Suffixes agentifs et distinction des genres dans « Les Étymologies »

 Quatre Anneaux
Thorsten Renk
traduit de l’anglais par Damien Bador
Article théorique : La maîtrise globale des écrits de J.R.R. Tolkien est nécessaire pour bien saisir la portée des articles de cette catégorie, les sujets étant analysés de façon poussée par leurs auteurs.

Introduction

Les suffixes agentifs (i.e. les terminaisons utilisées pour décrire la personne effectuant l’action spécifiée par un verbe) sont une partie importante de la formation des noms de chaque langue. De nombreuses terminaisons de ce genre sont attestées dans les langues elfiques de Tolkien. La source la plus importante dont nous disposions est « Les Étymologies », puisque dans cette œuvre, il est non seulement possible d’étudier le développement historique de ces terminaisons, mais aussi leur manifestation dans les différentes branches des langues elfiques.

Une observation plus détaillée révèle une riche structure de terminaisons primitives diverses qui fusionnent et se mélangent souvent dans les différentes langues finales. Les langues elfiques ne possèdent pas de genre grammatical, i.e. il n’existe par exemple pas d’accord de l’adjectif ou de l’article défini avec le nom. Cependant, les suffixes agentifs elfiques font généralement la distinction des genres (contrairement à l’anglais, mais à la ressemblance de l’allemand, par ex.) Ainsi, il sera profitable d’accroître la portée de cette étude pour inclure non seulement les terminaisons caractérisant les personnes effectuant certaines actions mais l’ensemble des incarnés associés à une signification racine, i.e. aussi aux terminaisons décrivant les caractéristiques d’une personne et à toutes les formes spécifiant le genre de manière générale.

Il est possible de retracer le développement de la majorité de ces terminaisons à partir de l’eldarin commun. Bien que cela implique en principe que ces terminaisons puissent se trouver dans chacune des langues elfiques, les développements propres à chaque langue font que certaines formes sont souvent préférées à d’autres. Cependant, nous avons aussi la preuve de l’existence d’un développement « moderne » d’une classe de terminaisons évoluant à partir d’anciens composés, qui sont ainsi susceptibles de n’exister que dans un nombre restreint de langues. Ainsi, une étude plus poussée de la question apparemment simple de décrire une personne effectuant une action révèle à nouveau l’étendue de l’invention de Tolkien et l’attention qu’il portait aux détails.

Suffixes primitifs « -ō », « -ē », « -ū » et « -ā »

L’un des schémas les plus fréquents concerne l’ajout direct de et –ē au radical primitif pour marquer le masculin et le féminin (ou un agent mâle ou femelle). L’indication la plus claire concernant l’attribution de ces terminaisons vient de la racine SEL-D-, où nous trouvons les formes dérivées q. seldo « enfant (m.) » selde « enfant (f.) » selda (n.) »1). Ainsi, nous pouvons également supposer que –ā peut être employé pour éviter d’avoir à faire une distinction explicite des genres. Les formes primitives se conformant à ce schéma sont attestées pour la racine TÁWAR-, avec l’eld. com. tawarō, q. tavaro « esprit des bois (m.) » et eld. com. tawarē ; cependant, la résultante quenya de cette dernière forme est tavaril « dryade (f.) » plutôt que ?taware2), dotée d’une terminaison différente qui sera discutée plus loin. On peut également voir une confirmation de la terminaison neutre avec la racine BAL-, cf. eld. com. bálā, v. nold. Bala « #ayant du pouvoir », où les formes marquant la distinction des genres ont des terminaisons différentes, cf. Balano (m.), Balane (f.)3).

Il est possible que dans ce schéma, –ū serve à marquer une paire (e.g. un mâle et une femelle), comme on pourrait l’arguer à partir de l’eld. com. besū, q. veru « mari et femme »4)5), cependant les mots désignant effectivement « mari » et « épouse » en quenya sont venno, vesse 6)7) et impliquent les terminaisons plus élaborées –nō, –sē. Cela (comme d’autres preuves) indique à nouveau que la tentative d’identifier différents schémas marquant le genre est assez futile lorsqu’on l’applique au quenya ou au noldorin, vu que des formes trouvant leurs origines dans des schémas différents fusionnèrent souvent à l’époque tardive.

En noldorin et en ilkorin, la distinction originelle des genres au moyen de ces suffixes est perdue en même temps que la voyelle finale. Par conséquent, si une distinction est souhaitée, la forme femelle doit dériver d’une terminaison différente n’ayant pas disparu. Les exemples montrant la perte de cette distinction comprennent l’eld. com. ndākō « guerrier, soldat », v. nold. ndōko, nold. naug8) ou l’eld. com. berō, ilk. ber « homme vaillant ».

Tuor à Vinyamar (© Ted Nasmith)

Il existe plusieurs cas pour lesquels le schéma ci-dessus n’est pas applicable, voir par ex. l’eld. com. bánā, q. Vana, tel. Bana, v. nold. Bana « #belle personne »9) ou l’eld. com. barádā, q. Varda, tel. Barada « #personne élevée, noble », où –ā est utilisé pour le féminin, ou q. fire « homme mortel »10), où –ē est employé dans un sens général ou masculin. Finalement, le q. #tánie « fabriquant (f.) »11), contrepartie de l’eld. com. tanō, q. tano « artisan, favre »12) est relativement surprenant, on se serait plutôt attendu à ?tane. Cependant, une glose alternative de # tánie est « fabrication », elle pourrait donc être considérée comme une forme infinitive / gérondive impliquant la terminaison connue –ie, que l’on voit aussi dans enyalien « pour se souvenir de, en mémoire de »13).

Finalement, dans un cas, les formes apparaissant ne peuvent s’expliquer par des suffixes ajoutés à la racine primitive. De la racine ANA-, nous trouvons l’eld. com. anta- « offrir, donner », q. anta- « donner » et anto (m.), ante (f.) « donneur »14). Elle apparaîtrait par conséquent selon le contexte, et l’absence de forme primitive de ces noms suggère qu’il s’agit de formations analogiques fondées sur le verbe plutôt que les résultantes de formes ?antaō, ?antaē primitives ou de suffixes ?-tō, ?-tē.

Les formes des « Étymologies » qui s’y rapportent sont :

  • BAL- eld. com. bálā, v. nold. Bala, Balano (m.), Balane (f.), nold. ex. Balan pl. Belein, Belen15)
  • BAN- eld. com. bánā, q. Vana, tel. Bana, v. nold. Bana « #Personne magnifique » ; eld. com. úbanō, nold. ex. úan « monstre »16)
  • BARÁD- eld. com. barádā, q. Varda, tel. Barada « #personne noble, élevée »17)
  • BER- eld. com. berō, ilk. ber « homme vaillant »18)
  • BES- eld. com. besnō, q. venno, v. nold. benno « mari », nold. ex. benn « homme » ; eld. com. bessē, q. vesse, v. nold. besse « épouse », nold. ex. bess « femme » ; eld. com. besū, q. veru « mari et femme »19)20)
  • KAN- eld. com. káno « chef »21)
  • KAR- q. káro « faiseur, acteur, agent » ohtakáro « guerrier »22)23)
  • KYAR- q. tyaro « faiseur, acteur, agent » ohtatyaro « guerrier »24)
  • KHAN-AK- q. hanako « géant »25)
  • NDAK- eld. com. ndākō « guerrier, soldat », v. nold. ndōko, nold. daug26)
  • NDER- eld. com. ndēro « marié », q. nér, v. nold. ndair, nold. doer « marié »27)
  • ÑGÁNAD- eld. com. tyalañgando, nold. talagand « harpiste »28)
  • PHIR- q. fire « homme mortel », nold. feir pl. fîr29)
  • SEL-D- q. seldo « enfant (m.) » selde « enfant femelle (f.) » selda « enfant (n.) »30)
  • TAN- eld. com. tanō, q. tano « artisan, favre » #tánie « fabricant (f.), faisant », nold. -tan31)
  • TÂWAR- eld. com. tawarū, q. tavaro, tavaron « esprit des bois (m.) » ; eld. com. tawarē, q. tavaril « dryade (f.) »32)
  • TUR- eld. com. tūrō, q. turo, nold. -tur « maître, vainqueur, seigneur »33)

Et peut-être aussi :

  • ANA- eld. com. anta- « offrir, donner », q. anta- « donner », anto (m.) ante (f.) « donneur »34)

Suffixes primitifs « -ū » et « -ī »

Il existe un deuxième système de terminaisons eldarines communes dans lequel #-ū dénote le masculin et –ī le féminin, qui semble rarement être employé. Dans aucun exemple ces affixes ne furent utilisés avec une signification agentive, ils semblent exclusivement indiquer la distinction des genres. Le #-ū n’est pas directement attesté, mais peut être déduit avec une certitude raisonnable à partir de ses descendants en quenya et en doriathrin. Pour la terminaison féminine, nous avec l’eld. com. Barathī, dérivé de BARATH- « #personne noble, élevée »35). La preuve la plus claire de l’existence d’une terminaison #-ū comme contrepartie masculine à –ī se voit dans le q. Ainu (m.), Aini (f.) « sainte personne »36) et le q. heru « maître », heri « dame ». Cela ne peut simplement être une terminaison spécifique au quenya, puisque nous trouvons divers descendants de la racine 3AN- dans d’autres langues, cf. les q. hanu, v. nold. anu, nold. anw, dor. ganu « un mâle, homme »37).

Puisqu’en noldorin les voyelles finales tombent en règle générale, les termes descendants de ces formes sont considérablement obscurcis. Dans un cas, la forme vieil noldorine acquit un –l, probablement par analogie avec la fréquente terminaison –ril (voir ci-dessous), et nous obtenons l’eld. com. Barathī > v. nold. Barathi(l) > nold. ex. Berethil « #personne noble, élevée »38). Dans un exemple différent, la forme féminine fut en réalité modelée sur la masculine (et se termine donc aussi en-w, cf. le nold. inw « femelle » (d’après anw « mâle »), dérivé de la racine INI-39). Dans un troisième cas, la probable terminaison primitive fut changée en –o en vieux noldorin et perdue lors de la transition vers le noldorin, cf. l’eld. com. #kherū > v. nold. khēro > nold. hîr « maître ». Alors que la forme quenya féminine heri « dame » présente la terminaison féminine, la forme vieil noldorine khíril et son descendant noldorin hiril « dame » comportent à nouveau une terminaison différente qui préserve la distinction des genres en dépit de la perte des voyelles finales.

La liste des formes des « Étymologies » qui s’y rapportent comprend :

  • AYAN- eld. com. ayan- « saint » > eld. com. *ayanū (m.) *ayanī (f.), q. Ainu (m.) Aini (f.) « sainte personne »40)
  • BARATH- eld. com. Barathī, v. nold. Barathi(l), nold. ex. Berethil « #personne noble, élevée »41)
  • 3AN- q. hanu, v. nold. anu, nold. anw, dor. ganu « un mâle, homme »42)
  • KHER- eld. com. #kherū, kherī, q. heru « maître » heri « dame », v. nold. khēro « maître » khíril « dame », nold. hîr « maître » hiril « dame »43)

Suffixes primitifs « -rō », « -rē » et « -rū »

A un niveau supérieur de complexité, nous avons les suffixes vocaliques simples comportant une consonne supplémentaire. La variante la plus fréquemment rencontrée est le –rō masculin, le –rē féminin et peut-être le –rū duel. La forme primitive des deux premiers est directement attestée, cf. l’eld. com. weirē, q. Vaire « tisseur /tisseuse, Vaire »44) et l’eld. com. kalrō, q. kallo « homme noble, héros »45). La dernière se déduit du q. ontaru « parents »46). En quenya, aucune de ces terminaisons ne donne nécessairement une voyelle finale, cf. l’eld. com. ábārō « refusant », menant aux deux variantes quenyarines Avar et Avaro, donc une réduction de la terminaison est possible. On peut supposer que de telles formes sont généralement de genre neutre, comme les réflexes noldorins avec perte de la voyelle finale.

Cette dernière forme présente une différence importante avec les affixes précédemment discutés : les formes longues -rō, -rē et –rū peuvent apparemment être ajoutées à des radicaux mais aussi à des verbes dérivés formés à la période eldarine commune. Malheureusement, il y a peu de preuves directes de cela, bien que l’apparition d’un –t typique de la terminaison verbale dérivée –tā à l’intérieur de descendants quenya et noldorin soit assez caractéristique. Considérons par exemple la racine MAK-, d’où dérive le q. mahta- « manier une arme, combattre », d’où mahtar « guerrier », nold. maethor47). Clairement, ajouter directement la terminaison au radical produirait *mak(a)rō, qui donnerait le q. makar, nold. magor- : ces formes sont attestées dans les composés q. Menelmakar, nold. Menelvagor48). A la place, la présence du –t- indique une dérivation de #maktārō, qui donnerait les formes quenya et noldorine effectivement attestées.

Néanmoins, la dérivation ne semble pas se limiter aux verbes, nous trouvons par ex. la racine PHAL-, q. falma « vague » et falmar « esprit marin »49), qui semble ajouter directement la terminaison au nom.

En noldorin, lorsqu’une forme est dérivée de la racine, la perte de la voyelle finale donne généralement naissance à un groupe consonantique qui est alors vocalisé. Cela est particulièrement visible pour la racine TAM-, où l’eld. com. tamrō « frappeur » donne le nold. tafr, tavor « pic [ornith.] »50), indiquant que la version non vocalisée tafr est ensuite vocalisée en tavor. En fait, les mots noldorins se terminant en –or peuvent habituellement s’expliquer soit par une terminaison –rō vocalisée ajoutée à une consonne, soit par ce qui reste de cette même terminaison lorsqu’elle est ajoutée à un verbe –Cārō, où le ā est ensuite ouvert en au, qui se termine alors en o lorsque la dernière syllabe n’est pas accentuée. On peut en déduire que la forme plurielle pourrait être différente dans les deux groupes – si aucun nivellement analogique n’avait lieu, on s’attendrait à voir le pluriel de maethor être #maethuir, tandis que celui de tafr, tavor serait peut-être #teifr, #teivor. Il existe un exemple qui pourrait confirmer le premier scénario – si le nold. Afor est dérivé d’un verbe ábā- (plutôt que de la racine longue ABAR-), le pluriel Efuir serait alors exactement conforme à ce qui a été indiqué ci-dessus.

Ulmo (© John Howe)

Il n’est peut-être pas entièrement surprenant qu’il existe aussi plusieurs formes qui ne se conforment pas bien à ce schéma. L’eld. com. bálāre, nold. Balar51) présente la terminaison inattendue , la forme q. onóro « frère » est apparairée avec onóne « sœur » plutôt qu’à la forme attendue ?onóre 52) et de même l’eld. com. tāro, q. tár est appairé avec l’eld. com. tārī, q. tári « reine » plutôt que ?tārē, tandis que son descendant ilkorin tóril « reine »53) présente à nouveau une terminaison distincte.

La liste des formes des « Étymologies » dont les terminaisons sont apparemment ajoutées à des noms ou verbes eldarins communs comprend :

  • AB-, ABAR- eld. com. ábārō « refusant », q. Avar, Avaro pl. Avari, v. nold. abōro nold. Afor pl. Efuir54)
  • EK(TE)- q. ehtar, ehtyar « lancier »55)
  • IS- q. istya « connaissance » istyar « lettré, homme érudit »56)
  • KEM- q. kemnaro, nold. cevnor « potier »57)58)
  • KWET- eld. com. kwentrō « narrateur », q. quentaro, dor. cwindor59)
  • MAK- q. mahta- « manier une arme, combattre », d’où mahtar « guerrier », nold. maethor60)
  • MBAKH- q. manka- « commerce » makar « commerçant », nold. bachor « colporteur, trafiquant »61)
  • ÑGÁNAD- q. ñanda- « jouer de la harpe » ñandaro « harpiste »62)
  • ONO- q. ontaru « parents » ontaro « géniteur » ontare « génitrice », nold. onnor « parent » odhril « #parente »63)
  • PHAL- q. falma « vague » falmar « esprit marin »64)
  • TAM- eld. com. tamrō, tamarō « frappeur », q. tambaro, nold. tafr, tavor « pic [ornith.] »65)

Les formes où les terminaisons sont ajoutées au radical nu sont :

  • ATA- q. atar « père » pl. atari, nold. adar pl. edeir, eder66)
  • BAD- eld. com. bad- « juge[r] », nold. badhor « juge[r] »67)
  • BAL- eld. com. bálāre, nold. Balar68)
  • BEW- eld. com. beurō « suivant, vassal », v. nold. biuro, bioro, nold. ex. bior, beor, tel. būro « vassal »69)70)
  • KAL- eld. com. kalrō, q. kallo « homme noble, héros »71)
  • KAP- nold. cabr, cabor « grenouille »72)
  • KHAT- nold. hador « lanceur »73)
  • LED- v. nold. etledro, nold. egledhron « exilé »74)
  • NDEW- eld. com. ndeuro « suivant, successeur », q. neuro, dor. dior75)
  • ÑGAW- q. ñauro, nold. gaur « loup-garou »76)
  • NÔ- q. onóro « frère » onóne « sœur »77)
  • NYAD- eld. com. nyadrō, q. nyarro « rat », nold. naðr > nâr78)
  • TÁ-, TA3- eld. com. tāro, q. tár pl. tári, nold. taur, ilk. tôr « roi » ; eld. com. tārī, q. tári, ilk. tóril « reine »79)
  • TAM- eld. com. tamrō, tamarō « frappeur », q. tambaro, nold. tafr, tavor « pic [ornith.] »80)
  • WAY- eld. com. Vāyārō, q. Vaiaro, nold. Uiar « #enveloppeur, Ulmo »81)
  • WEY- eld. com. weirē, q. Vaire, nold. Gwîr « tisseur / tisseuse »82)

Suffixes primitifs « -dō », « -dē » et « -mō », « -mē »

Si on les voit moins fréquemment que la classe précédente, les terminaisons –dō (masculine) et #-dē (féminine) forment toujours une part importante de la formation des mots. Ils sont particulièrement productifs en quenya, bien que des descendants noldorins existent aussi, en particulier pour les racines se terminant en –n, qui donnent une terminaison spécifique au noldorin : -Vnd, -Vnn, -Vn. Seul –dō est directement attesté dans l’eld. com. tuilelindō « chanteur de printemps »83), bien que sa contrepartie féminine puisse se déduire de mots comme le q. nildo (m.), nilde (f.) « ami »84).

En particulier pour les terminaisons en –R- ou –L, une variante –mo se voit dans les descendants quenyarins, comme dans le q. heldo, helmo (m.) helde (f.) « ami »85). Assez curieusement, aucune forme ?helme n’est indiquée, probablement parce que de telles formes entrerait fréquemment en conflit avec le suffixe abstractif distinct –me. Néanmoins, il existe bien un suffixe marquant le genre en –me, comme l’indique le q. sermo (m.) serme (f.) « ami »86).

Les suffixes de cette classe semblent uniquement s’ajouter à la racine et ne jamais être dérivés de formes comme des verbes ou des noms. La liste des formes concernées comprend :

  • 3AN- q. hando (m.) yende (f.) « agent » -ando87)
  • LIN- q. lindo « chanteur »88)
  • KOTH- q. kotumo « ennemi »89)
  • MEL- q. meldo « mai », nold. meldon, mellon (m.) meldir (f.) « ami »90)
  • ÑEL- q. heldo, helmo (m.) helde (f.) « ami »91)
  • N(D)IL- q. nildo, nilmo (m.) nilde (f.) « ami »92)
  • SER- q. sermo (m.) serme (f.) « ami »93)
  • SON- q. sondo « ami », nold. thond, -thon « ami »94)
  • TUY- eld. com. tuilelindō, q. tuilindo, nold. tuilind, tuilin « hirondelle, chanteur de printemps »95)
  • ULU- eld. com. Ulumō, q. Ulmo, nold. Ulu « #verseur »96)
  • YON- q. yondo, nold. ionn « fils »97)

Suffixes primitifs « -ndō » et « -llē »

Les terminaisons -ndō (masculine) et -llē (féminine) peuvent être considérées comme l’étape suivante de complexité croissante, puisqu’elles ne sont habituellement pas appliquées seules, mais généralement appliquées à d’autres terminaisons discutées précédemment, en particulier et -rō (au masculin), ainsi que et -rī (au féminin). Ainsi, ces suffixes sont relativement productifs en noldorin, puisqu’ils masquent d’autres suffixes et les préservent donc dans une certaine mesure. C’est particulièrement patent lorsque l’on contraste le quenya et le noldorin pour l’eld. com. kalrō, q. kallo « homme noble, héros », tandis que le radical étendu en eld. com., kalrondō, donne le nold. kallon « héros »98). De plus, la distinction assez manifeste entre –ndō et –llē est la manière régulière de dénoter les genres en noldorin, cf. eld. com. #kherū, #kherī, nold. hîr « maître, #dame », mais eld. com. #kherondō, nold. heron « seigneur, maître » et eld. com. kherillē, nold. hiril « dame »99). Nous devons supposer que hîr ne marque pas le genre, puisque dans le chant de Lúthien, Elbereth se voit désignée par A Hîr Annûn gilthoniel100).

Si elle n’est pas aussi productive qu’en noldorin, la terminaison –ndō est aussi attestée en quenya, cf. l’eld. com. ulgundō, q. ulundo101), bien que la variante courte –on puisse aussi s’y trouver, e.g. sayrondō, q. sairon « magicien »102).

  • AB-, ABAR- nold. avaron pl. everuin « refusant »103)
  • ÁLAK- nold. #Alagon « #pressant »104)
  • BAD-baðron « juge »105)
  • BARÁD- eld. com. b’randā « noble, élevé », v. nold. branda, nold. ex. brand, brann, d’où brannon « seigneur » brennil « dame »106)
  • KAL- eld. com. kalrond, nold. kallon « héros »107)
  • KHAT- nold. hadron « lanceur »108)
  • KHER- v. nold. khēro « maître » khíril « dame », nold. hîr « maître » hiril « dame » heron « seigneur, maître »109)
  • LAS- eld. com. la(n)sro-ndo, nold. lhathron (m.) lhethril (f.) « auditeur, écoutant, oreille indiscrète »110)
  • KWET- eld. com. #kwetrōndō, nold. pethron111)
  • MEL- nold. melethron (m.) melethril (f.) « amant », nold. meldon, mellon (m.) meldir (f.) « ami »112)
  • NAT- nold. nath « toile » nathron « tisseur / tisseuse »113)
  • ONO- nold. odhron (m.) odhril (f.) « parent »114)
  • SAY- q. sairon « magicien »115)
  • SER- q. seron « mai »116)
  • SPAR- nold. #faron « chasseur »117)
  • STÁLAG- eld. com. stalgondō, nold. thalion pl. thelyn « héros, homme intrépide »118)
  • TOR- v. nold. toron pl. toroni, nold. tôr pl. terein, q. toron « frère »119)
  • ULUG- eld. com. ulgundō, q. ulundo, tel. ulgundo, ilk. ulgund, ulgon, ulion, nold. ulund, ulun « monstre »120)

Suffixes primitifs « -indō » et « -issē »

Bien qu’il puisse s’agir d’une variante longue des terminaisons discutées ci-dessus, #-indō (m.) et #-issē (f.) semblent pouvoir s’appliquer directement aux radicaux sans qu’un autre suffixe n’ait à les précéder. On peut voir cela dans le q. melindo (m.) melisse (f.) « amant ». Il n’y a que peu de formes similaires dans « Les Étymologies », mais elles semblent au moins être productive en quenya et en noldorin, cf. l’eld. com. rigissē, nold rhîs « reine »121). Une forme abrégée semble être responsable du q. falmarin pl. falmarindi « esprit marin »122).

Les formes s’y rapportant sont :

  • MEL- q. melindo (m.), melisse (f.) « amant »123)
  • PHAL- q. falma « vague » falmarin pl. falmarindi « esprit marin »124)
  • RIG- nold. rhîs « reine »125)

Terminaisons composées

Il existe plusieurs exemples de mots qui ne sont manifestement pas composés d’une racine eldarine commune et d’un suffixe, mais doivent se voir comme des composés de mots indépendants (qui sont devenus tellement usités que la deuxième partie peut être considérée comme un affixe). Par exemple, le q. kentano « potier » comprend manifestement tano « fabricant »126)127), qui apparaît aussi comme suffixe court –tan, cf. le q. Martan « Aule »128). Les autres éléments suffixaux très productifs (en particulier en noldorin) se fondant sur des composés sont –dir (masculin) et –dis (féminin), cf. nold. meldir (m.) meldis (f.) « ami »129).

Un échantillon des formes apparaissant dans « Les Étymologies » comprend :

  • DER- nold. ex. ceredir « faiseur, fabricant »130)
  • MBAR-, TAN- q. Martan, nold. Barthan « Aule »131)
  • MEL- nold. meldir (m.) meldis (f.) « ami »132)
  • KEM- q. kentano « potier »133)134)
  • KUR- nold. curw « artisanat, métier » curunir « magicien »135)
  • RAN- nold. rhandir « errant, pèlerin »136)
  • SPAR- nold. feredir « chasseur »137)

Suffixes agentifs et marquant le genre dans les sources postérieures aux « Étymologies »

La structure générale servant à marquer les genres semble être similaire lorsque l’on prend en compte les sources ultérieures. Certaines formes, par ex. le q. colindo « porteur »138) se conforment parfaitement avec les terminaisons discutées au-dessus (ici –indo). Dans d’autres cas, les interprétations ci-dessus sont directement confirmées. En WJ, p. 400, Tolkien note que « la terminaison –mo apparaissait souvent dans les noms ou les titres, parfois avec une signification agentive : Ulmo était interprété comme signifiant « le Verseur » < *UL “déverser”. »139).

En sindarin, une nouvelle terminaison de composés apparaît par ex. dans le sind. orodben « montagnard, #personne des montagnes » et rochben « cavalier, #personne des chevaux »140). Cependant, le développement qui pourrait être le plus intrigant est l’apparition d’un nouveau suffixe féminin –eth. On le remarque dans divers composés, cf. ellon « elfe mâle », elleth « demoiselle elfe » (f.)141) ; firion « homme mortel », firieth « femme mortelle » (WJ, p. 387, ces formes présentent toutes deux une répétition de la voyelle radicale –i-) ; adaneth « femme mortelle »142) et besoneth « donneuse de pain »143). En dépit de la présence de deux formes similaires dans « Les Étymologies » (bereth « épouse »144) et dineth « épousée »145), une telle terminaison n’existe pas à cette période – le premier terme dérive de la racine BARATH et le second implique l’adjectif neth « jeune ».

Appendice : Appairage des genres

Les paires de terminaisons qui suivent peuvent servir à distinguer le masculin et le féminin dans « Les Étymologies » :

Eldarin commun Quenya Noldorin Telerin Doriathrin Ilkorin
#-ō / -ē -o / -e
#-ū / -ī -u / -i -w / - -u / #-i
-rō / -rē -ro / -re -r / -r -ro / #-re
#-dō / -dē -do / -de
#-mō / #-mē -mo / -me
#-Vndō / #-Vllē -Vndo, -Vn / #-Vlle, #-Vl -Vnd, -Vnn, -Vn / -Vl -Vndo / ? -Vnd, -Vn / -Vl
#-indō / #-issē -indo, -in / #-isse #-ind / -is

Remerciements

L’article Quenya Affixes de Helge Fauskanger a été utile pour recouper une partie des informations.

Références

  1. « The Etymologies », in The Lost Road and Other Writings, édité par Christopher Tolkien
  2. « Addenda and Corrigenda to the “Etymologies” » Partie I , Vinyar Tengwar 45, édité par Patrick H. Wynne et Carl F. Hostetter
  3. « Addenda and Corrigenda to the “Etymologies” » Partie II , Vinyar Tengwar 46, édité par Patrick H. Wynne et Carl F. Hostetter

Voir aussi

Sur Tolkiendil

Sur le net

1) , 30) VT 46, p. 13
2) , 32) LRW, p. 391
3) , 15) , 36) , 40) , 51) , 67) , 68) , 105) LRW, p. 350
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5) , 7) , 20) VT 45, p. 7, 9
8) , 26) , 27) , 75) , 113) LRW, p. 375
9) , 16) , 17) , 35) , 38) , 41) , 106) , 144) LRW, p. 351
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11) , 12) , 31) , 50) , 65) , 80) LRW, p. 390 ; VT 46, p. 17
13) UT, p. 305, 317
14) , 34) , 104) LRW, p. 348
21) , 23) , 58) , 127) , 134) VT 45, p. 19
22) , 24) , 45) , 71) , 72) , 98) , 107) LRW, p. 362
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28) , 62) , 76) , 145) LRW, p. 377
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37) , 42) , 87) LRW, p. 360 ; VT 45, p. 16
39) , 56) LRW, p. 361
43) , 99) , 109) LRW, p. 364 ; VT 45, p. 22
44) , 82) LRW, p. 398
46) , 63) , 78) , 114) LRW, p. 379 ; VT 46, p. 7
47) , 60) LRW, p. 371
48) SdA, livre I, chap. 3 ; WJ, p. 324
52) N.d.T. : mais cf. le lexique de vieux sindarin de Helge Fauskanger […]
53) , 79) LRW, p. 389
54) , 103) LRW, p. 347 ; VT 45, p. 5
55) LRW, p. 355
57) , 73) , 108) , 126) , 133) LRW, p. 363
59) , 111) , 135) LRW, p. 366
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70) VT 45, p. 7
74) LRW, p.368
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85) , 91) VT 46, p. 3
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90) , 112) , 123) , 129) , 132) LRW, p. 372 ; VT 45, p. 34
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96) , 101) , 120) LRW, p. 396
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100) LB, p. 354
110) LRW, p. 368 ; VT 45, p. 26
117) , 137) LRW, p. 387 ; VT 46, p. 9, 15
118) LRW, p. 388
119) LRW, p. 394
121) , 125) LRW, p. 383
128) , 131) LRW, p. 358
130) LRW, p. 354
138) SdA, livre VI, chap. 4
139) Version originale : « the ending -mo often appeared in names or titles, sometimes with an agental significance: Ulmo was interpreted as “the Pourer” < *UL “pour out”. »
140) WJ, p. 376
141) WJ, p. 363
142) MR, p. 349
143) PM, p. 404
 
langues/langues_elfiques/quendien_primitif/suffixes_agentifs_etymologies.txt · Dernière modification: 18/06/2011 20:03 par Elendil
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