Les Elfes à Koivienéni : une nouvelle phrase en quenya

 Cinq Anneaux
J.R.R. Tolkien
analyse de Christopher Gilson & Patrick H. Wynne
traduit de l’anglais par Stéphane Camus & David Giraudeau
Article théorique : La maîtrise globale des écrits de J.R.R. Tolkien est nécessaire pour bien saisir la portée des articles de cette catégorie, les sujets étant analysés de façon poussée par leurs auteurs.
Cet article est issu du fanzine à but non-lucratif Vinyar Tengwar nº 14 paru en novembre 1990. Il présente l’étude d’une phrase en quenya rédigée sur une feuille du manuscrit du chapitre « Les Cavaliers du Rohan ».

Tous les textes de Tolkien cités dans cet article sont © The Tolkien Trust 1990, 2008.

Tolkiendil remercie le Tolkien Estate et les éditeurs pour avoir autorisé cette traduction.

La collection de manuscrits de J.R.R. Tolkien de l’Université Marquette de Milwaukee est reconnue comme étant une source abondante d’informations pour ceux qui s’intéressent à l’étude des langues elfiques créées par l’auteur. L’un des éléments les plus intrigants que l’on peut y trouver est une phrase en quenya non publiée qui est accompagnée d’une traduction en anglais et qui relate la venue d’Oromë à Koivienéni, les Eaux de l’Éveil. Cette phrase n’est intégrée dans aucun des textes du légendaire. Selon Taum Santoski, elle est écrite sur une feuille de papier déchirée dont l’une des faces contient la phrase ainsi que beaucoup de matériel linguistique1) alors que l’autre contient un brouillon des Cavaliers du Rohan.

La phrase et sa traduction :

Eldar ando kakainen loralyar
Koivienenissen mennai Orome tanna
lende i erenekkoitan[n]ie.

The elves were long lying asleep at
Koivieneni until Orome came thither
that he might awake them.

Version française :

Les elfes étaient depuis longtemps allongés endormis à
Koivieneni jusqu’à ce qu’Orome vint là
pour qu’il pût les éveiller.

Le Manuscrit

Notre étude préliminaire de la phrase de Koivienéni a été conduite à partir d’une transcription de Taum. Pour être en mesure de vérifier la transcription et la traduction du texte contenant la phrase avant publication, Jorge Quiñónez a demandé une photocopie de la partie du manuscrit qui la contenait, photocopie que Charles B. Elston, archiviste de la bibliothèque de l’université, envoya2). Celle-ci confirma l’exactitude indispensable de la transcription de Taum, cependant, elle posa trois problèmes en ce qui concerne l’interprétation du manuscrit :

1. Il apparaît comme très probable que le n final de Koivienenissen soit un ajout ultérieur car il est plus petit que les lettres avoisinantes et l’espace entre Koivienenissen et mennai est plus réduit que les espaces entre les autres mots. Peut-être ne s’agit-il que de la correction d’un oubli, ou peut-être que ce n, dans cette forme fléchie (où il est la marque du pluriel), est une redondance puisque le i de neni “eaux” est lui-même un marqueur du pluriel. En d’autres termes, peut-être que la forme Koivienenisse était grammaticalement correcte mais que Tolkien décida que Koivienenissen l’était « encore plus ».

2. Tolkien a d’abord écrit erenekkoitanie à la place du dernier mot du texte en quenya. Sur le manuscrit, il y a un autre n inscrit sous le e final, et immédiatement à la gauche de ce n il y a un symbole en forme de I. La partie verticale de ce symbole arrive au milieu du ni original du mot de façon à ce que sa partie la plus haute touche ces deux lettres et que sa partie inférieure jouxte le bas du n additionnel.

La situation en contexte suggère deux interprétations différentes. La première est que ce I est un symbole avec lequel Tolkien avait l’intention d’indiquer que le n adjacent devait être inséré au milieu du ni juste au-dessus ; corrigeant ainsi la forme du dernier mot en erenekkoitannie. L’interprétation alternative que nous devons prendre en considération est qu’il s’agit en fait du mot In, écrit sur la page avant que Tolkien ne composât la phrase de Koivienéni. Ainsi, la juxtaposition ne serait entièrement qu’une coïncidence qui n’aurait aucune implication sur le texte.
Pour choisir l’une ou l’autre de ces deux interprétations il faut prendre largement en compte le contexte qui entourait le manuscrit. La traduction anglaise est inscrite sous (et légèrement à la gauche de) la phrase en quenya. À la fin de la troisième ligne de cette traduction, juste sous le In, un mot difficile à lire est écrit à part ; il commence par un D majuscule élaboré. Nous savons que ce mot a été écrit avant le texte anglais parce que le dernier terme de ce dernier them a été écrit sous awake afin d’éviter de le recouvrir.

Ceci ainsi que d’autres aspects concernant l’agencement des formes sur ce manuscrit plutôt rempli suggèrent que la phrase de Koivienéni et sa traduction ont été écrites après une séquence ininterrompue de notes linguistiques que Tolkien ne termina pas – la phrase entre dans les espaces à la gauche de ces notes. L’une d’entre elles commence par In et l’autre par D—. Pour cette raison nous restons hésitants quant à la lecture du dernier mot de la phrase et lui avons donné l’orthographe ambivalente erenekkoitan[n]ie.

Les Elfes à Cuiviénen (© Ted Nasmith)

3. Il semble que Tolkien propose des fins différentes pour la phrase et sa traduction. Sous les mots that he might est écrit – to – et sous ce to il y a un symbole utilisé pour les variations proportionnelles, pas très différent d’un 8 avec le coté gauche ouvert. Si Tolkien voulait ainsi indiquer un remplacement alors la fin de la traduction serait « […] jusqu’à ce qu’Orome vint là pour les éveiller. »3) Après le mot erenekkoitan[n]ie (et séparé de lui par un espace un peu plus grand que ceux de la phrase) se trouve la phrase soulignée na senekkoita. Puisque na peut signifier to4) en quenya, il semble y avoir une relation logique entre ces deux mots et les changements en anglais. Et si l’on considère ceux-ci comme étant une forme alternative de l’elfique, le résultat devrait ressembler à … mennai Orome tanna lende na senekkoita.

Il est difficile de dire ce que Tolkien voulait faire avec ces différentes fins ; na senekkoita et – to – peuvent avoir été des corrections apportées au texte mais ni i erenekkoitan[n]ie ni that he might n’ont été raturés. Il ne semble pas que nous ayons affaire à des corrections d’erreurs grammaticales ou à un changement dans l’idée que se faisait Tolkien de la grammaire quenyarine puisque i erenekkoitan[n]ie “pour qu’il pût les éveiller” et na senekkoita “pour les éveiller” sont tous les deux valides du point de vue grammatical mais varient sensiblement du point de vue du sens en anglais et en quenya. Tant que d’autres informations ne seront pas disponibles, nous ne pourrons que constater l’existence de fins différentes pour le texte comme il a été écrit dans un premier temps.

Le Texte

Ligne 1

Eldar

« Les elfes », forme plurielle du nom elda “elfe”. L’article défini n’est pas usité en quenya ; comparer laurie lantar lassi súrinen et « comme de l’or tombent les dans le vent » dans la Lamentation de Galadriel.

ando

« longtemps ». Cet adverbe signifie “pour / depuis longtemps”. Comparer Andave laituvalmet « Longtemps nous les louerons » (RK, p. 232 [SdA p. 1016] ; L, p. 308)5). Les adverbes de temps quenyarins se terminant par -o émaillent tout le corpus, à commencer par voro “jamais”6) dans le Qenya Lexicon (1915). Il y a aussi les adverbes ento “prochain” et rato “bientôt” dans la phrase en arctique (une forme de quenya) qui apparaît dans l’appendice des Lettres du Père Noël (c. 1931-1933). Enfin, on pense à oio “à tout jamais, éternellement” qui apparaît dans les notes de Namárië dans The Road Goes Ever On (1967).
ando peut être la forme génitive ou partitive7) de l’adjectif anda “long” et peut être la forme elliptique d’un groupe original plus long comme lúme ando8) “pour / depuis une longue période”. ando signifierait donc littéralement from long, of long9), proposition adverbiale qui existe réellement en anglais. Selon l’O.E.D.10), of long est une expression archaïque qui signifie « depuis une période éloignée, depuis un passé qui s’est écoulé il y a longtemps »11).

Ce modèle de dérivation d’adverbes en -o depuis des adjectifs en -a correspond aussi à deux des autres exemples. ento “prochain” semble être une dérivation de l’adjectif enta “ceci là-bas” (< racine EN-) dans le sens de “dans cette époque à venir” (cf. Étym : RP, p. 402 : « tandis que en là-bas [EN] concernant des points dans le futur ») et oio “éternellement” est une dérivation de oia “éternel” (Étym. : RP, p. 434).

kakainen

« étaient […] allongés ». L’élément kai- au cœur de ce mot est une dérivation de la base KAY- “se coucher” donnée dans « Les Étymologies » [p. 411]. Les formes verbales kaire “se coucher” dans la première version d’Oilima Markirya et caita “est couché” dans Namárië doivent être proches parentes. La duplication de la consonne et de la voyelle initiales d’un radical verbal était l’un des moyens par lequel le quenya formait les fréquentatifs (cf. fifíru- “disparaître lentement” < fir- “mourir, s’estomper” ; MC, p. 223) et l’une des fonctions du fréquentatif est d’indiquer qu’une action a lieu sur une longue période de temps12). Il semble que kakainen fonctionne sur ce mode et que ce soit la raison pour laquelle il est traduit par un passé progressif « étaient […] allongés » plutôt que par un passé simple « furent […] allongés ». Cette idée de progressivité ou de tension temporelle est par ailleurs spécifiée par l’adverbe ando “longtemps”.

Le suffixe -ne est utilisé en quenya pour marquer le passé de certains verbes, e.g. ortane “[elle] éleva”, passé de orta- “lever , élever” ou merne, passé de mere < MER- “souhaiter” (Étym. : RP, p. 424). Le passé de kakai- “être allongé” pourrait ainsi être kakaine “était allongé”13) avec la forme plurielle kakainen “étaient allongés”. L’usage du -n en tant que marqueur du pluriel verbal n’est pas inconnu en quenya. Nous avons ondolin ninqanéron « les rochers s’étendaient blancs » dans OM1, wingildin […] alkantaméren « les filles-de-l’écume […] le firent briller »14) et tyulmin […] aiqalin kautáron « le haut mât se courba » dans Earendel. Dans chacun de ces exemples, le -n du pluriel est précédé de -re ou -ro et le sujet nominal est au datif15), ce qui ne s’applique pas à eldar […] kakainen. Mais l’usage du -n pluriel survient aussi dans certains cas nominaux, comme le génitif16) elenion “des étoiles”, aldaron “des arbres” ou le locatif17) mahalmassen “sur les trônes”. L’ablatif18) affiche -n dans la déclinaison du quenya classique ciryallon, lassellon ainsi que le -r dans elenillor pella « [d’] au-delà des étoiles » dans OM3. Nous ne sommes ainsi pas surpris que le verbe, comme le nom, puisse porter plus d’une marque de pluralité ; nous ne devrions par ailleurs pas préjuger de l’étendue du champ d’application de suffixes différents.

Il y a des formes de passé où le marqueur -ne est assimilé à la consonne finale de la base et le pluriel est dans ce cas -r. Ainsi, ulle, passé de l’intransitif ulya- “verser” (Étym. : RP, p. 455), qui viendrait du *ul-ne originel, a un pluriel en ullier en RP, p. 60. De la même façon, remarquons elle “vint” (< *el-ne) et son pluriel eller, tous deux dans Nieninque. Il n’y a cependant pas, pour l’instant, d’exemple publié de verbe au passé et au pluriel où le suffixe -ne n’aurait pas été assimilé tout en étant à l’évidence un suffixe. De manière ironique, il y a des formes de passé au singulier qui se termine en -r, e.g. i lunte linganer « l’embarcation faisait un bruit de harpe » (dans Earendel). Quelle que soit l’explication pour ces formes19), l’ambiguïté qui en résulte entre le singulier et le pluriel pourrait justifier une forme distincte du pluriel *lingane-n d’après le modèle *lingane-ro-n, *lingane-re-n. Nous devons attendre la publication d’autres exemples pour confirmer ou non cette idée.

Tarn-Aeluin (© Ted Nasmith)

Il y a une autre interprétation de kakainen qui mérite que l’on y réfléchisse. Le quenya utilise le radical du verbe seul pour former l’infinitif après « voir » ou « entendre » (cf. MC, p. 223, note de la ligne 23.) Dans OM2, nous avons des exemples de formes verbales se terminant par -ne, e.g. Man tenuva súru laustane […] ondoli losse karkane « Qui entendra le ventqui rugit / rugissant […] les roches blanches qui grondent / grondantes ». Puisque ces formes sont identiques à des radicaux du passé, il semble probable qu’elles fonctionnent ici comme des infinitifs passés, signifiant littéralement « qui entendra le vent avoir rugi […] les roches blanches ayant grondé ». Cette construction indique peut-être que le « rugissement » et le « grondement » ont lieu avant le moment de l’écoute bien que cette distinction temporelle ne soit pas véritablement apparente dans la traduction de Tolkien20).

Les notes de Tolkien sur le Serment de Cirion expliquent comment l’infinitif quenyarin enyalie “se souvenir” est décliné au cas datif enyalien “pour le souvenir, pour se souvenir ou commémorer” dans Vanda sina termaruva […] alcar enyalien « Ce serment restera dans la mémoire de la gloire » (UT, p. 305 & 317 [CLI, p. 704 & 714 n. 43]). Cette utilisation de l’infinitif datif pour exprimer le but ressemble à l’un des usages du datif nominal, comme dans Eldain en kárier Isil, nan hildin Úr-anar « Pour les Elfes ils firent la Lune, mais pour les Hommes le Soleil rouge » (RP, p. 89), le but de la fabrication de la Lune et du Soleil est pour (le bénéfice de) les Elfes et les Hommes.

Mais le datif nominal peut également servir à exprimer les moyens par lesquels une action est accomplie, comme dans eller […] losselie telerinwa, tálin paptalasselindeen « sont arrivées (action) […] à pied (moyen) les personnes blanches des côtes d’Eldamar21), comme la musique des feuilles qui tombent » dans Nieninque (ici, tálin “à pieds” est le datif pluriel de tál “pied” ; Étym. : RP, p. 447). Il s’ensuit que quand une action est accomplie par l’intermédiaire d’une autre action, cette dernière pourrait être exprimée par un infinitif au datif. Il semble ainsi naturellement possible d’utiliser un infinitif passé au datif pour préciser que l’action qui fournit les moyens précède le temps de l’action accomplie. Si l’on se réfère à cette interprétation, alors *kakaine “(s’)être couché” apparaît ici à la forme dative kakainen “en étant allongés, étant allongés”22) et exprime le moyen au travers duquel les Elfes étaient loralyar “endormis”, leur position étant une condition préalable à leur sommeil.

loralyar

« endormis », pluriel de *loralya. Il s’agit d’une dérivation de la base LOS- “dormir” d’où sont également issus lóre “assoupissement”, lorna “endormi” (Étym. : RP, p. 421), ou la racine LORO “sommeil” d’où vient lor- “sommeiller, dormir” (LT1, p. 259 [CP, p. 660]). Le suffixe -ya est une terminaison adjectivale courante23) et il se peut donc que loralyar soit un adjectif modifiant Eldar. Une forme qui lui ressemble beaucoup est pinilya “petit” (MC, p. 220). En ce qui concerne la syntaxe de Eldar ando kakainen loralyar « les elfes étaient depuis longtemps allongés endormis », avec l’adjectif suivant le verbe mais modifiant le sujet, cf. lassi lantar laurie « les feuilles tombent dorées » dans la version de la Lamentation de Galadriel qui a une syntaxe « plus conventionnelle » dans les notes de Tolkien dans The Road Goes Ever On.

Si kakainen est la forme casuelle d’un infinitif, alors loralyar doit être le prédicat de la phrase, i.e. “sont endormis”. Au sujet d’un tel usage de l’adjectif on se référera à Toi írimar « qui sont joli(e)s » (avec la ponctuation d’une phrase complète) et Ilu vanya « Le Monde est beau » (RP, p. 89) pour s’apercevoir que le verbe « être » est facultatif avec un adjectif prédicatif. Mais on remarquera que -ya est aussi une terminaison verbale courante et une autre forme qui se rapproche de près de loralyar est le verbe mirilya- “briller” (Étym. : RP, p. 424). En fait, il y a des contextes en quenya où nous ne pouvons pas faire de distinction stricte entre l’adjectif et le verbe, comme la paire verya- “oser”, verya “hardi” le démontre.

Ligne 2

Koivienenissen

« à Koivienéni », i.e. « aux Eaux de l’Éveil », le lac au Nord-Est de la Terre du Milieu où les Elfes s’éveillèrent pour la première fois. Koivienéni est une forme plurielle et apparaît ici avec le suffixe locatif pluriel -ssen. L’élément initial koivie “éveil” est donné dans le QL comme dérivé de la racine KOYO “prendre vie” (LT1, p. 257 [CP, p. 658]) et le suffixe -ie l’identifie comme un gérondif. Le second élément néni “eaux” est le pluriel de nén (nen-) “eau” (cf. « Les Étymologies » s.v. NEN-).

La forme Koivienéni nous présente une énigme chronologique et n’apparaît que dans la première partie du Livre des Contes perdus24). Dans toutes les versions suivantes du matériel du Premier Âge, à partir de Sketch of the Mythology25) (1926, fr. « L’Esquisse de la Mythologie »), le nom est soit Cuiviénen soit Kuiviénen “Eaux de l’Éveil”. Il est donc remarquable de retrouver une forme qui n’apparaît que dans les Contes perdus (c. 1916-7) dans une phrase a priori écrite pendant la rédaction du chapitre « Les Cavaliers de Rohan » (c. 1941-1942) du Seigneur des Anneaux. À cette époque, alors que le papier manquait, Tolkien avait l’habitude de réutiliser des feuilles sur lesquelles des choses étaient déjà écrites. Il est donc tentant de supposer qu’il utilisa à ce moment une feuille portant des notes remontant à la période des Contes perdus. La difficulté qui accompagne cette hypothèse est que parmi les autres notes linguistiques de la page du manuscrit, il y a plusieurs mots qui semblent être des travaux préliminaires qui concernent le nom Dagor-nui-nGiliath ou Dagor-nuin-Giliath, la « Bataille-sous-les-Étoiles », qui est en premier lieu une correction de Dagor-os-Giliath dans The Later Annals ainsi qu’une note secondaire dans le Quenta Silmarillion, tous datés de c. 1930-726) (l’idée selon laquelle la Première Bataille fut la « Bataille sous les Étoiles » apparaît comme ajout dans la « Qenta Noldorinwa » de 1930, dans laquelle la forme Cuiviénen, Kuiviénen est déjà clairement établie, cf. SM, p. 76, 84, 103 [FdTM, p. 90, 98, 119]).

La rétention de la voyelle longue dans Koivienéni aux côtés de la voyelle brève dans le locatif Koivienenissen est due à la règle conventionnelle selon laquelle, en quenya, les voyelles longues inaccentuées sont réduites. L’accent primaire est porté par l’avant-dernière syllabe (la pénultième27)) si celle-ci est longue (comme -ne-) ou fermée (comme -nis-) mais est porté par l’antépénultième si la pénultième est courte. Les exemples de Tolkien incluent I-sil-dur, E-len--ri vs. O-ro-me, E-res-se-a, An-ca-li-ma (App. E (i) [SdA, App. E, p. 1205]). Il y a aussi « un certain degré d’accentuation » sur la première syllabe du mot selon les notes accompagnant la Lamentation de Galadriel. Il apparaît que la syllabe initiale et la syllabe portant l’accent primaire sont celles où les voyelles longues héritées sont conservées et ceci conduit à des variations au niveau de la longueur de syllabes proches dans les mots et les noms plus longs. On a ainsi Al--ri-el (UT, p. 266 [CLI, p. 662]) aux côtés du génitif Al-ta-ri-el-lo dans le sous-titre elfique à la Lamentation ; En-dor, En--re “Terre du Milieu” aux côtés de l’allatif28) En-do-ren-na (RK, p. 245, 393 [SdA, p. 1032]) ; tye-me--ne « Je t’aime » aux côtés de inye tye--la « Je t’aime aussi » (RP, p. 77).

Notons que cette règle peut également justifier les différences entre Kuiviénen et Koivienéni (sauf en ce qui concerne la variation ui / oi) si nous supposons le singulier originel *kuivie-nen et le pluriel *koivie-nen-i.

Dans The Silmarillion, p. 99 [Silm., p. 95], il y a une allusion concernant « les Avari qui demeurèrent à côté des eaux de leur éveil » ; ainsi, l’existence d’un singulier kuiviénen implique celle d’un pluriel *kuivienéni qui a presque le même sens. Et des formes aussi récentes que coire “frémissement” et coimas “pain de vie” dérivent de la même racine (S, p. 357 [Silm., p. 354]), avec la variation ui / oi, et pointent vers l’existence réelle d’une variation *koiviénen pl. koivienéni, avec, peut-être, une légère différence de connotation comme “eau(x) du frémissement” ou “eau(x) de la venue au monde”. Le sens reste cependant sensiblement le même si l’on fait référence à Kuiviénen du point de vue de l’histoire et de la géographie de la Terre du Milieu.

mennai

« jusqu’à ». « Les Étymologies » s.v. MEN- donnent le nom men “lieu, endroit”. Il semble que mennai soit la flexion allative de ce nom, menna “vers le lieu”, contractée avec la conjonction i “que, qui” (cf. nai “peut-être, que cela soit” < na-i). Ainsi, mennai signifie littéralement « vers le lieu (temporel) où, qui, que » et est utilisé dans la phrase comme une conjonction qui introduit la proposition Orome tanna lende i erenekkoitan[n]ie.

Orome

La phrase de Koivienéni présente une version unique de l’histoire de la venue d’Orome aux Eaux de l’Éveil dans laquelle il est dit qu’il s’y rendit pour éveiller les Elfes. La version publiée la plus proche est celle du Livre des contes perdus et Orome est présent à ce moment des événements : « Voyez, les forêts des Grandes Terres […] sont emplies d’un bruit étrange. Là, vagabondais-je, et voici ! ce fut comme si des gens se levaient en hâte sous les plus récentes étoiles. » (LT1, p. 114 [CP, p. 136]). À la page suivante : « Là Orome avait-il entendu l’éveil des Eldar, et toutes les chansons nomment cet endroit Koivië-néni ou les Eaux de l’Éveil ». Cependant il est clair que dans cette version la présence d’Orome est une coïncidence et il est dit qu’Ilúvatar lui-même éveilla les elfes. Dans toutes les versions suivantes il est dit que les Elfes s’éveillèrent avant la venue d’Orome. Dans le Silmarillion, les Elfes « avaient commencé à parler et à nommer toutes les choses » avant qu’Orome ne vint à eux « comme par coïncidence » et la première chose qu’il entendit fut « de nombreuses voix qui chantaient au loin » (S, p. 49 [Silm., p. 43]).

Nous ne pouvons pas corriger plus amplement ces écarts. La version dans laquelle Orome était suffisamment près pour entendre les Elfes s’éveiller coïncide littéralement avec leur sommeil au moment de son arrivée. Ainsi, la tournure « pour qu’il pût les éveiller » indique plus son intention de le faire que d’établir si Orome éveilla effectivement les Elfes. Les actions des Valar peuvent servir les desseins d’Ilúvatar sans que ceux-ci ne s’y attendent et la proposition du Silmarillion « comme par coïncidence » implique que la découverte d’Orome a pu être « intentionnelle » à un niveau plus profond29). Les contes et les annales ne disent pas grand-chose quant aux motivations d’Orome quand il vint aux Eaux de l’Éveil, seulement que lui aussi « venait parfois chevauchant dans la noirceur des forêts sombres […] poursuivant jusqu’à la mort les monstres et les créatures maudites du royaume de Melkor » (S., p. 41 [Silm., p. 33]), probablement pour diminuer l’ampleur des dangers en prévision de la venue des Elfes et des Hommes. On pourrait supposer qu’Orome nourrissait l’espoir secret de trouver et d’éveiller les Elfes mais seul le présent texte suggère effectivement une telle chose.

tanna

« là ». Le pronom ta “cela” est présenté dans « Les Étymologies » comme un dérivé de la racine démonstrative TA- “ce, cela” et tanna doit être la flexion allative de ta, littéralement “vers cela” ou “vers lui”. Deux autres termes quenyarins signifiant « là » apparaissent dans le corpus ; chacun dérive de cette même racine et est porteur d’un suffixe indiquant le lieu ou la direction. L’entrée TA- donne tar “là” (ainsi que sa forme hypothétique, plus ancienne *tad). Un suffixe -r semblable apparaît dans plusieurs mots comme mir “vers l’intérieur, dans” (Étym. : RP, p. 424), yar “à qui” ( dans Nieninque) et vear “vers la mer” (dans OM2). La forme tande “là” apparaît également dans Nieninque et la terminaison -nde doit être apparentée à celle retrouvée dans des noms de lieux quenyarins comme Elende “Terre de Elfes” (RP, p. 254), Ingolonde “Terre des Gnomes” (Étym. : RP, p. 430) et Kalakiryan(de), la région dans et autour de l’entrée du ravin de Calacirya à Eldamar (mentionné dans les notes de Tolkien sur Namárië).

Cet adverbe précède le verbe dans ce qui semble être la syntaxe conventionnelle du quenya : tanna lende. En anglais, Orome thither came [fr. Orome là vint] serait moins normal que Orome came thither [fr. Orome vint là] bien que les deux soient justes. C’est pour cette raison que la traduction de Tolkien ne correspond pas précisément ligne par ligne au quenya.

Ligne 3

lende

« vint ». Verbe à la 3ème personne du singulier, passé de linna “aller” (Etym. : RP, p. 368 s.v. LED- “aller, cheminer, voyager”) [ce terme fut mal orthographié dans la VO des Etym. : la VF corrige linna en lenna, bien plus compréhensible, cf. RP, p. 418 ; VT 45, p. 27] ou lesta- “quitter” (Étym. : RP, p. 401). Cette dernière forme fut apparemment abandonnée lorsque sa base, ELED- “aller, partir, quitter”, fut changée en ÉLED- “Peuple des étoiles, Elfes”, bien que lesta- puisse toujours dériver de *led-ta- avec le changement dt > q. st comme dans *wed-ta > vesta “contrat” (Étym. : RP, p. 457). Sous la base LED-, la forme lende du passé est rendue par “alla, partit”, et la forme linna “aller” est donnée entre parenthèses après celle-ci, peut-être pour suggérer qu’il ne s’agit pas d’un développement régulier à partir de cette base, mais qui provient d’une autre source30).

Le passé lende est directement formé à partir de la base LED- plus la terminaison du passé -ne avec le changement dn > q. nd comme dans *adno > ando “porte” (Étym. : RP, p. 391). Ainsi, lende (pour *led-ne) et son parallèle rende (pour *red-ne) passé de rerin “je sème” < RED- (Étym. : RP, p. 438) possèdent la même construction que tir-ne, passé de tirin “j’observe” (Étym. : RP, p. 453) ou tam-ne, passé de tamin “je tape” (Étym. : RP, p. 448). Et la même formation du passé, avec le radical dérivé dans la position de la racine, explique onta-ne < onta- “engendrer, créer” (Étym. : RP, p. 433), sinta-ne < sinta- “disparaître” (Étym. : RP, p. 451), etc.

lende ne spécifie pas si le mouvement en question se fait vers ou depuis le locuteur, aussi est-il glosé à la fois comme “vint” et “alla, partit”. Il en va de même pour l’anglais go dans son sens plus large “(se) mouvoir”. Il ne signifie “s’éloigner” [angl. move away] que pour autant qu’il est opposé à venir « (se) mouvoir vers », comme dans des phrases telles que aller et venir. Nous disposons également de Ar Sauron lende númenorenna « Et Sauron vint à-Númenor », dans la première version du Fragment eresséen (RP, p. 71) et Melko Mardello lende « Melko a quitté la Terre », dans la chanson de Fíriel (RP, p. 89). Notons que Melko ne quitta pas la Terre de sa propre volonté, non plus que Sauron ne fit route vers Númenor sans accepter lui-même d’y être transporté. La formulation Orome tanna lende pour « Orome vint là » au lieu de Orome tanna túle peut bien signifier qu’Orome ne faisait pas spécifiquement route vers Koivie-néni, ne sachant pas par avance où les Elfes allaient apparaître, mais « vint » ici dans ses pérégrinations pour y trouver ce qu’il souhaitait découvrir.

i

« pour qu’ ». C’est un exemple de l’article i “le, la, les” (dérivé de la « particule déictique » I- “cela”, Étym. : RP, p. 408) employé comme pronom relatif introduisant erenekkoitan[n]ie comme une proposition subordonnée. Il est comparable à l’usage de i traduit par « qui » à deux reprises dans le Serment de Cirion : nai tiruvantes i hárar mahalmassen « à la garde de ceux (= puissent-ils le garder) qui siègent sur les trônes » et i Eru i or ilye mahalmar ea « l’Unique qui est au-dessus de tous les trônes » (CLI, p. 704). Nous avons également noté qu’il semble également être (étymologiquement) le deuxième élément du verbe auxiliaire ou de l’adverbe nai “puissent” ou “peut-être” censé être littéralement « puisse-t-il être [/ advenir] que, que cela soit » dérivé de na-i. Cette forme survient dans le Serment mais aussi dans la Lamentation de Galadriel. Dans The Road Goes Ever On, les notes sur ce dernier texte contiennent sa dérivation et l’observation que nai « exprime un souhait plutôt qu’un espoir » (p. 67), clarifiant la traduction originale (À l’inverse, l’arctique ya rato nea est traduit par « et j’espère que ce sera bientôt ». Ce qui semble signifier littéralement « qui devrait être bientôt », exprimant un espoir plutôt qu’un souhait.).

erenekkoitan[n]ie

« il pourrait les éveiller ». Cette forme verbale complexe nécessite un examen attentif. Nous pouvons commencer avec l’hypothèse certaine que l’élément -koi- dérive de la racine KOYO “prendre vie” (LT1, p. 257 [CP, p. 658 ; PE 12, p. 48]), d’où koi, koire “vie”, koiva “éveillé” et bien sûr Koivie-néni “Eaux de l’Éveil”. C’est apparenté à coire “prémice(s)”, le nom de la saison elfique entre hríve “hiver” et tuile “été” (SdA, App. D, p. 1193) et coimas “pain de vie” (= sind. lembas) dans le Silmarillion [p. 332]. À noter également KUY- “s’animer, s’éveiller” (Étym. : RP, p. 415) avec les formes q. additionnelles et alternatives en kui- incluant kuive = kuivie “éveil”. D’où le nom Kuiviénen.

La dérivation du nold. echui(w) “éveil” < *et-kuiwe est d’un intérêt particulier, puisqu’elle montre l’usage du préfixe et- “(de)hors [angl. out], en avant” avec peu d’altération en sens (à comparer avec des expressions idiomatiques [anglaises] telles que wake out of a sound sleep31)). La spirante noldorine et sindarine ch pourrait résulter d’un kk plus ancien (comme dans le nold. lhoch “bouclette” < *lokko [Étym. : RP, p. 421], sind. roch “cheval” < *rokko [L, p. 382]), et cela suggère l’évolution *et-kuiwe > *ekkuiwe avant le nold. echuiw. erenekkoitan[n]ie montre que l’assimilation de tk > kk prit également place en quenya, le radical verbal ekkoita- représentant *et-koi-ta- “causer l’éveil, tirer du sommeil”32). Pour d’autres radicaux verbaux en -ta- qui représentent quelqu’un affectant l’action ou le statut de quelq’un ou de quelque chose d’autre, cf. usta- “brûler” (CP, p. 674), vaita- “envelopper, emballer” (CP, p. 675), esta- “nommer”, horta- “envoyer à tire d’ailes, courir, se hâter”, tulta- “faire venir, envoyer chercher, aller chercher, appeler, convoquer” (Étym. : RP, p. 402, 413 et 454 [respectivement]). Le passé de ce radical serait *ekkoitane “se réveilla, s’éveilla”.

Nous disposons de plusieurs verbes où -ie- fait partie de la flexion, tels que antúlien “est revenue” [CP, p. 214 & 654], kalliére “brillait” [M&C p. 220], lútier “navigua” [M&C p. 216], utúvienyes “je l’ai trouvé” [SdA p. 1036], enyalien “[pour] rappeler” [CLI, p. 704 & 714 n. 43], etc. Il existe quatre exemples où les formes verbales se terminent en -ie sans autre suffixe33). Nous pouvons les donner dans leur contexte immédiat par comparaison avec notre phrase (RP, p. 71 & 89) :

Ar Sauron lende númenorenna lantie nu huine ohtakárie valannarmanwe ilu terhante.
« Et Sauron vint à-Númenor … tomba sous les ténèbres … fit-la-guerre sur-les-Puissances … [Manwe le monde] brisa. »

Toi aina, mána, meldielto – enga morion: talantie.
« Ils sont saints, bénis, et bien-aimés : hormis le sombre. Il a chu. »

Melko Mardello lende : márie.
« Melko a quitté la Terre : cela est bon. »

Chacun de ces cinq verbes erenekkoitan[n]ie, lantie, ohtakárie, talantie et márie ne disposent pas d’un nom sujet explicite dans leur propre proposition, et chacun d’eux est compréhensible sans cela car le sujet est mentionné ou décrit par la proposition « principale » précédente. Le sujet sémantique de erenekkoitan[n]ie est Orome (le sujet syntaxique de lende) ; les sujets de lantie et ohtakárie sont probablement tous deux Númenor (qui est un complément d’objet adverbial de Sauron lende) ; le sujet de talantie est le sombre (le complément d’objet de la préposition enga) ; tandis que le sujet sémantique de márie est le fait que Melko soit parti, i.e. la totalité de la proposition précédente.
Phonétiquement, la terminaison ie correspond au second élément dans man-ie “qu’est-ce” (RP, p. 74) qui est probablement apparenté au verbe ye “est” dans la chanson de Fíriel34). Il apparaît également en tant que terminaison de l’infinitif enyalie que Tolkien mentionne dans ses notes sur le Serment de Cirion : « enyalien “de nouveau”, yal- “enjoindre, donner ordre”, à l’infinitif (ou au gérondif) en-yalie, ici au datif “pour le rappel”, mais avec alcar comme complément d’objet direct : ainsi “rappeler ou „commémorer“ la gloire”. » (UT, p. 317 [CLI, p. 714 n. 43]). Le terme gérondif (forme courte d’infinitif gérondif) signifie que l’infinitif quenyarin -ie possède certaines caractéristiques d’un gérondif ou nom verbal, telles que prendre la terminaison dative pour distinguer des fonctions particulières de l’infinitif. La forme au gérondif de enyalie serait « se rappeler » au sens de l’action verbale en tant que notion abstraite, e.g. Se rappeler des succès de quelqu’un peut être plaisant35). En tant que nom, enyalie serait le nominatif ou l’accusatif du datif enyalien.

Navires des Teleri (© Ted Nasmith)

A cet égard, nous pourrions noter que le nom Atalantie “Chute” est mentionné dans les Lettres où une note de bas de page indique que « la racine √talat employée en q. pour “glisser, déraper, chuter”, à partir de laquelle atalantie est une formation de nom normale (en q.) » (L, p. 347, lettre nº 257). Rien ne suggère que cette racine soit distincte de la base TALAT- “(se) pencher, (s’)incliner” dans « Les Étymologies » avec le verbe talta- “pencher, glisser, déraper” et d’autres formes, incluant les ajouts plus tardifs de « Atalante (préfixe a- = complète ; voir A-) Chute, renversement, particulièrement comme nom de la terre de Númenor » et atalta “s’effondrer, s’écrouler”. Étant l’association de paires de noms occasionnelles en -e / -ie (cf. kuivie = kuive “éveil”, mentionné ci-dessus)36), il semble que nous soyons ici en présence d’une étymologie unifiée atalantie = atalante “chute”, et que la formation « normale » du nom abstrait en -n-ie soit historiquement identique avec le passé à l’infinitif gérondif. Les verbes talta- “(se) pencher” et atalta- “s’effondrer, s’écrouler” sont tous deux issus de la racine *talat- (le deuxième différant par la voyelle préfixée signifiant “complète”37)), et chacun possède les formes du passé au gérondif talantie / atalantie (avec -ntie < -tnie), que nous pourrions rendre par « une chute, le fait d’être tombé ». Une manière de lire Toi aina […] enga morion: talantie serait « ils sont saints […] hormis le sombre : une chute » = « dont la situation est une chute (dans le passé) » = « il a chuté ». Nous possédons le q. mára < *magra “utile, convenable, bon (en parlant de choses)” < MAG- “utiliser, manipuler” sous la base MA3- (Étym. : RP, p. 422). En arctique, cet adjectif peut être employé de manière verbale pour signifier “être bon” en se référant de manière impersonnelle à la situation, si effectivement Mára mesta an ni véla tye ento « Au revoir jusqu’à ce que je te vois à nouveau » est littéralement l’impératif « que cela aille bien [pour toi] jusqu’à [au moment] ce que je te vois à nouveau ». Le gérondif de mára “être bon” est márie “qui est / étant bon”. Employé comme dans Mardello Melko lende: márie pour résumer une situation comme « étant bonne », il est un équivalent de notre phrase « et cela est bon / bien ». Nous suggérons que cet idiotisme38) quenyarin pourrait être étendu à la description de choses concrètes « qui sont bonnes » = « c’est bon », et ainsi être également appliqué à des verbes personnels comme talta- “glisser” qui peuvent prendre comme sujet des personnes tout autant que des choses, *taltie “qui glisse / glissant” = “il / c’est en train de glisser”. Ainsi, avec la précédente distinction de l’action passée, talantie « ayant glissé » = « il / c’est tombé ».
Notons que dans l’infinitif gérondif au passé talantie, c’est le n qui marque le temps (<*talat-n-ie-), la terminaison -ie ayant toujours la même fonction qu’au présent, celle d’une notion verbale abstraite. Dans certains verbes, le passé est véhiculé par une voyelle radicale longue, d’où notre suggestion que ohtakárie peut être l’infinitif gérondif passé “qui a / ayant fait la guerre”39). Mais avec -n- comme marqueur du passé, à l’image de lende “vint” (< *led-ne) avec métathèse40) et orta-ne sans métathèse, il semble que nous ayons talantie (< *talat-nie) et ekkoita-nie “qui se sont / s’étant éveillés”41).

Dans la phrase de Koivienéni, le gérondif est introduit par le pronom relatif i “pour que”, exprimant le désir d’Orome de sa venue. Le passé est (apparemment) employé parce que la situation désirée pour i ekkoitanie “l’éveil” est au passé, du point de vue du locuteur de la phrase. Par comparaison avec l’idiome anglais, où might [fr. pourrait] est étymologiquement le passé de may [fr. peut], nous dirions He came so that he might awake them [fr. Il vint pour qu’il puisse les éveiller] vs. He will come so that he may awake them [fr. Il viendra pour qu’il puisse les éveiller42)]. Le mot might possède une vie propre avec une signification présente ou future (mais indiquant une moins grande certitude que may), et He will come so that he might awake them [fr. idem] est aussi grammaticalement correct. Mais He came so that he may awake them est incorrect, montrant que les vestiges de règle nécessitant un passé « subjonctif » avec le verbe principal au passé pour exprimer un résultat hypothétique ou un but dans le passé existe toujours en anglais. Une règle similaire s’applique en latin, et peut s’appliquer ici en quenya.

Le quenya possède également une deuxième forme infinitive, i.e. « le radical seul du verbe est employé (comme après “voir” ou “entendre”) comme infinitif ». Par exemple : Men kenuva fáne kirya métima hrestallo kíra « Qui verra un blanc navire quitter le dernier rivage » ; Man kenuva lumbor na-hosta « Qui verra les nuages se rassembler » (MC, p. 214, 215, 221-223). Cela est mentionné implicitement par Tolkien comme élément de son explication sur la raison de la présence d’un préfixe dans le deuxième exemple « Lorsque le radical seul […] est employé […] comme infinitif, na- est préfixé si le nom est l’objet et non le sujet ». En d’autres termes, il implique que tandis que kirya “navire” est le sujet de kíra “quitter”, lumbor “nuages” est l’objet de hosta “se rassembler” et na- est employé pour distinguer ce fait. La déclaration, comme élément d’une condition (« Lorsque le radical seul […] est employé »), convient clairement à la description de enyalie comme « infinitif », impliquant que dans certaines constructions (notamment après “voir” et “entendre”) le radical seul est employé, mais que dans d’autres constructions une autre forme infinitive peut être utilisée. Ces deux implications sont importantes dans notre situation, où nous disposons en parallèle des formes i erenekkoitan[n]ie « pour qu’il puisse les éveiller » et na enekkoita « pour les éveiller », qui sont clairement proches de sens, avec le deuxième contenant un na préposé et le radical seul du verbe ekkoita “éveiller”. La fonction de na peut être d’indiquer que sen- “les” est également l’objet dans ce cas43).

Calacirya (© Ted Nasmith)

Cela nous amène enfin au préfixe eren- qui, par élimination, devrait signifier “les”. Il est clairement apparenté à sen- dans la forme alternative de la phrase, avec le changement phonétique s > z > r entre voyelles44). Au sujet de l’étymologie de sen-, nous pouvons nous référer à l’information en partie énigmatique des « Étymologies », sous la racine S- décrite comme une « racine démonstrative ». Cette entrée commence par « su, so masc. (cf. *-so flexion de verbes) = il ; si, se elle (cf. -se flexion de verbes) ». Divers pronoms noldorins ho, he, ha, etc. sont ensuite donnés, mais hormis l’indication que leurs voyelles peuvent être longues ou brèves, les pronoms su, so, si, se ne sont pas identifiés comme du quendien primitif ou du qenya. Peut-être sont-ils les deux. Concernant le changement de s > r il semble que nous ayons , so “il” et antaróta [que le lecteur doit ici décomposer en anta-ró-ta] “il le donna” et antaváro [antavá-ro] “donnera-t-il” (RP, p. 78-79). En tout cas, il semble probable que sen- dérive de ce se “elle” avec l’ajout de la marque du pluriel -n mentionnée plus haut. Notons également que les pronoms objets peuvent être suffixés ou préfixés comme avec ta “ce, cela, le” dans antaróta “il le donna”, mais dans le même passage tye-meláne “je t’aime” et inye tye-melá “moi aussi je t’aime” (RP, p. 77), avec tye “t’, tu”.

La fonction précise du e initial dans erenekkoitan[n]ie n’est pas claire. Ce pourrait être la particule e “en fait” (RP, p. 79). Ou il se pourrait que eren- soit à sen- plus ou moins ce que elye “même toi” est à -lye “tu” dans la Lamentation de Galadriel. Cela peut être en fait le même élément, puisque dans le contexte dans E man antaváro ? « Que donnera-t-il en fait ? » cela est tenu pour garantir que Ilúvatar donnera quelque chose à chacun après la vie, et l’emphase de « en fait » est sur le doute de ce « que » cela sera. Cependant, il n’y a aucune suggestion d’emphase comme « en fait » ou « même » dans la traduction de Koivienéni, aussi cela vaut-il la peine de considérer une autre possibilité.

Dans l’opposition hiruvalye “tu trouveras” / elye hiruva, la forme du verbe demeure constante, tandis que la flexion -lye “tu” change de position. Nous pouvons supposer un contraste similaire de *sen-ekkoitalye « tu les éveilles » vs. *elye sen-ekkoita « même toi [tu] les éveilles ». Mais le « radical seul » du verbe peut être employé comme un infinitif avec la répétition implicite du sujet de la phrase principale, comme Orome lende sen-ekkoita « Orome vint pour les éveiller » = « Orome vint afin de les éveiller ». En effet, sen-ekkoita signifie par lui-même « il les éveilla ». Aussi avons-nous le motif analogique suivant lorsque nous retirons -lye de chaque phrase :

En d’autres termes, puisque le radical verbal et la particule emphatique peuvent prendre un suffixe pronominal explicite, si un radical verbal réfère implicitement par lui-même à un sujet précédent, alors la particule e “en fait” peut faire de même, ainsi avons-nous en pratique e “même lui”.

Une telle particule pourrait tout naturellement conserver un certain accent en tant que mot séparé lorsqu’elle est employée pour mettre l’emphase sur le sujet « il, elle, cela ». Mais elle pourrait également être simplement utilisée pour rendre le sujet explicite, e.g. pour dire littéralement « vint pour qu’il les éveille » = *lende i e sen-ekkoita (par contraste avec le sujet implicite dans lende sen-ekkoita « vint pour les éveiller »). Sans signification emphatique, il n’y aurait probablement pas de mot séparé accentué sur le e “il”, et il pourrait bien être amalgamé avec le préfixe objet, donnant e-sen- “il-les” (comparer avec les combinaisons de suffixes pronominaux sujet + objet : -nye-s “je-le”, -lme-t “nous-les”45)). Et si la construction était apparue suffisamment tôt dans l’histoire du quenya elle aurait pu participer du changement de s > r engendrant ainsi le préfixe eren- “il-les”. Ainsi, eren-ekkoita serait « il-les éveille », eren-ekkoita[n]ie = « il-les éveilla », et lende i eren-ekkoitan[n]ie « vint afin que il-les éveilla » = « vint pour qu’il pût les éveiller ».

Remerciements

Nous voudrions remercier le Tolkien Estate pour avoir donner la permission de publier la phrase de Koivienéni, rendant ainsi disponible un autre précieux exemple de quenya pour l’étude par les passionnés des langues elfiques. Nous sommes redevables à Taum Santoski pour avoir porté à notre attention l’existence de la phrase46) et pour nous avoir fourni une transcription et de nombreuses informations utiles sur la nature du manuscrit original. Merci également à Charles B. Elston pour avoir fourni une photocopie de la partie concernée du manuscrit, à Jorge Quiñónez pour avoir fait le lien avec le Tolkien Estate et les archives de l’Université Marquette et à Tom Loback pour avoir dispenser une appréciation supplémentaire.

Voir aussi

Sur Tolkiendil

Sur le net

1) N.d.A. : Taum nota également que la phrase et le reste du matériel linguistique sont écrits manuellement à l’encre noire, et que la totalité de cette face du manuscrit fut biffé par trois traits en diagonale au crayon.
2) N.d.A. : Dans la collection de Marquette, ce manuscrit se situe dans la Série 3 (Le Seigneur des Anneaux), Boîte 9 (Appendices), Dossier 13 (Appendice E « Écriture et Orthographe »).
3) Version originale : « […] until Orome came thither to awake them. »
4) N.d.T. : Un terme anglais servant à désigner un infinitif : to do “faire”.
5) N.d.A. : L’existence de deux adverbes de significations très parallèles est remarquable mais pas inhabituelle. L’anglais possède les adverbes long [fr. longtemps] mais aussi longly [fr. longuement] (à présent archaïque ou dialectal) ; de même, le latin, à côté de son adverbe normal longe “loin, un long moment” possède les formes plus rares longiter et longum, toutes trois dérivées de l’adjectif longus. En quenya, andave peut être une forme historique plus récente de ando, puisqu’il semble clairement être anda “long” + ve “comme”, et semble avoir un sens plus générique, non pas uniquement “pendant un long moment” mais aussi “à une grande distance, grandement”.
6) N.d.A. : voro “à jamais, continuellement” apparaît également dans « Les Étymologies » (s.v. BOR-), c. 1937-8.
7) N.d.A. : Concernant le -o partitif singulier, qui s’est confondu avec le génitif au Troisième Âge, cf. Oiolosseo « à partir du Mont Toujours-blanc » dans Namárië.
8) N.d.A. : Pour un exemple similaire de terminaison de cas ajoutée à un adjectif plutôt qu’au nom qu’il modifie, cf. Elendil Vorondo « d’Elendil le Fidèle » dans le Serment de Cirion [CLI, p. 704], et la note de Tolkien à ce sujet dans UT, p. 317 [CLI, p. 714, note 43].
9) N.d.T. : Difficile à rendre en français ; une traduction imparfaite serait « depuis longtemps, (venant) de temps anciens ».
10) N.d.T. : Oxford English Dictionary.
11) Version originale : « since a remote period, for a long time past ».
12) N.d.A. : Notre discussion de lalanti- dans Bird and Leaf : Image and Structure in Narqelion, PE 9 p. 19.
13) N.d.A. : La forme du passé de caita “est allongé” peut bien être *kaine. « Les Étymologies » donnent des exemples de verbes où le présent possède le radical + suffixe dérivatif mais le passé ne dispose que du radical + -ne sans autre suffixe. Ainsi, avec le suffixe -ya au présent nous avons farya- “suffire”, passé farne (s.v. PHAR-) et vanya- “aller, partir, disparaître”, passé vanne (s.v. WAN-), et avec le suffixe -ta au présent lesta- “quitter” (< *led-ta-), passé lende (<*led-ne). Cette dernière paire, donnée sous la racine ELED-, fut abandonnée lorsque cette racine (source du q. Elda) fut modifiée pour se connecter avec EL- “étoile”, mais elle présente le même principe en action dans un dérivé de formation similaire à caita.
14) Version originale : « The foam-maidens […] made it shine ».
15) N.d.T. : En grammaire casuelle, le datif correspond à un sujet second jouant le rôle de bénéficiaire.
16) N.d.T. : Toujours en grammaire casuelle, le génitif sert à marquer la complémentation du nom.
17) N.d.T. : Le locatif sert à marquer la localisation statique dans l’espace.
18) N.d.T. : L’ablatif sert à marquer l’espace et le mouvement.
19) N.d.A. : Peut-être que linganer est une forme courte de *lingane-re parallèle à kalliére, kaire mentionnés plus haut.
20) N.d.A. : Des constructions anglaises telles que hear the wind to have roared [fr. écoute le vent avoir rugi] sont grammaticalement correctes mais quelque peu malhabiles, aussi ne sont-elles pas utilisées couramment excepté dans les traductions littérales de langues comme le grec ou le latin où les infinitifs et les participes passés apparaissent plus fréquemment. L’infinitif et le participe présents anglais possèdent une signification plus large et intemporelle, habituellement rendue explicite uniquement par le contexte.
21) Version originale : Elfland
22) N.d.A. : Il est remarquable que cette combinaison -ne = action passée + -n = datif de moyen, engendre un suffixe -nen identique à la terminaison du cas instrumental singulier. Nous observons également cela dans la Lamentation de Galadriel dans laurie lantar lassi súrinen « comme de l’or les feuilles tombent dans le vent » = « avant que les feuilles ne tombent, il y a eu une action du vent qui a provoqué cela », action passée comme moyen. Il semble tout à fait possible que le datif de l’infinitif passé soit la source étymologique du cas instrumental.
23) N.d.A. : Elle est souvent ajoutée à des bases monosyllabiques, comme vanya “beau” (cf. Vana, base BAN-), min-ya “premier”, mer-ya “festif”, kot-ya “hostile”, etc. Mais ya est également ajouté à des dérivés plus longs, comme herenya “fortuné” < heren “fortune” (base KHER- “gouverner”), númenya “occidental” < númen “ouest”, etc.
24) N.d.A. : Elle y est décomposée en Koivie-néni. Sur le « Bateau-monde » dessiné (LT1, p. 84 [CP, p. 22]), elle apparaît comme étant Koivieneni avec un e court dans neni, bien que transcrite Koivienéni dans la liste de noms d’accompagnement. Le e est également court dans Neni Erùmear « Eaux Extérieures », sur le dessin. Peut-être sont-ce là des exemples du « système consistent d’accentuation des noms elfiques » que Christopher Tolkien « adopta, bien qu’avec hésitation » (LT1, p. 11 [CP, p. 21]), e.g. employant toujours Palúrien tandis que Tolkien écrivit Palûrien, Palúrien, Palurien de manière erratique.
25) N.d.T. : Reproduit dans le chapitre II, intitulé « The Earliest ‘Silmarillion’ » (fr. « Le premier “Silmarillion” », FdTM, p. 21-88) du 4ème volume de la série The History of Middle-earth (fr. l’Histoire de la Terre du Milieu) intitulé The Shaping of Middle-earth (et traduit en français en 2007 aux éditions Bourgois sous le titre la Formation de la Terre du Milieu).
26) N.d.A. : Cf. RP, p. 127-128, 282 ainsi que le commentaire sur le §88 p. 289.
27) N.d.T. : En phonétique, quand on parle de la place des syllabes dans un mot, on dit que la dernière syllabe est « ultime », que l’avant-dernière est « pénultième » et que l’avant-avant-dernière est « antépénultième ».
28) N.d.T. : En grammaire casuelle, l’allatif indique un lieu ouvert vers lequel se produit un mouvement.
29) N.d.A. : Nous devons nous souvenir du commentaire de Gandalf sur la découverte de l’Anneau Unique : « Derrière cela, il y avait quelque chose d’autre à l’œuvre, en dehors de tout dessein du Créateur de l’Anneau. Je ne puis le faire comprendre plus clairement qu’en disant que Bilbo était destiné à trouver l’anneau, et pas par la volonté de de Celui qui l’avait créé. » (FotR p. 65 [SdA p. 73]).
30) N.d.A. : Pour des exemples de supplétion (la combinaison de de formes non apparentées en un seul paradigme) dans le même champ sémantique que linna [lire lenna, N.d.T.] vs. lende, cf. l’anglais go prétérit went ; le grec ερχομαι “venir, aller” passé ηλυθον ; le gallois myned “aller”, â “[il] va” passé aeth. L’anglais went était, à l’origine, le passé du verbe wend (cf. send passé sent). L’étymologie de linna n’est pas claire, mais peut éventuellement être comparée à l’adjectif pluriel linte “rapides” dans Namárië.
31) N.d.T. : La forme correcte est wake up from a sound sleep et signifie littéralement « s’éveiller d’un profond sommeil ».
32) N.d.A. : Le développement du tk original en kk pour le quenya et ch pour le noldorin et le sindarin n’est pas universel. Contraster avec *et-kele “écoulement d’eau, source”, qui mena à la forme *ektele obtenue par métathèse et ainsi au q. ehtele (non pas **ekkele) et nold. eithel (non pas **echel), sind. eithel “source”, Étym. : RP, p. 411 ; S, p. 358, 360 [Silm., p. 321, 355].
33) N.d.T. : On notera également les autres exemples découverts depuis : fírie “a expiré” (MR, p. 250), irície “a tordu” (VT 39, p. 9 & 12), oantie “est parti (à un autre endroit)” (WJ, p. 366) ou Utúlie’n « est venu » (Silm., p. 192).
34) N.d.T. : voir également la racine YE, I- « radical du verbe être » (VT 46, p. 22).
35) N.d.T. : Il existe ici une différence entre l’anglais et le français : dans la VO, l’auteur fait référence à recalling (fr. se rappeler) en précisant bien qu’il s’agit d’une action verbale (pour éviter toute confusion avec le fait qu’il puisse s’agir d’un nom). Cette homonymie que rarement en français, où les formes verbales et nominales sont bien plus distinctes.
36) N.d.T. : Voir aussi andúne / andúnie “coucher du soleil, couchant” (Étym. : RP, p. 429 ; Silm., p. 357), are / arie “jour” (Étym. : RP, p. 392), híse / hísie “brume” (Étym. : RP, p. 413 ; RGEO, p. 67), nóre / nórie “terre” (Étym. : RP, p. 428-429 ; RGEO, p. 67), voronwe / voronwie “loyauté, constance” (Étym. : RP, p. 398).
37) N.d.T. : Dans le Vinyar Tengwar nº 45 de novembre 2003 (p. 5), un oubli des « Étymologies » fut corrigé : le chapitre n’incluait pas la racine A- “préfixe intensif”, où il est notamment question de « Atalante ou Attalante » (cette deuxième forme étant dûe à un « renforcement dynamique de la consonne initiale originale »).
38) N.d.T. : Un idiotisme ou expression idiomatique est une construction ou une expression particulière à une langue donnée que l’on ne peut traduire littéralement. On parle ainsi d’un anglicisme pour un idiotisme anglais. Tolkien ayant lui-même désigné un terme issu du quenya comme étant quenyarin, on pourrait presque parler ici de *quenyarisme.
39) N.d.A. : Notons que le gérondif (u)túlie “qui est / étant venu” avec son usage idiomatique pour signifier « il est venu, il a fini de venir » avec le sujet précédemment mentionné, pourrait avoir mené, par analogie, à l’utiliser avec d’autres sujets personnels « je, nous, vous, ils » par ajout de terminaisons personnelles. Ainsi avons-nous la phrase d’Aragorn utúlien « je suis venu » (RK, p. 245-246. [SdA p. 1032, N.d.T.]).
40) N.d.T. : La métathèse désigne ici une interversion entre les consonnes d et n dont la combinaison d + n > nd.
41) N.d.A. : Si la lecture correcte de la forme verbale est erenekkoitannie alors nous avons un n supplémentaire à prendre en compte dans sa structure. Peut-être qu’un gérondif passé tel que *ekkoita-n-nie fut remodelé en *ekkoita-n-ie. Nous avons vu que la terminaison du gérondif -ie est phonétiquement la même que que la forme de ye “est” apparaissant dans des mots composés tels que man-ie “qu’est-ce”, et peut-être que cela pointe vers l’origine de la terminaison. Mais nous disposons également de formes quenyarines du verbe “être” qui commencent par n, comme “est”, nai “que cela soit”, nea “j’espère que cela sera”, coexistant en parallèle de formes sans n, telles que ea “est, c’est, que cela soit” (S, p. 325 ; UT, p. 305 [Silm., p. 320 ; CLI, p. 704 & 714 note 43]).
42) N.d.T. : La traduction française rend ici très mal la signification du verbe may. Il s’agit d’une possibilité, exprimée avec plus (angl. may) ou moins (angl. might) d’assurance, non la capacité de faire quelque chose (angl. can).
43) N.d.A. : En anglais, nous employons l’ordre des mots pour faire la distinction entre le sujet pronominal d’un infinitif et l’objet, e.g. He wanted them to awake [fr. Il voulait qu’ils s’éveillent] vs. He wanted to awake them [fr. Il voulait les éveiller], mais un modèle quenyarin similaire tel que préfixe pronominal vs. suffixe pronominal ne serait pas valable ici puisque l’infinitif avec radical seul est par définition sans sufffixe.
44) N.d.T. : Également nommé rhotacisme.
45) N.d.T. Ces exemples sont issus des formes suivantes : utúvie-nye-s “je l’ai trouvé” (exclamation d’Aragorn à la découverte du rejeton de l’Arbre Blanc) et laituva-lme-t “nous les louerons” (déclaration d’Aragorn au sujet des Hobbits). D’autres exemples postérieurs à cet article peuvent également être cités : tiruva-nte-s “ils le regarderont” (VT 41, p. 17), leltane-lye-s “vous l’avez envoyé” (VT 47, p. 21), tultane-lye-s “vous l’avez fait venir” (VT 47, p. 22). On notera que ces formes conviennent mieux à la formulation française (je l’ai trouvé) qu’à l’anglaise (I found it).
46) N.d.T. : Taum Santoski participa à la création de plusieurs volumes de la collection des HoMe, son nom étant notamment cité dans le volume VII, The Treason of Isengard. Il y a fort à parier que c’est lors de ses investigations pour ce volume qu’il découvrit ce manuscrit, puisqu’il contient des éléments du chapitre « Les Cavaliers du Rohan », du SdA, qui constitue le chapitre XX de ce volume VII.
 
langues/langues_elfiques/qenya/elfes_koivieneni.txt · Dernière modification: 18/05/2015 09:21 par Druss
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