Les Sarati - la Forme phonétique

 Trois Anneaux
Måns Björkman
traduit de l’anglais par Pascal Burkhard
Articles de synthèse : Ces articles permettent d’avoir une vue d’ensemble du thème traité mais ils nécessitent une bonne connaissance des principales œuvres de J.R.R. Tolkien.

Introduction

La Forme phonétique se distingue par un plus grand nombre de documents attestés que les autres valorisations. De ces documents, seuls trois contiennent des textes en sarati (R20, R21, RV1). Tous les autres textes sont des descriptions du système d’écriture, principalement composés de listes de sarati et de leur valeurs phonétiques. Certaines de ces descriptions donnent des mots seuls ou de courtes phrases écrites avec des sarati (R9, R10, R11, R16, R18, R19).

Certains de ces documents contiennent les descriptions les plus détaillées et les plus élaborées que Tolkien ait fait des sarati (R14, R17b, R18). Ces descriptions listent un grand nombre de glyphes qui ne sont pas nécessaires pour représenter les sons de la langue anglaise. En conséquence, de nombreux caractères exotiques se trouvent dans ces listes et ne sont utilisés dans aucun des textes dont nous disposons. En se fondant sur l’usage de certains glyphes pour des sons spécifiques, on peut subdiviser la Forme phonétique en trois variantes différentes :

  • La première variante est utilisée de R9 à R16 et de R20 à R21. Ces documents partagent une même distribution des diacritiques vocaliques ainsi que des sarati spécifiques pour [kw], [gw] et pour les fricatives bilabiales ([φ] et [β]). Le plus ancien de ces documents date de 1921, le plus récent de 1924 ou d’une date postérieure. Il semble clair que la première variante précède les deux autres.
  • La seconde variante est utilisée dans RV1. Cette variante se distingue de la première par le fait que certaines lettres se voient attribuer des valeures trouvées dans des valorisations antérieures, tel que la Forme primitive (notamment le sarat pour la fricative post-alvéolaire [ʃ]), alors que d’autres sarati anticipent l’utilisation qui sera la leur dans la Forme tardive (pour [s], [z] et [ŋ]). Des indications externes nous portent fortement à croire que ce document n’a pas été écrit avant 1923, même si sa situation temporelle par rapport aux documents des autres variantes n’est pas vraiment claire.
  • La troisième variante est utilisée dans R17n et R18. C’est dans le premier des deux documents qu’on trouve le nom de « Forme phonétique » en opposition à l’« Utilisation en qenya » décrit dans le même document. Cette variante se distingue par des lettres particulières pour [kw], [gw] et les fricatives bilabiales ainsi qu’une distribution unique des diacritiques vocaliques. Les documents de cette variante se distinguent également par le fait qu’ils ont été fait avec beaucoup d’attention et qu’ils n’ont subis que très peu de corrections ou d’améliorations, alors que les documents de la première variante ont souvent été réalisé de façon grossière et présentent un certain nombre de corrections. Les deux documents de la troisième variante datent de 1924 ou plus tard.

Dans le cadre de cet article je considère la troisième variante comme étant la version la plus « pure » de la Forme phonétique.

Les consonnes

Les lettres utilisées dans la Forme phonétique sont présentées dans la Figure 1. Dans le coin supérieur gauche de chaque case est écrit une valeur phonétique correspondant à l’Alphabet Phonétique International. À sa droite est donné le sarat qui est généralement utilisé ou un sarat utilisé dans la troisième variante. Pour des formes moins usuelles ou des sons qui sont rarement attestés, les références sont données entre parenthèses. Le mot alt indique que le sarat est donné en tant que variante de forme optionelle. Le mot final indique que ce sarat est utilisé en position finale dans un mot. Le mot error? indique une erreur probablement commise par Tolkien. Une flèche pointant vers un symbole phonétique indique que ce sarat est également attesté pour ce son-là. Les sarati qui appartiennent de façon claire à la variante 1 uniquement sont présenté sur fond gris. Les sarati que l’on trouve uniquement dans la variante 2 sont indiqué dans un cadre en pointillés.

Consonnes occlusives

1.1. Consonnes occlusives

Consonnes fricatives non sifflantes

1.2. Consonnes fricatives non sifflantes

Consonnes sifflantes

1.3. Consonnes sifflantes

Consonnes nasales

1.4. Consonnes nasales

Semi-voyelles

1.5. Semi-voyelles

Consonnes liquides

1.6. Consonnes liquides

Groupes de consonnes

1.7. Groupes de consonnes
Figure 1 : Symboles des consonnes dans la Forme phonétique.

Modification des consonnes

La Forme phonétique utilise des diacritiques pour indiquer une consonne double ou longue, une nasale précédente, ou un [s] ou [z] adjacent.

Consonne double ou longueUne consonne double ou longue est indiquée par deux points ou traits courts placé en-dessous du sarat. (Dans R18, le diacritique est indistinct et peut être interprété comme deux points écrits hâtivement, mais d’autres interprétations sont également possibles). Il faut relever que ce diacritique est identique au diacritique vocalique pour [e] ou [i], qui peut être écrit en-dessous des sarati dans certaines circonstances (voir Les voyelles ci-dessous).

Exemples de consonnes doubles

Dans R10 et R11, une consonne double est indiqué au moyen d’une ligne droite tirée parallèlement à la barre, au-dessus ou en-dessous du sarat. D’après ce système, il est possible d’indiquer une voyelle entre deux consonnes en plaçant la voyelle entre le sarat et la ligne qui double la consonne. Dans une troisième variante, un diacritique identique est utilisé pour marquer la voyelle comme longue.

Consonne homorganique nasale précédenteUne nasale homorganique précédente (par exemple [m] avant [p] ou [b], [n] avant [t] ou [d] et [ŋ] avant [k] ou [g]) est indiquée par un diacritique en forme de coupe placée en-dessous du sarat.
[s] et [z]Dans la troisième variante, un [s] ou [z] qui précède est indiqué par deux traits attaché à l’arrière du sarat. Un [s] ou [s] qui suit est indiqué par une boucle attachée à l’avant du sarat.

Dans la première et deuxième variante, des diacritiques spécifiques d’apparence variable sont utilisés pour [s] et [z], comme montré ci-dessous.

[s] et [z]

Les voyelles

Ordre de placement des diacritiques vocaliques

Dans la Forme phonétique, les voyelles sont représentées par des diacritiques, comme on le voit dans la Figure 2. D’après R17, la Forme phonétique permet le placement des diacritiques vocaliques au-dessus de la consonne qui précède ou qui suit « selon différentes pratiques »1). Cependant, dans la plupart des exemples, les voyelles sont placées sur la consonne qui suit. C’est seulement dans R19 (et de façon sporadique dans RV1) que les diacritiques vocaliques sont placés au-dessus du sarat qui précède. Dans R20, les diacritiques vocaliques sont également placés en-dessous des sarati ; ces derniers sont alors prononcés après la consonne.

L’usage de diacritiques appartenant spécifiquement à la première ou la deuxième variante est indiqué sur fond gris. Une flèche pointant sur un symbole phonétique indique que ce diacritique est également attesté pour cette voyelle.

Voyelles diacritiques de la Forme phonétique

Figure 2 : Diacritiques vocaliques de la Forme phonétique.

Comme montré dans la Figure 2, R11 nous offre un large nombre de diacritiques qui permettent de distinguer les prononciations mi-ouvertes et mi-fermées de e et o.

Porteur court Porteur court

Les voyelles pour lesquelles il n’y a pas de signe consonantique dans la position requise peuvent être placée au-dessus (ou occasionellement en-dessous) d’un porteur court qui a la forme d’un court trait droit. Dans la Forme phonétique, cette ligne est en général parallèle à la barre, suivant la direction d’écriture. Mais dans certains documents, le porteur est au contraire perpendiculaire à la direction d’écriture. Dans R17 cette deuxième forme est donnée comme alternative à la première.

Dans les textes anglais en sarati, les voyelles brèves non-accentuées (en général prononcées comme un schwa [ə]) ne sont généralement pas écrites. De plus, la voyelle est souvent omise dans certains mots monosyllabiques courants, comme and « et » (également dans le texte en moyen anglais de R20), the « le, la, les », at « à », of « de », are « [tu] es, [nous] sommes, [vous] êtes, [ils, elles] sont », is « [il, elle] est ». D’après la description donnée dans R17, il y existe des variantes de la Forme phonétique où une voyelle spécifique, typiquement [a] ou [ə], « est par habitude implicite dans la consonne ». Dans ces variantes, une consonne sans voyelle est marquée par un point en-dessous du sarat. Cependant, aucun exemple textuel de cette méthode n’est connu (mais voir l’Utilisation en quenya et le Mode classique des tengwar.

Les voyelles longues

Les utilisations de diacritiques appartenant spécifiquement à la première ou la deuxième variante sont présentées sur fond gris.

Les voyelles longues dans la Forme phonétique

Figure 3 : Les voyelles longues dans la Forme phonétique.

Les voyelles longues sont écrites tel qu’on le voit dans la Figure 3. On peut remarquer que la principale méthode pour indiquer une voyelle longue dans la troisième variante consiste à ajouter une ligne droite au-dessus du sarat (dans R11, un diacritique identique est utilisé pour indiquer une consonne répétée). La première et la deuxième variante emploient d’autres moyens pour identifier une voyelle longue. Un long [i:] et un long [u:] sont indiqués en plaçant un diacritique sur le sarati pour [j] et [w]. Le sarat pour [h] est aussi fréquemment utilisé comme porteur de voyelles longues.

Voyelles longues

Une autre méthode consiste à doubler le diacritique vocalique : quand la pratique est de placer le diacritique vocalique au-dessus de la consonne qui suit, la voyelle est répétée en-dessous de la consonne qui précède R20. Quand le diacritique vocalique est écrit au-dessus de la voyelle qui précède la consonne, un deuxième diacritique pourrait être rajouté en-dessous du même sarat, même si nous n’avons pas d’exemple pour cela. Il faut noter que le diacritique composé de deux points et représentant [e] ou [i] est identique au diacritique utilisé pour marquer les consonnes comme longues, mais ce dernier est toujours écrit en-dessous des sarati.

Toutes les méthodes utilisées pour indiquer des voyelles longues apparaissent également dans des valorisations antérieures ou postérieures, et certaines apparaissent dans les deux (cf. la Forme primitive et la Forme tardive). Dans R14 est décrit un système de voyelle spécifique pour l’anglais. Vu que la description est à la fois difficile à comprendre et incomplète, j’ai choisi de l’ignorer dans cette présentation. Il suffira de mentionner que certaines voyelles longues sont distinguées en utilisant les sarati pour les [ʀ] et [ʟ] postérieurs comme porteurs de voyelles.

Les diphtongues

Dans la Forme phonétique, les diphtongues sont écrites de deux façons différentes :

  • Pour les diphtongues décroissantes, fermantes, le premier élément peut être écrit avec un diacritique vocalique et le second avec un sarat représentant une semi-voyelle ; la voyelle antérieure [ɪ] s’écrit avec le même sarat que [j], et la voyelle postérieure [ʊ] est écrite avec le même sarat que [w].
  • La seconde façon est d’écrire la diphtongue comme deux voyelles consécutives. C’est la seule façon attestée pour écrire des diphtongues centrales. Dans la description de R18, la première voyelle est écrite au-dessus d’un porteur et la deuxième en-dessous du même porteur. Dans certaines descriptions antérieures (appartenant à la première variante), il est sous-entendu que là où les diacritiques vocaliques sont placés au-dessus de la consonne qui suit, la première voyelle de la diphtongue est écrite en-dessous du sarat qui précède. Aucun texte attesté ne présente cependant les diphtongues de cette façon. Dans le texte en moyen anglais de R20, les deux diacritiques vocaliques sont placés au-dessus du sarat, avec la première voyelle le plus à l’intérieur.

Dans R10 et R11, la suite de sons [ɪu] (pareille au u dans le mot anglais use) est écrite avec un diacritique qui combine le signe pour [u] avec une version en miroir du sarat pour [j]. Les méthodes attestées pour écrire les diphtongues sont résumées dans la Figure 4.

Les diphtongues dans la Forme phonétique

Figure 4 : Les diphtongues dans la Forme phonétique.

Exemple de texte

En utilisant les règles de la Forme phonétique présentées au dessus, on pourrait écrire un texte tel que celui présenté ci-après :

Texte d’exemple dans la Forme Phonétique)

Of the Valar and their kindred

« At the beginning Ilúvatar, that is Allfather, made all things, and the Valar, or Powers, came into the world. These are nine: Manwe, Ulmo, Aule, Orome, Tulkas, Osse, Lórien, Mandos, and Melko. »2)
« Orome [and Tulkas] wǽron gingran on Ealfæderes geþohtum acende ǽr þǽre worolde gescepennisse þonne óþre fífe, [and] Orome wearð Iafannan geboren, séo þe wyrð æfter nemned, ac he nis Aules sunu. »
— Rúmil, fragment des « Annales de Valinor », partiellement traduit (par Ælfwine ?) en vieil anglais.

Voir aussi

Sur Tolkiendil

Sur le net

1) Version originale : « according to differ[ent] usages »
2) Traduction : Des Valar et de leur parentèle :
« Au début, Ilúvatar, qui est Père de Tout, fit toute chose, et les Valar, ou Puissances, vinrent dans le monde. Ils sont neuf : Manwe, Ulmo, Aule, Orome, Tulkas, Osse, Lórien, Mandos et Melko. »
 
langues/ecritures/sarati/forme_phonetique.txt · Dernière modification: 28/08/2013 17:38 par Elendil
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