provoquée par Melkor, sur la question linguistique de traduction par cette dernière proposition d’Arda Marred et Unmarred par Arda Accordée et Désaccordée.

Ensuite, nous pouvons relever que, conceptuellement, l’écart entre les termes valarins et elfiques sont l’indice d’une conception différente du monde. Il y aurait alors équivocité entre le mode de pensée valarine et le mode de pensée elfique et humain. Ce point est d’autant plus remarquable si l’on prend garde à ce que le mode de transmission de la pensée des Valar, des elfes et des hommes est strictement identique, et relève donc de l’univocité25). La pensée des Valar est donc capable de revêtir différents modes de pensée.

Enfin, nous pouvons proposer un schéma récapitulatif26) de la problématique la plus générale concernant le Marring of Arda : nous espérons qu’il pourra, d’une part, servir de cadre au dossier de Jérôme Sainton concernant la traduction française de ce syntagme et, d’autre part, qu’il donnera ainsi une idée des difficultés auxquelles on doit faire face pour conserver une unité dans la famille sémantique retenue pour traduire celle dont l’anglais fait usage avec les inflexions de to mar.

conceptions du marrissement
1) Ce dossier, dont des éléments avaient déjà été discutés en 2003 sur Internet via le forum JRRVF et la liste de diffusion Lambengolmor, et est paru dans la Feuille de la Compagnie n° 3 (l’Effigie des Elfes) aux éditions Bragelonne.
2) La Feuille de la Compagnie n° 3 (l’Effigie des Elfes). En attendant la parution de cet article, nous renvoyons nos lecteurs à une version condensée de l’étude de Jérôme Sainton présentant déjà, pour l’essentiel, les éléments pertinents pour cette discussion, « Du “Marring” au “Marrissement” ».
3) « Arda Insouillée n’a pas existé en réalité, mais est restée en pensée — Arda sans Melkor, ou plutôt sans les effets de son devenir maléfique ; mais elle est la source d’où proviennent toutes idées d’ordre et dont dérive toute perfection, ‘Arda Unmarred’ did not actually exist, but remained in thought – Arda without Melkor, or rather without the effects of his becoming evil ; but is the source from which all ideas of order and perfection are derived » (Home X, 405).
4) « Si l’on considère (…) l’Ainulindalë : [cette histoire] doit venir des Aratar eux-mêmes (…). Bien qu’elle ait été totalement remise sous sa forme actuelle par les Eldar, et quelle était déjà sous cette forme quand elle fût compilé par Rúmil, elle doit néanmoins d’abord nous avoir été présentée non seulement dans des termes qui sont ceux du Quenya, mais aussi selon nos modes de pensée et selon notre [faculté de] représentation du monde visible, dans des symboles qui nous étaient intelligibles, If we consider (…) the Ainulindale : this must have come from the Aratar themselves (…). Though it was plainly put into its present form by Eldar, and was already in that form when it was recorded by Rumil, it must nonetheless have been from the first presented to us not only in the words of Quenya, but also according to our modes of thought and our imagination of the visible world, in symbols that were intelligible to us » (Home XI, 406-407).
5) Arda Hastaina : Home X, 254 ; Arda Sahta : Home X, 405. Les deux gloses ont été consignées sensiblement à la même époque. Il est difficile d’établir si l’une devait corriger l’autre ; il peut très bien s’agir de synonymes. Voir aussi la traduction elfique du Pater Noster dans Vinyar Tengwar, n° 43, janvier 2002, p. 22-23, pour un autre mot (úsahtie) probablement apparenté à Sahta ; ce numéro de Vinyar Tengwar est disponible en ligne (<www.elvish.org/VT/VT43sample.pdf>).
6) D’une forme verbale *hasta- que nous pouvons aussi isoler dans alahasta (voir note infra), à laquelle serait adjointe la terminaison participiale -(ĭ)na. Sur cette dernière, voir notamment notre compte rendu de « Vinyar Tengwar n° 39 » dans la Feuille de la Compagnie, n° 1, Paris, L’Œil du Sphinx, automne 2001, p. 102. Le verbe *hasta- est lui-même probablement construit par suffixation au radical de l’élément causatif -ta, mais ni le verbe, ni son radical n’ont de définition indiquée par Tolkien. Pour les formes verbales causatives, dites encore à valeur factitive (« qui fait que »), voir par exemple hehta- « exclure, abandonner », constitué de l’élément hek « de côté, à part, séparé » et du suffixe -ta, soit étymologiquement « mettre de côté, faire que (l’objet) soit seul, séparé » (Home XI, 365).
7) Cette seconde glose a une forme moins lisible que la précédente : l’épithète est soit un adjectif, soit un participe (irrégulier si la formation plusieurs fois attestée en -(ĭ)na doit être considérée comme régulière) qui se confondrait avec un verbe correspondant *sahta- qui intègrerait, peut-être, le même élément causatif -ta et serait susceptible de la même interprétation que Hastaina. Les locutions apparentées à Sahta ne sont pas connues, bien que nous pensions pouvoir présager au moins d’une forme en Arda *Alasahta pour Arda Unmarred.
8) Arda Alahasta : Home X, 254. Le préfixe négatif ala- est attesté par ailleurs (par exemple alasaila : en anglais unwise, dans Vinyar Tengwar, n° 41, juillet 2000, p. 13, 18). C’est l’équivalent direct, a priori, de l’anglais un- ou du français in-, soit ici « qui n’est pas (n’a pas été) hastaina ».
9) Home X, p. 342 note 7, indique : « Il convient de souligner que les Elfes n’ont pas des mythes ou des légendes traitant de la fin du monde. It is noteworthy that the Elves had no myths or legends dealing with the end of the world ». Damien Bador nous a alors fait remarquer qu’il n’est pas certain qu’il s’agisse ici d’une conception elfique. Peut-être est-ce plutôt une conception númenoréenne, ou tout au plus une conception elfique vue par le prisme des Númenoréens. Cela dit, nous n’interprétons pas cette phrase dans le même sens : espérer une Arda Healed ne nous semble pas relever d’un mythe ou d’une légende de la fin des temps (comme pourrait l’être, par ex. le Dagor Dagorath et le retour de Túrin Turambar dans une bataille épique, etc. — qui, eux, tiennent clairement du mythe ou du conte légendaire). Il nous semble plutôt qu’Arda Healed relève d’abord d’une espérance — au sens probable de l’Estel — de ce que pourrait être le dessein divin, sans que les modalités en soient connues et donc racontables. En cela, nous maintenons par conséquent qu’il est probable que les définitions du marrissement d’Arda découlent bien d’une conception elfique (sans doute transposée de leur expérience au contact des Valar), plutôt que d’une conception humaine.
10) Arda Envinyanta et Arda Vincarna : Home X, 408.
11) , 23) Home XI, 399.
12) Home V, 371.
14) Cf. par exemple les termes Ithil, Indis, Estel en quenya pour des constructions similaires.
15) Home XI, 401.
16) « The word dušamanūðān “marred” would seem to be a passive participle by its gloss; if we had known the verb ‘to mar’, we could have isolated the morphemes used to derive such participles » (Helge Kåre Fauskanger, Ardalambion, « Valarin – like the glitter of swords », <http://www.ardalambion.com/valarin.htm>, trad. fr. (modifiée) de Ronan Mackowski pour Ardambion.fr. Les articles sur internet pouvant être mis à jour et rectifiés aisément, nous donnons ici une lecture de la version de novembe 2003. Le site Ardalambion.fr n’existe plus aujourd’hui, mais nos lecteurs pourront se référer à la traduction de Damien Bador sur Tolkiendil).
17) Si tel était le cas, Pengolodh aurait plutôt classé les termes elfiques utilisés pour rendre Amanaišāl et Dušamanūðān soit dans la section (1) de son essai (mots et noms en quenya adaptés du valarin), soit, plus probablement, dans sa section (3) (mots et noms qui ont été traduits du valarin). Comme nous l’a fait remarquer Jerôme Sainton, le classement de ces termes valarins dans la section (2), mots et noms qui n’ont fait l’objet ni d’une adaptation ni d’une traduction, indiquerait au contraire qu’ils correspondent à des concepts identifiés, mais traduits indépendamment.
18) ADJ. = adjectif, participe ; DUP. = réduplication ; NEG. = négation ; EPENTH. = épenthèse, voyelle épenthétique. Que les affixes *-šāl and *-ðān soient effectivement des terminaisons adjectivales ou participiales n’est pas vraiment important ici : nous saurons difficilement affiner leur sens exact et leur nuance. Pour la probabilité d’une voyelle épenthétique -i- dans amanaišāl, comparer aþāra « fixé, convenu » (Home XI, 399) avec Aþāraigas « chaleur convenue à l’avance > Soleil » (p. 401), dont le dernier élément *gas pourraît être rapproché de ghâsh « feu » en langue noire, cf. Édouard Kloczko, Dictionnaire des langues des Hobbits, des Nains, des Orques (etc.), Argenteuil, Arda, 2002, p. 24 (a contrario, Helge Kåre Fauskanger isole de son côté le mot *igas, mais nous ne nous rattachons pas à cette analyse) ; cf. aussi Phanaikelûth « miroir brillant > Lune » dont le premier élément pourrait être rapproché du quenya fana, fána (ibid., p. 27). Enfin, le préfixe *duš-, apparemment négatif, dans Dušamanūðān n’est pas sans rappeler, peut être délibérement, à la fois la forme et la fonction du préfixe δυσ- en grec ancien, cf. Henry George Liddel & Robert Scott, An Intermediate Greek-English Lexicon, « like un- or mis- (in un-lucky, mis-chance), destroying the good sens of a word, or increasing its bad sense » (Oxford, Clarendon Press, 1889, s. v. dus, interrogeable en ligne sur le site Perseus Project, <http://www.perseus.tifts.edu>). — Nous remercions Patrick H. Wynne pour nous avoir rappelé cette ressemblance, sur la liste de diffusion Lambengolmor ou notre théorie a été présentée une première fois.
19) Édouard Kloczko aboutit, sans néanmoins la justifier, à une formulation similaire dans son Dictionnaire des langues des Hobbits, des Nains, des Orques (etc.), p. 23-24 : « qui est non corrompu, sain (angl. unmarred) » pour amanaišāl, et « qui est corrompu (…), malsain (angl. marred) » pour dušamanūðān (nous soulignons les termes français). Les sens proposés, quoique formant une famille sémantique uniforme, s’éloignent néanmoins du texte.
20) Genèse II, 3, Traduction Œcuménique de la Bible.
21) Tolkien donnera, en 1963, dans une lettre à Mrs Elgar évoquant le repos provisoire que Frodo trouvera à l’Ouest, une traduction sensiblement équivalente : « (…) “Arda Insouillée”, la Terre non gâtée par le mal, (…) ‘Arda Unmarred’, the Earth unspoiled by evil » (Letters, n° 246, p. 328).
22) De Aman comme toponyme ou de l’élément aman- dont il dérive : le texte nous paraît ambigu sur ce point.
24) « Then the discord of Melkor spread ever wider, and the melodies which had been heard before foundered in a sea of turbulent sound » (The Silmarillion, p. 16 = Le Silmarillion, p. 9).
25) Voir sur ce point notre article « Parole et pensée chez Tolkien : l’analogie de l’angélologie », in la Feuille de la Compagnie n° 3 (l’Effigie des Elfes), op. cit.
26) La lettre Q. indique que le terme est en quenya, et V. qu’il est en valarin.
 
essais/religion/conceptions_du_marrissement.txt · Dernière modification: 10/04/2017 15:57 par Druss
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