De l’elfique primitif à l’eldarin commun

Trois Anneaux
Helge Kåre Fauskanger
traduit de l’anglais par Damien Bador
Article de synthèseArticles de synthèse : Ces articles permettent d’avoir une vue d’ensemble du thème traité mais ils nécessitent une bonne connaissance des principales œuvres de J.R.R. Tolkien.

Plan de l’article :
L’elfique primitif :
là où tout a commencé

Comme noté dans la section sur l’Histoire interne, l’eldarin commun (eld. com.) est l’étape suivante de l’elfique primitif. C’est la langue originelle des Eldar, par opposition aux Avari, la langue développée à partir du quendien primitif durant les deux siècles et demi que dura la Marche depuis Cuiviénen, et donc le dernier ancêtre commun du quenya et du sindarin.

Dans The Peoples of Middle-earth, p. 342, Tolkien affirme en fait : « Lorsque les Eldar arrivèrent et s’établirent en Aman, ils avaient déjà une longue histoire derrière eux […] leurs langues aussi avaient été élaborées, avaient changé et étaient très différentes du parler primitif qui était le leur avant la venue d’Oromë. »1) Aucun changement drastique n’est cependant visible dans le matériel qui a été publié jusqu’ici. Dans de nombreux cas, les mots quendiens primitifs resteraient inchangés en eldarin commun ; noter que ñgolodô (Ñoldo) est dit être à la fois eldarin commun2) et quendien primitif3). La terminaison plurielle était toujours , comme dans elenî « étoiles »4).

Comme mentionné dans l’Introduction, il existe seulement trois formes explicitement identifiées comme « eld. » = eldarin, signifiant à l’évidence eldarin commun, dans « Les Étymologies » : mahtâ- « manier », ndæ̂r « marié », wa « ensemble » (voir MA3, NDER, ). Ces trois termes sont dérivés des anciens ma3tâ-, ndêro et wo, qui doivent nécessairement être du quendien primitif. Un certain nombre d’autres formes eldarines communes se trouvent dans WJ et PM, de même que dans Vinyar Tengwar nº42. Certains développements phonologiques peuvent être observés. Le changement du wo accentué en wa est explicitement mentionné dans les Étym. (sous ). Dans le q. pr. ma3tâ > eld. com. mahtâ, il est évident qu’il nous faut comprendre que le son 3 (c’est-à-dire un g spirantisé, d’après Christopher Tolkien) fut dévoisé par assimilation avec le t qui le suivait, si l’orthographe « ht » dans mahtâ représente le ach-Laut allemand + t, comme c’est le cas pour la forme quenya mahta-. Des formes comme le verbe wahtâ- « souiller, salir » et le nom wahsê « tache », dérivés du radical WA3 doivent par conséquent être considérées comme de l’eldarin commun, respectivement dérivés des quendiens primitifs #wa3tâ- et #wa3sê. (Noter que dans wa3râ « souillé, sale », 3 demeure inchangé, parce qu’il n’y a pas de consonne sourde après.)

Le principal changement semble avoir affecté les voyelles finales brèves. Les -a, -e et -o originelles disparurent ; par exemple, le q. pr. abaro « réfractaire » donna l’eld. com. abar5), tandis que le q. pr. kwene « individu, personne » devint l’eld. com. kwên (WJ, p. 360 – le mot q. pr. kwende semble cependant rester inchangé en eld. com.). D’après la plupart des sources, les , et longs demeuraient inchangés, comme l’étaient et – quoique VT 42 cite certaines formes eldarines communes dans lesquelles les voyelles finales longues semblent être déjà devenues brèves, e.g. daira « large, grand » ou netere « neuf ». Quoi qu’il en soit, il se pourrait que ç’ait été à la période eldarine commune que les -i et -u courts originaux se soient transformés en -e et -o, un changement vu en quenya. La transformation de la finale brève -i en -e se voit aussi en vieux sindarin, ce changement semble donc être advenu en eldarin commun, l’ancêtre des deux langues. Comme le mot eld. com. kwên comparé au q. pr. kwene le montre, la voyelle des nouveaux mots monosyllabiques pouvait être allongée (mais pas dans la forme plurielle kwenî, qui n’est pas une monosyllabe – cela se voit toujours en quenya : quén, pl. queni au lieu de **quéni).

Un autre changement était que « le h médian fut très tôt perdu sans laisser de trace en e[ldarin] c[ommun] »6), l’enclitique nominale -hô « depuis » devenant , origine de la terminaison génitive quenya -o7). Cela semble confirmer ce que nous affirmions plus haut : que dans mahtâ, la lettre H représente en fait un ach-Laut. Ce « H » plus fort ne fut pas perdu (il est toujours présent dans le quenya mahta-).

Ecthelion (© Jenny Dolfen)

Certains groupes consonantiques difficiles donnèrent des combinaisons plus prononçables en eldarin commun « et peut-être plus tôt », c’est-à-dire en quendien primitif8). En WJ (p. 416), le changement bm > mb est mentionné, le q. pr. labmê « langue » (langage) devenant lambê au plus tard en eld. com. Dans « Les Étymologies », nous trouvons des formes doubles comme stabnê, stambê « chambre » (STAB) ; cela doit-il suggérer un changement similaire bn > mb, peut-être durant la période eldarine commune ? (Mais dans ce cas, la forme bn doit avoir survécu en parallèle à la nouvelle forme mb, puisque le « vieux noldorin » (vieux sindarin) possède toujours stabne.) Nous savons par WJ (p. 403) que la combinaison sd fut assimilée en zd en eldarin commun, esdê « repos, somme » devenant ezdê. (Le radical EZDÊ des « Étymologies » doit par conséquent être compris comme une forme eldarine commune ; toutes les débuts d’entrées des Étym. ne représentent pas des racines primitives. EZDÊ < esdê est elle-même une forme réarrangée du radical primitif SED « repos ».) Tandis que s fut voisée en z devant d, il semblerait que d fut dévoisé en t devant s, le primitif sjadsê « crevasse, fissure, entaille » devenant sjatsê (SYAD). Peut-être que le changement ds > ts eut aussi lieu durant la période eldarine commune.

L’eldarin commun pourrait avoir introduit de nouvelles diphtongues dérivées de e, o. Les Maîtres du Savoir plus tardifs « tendaient à penser que […] ae, ao [produits par infixation en a] n’étaient pas des développements primitifs, mais étaient comparativement tardifs et dus aux analogies ai : i, et au : u » (voir VT 39, p. 9-10). « Comparativement tardifs » pourrait signifier à l’époque de l’eldarin commun plutôt qu’en quendien primitif. Le fait que des mots ayant originellement dû contenir les diphtongues ae et ao se retrouvent à la fois en quenya et en telerin confirme cette conclusion. En quenya, ces diphtongues devinrent respectivement é et ó ; en telerin, elles devinrent toutes deux á. Tolkien mentionne par exemple le quenya méla « aimant, affectionné », telerin mála. Les deux sont dérivés d’une forme avec infixation en a du radical MEL « amour », sous-entendue être #maelâ (mais n’est pas explicitement donnée). Voir VT 39, p. 10.

L’eldarin commun n’était pas une structure entièrement uniforme ; déjà au cours de la Marche apparurent différents dialectes. À une période très reculée, peut-être même avant la Séparation, les Teleri changèrent le kw originel (> quenya qu) en p, un changement toujours reflété en sindarin et en telerin d’Aman (comme le quenya quá « poing », correspondant au sindarin paur, telerin pár ; tous descendent du primitif kwâra, PM, p. 318). Dans PM (p. 401), Pengolodh signale que : « les Quendi furent aussi séparés par leurs parlers : les Avari des Eldar ; et les Teleri des autres Eldar. »9)

Voir aussi

Sur Tolkiendil

Sur le net

1) Version originale : « When the Eldar arrived in Aman and settled there they had already a long history behind them…also their languages had been elaborated and changed and were very different from their primitive speech as it was before the coming of Oromë. »
2) WJ, p. 379
3) WJ, p. 381
4) WJ, p. 360
5) WJ, p. 371
6) Version originale : « medial h was very early lost without trace in CE »
7) WJ, p. 368
8) WJ, p. 416
9) Version originale : « the Quendi were sundered also in speech: the Avari from the Eldar; and the Teleri from the other Eldar. »
 
langues/langues_elfiques/eldarin_commun/elfique_primitif_eldarin_commun.txt · Dernière modification: 28/08/2013 18:40 par Elendil
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