Lettres lunaires et cycles lunaires : Peut-on dater la Carte de Thror ?

 Deux Anneaux
Andreas Möhn — Avril 2010
traduit de l’anglais par Damien Bador
Articles de synthèse : Ces articles permettent d’avoir une vue d’ensemble du thème traité mais ils nécessitent une bonne connaissance des principales œuvres de J.R.R. Tolkien.

La caractéristique la plus remarquable de la Carte de Thror était certainement les ingénieuses lettres lunaires qu’Elrond découvrit à la veille de la mi-été, en 2941 TA. « On ne peut les voir que si la lune brille derrière elles, et de plus, pour la variété la plus ingénieuse il faut que ce soit une lune de la même forme et saison que le jour où elles furent écrites. Les nains les inventèrent et les écrivaient avec des plumes d’argent, comme vos amis pourraient vous le dire. Celles-ci doivent avoir été écrites la veille d’une mi-été avec une lune croissante, il y a fort longtemps. »1)

À combien remonte « il y a fort longtemps » ? Thror quitta Erebor en 2770 TA et mourut dans la Moria en 2790 TA, 151 ans avant qu’Elrond ne lise les lettres lunaires. Est-il possible de dater la rédaction des lettres lunaires ? Advint-il seulement qu’un « large croissant argenté » se couche à la veille de la mi-été de son vivant ? En fait, à quelle fréquence les phases lunaires réapparaissent-elles le même jour de l’année solaire ? Jamais, pour être honnête. Il n’y a pas de vraie périodicité entre l’année solaire et la lunaison, i.e. la période entre une nouvelle lune et la suivante. Ou, comme l’exprime les astronomes : la Terre et la Lune ne sont pas en résonance. Il est toutefois possible de trouver autant de périodicités approximatives que l’on veut, à quelques heures ou même minutes près. Tout dépend de la précision que l’on veut obtenir – habituellement, plus longue la période, plus précise la correspondance.

John Rateliff fait ce commentaire sur les lettres lunaires : « une phase spécifique de la lune ne coïnciderait avec une nuit spécifique de l’année qu’une fois par siècle environ »2). Cela n’est pas tout à fait vrai. L’une des périodes les plus connues de ce type est le Cycle métonique, nommé d’après l’ancien Grec Méton. Méton réalisa que 235 lunaisons correspondent à 19 années solaires à 7,5 heures près : en d’autres termes, s’il y avait eu une nouvelle lune quatre jours avant la veille de la mi-été en 2941 TA, il y en aurait eu une autre le même jour en 2960 TA, mais elle aurait eu lieu un tiers de jour plus tôt. Dix-neuf ans n’est pas tout à fait un siècle, qu’en pensez-vous M. Rateliff ? Le Cycle métonique devint la fondation de nombreux calendriers grecs et il était certainement connus des Nains, car il est très facile de le découvrir.

Elrond (© Anke Katrin Eissmann)

Il reste cependant un problème : le Cycle métonique n’est pas suffisamment précis pour couvrir les 150 ans entre Thror et Elrond. Il nous faut calculer huit cycles métoniques à rebours pour arriver à l’époque où Thror vivait ! Toutefois, l’erreur restante s’accumule avec chaque Cycle métonique, jusqu’à ce que la séquence se dérègle, i.e. la phase lunaire se décalera d’un jour ou plus. Il nous faut donc un facteur de correction, un intercalaire afin de compenser ce décalage.

Il existe plusieurs solutions. La plus simple est celle-ci : un autre ancien Grec, Calippe, suggéra que l’on obtenait un résultat bien plus précis ajoutant simplement quatre Cycles métoniques et en retranchant un jour du résultat. Pour d’évidentes raisons, nous appelons désormais cela le Cycle calippique. Un Cycle calippique équivaut à 4 x 19 = 76 ans (il se pourrait que ce soit à cette période que faisait allusion Rateliff), et il correspond à 940 lunaisons à 5,9 heures près. Plus intéressant, 2 x 76 = 152 ! Aussi, si nous partons de 2941 TA et remontons deux Cycles calippiques, nous aboutissons à 2941 – 252 = 2789 TA, juste un an avant la mort de Thror, avec une marge d’erreur de 11,8 heures ! Cette marge semble tolérable et cette correspondance n’est certainement pas accidentelle. Il semble donc fort probable que les Nains connaissaient le Cycle calippique et l’incorporaient dans leurs lettres lunaires les plus sophistiquées. Car Gandalf confirme que Thror dessina la carte « avant qu’il n’aille aux mines de la Moria »3) pour y mourir. Par conséquent, le Roi Thror élabora ces lettres lunaires dans la soirée du 1er de lithe, en 2789 TA.

Nous pouvons maintenant nous demander comment il était possible que la carte vînt à Fondcombe juste au bon moment pour lire ces lettres lunaires. Eh bien, pour être explicite : il était voulu qu’elle y soit, et pas par son créateur, bien entendu…

Il semble probable que Tolkien a consciemment observé ces périodes lorsqu’il finalisa les Appendices A et B. En effet, dans les brouillons publiés dans PM, Thror mourait en 2766 TA, ce qui ne correspondait ni au Cycle métonique ni au Cycle calippique.

Voir aussi

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Sur le net

1) Version originale : « They can only be seen when the moon shines behind them, and what is more, with the more cunning sort it must be a moon of the same shape and season as the day when they were written. The dwarves invented them and wrote them with silver pens, as your friends could tell you. These must have been written on a midsummer’s eve in a crescent moon, a long while ago. » Hob., chap. 4
2) HH, p. 124
3) Version originale : « before he went to the mines of Moria » ; Hob., chap. 1
 
langues/ecritures/runes/lettres_lunaires_cycles_lunaires.txt · Dernière modification: 13/09/2014 09:26 par Druss
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