Histoire du khuzdul - La langue secrète des Nains

Trois Anneaux
Helge Kåre Fauskanger
traduit de l’anglais par Vivien Stocker
Notes de lectureNotes de lecture : En tant que présentations ou compilations, ces articles sont les plus accessibles à tous les lecteurs. Aucune connaissance sur J.R.R. Tolkien n’est requise.
  • Aussi écrit : khuzdûl
  • Aussi appelé : nanesque [ou « nanique », suivant certaines traductions françaises, N.d.É.]

Histoire interne

Dans le second chapitre du Silmarillion, nous apprenons que dès qu’Aulë eut créé les Sept Pères des Nains, il « commença à instruire les Nains dans la langue qu’il avait conçu pour eux ». Leur propre nom dans leur langue était khuzdul, qui est en fait simplement « nanesque », les Nains s’appelant eux-mêmes Khazâd (singulier Khuzd). Nous lisons que « selon leurs légendes, leur façonneur, Aulë le Vala, la [cette langue] fit pour eux et il l’enseigna aux Sept Pères avant qu’ils soient envoyés dormir jusqu’au temps de leur réveil. Après leur réveil, cette langue (comme toute langue et toute autre chose en Arda) changea au cours du temps, et divergea dans les maisons très éloignées les unes des autres. Mais les changements furent très lents et les divergences si infimes que même au Troisième Âge, tous les Nains pouvaient aisément converser entre eux dans leur propre langue. Ainsi qu’ils le disaient, les changements en khuzdul étaient “comme l’érosion d’une pierre comparée à la fonte des neiges”, par comparaison avec la langue des Elfes, et plus encore avec celles des Hommes. »1).

Ainsi Pengolodh note que « la tradition qu’ils ont […] est qu’Aulë conçut pour eux cette langue à son origine, et donc qu’elle change peu »2). Par contraste, la langue gestuelle que les Nains conçurent pour eux-mêmes, que l’on appelle iglishmêk, fut plus changeante.

Mais malgré le fait qu’il soit bien préservé, le khuzdul était rarement appris par d’autres que les Nains eux-mêmes. Des légendes tardives disent qu’en Valinor, Aulë instruisit Fëanor dans la langue qu’il avait créé pour les Nains, mais Tolkien nota que ce n’était pas nécessairement vrai ; peut-être était-ce juste une histoire due à la célébrité de Fëanor3). En Terre du Milieu, les Elfes n’étaient pas particulièrement intéressés par le nanesque, et ils ne pensaient pas grand bien de cette langue : « Ils ne pouvaient comprendre un mot de la langue des Naugrim [Nains], qui semblait lourde et disgracieuse à leurs oreilles ; et peu parmi les Eldar ont pu en acquérir la maîtrise »4). Même Tolkien tenait pour acquis que « le nanesque était à la fois compliqué et cacophonique. Même les premiers philologues elfiques l’évitaient. »5)

Gimli (© Anke Katrin Eissmann)

Mais en fait, même lorsque quelqu’un voulait apprendre le khuzdul, les Nains eux-mêmes étaient très réticents à l’idée de l’enseigner. Leur propre langue était « un secret qu’ils ne révélaient pas volontiers, même à leurs amis »6). Une théorie veut qu’ils aient pensé que le khuzdul appartenait exclusivement à leur race et que les autres n’avaient aucun droit de le comprendre. Quand ils voulaient communiquer avec les autres races, habituellement dans le but de commercer, ils préféraient de loin apprendre la langue des autres que leur enseigner le khuzdul - même si l’autre partie était prête à l’apprendre.

On ne vit les Nains enseigner volontiers leur langue à un peuple d’une race étrangère qu’à deux ou trois reprises au cours de tous les longs âges de la Terre du Milieu. Au Premier Âge, quand la Maison de Hador vint pour la première fois de l’Est en Beleriand et rencontra les Longues-Barbes, une amitié spéciale survint entre les deux races car ces Hommes, étant d’habiles cavaliers, pouvaient offrir aux Nains quelque protection contre les Orques. Alors, il s’avéra que les Nains « n’étaient pas réticents à enseigner leur langue aux Hommes avec qui ils avaient une amitié particulière, mais les Hommes la trouvaient difficile et étaient lents à apprendre plus que des mots isolés, la plupart étant des mots qu’ils adaptaient et s’appropriaient pour leur langue. » (PM, p. 303 ; néanmoins, il semblerait que le khuzdul influença même la structure basique de l’adûnaïque, une langue descendant de la langue des premiers Edain.)

L’intérêt elfique pour le khuzdul était faible au Premier Âge, mais il y eut au moins une exception : « Curufin était extrêmement intéressé par la langue étrangère des Nains, étant le seul des Ñoldor à gagner leur amitié. Ce fut grâce à lui que les maîtres du savoir obtinrent la connaissance limitée qu’ils acquirent du khuzdûl »7). Au moins un mot khuzdul a fait son chemin jusqu’au sindarin : kheled « verre », qui apparaît en gris-elfique comme heledh (voir l’Appendice du Silmarillion, entrée khelek-). Le mot khuzdul Khazâd, « Nains », fut adapté en quenya en Casar « Nain » et en sindarin en Hadhod (la race nanesque fut appelée Hadhodrim, WJ, p. 388). Inversement, les Nains semblent avoir emprunté au moins un mot au sindarin : kibil « argent » doit être relié au gris-elfique celeb.

Curufin (© Anke Katrin Eissmann)

Plus tard, durant le Deuxième Âge, les Nains autorisèrent à contrecœur certains Elfes à apprendre un peu de khuzdul, purement dans l’intérêt de la science: « Ils comprenaient et respectaient le désir désintéressé pour la connaissance, et certains des maîtres du savoir ñoldorins tardifs furent autorisés à apprendre un peu de leur lambe (aglâb) [“langue” en quenya et en khuzdul] et de leur iglishmêk [code gestuel] afin de comprendre leurs systèmes. ». Pengolodh, le Maître du Savoir de Gondolin est dit « avoir vécu pendant un moment parmi les Nains de Casarrondo (Khazad-dûm) »8). Ces maîtres du savoir plus tardifs eurent évidemment une attitude moins arrogante que leurs collègues de l’âge précédent, qui, à l’exception de Curufin, « évitaient » délibérément le khuzdul9).

Sur un point, cependant, les Nains étaient toujours « rigidement secrets […] Pour des raisons que ni les Elfes ni les Hommes ne comprirent jamais totalement, ils ne voulaient révéler aucun de leurs noms personnels aux gens d’autres tribus, ni plus tard quand ils eurent acquis les arts de l’écriture n’autorisèrent-ils qu’ils soient gravés ou écrits. Ils prenaient donc aussi des noms dans des langues humaines par lesquels ils pouvaient être connus de leurs alliés. »10) L’Appendice F du SdA confirme cela : « Leur propre noms secrets et “véritables”, leurs vrais noms, les Nains ne les ont jamais révélés à personne d’une race étrangère. Ils ne les inscrivaient pas même sur leurs tombes. » Ainsi les noms Balin et Fundin, qui apparaissent dans un contexte khuzdul sur la plaque de la tombe de Balin, ne sont pas eux-mêmes khuzdul. Ce sont des noms humains, juste des noms de substitutions que Balin et son père Fundin utilisaient quand des non-nains étaient présents.

Dans le chapitre 20 du Silmarillion, nous est donné un nom nanesque, Azaghâl, le nom d’un seigneur Nain de Belegost. Peut-être est-ce un titre ou un surnom plutôt que son vrai « nom intime » . Il a été suggéré qu’il signifiait « guerrier », étant en relation avec le verbe numénoréen azgarâ- « faire la guerre / guerroyer »11). Il y a aussi le nom Gamil Zirak, le nom d’un forgeron nain, maître de Telchar de Nogrod12). Peut-être est-ce juste un autre surnom, ou son nom a pu avoir été divulgué à des non-nains par accident, à son grand et durable regret. D’un autre côté, les Petits-Nains ne tentaient à l’évidence pas de cacher leurs noms khuzdul. Dans le chapitre 21 du Silmarillion, le Petit-Nain Mîm révèle non seulement son propre nom mais aussi ceux de ses fils Khîm et Ibun. Peut-être qu’une telle indiscrétion, de nature choquante, était l’une des raisons pour lesquelles les Nains normaux haïssaient les Petits-Nains.

Mîm (© Anke Katrin Eissmann)

Cependant, les Nains ne considéraient pas qu’il fût indécent de révéler les noms de lieux. Gimli, de sa propre initiative, dit à la Communauté comment les Nains appelaient les montagnes au-dessus de la Moria et la Moria elle-même : « Je les connais, elles et leurs noms, car en-dessous se trouve Khazad-dûm, le Cavenain […] Là se dresse Barazinbar, le Rubicorne […] et au-delà sont la Corne d’Argent et la Tête Couverte: […] que nous appelons Zirakzigil et Bundushathûr »13). Les Nains n’étaient pas nécessairement offensés si les autres connaissaient quelques noms de lieux en khuzdul.

Quand Gimli vint en Lórien, encore irrité par le fait que les Elfes le forcèrent à marcher les yeux bandés, Galadriel lui dit : « Sombre est l’eau du Kheled-zâram, et froides les sources du Kibil-nâla, et belles étaient les salles aux mille colonnes de Khazad-dûm dans les Jours Anciens, avant la chute de puissants rois sous la pierre. » Il nous est dit que « le Nain, entendant les noms donnés dans sa propre langue ancienne, leva la tête et croisa son regard ; et il lui sembla que, regardant le cœur d’un ennemi, il y voyait soudain amour et comprehension. L’étonnement lui monta au visage et il sourit alors en retour. »14). Ainsi Gimli perçut l’utilisation que faisait Galadriel des anciens noms khuzdul comme un geste d’amitié. (Inversement, au Premier Âge, le Petit-Nain Mîm disait de la colline où il vivait : « Amon Rûdh l’appelle-t-on maintenant, depuis que les Elfes ont changés tous les noms » - suggérant que cela l’irritait. Le vieux nom nanesque de la colline était Sharbhund.)

Histoire externe

Concernant le khuzdul, Tolkien déclarait que « cette langue a été esquissée avec un certain détail quant à sa structure, mais un très petit vocabulaire »15). Elle apparut dans les années 30, semble-t-il. Les noms khuzdul Khazaddûm et Gabilgathol remontent à une version primitive du Silmarillion ; voir RP, p. 309. Nous y trouvons également Khuzûd comme nom des Nains pour leur propre race, changé plus tard en Khazâd. Tolkien appliquait initialement le nom Khazaddûm à Nogrod, et non à la Moria. Christopher Tolkien commente : « Khazaddûm est la première occurrence de ce fameux nom. Il est intéressant d’observer qu’il existait déjà à cette époque – mais comme nom nanesque de Nogrod. Plus tard, le nom de Nogrod dans cette langue devint Tumunhazar […] Gabilgathol, apparaissant ici pour la première fois, demeura le nom nanesque de Belegost. »16)

Voir aussi

Sur Tolkiendil

Sur le net

1) PM, p. 323
2) WJ, p. 402
3) VT 39, p. 10
4) Silm., chap. 10
5) , 9) L, p. 31
6) SdA, App. F
7) PM, p. 358
8) WJ, p. 395, 396
10) PM, p. 304
11) SD, p.439
12) UT, p. 76
13) SdA, Livre II chap. 3
14) SdA, Livre II chap. 7
15) PM, p. 300
16) RP, p. 314
 
langues/langue_nains/khuzdul/histoire_khuzdul.txt · Dernière modification: 28/08/2013 18:35 par Elendil
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