Romantisme, symbolisme et onomastique dans le « Legendarium » de Tolkien

Trois Anneaux
Annie Birks — Mars 20111)
traduit de l’anglais par Damien Bador
Articles théoriques : La maîtrise globale des écrits de J.R.R. Tolkien est nécessaire pour bien saisir la portée des articles de cette catégorie, les sujets étant analysés de façon poussée par leurs auteurs.

Introduction

Edwin Berry Burgum écrivit un jour dans la Kenyon Review (1941) : « Celui qui cherche à définir le Romantisme s’engage dans une entreprise dangereuse qui compte déjà de nombreuses victimes. » En effet, ce mouvement artistique de longue date, largement répandu et protéiforme s’avère notoirement complexe à définir (cf. Furst, p. 6). Le philosophe américain A.O. Lovejoy (1873–1962) a même argué qu’il serait plus approprié de parler des Romantismes plutôt que du Romantisme (cf. Beer, p. xi).

Associer le Legendarium de Tolkien au Romantisme ne se fait pas nécessairement d’emblée, mais si l’on observe les marqueurs consensuels de ce mouvement artistique, on ne peut nier que la sensibilité y tienne le premier rang. Or, explorer les motifs en arrière-plan du Legendarium de Tolkien montre que l’extrême sensibilité de l’auteur aux mots et aux langues, ouvertement avouée, constitue non seulement un marqueur, mais se situe à la racine même de tout son processus d’écriture. Cette fascination viscérale pour la beauté et la musicalité des mots se retrouve notamment dans l’étymologie et le symbolisme des anthroponymes et toponymes qui jalonnent l’histoire de la Terre du Milieu. En guise de contribution à l’étude du Romantisme dans les œuvres de Tolkien, seront examinées ici les caractéristiques les plus communément acceptées de ce mouvement complexe dont on trouve un écho dans la subcréation onomastique de l’auteur. Seront également étudiés les liens entre ces caractéristiques et certains personnages, lieux et objets de la Terre du Milieu.

Une intime fusion de sensibilité et d’imagination

Cherchons d’abord à présenter l’arrière-plan de nos réflexions initiales. Comme l’expliquent les Lettres de l’auteur ainsi que sa biographie officielle, le Legendarium de Tolkien naît de sa rencontre émotionnelle avec deux vers du poème religieux anglo-saxon, Crist de Cynewulf, et plus particulièrement avec un nom — Éarendel :

Eala Earendel engla beorhtast
Ofer middangeard monnum sended2)

Lorsqu’il découvrit ces vers, Tolkien exprima ainsi son émotion : « Je sentis une curieuse excitation » et il ajouta « comme si quelque chose en moi avait frémi, s’était à demi éveillé d’un long sommeil. Il y avait quelque chose de lointain, d’étrange et de très beau derrière ces mots, si je pouvais m’en emparer, et très loin au-delà du vieil anglais. »3) Cette réaction purement subjective et sensorielle, à ces vers en vieil anglais fait écho au ressenti du poète anglais William Wordsworth à l’égard de la nature, après qu’il eut revisité les berges de la rivière Wye, près de l’abbaye de Tintern :

Therefore am I still
A lover of the meadows and the woods,
And mountains; and of all that we behold
From this green earth; of all the mighty world
Of eye and ear, both what they half-create,
And what perceive; well pleased of the sense,
The anchor of my purest thoughts…
C’est pourquoi je suis toujours
Amoureux des prés et des bois,
Et des montagnes; et de tout ce que nous percevons
Depuis cette verte terre; de l’univers puissant
Que créent, à demi, la vue et l’ouïe,
Et ce qu’elles perçoivent; Bien heureux d’y reconnaître
L’ancre de mes pensées les plus pures…

The Lyrical Ballads (cf. Bewley, p. 152)

Ainsi cette intense émotion éveille-t-elle l’impulsion créative du poète : elle stimule et oriente sa vision imaginative. De la même manière, la sensibilité et l’imagination de Tolkien fusionnent étroitement.

Tout comme il allait plus tard se lancer à la découverte de ce qui se cachait derrière le mot Hobbit après avoir écrit : « Au fond d’un trou vivait un Hobbit », Tolkien, en véritable explorateur, tenta de découvrir qui pouvait bien être Éarendel. Il aboutit à la conclusion que, d’une part, Éarendel était un Marin voyageant à travers le monde avant que son navire ne devienne une étoile, et, d’autre part, que l’« absurde langue féerique » à laquelle lui, Tolkien, en tant que philologue passionné, avait déjà beaucoup travaillé, était l’idiome parlé par les fées ou Elfes, que le Marin avait rencontrés.4) Le nom vieil anglais Éarendel prit alors une teinte elfique sous la plume de l’auteur et devint Eärendil. L’étymologie s’en mêla, conférant la signification « Amoureux de la mer » au nom Eärendil — composé du substantif ëar, dérivé de l’eldarin commun ayar « mer » et de l’élément ou base verbale –ndil « aimer, être dévoué à » — suffixe fréquemment rencontré dans l’onomastique elfique5).

Contrairement à la plupart des récits en littérature, les histoires de Tolkien découlent donc de sa nomenclature, comme il l’explique lui-même : « Chez moi, le nom vient en premier et l’histoire suit. »6) Sa passion pour les langues et les mots, qui remonte à son enfance, et l’invention de langues imaginaires, qu’il appelait son « vice secret », expliquent pourquoi il qualifia un jour le Seigneur des Anneaux d’ « essai en “esthétique linguistique” »7). Ses nombreuses subcréations onomastiques nous fournissent un aperçu des multiples fils entremêlés qui sous-tendent sa fiction et témoignent sans conteste de son extrême sensibilité. Néanmoins, Tolkien ne se contenta pas de développer son « vice secret » en peaufinant l’élaboration de langues qui, en définitive, « s’incarnaient dans une Histoire »8). Sa passion pour les mots et son talent de philologue révèlent une grande capacité d’imagination, une sensibilité poétique, un amour de la beauté et de la nature qui ne peuvent manquer d’évoquer certains des multiples aspects qui façonnèrent le Romantisme.

Une interpénétration de la Beauté et de la Nature

Sans s’adonner à ce que Tolkien appelait des « divertissements privés »9) de la part d’investigateurs brandissant des théories fantaisistes sur d’éventuelles équations linguistiques cachées, ce qui l’irritait particulièrement, considérons en l’occurrence l’onomastique de certains peuples de la Terre du Milieu. Parmi le corpus de noms qui donnent corps à son « “esthétique”[…]linguistique personnelle »10), les compositions elfiques en quenya et en sindarin représentent un champ fertile pour notre étude. Leur construction, fondée sur des langues préexistantes, contient, comme on peut s’y attendre, une « signification analysable » qui est — comme Tolkien le souligne — uniquement utilisable dans le cadre du Legendarium, sauf exception, comme celle d’Eärendil (cf. L, nos 297, 324)11).

Étant « affligé d’une sensibilité aiguë » en matière d’onomastique12), le subcréateur décrit les Premiers-Nés (les Elfes) comme des amoureux de la beauté du monde, beauté qu’ils peuvent amener à sa pleine floraison grâce à leurs « facultés esthétiques et créatrices» doublées de leur sens de la perfection et de la délicatesse13). Les noms des Elfes et les toponymes qui leur sont attachés font souvent écho à ces caractéristiques et soulignent leur communion avec la nature en Terre du Milieu.

L’eau

Le toponyme quenya Cuiviénen, qui désigne le lac auprès duquel ils s’éveillent, témoigne de l’interpénétration des Elfes avec leur milieu naturel — caractéristique notable des premiers poètes romantiques anglais — tels que William Wordsworth (1770-1850) et Samuel Taylor Coleridge (1772-1834), ou plus tard Lord Byron (1788-1824) — qui cherchaient inlassablement à communier avec la nature. La signification de ce nom, « Eau de l’Éveil », de cuivië « éveil » et nen « eau »14) ne peut que revêtir des connotations appropriées aux Premiers Enfants d’Ilúvatar.

L’eau, souvent considérée comme source de toutes les potentialités de l’existence, est associée à la naissance, au principe féminin, à la matrice universelle et à la fertilité. Elle peut également symboliser la bénédiction et le rafraîchissement spirituel lorsqu’elle se manifeste sous forme de gouttes de rosée (cf. Cooper, p. 188).

Les constellations

De même que l’eau est l’équivalent liquide de la lumière, il est approprié que les Elfes soient associés aux étoiles, bien que la raison en soit historiquement justifiée. Les premières choses qu’ils découvrent à leur éveil sont les constellations que Varda a façonnées pour eux avec la rosée argentée des cuves de Telperion, l’Arbre Blanc de Valinor15). De là leur révérence pour cette sublime Valië.16) Lorsque le Vala Oromë le Chasseur découvre ces êtres « merveilleux et imprévus », il leur donne le nom quenya d’Eldar, le « Peuple des étoiles »17). Plus tard, ce nom est restreint aux Trois Clans des Elfes qui passent Outremer (cf. L, no 211).

Le préfixe el « étoile » trouve de nombreuses résonances dans l’histoire de la Terre du Milieu : par exemple dans le nom du fils d’Eärendil, Elrond, qui signifie « Voûte / dôme étoilé(e) ». Tolkien explique que rondo est un terme elfique primitif qui désigne une « caverne » et justifie ainsi l’étymologie de ce nom. En effet, Elrond et son frère Elros sont découverts enfants dans une cave à l’embouchure du fleuve Sirion après avoir été abandonnés par les fils de Fëanor (cf. L, no 211). Plus précisément selon Tolkien, rond en sindarin et rondo en quenya viennent de rono, à savoir « s’arquer au-dessus, faire voûte » et pourraient renvoyer à un « plafond voûté ou en arche, vu de dessous (et habituellement non visible de l’extérieur) » ou à « une vaste salle ou chambre ainsi voûtée »18).

Il est intéressant de constater que les deux composantes du nom Elrond reflètent le rôle protecteur que remplit ce seigneur elfe en Terre du Milieu. Dans la première syllabe, les étoiles évoquent la présence de la divinité, l’espoir éternel, immortel (comme Eärendil, son père, brillante étoile des cieux). Dans la seconde syllabe, la référence à une voûte symbolise le lieu de rencontre entre le ciel et la terre (cf. Cooper, p. 184). Quant au royaume d’Elrond, il est connu sous plusieurs noms : Imladris « Profonde vallée de la fissure » en sindarin; Karningul « Vallée coupée » en westron commun; Rivendell « Combe fendue »19) en anglais (cf. Lobdell, p. 191). La référence à la vallée évoque la vie, la fertilité et plus particulièrement l’aspect protecteur féminin, ce qui vient renforcer les caractéristiques de ce refuge elfique (cf. Cooper, p. 184).

Dans une de ses lettres, Tolkien souligne qu’Elrond symbolise la sagesse ancienne et que sa Maison représente la Connaissance : « toute la tradition relative au Bien, à la sagesse et à la beauté — préservée par un souvenir respectueux. »20) Ce n’est pas une coïncidence si Thorin et ses compagnons dans leur « Quête de l’or du Dragon »21) et plus tard Frodo avec les autres membres de la communauté commencent leur voyage par une visite au refuge hospitalier d’Elrond — après avoir échappé à un péril imminent. Après ce séjour, ces derniers partent « dans une toute autre direction : pour aller l’affronter [le mal] à sa source »22). Une telle interprétation symbolique de l’onomastique tolkienienne en lien avec les étoiles fait écho à ce sonnet de Wordsworth The Stars Are Mansions Built by Nature’s Hand (cf. Morley, p. 579) :

The Stars are mansions built by Nature’s hand.
And, haply, there the spirits of the blest
Dwell, clothed in radiance, their immortal vest,
Huge Ocean shows, within his yellow strand,
A habitation marvelously planned,
For life to occupy in love and rest;
All that we see — is dome, or vault, or nest,
Or fortress, reared at Nature’s sage command,
Glad thought for every season!
[…]
Abodes where self-disturbance hath no part.
Les Étoiles sont des demeures bâties par la main de la Nature.
Et il se pourrait qu’y vivent les esprits des bénis
Vêtus de radiance, leur habit immortel,
Le large Océan montre, à l’intérieur de sa plage jaune,
Une habitation merveilleusement conçue,
Pour que la vie y demeure dans l’amour et le repos ;
Tout ce que nous voyons — est dôme ou voûte ou nid,
Ou forteresse, dressée par l’ordre sage de la Nature,
Heureuse pensée en toute saison !
[…]
Des logis où l’agitation intérieure n’a pas sa place.

Parmi d’autres noms composés avec la syllabe el figure Nan Elmoth, la « Vallée du crépuscule étoilé », forêt du Beleriand Oriental où le seigneur elfe Elwë Singollo / Thingol aperçoit pour la première fois la Maia Melian. Ce toponyme est tout à fait approprié pour désigner l’endroit où ces deux personnages se rencontrent, puisque la notion de crépuscule ajoute de l’incertitude et de l’ambivalence au symbolisme de la vallée et de l’étoile (cf. Cooper, p. 182). Tandis qu’il erre dans la forêt, Elwë tombe sous « l’enchantement de la Beauté » quand il entend Melian chanter (cf. Helms, p. 50). En Aman, il est dit que :

« [N]ulle parmi son peuple n’était plus belle, nulle plus sage, ni plus douée pour chanter d’une voix ensorcelante. On dit que les Valar quittaient leurs travaux, que les oiseaux de Valinor faisaient taire leurs chants, que les cloches de Valmar restaient muettes et que les sources oubliaient de couler quand, à l’heure où se mêlent les rayons des Deux Arbres, la voix de Melian s’élevait sur Lórien. Les rossignols lui faisaient escorte, elle leur enseignait leur chant … »23)

Il n’est guère surprenant de constater que son nom signifie « Don précieux » en quenya. Cependant, si la relation entre Elwë et Melian porte beaucoup de fruits — dont la naissance de leur fille Lúthien Tinúviel — Elwë tombe sous un autre enchantement qui, cette fois, causera sa perte : celui des Silmarils. Son désir malsain pour ces joyaux le place sous la malédiction de Mandos et lui occasionne bien des malheurs. Les deux noms qu’il porte soulignent l’ambivalence de son cheminement. En quenya, Elwë peut signifier « Homme des étoiles », auquel est adjoint Singollo « Gris-manteau », une ancienne forme du nom sindarin Thingol (cf. RP, p. 401, 451, 458].

Le préfixe el ne figure pas seulement dans les noms des Elfes, mais se rencontre aussi dans des références à des lieux et des personnages reliés aux Eldar. Tel est le cas de la Valië Varda, déjà citée, à qui les Elfes donnent l’épithète sindarine d’Elbereth « Reine des étoiles », Elentári en quenya. De même, signalons quelques noms d’hommes dont l’amitié avec les Elfes leur valent un tel honneur. Tel est le cas notamment du Marin Elendil24), qui signifie « Amant / Amoureux des étoiles » et par conséquent « Ami des Elfes » en quenya. Citons encore Elros, le frère d’Elrond, qui signifie « Scintillement d’étoile »25) ou « Écume d’étoile »26). Ce nom est justifié par le récit des deux enfants abandonnés, car si Elrond était caché au fond de la caverne, Elros fut trouvé « barbotant dans l’eau »27). Leur mère, Elwing « Spume d’étoile », est ainsi nommée à cause de la cascade de Lanthir Lamath, où elle naît. Pour finir, citons Elessar « Pierre elfique », le nom royal d’Aragorn, qui se réfère à la grande broche d’émeraude qu’Arwen lui a donnée.

Les arbres

En tant que synthèse des cieux, de la terre et de l’eau, l’arbre représente également la vie dynamique, par opposition à la vie statique de la pierre. Telle est la référence sous-tendant le nom des Elfes qui vivent en Lothlórien avec la Dame Galadriel : les Galadhrim, en sindarin, le « Peuple des arbres ». Il est aisé de se méprendre sur la signification du nom de la Dame Galadriel et d’en faire une Dame des arbres. Même si ce n’est pas la bonne interprétation, son association avec les Arbres est indéniable. Son royaume forestier, où croissent les magnifiques Mellyrn (« Arbres dorés » en sindarin), porte un nom particulièrement éloquent. Bien qu’elle ait été bannie d’Aman par les Valar et qu’elle figure donc parmi les exilés, les mobiles de Galadriel sont sans tache28) : elle n’a pas quitté les Terres Immortelles pour prêter main forte à son cousin Fëanor, mais pour découvrir la Terre du Milieu et combler son rêve d’y gouverner son propre royaume. D’où le nom de son royaume en quenya, Lórien « Terre du rêve », qui fait référence aussi bien au surnom qu’à la demeure du Vala Irmo, le Maître des visions et des rêves à Valinor. L’addition de Loth, qui signifie « Fleur » ou « Floraison » en sindarin, est particulièrement explicite.

Même si son rêve de recréer la beauté de Valinor en Terre du Milieu s’est effectivement concrétisé, elle se rend compte que la destinée de la race elfique n’est pas ce qu’elle avait envisagé. Ses épreuves et son remarquable comportement en tant que « pénitente » en Terre du Milieu la libèrent des illusions qui l’y enchaînaient. Son nom — une version sindarisée d’Alatáriel ou Altáriel en quenya — signifie « Vierge couronnée d’une guirlande radieuse / aux cheveux dorés »29), en référence à ses cheveux dorés. Traditionnellement, la guirlande est non seulement associée à des notions de consécration, de sainteté, d’honneur, de distinction pour un héros (et plus particulièrement au destin heureux), mais elle symbolise également le lien et l’attachement (cf. Cooper, p. 72). Cette dernière connotation s’avère tout à fait adéquate car, comme peut le suggérer la signification originelle du mot anglais atonement « pénitence, rédemption » — qui vient de at-one-ment —, Galadriel est finalement ré-unie et réconciliée avec son Destin (cf. Birks, p. 308).

Si nous nous penchons de plus près sur les noms associés à la Dame du Bois Doré, nous constatons que le nom originel de la Lórien est Laurenlindórenan30) « Terre de la Vallée de l’Or chantant », ce qui la relie directement à Laurelin « Chant d’Or », l’Arbre Doré de Valinor. Son retour au Royaume Béni fait écho au symbolisme de la régénération associé à l’Arbre de Vie qui croît dans le Jardin d’Eden (cf. Cooper, p. 176). Cela étant, qu’il soit possible d’identifier des références aux arbres dans l’onomastique du Legendarium n’est en rien déroutant, puisque, comme nous le savons bien, Tolkien les aimait profondément. Pour conclure sur ce sujet, signalons, dans le répertoire elfique, l’Elfe sylvain Legolas, dont le nom sindarin signifie « Feuille verte ». Une fois encore, la référence est éloquente, car elle dépeint traditionnellement l’espoir, la renaissance et le renouveau. Or l’amitié de Legolas et de Gimli n’incarne-t-elle pas le renouvellement de la relation entre les Elfes et les Nains ?

Les oiseaux

D’autres échos à l’intérêt que portaient les Romantiques à la nature peuvent être perçus dans l’onomastique elfique. Tel est le cas d’Alqualondë, le nom de la malheureuse cité portuaire d’Eldamar qui subit le premier massacre des Elfes par les Elfes. Ce toponyme signifie « Havre des Cygnes », à cause de la forme des navires qui y étaient ancrés. Si le cygne est généralement considéré comme l’oiseau de vie, il évoque aussi la pureté dans la mythologie chrétienne ; de surcroît, le cygne mourant dénote le martyre (cf. Cooper, p. 164). Une fois de plus, l’outil étymologique exprime éloquemment les thèmes qui sous-tendent le récit. Bien que les enjeux soient considérablement plus tragiques dans le Legendarium, un parallèle peut être établi entre le fratricide d’Alqualondë — symbolisé par le massacre des cygnes, suivi par la Malédiction de Mandos qui s’abat sur les instigateurs — et le tir qui met fin aux jours de l’albatros, justifiant ainsi le destin du personnage éponyme de la Complainte du vieux Marin31), la célèbre ballade lyrique et allégorique de Coleridge.

Un autre nom en lien avec les oiseaux est celui de la princesse eldarine mentionnée plus haut, la fille de Thingol et Melian, Lúthien Tinúviel, qui signifie respectivement « Fille-fleur Rossignol ». L’épithète Tinúviel lui est d’abord attribuée par Beren, l’homme qu’elle épousera; la référence au rossignol fait allusion à la beauté de son chant. Le poète anglais John Keats (1795-1821) dédie une Ode à cet oiseau, illustrant, entre autres thèmes, la fragilité de la vie par opposition à l’immortalité du chant du rossignol. Souvent associé à l’amour, le rossignol souligne traditionnellement le lien étroit entre l’amour et la mort (cf. Chevalier, p. 826). Or, le magnifique conte de Lúthien et Beren recèle de toute évidence de telles résonances. Tel un reflet des talents vocaux de sa mère, la voix de Lúthien est ainsi décrite au début du conte :

« Il arriva un jour peu avant la venue du printemps, que Lúthien dansait sur une colline verdoyante, et qu’elle se mit soudain à chanter, d’une voix haute et claire, un chant qui vous perçait le cœur comme celui de l’alouette quand il s’élève des portes de la nuit pour lancer sa mélodie vers les étoiles mourantes, voyant déjà le soleil derrière les murailles du monde. Et le chant de Lúthien défit les liens de l’hiver, libéra les eaux gelées qui se mirent à bruire, et des fleurs naquirent de la terre glacée là où s’étaient posés ses pas. »32)

Lúthien est par conséquent associée à l’alouette quand Beren la voit pour la première fois et la scène est empreinte d’une promesse de bonheur. Souvent opposé à la lamentation du rossignol, le chant de l’alouette est rempli de joie.33) Cet oiseau est aussi bien connu pour son envol rapide et très haut dans le ciel avant de se laisser soudain tomber la tête la première. Du fait de ses envolées et descentes successives, l’alouette symbolise généralement l’union entre le ciel et la terre et s’apparente à un médiateur. Cette comparaison illustre avec pertinence le rôle de Lúthien dans le destin de Beren. Les vers ci-dessous, extraits du poème To a Skylark d’un autre grand poète anglais, Percy Shelley (1792-1822), pourraient être déclamés en hommage à la « plus belle de tous les Enfants d’Ilúvatar » :

Teach us, sprite or bird,
What sweet thoughts are thine:
I have never heard
Praise of love or wine
That panted forth a flood of rapture so divine.
Enseigne-nous, esprit ou oiseau,
Quelles douces pensées sont tiennes :
Je n’ai jamais entendu
Ode à l’amour ou au vin
Qui palpitait d’un flot de volupté si divin.

(Cf. Bewley, p. 846).

La nostalgie : une aspiration à la beauté passée

Le corollaire de l’attraction des Elfes pour la beauté de la nature est leur désir de l’immortaliser. D’où leur réticence à changer et leur désir d’arrêter le temps et la beauté fugace; d’autant que leur espérance de vie dépasse les siècles et les contraint à subir l’abjection des malfaisances des seigneurs sombres, qu’il s’agisse de Morgoth ou de Sauron. Alphonse de Lamartine (1790-1869), un des pionniers du Romantisme français, exprime de tels sentiments dans son célèbre poème Le Lac (cf. Chassang, p. 102) :

Ô temps ! Suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours.
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !

Cette nostalgie des Elfes envers la beauté passée peut être considérée comme le motif de leur chute (cf. L, no 131). Ils sont prêts à combattre pour conserver les choses telles qu’elles étaient. Bien qu’il ne soit peut-être pas mauvais en soi de vouloir bâtir des royaumes à l’image de Valinor en Terre du Milieu, leur désir d’« arrêter [les] changements » peut être perçu comme une note discordante (cf. L, no 154). Le processus s’amorce avec le prince noldorin Fëanor, fils de Míriel et de Finwë, qui capture la lumière des Deux Arbres de Valinor dans ses Silmarilli34) « éclats de lumière pure » (L, no 131) et désobéit aux Pouvoirs de l’Ouest en partant reprendre ces trois joyaux à Melkor et sa comparse Ungoliant.

Fëanor, le plus puissant des Noldor, dont le nom signifie « Esprit de feu », est entièrement mû par ses émotions; sa quête égoïste au plus haut point engendre de terribles malheurs tout au long de l’histoire de la Terre du Milieu. Symbole ambivalent, le feu a la capacité de « restaurer la pureté primordiale en consumant les scories », mais aussi de dévorer et détruire l’âme (cf. Cooper, p. 67). Il peut aussi bien être divin que démoniaque. Le feu de Fëanor se manifeste d’abord comme une puissante source d’énergie et d’inspiration créative, qui cède ensuite le pas à une terrible détermination dévorante guidée par la haine, la vengeance et la cupidité. L’étymologie du nom de Fëanor illustrerait avec pertinence le point de vue de Percey Shelley sur la poésie, tel qu’il l’exprime dans son essai In Defense of Poetry : « Le sentiment et la passion sont mieux dépeints et attisés par […] le langage figuratif » (cf. Goodson, p. 17). Au travers du serment blasphématoire qui implique ses sept fils et ses descendants, Fëanor est pris dans la toile de la destinée, symbolisée par Ungoliant, désignée et représentée comme une grande araignée. En refusant d’entendre les Valar, sa décision le place sous la coupe de Melkor, « Celui qui se dresse en Puissance ». Dans l’histoire de la Terre du Milieu, il semble que toutes les créatures refusant de se placer sous l’influence d’Ilúvatar courent le risque de s’exposer à « la loi du mal ». Comme Tom Shippey l’indique à juste titre, Morgoth « Le Noir Ennemi » ne serait-il pas ce qu’il prétend être, quand il se revendique comme « le maître de tous les destins d’Arda » (cf. Shippey, p. 234) ? Dans ce cas, il est le maître de tous ceux qui se détournent de leur créateur.

Tel aurait pu être le destin de l’Elfe noldorin, Celebrimbor, qui forge les trois Anneaux dans le dessein d’arrêter le changement et de soigner les blessures causées par le mal en Terre du Milieu. Le nom de ce forgeron (en quenya Telperinquar et en sindarin Celebrimbor), qui signifie « Main d’argent » ou « Poing d’argent », rappelle singulièrement le héros éponyme de Smith de Grand Wootton, qui exerce la même profession et porte une étoile argentée sur le front. Il semblerait que l’association à ce métal soit particulièrement révélatrice. Si l’or évoque l’incorruptibilité, la pureté et la perfection, l’argent, bien qu’étant un métal de grande valeur, s’oxyde et requiert une attention constante. Tout comme l’on peut s’interroger quant à l’usage que Smith de Grand Wootton fera de son étoile argentée au Royaume de Faërie, on peut également se demander ce que la « main d’argent » de Celebrimbor accomplira en Eregion (la « Région du houx » en sindarin). Tant Smith que Celebrimbor sont enclins à la nostalgie : retourner dans le Royaume de Faërie à la fin du récit pour l’un et préserver la beauté du passé pour l’autre. L’ambivalence de ce métal semble indiquer une ambivalence de choix, comme si sa valeur et celle des personnages qui lui sont associés, requerrait un nettoyage et un polissage constant, de peur qu’ils ne se détériorent.

L’Arbre Blanc (© Ted Nasmith)

Si Laurelin, le plus jeune des Arbres de Valinor, est associé à l’or, Telperion, le plus ancien, contient une référence onomastique à l’argent. Et si l’or est traditionnellement — comme dans le Legendarium — associé au soleil, l’argent est relié à la lune. Cette association de symboles éclaire le nom d’Isildur, qui signifie « Amant / Amoureux de la Lune »35). Ce Dúnadan de Númenor est contraint, à un moment donné, d’effectuer un choix crucial. Contrairement à ce que l’on peut observer dans les légendes traditionnelles, Tolkien n’avait pas l’intention de présenter le Soleil brillant sur la Terre du Milieu comme un symbole divin ; le Soleil apparait plutôt comme « un substitut», car sa lumière est dérivée de celle de Laurelin, l’Arbre d’Or, après qu’il a été souillé par l’ennemi (ce qui est aussi le cas pour la Lune). Pour Tolkien, le « monde sous le Soleil » équivaut à « un monde déchu », « une vision imparfaite et sans unité » (L, no 131). Il convient toutefois de noter que les Silmarilli que Fëanor et ses alliés s’efforcent de recouvrer contiennent la « lumière d’avant le Soleil » (L, no 131).

En ce qui concerne Celebrimbor, Tolkien lui-même fait remarquer que les Trois Anneaux demeurent sans souillure, car ils n’ont pas été forgés à des fins de domination ou d’usurpation de pouvoir (cf. L, no 181). La pureté des intentions du forgeron est récompensée par l’instant de lucidité où il prend conscience de la perfidie de Sauron et les préserve de sa mainmise. Il est particulièrement approprié qu’à la fin du Troisième Âge, les Trois Anneaux quittent la Terre du Milieu pour le Royaume Béni. Comme leurs possesseurs Gandalf, Galadriel et Elrond, dont ils ont renforcé les pouvoirs naturels, les Trois Anneaux ont rempli leurs objectifs (cf. L, no 131).

Narya, l’Anneau rouge de feu, n’a pas seulement aidé Gandalf à raviver les cœurs; il souligne également son association avec le feu. Sa descente dans le feu de la Moria symbolise le processus de purification et de régénération auquel il doit se soumettre ; sa contribution à la guerre de l’Anneau est nourrie non seulement par l’inspiration et l’illumination, mais aussi par le pouvoir, la force et l’énergie, autant d’attributs du feu (cf. Cooper, p. 66 ff). Ses actes se font l’écho des paroles du Christ dans Luc 12:49 : « Je suis venu apporter un feu sur la terre » (Bible AELF). C’est effectivement lorsque Gandalf met pied sur le rivage de la Terre du Milieu que Círdan, le « Charpentier de Navires », lui remet secrètement Narya. Nenya, l’Anneau blanc de l’eau, que détient Galadriel, et Vilya, l’Anneau bleu de l’air, porté par Elrond, le « plus puissant des Trois »36), aident bel et bien les Elfes « à préserver le souvenir de la beauté d’antan » et à maintenir « des enclaves de paix enchantées, où le Temps semble suspendu et la dégradation contenue, semblant de la félicité de l’Ouest Véritable »37). L’association de Galadriel à l’eau souligne son changement de plan ontologique, tandis que l’association d’Elrond à l’air confirme sa présence en tant que symbole tangible de la vie invisible, intermédiaire entre le ciel et la terre (cf. Chevalier, p. 19).

Conclusion

Lorsque l’on se réfère aux œuvres de Tolkien, la notion de romantisme n’est certainement pas celle qui vient naturellement à l’esprit. Ces œuvres sont généralement considérées comme des récits d’heroic fantasy et des histoires d’aventure. La réticence spontanée à lier Tolkien au Romantisme vient sans nul doute des diverses connotations de l’adjectif « romantique », qui évoque souvent une sensibilité excessive, un idéalisme illusoire ou une approche subjective de la réalité, ce qui est une description hautement simpliste de ce mouvement littéraire aux multiples facettes.

Quoi qu’il en soit, comme cette brève étude s’est efforcée de le montrer, l’onomastique de Tolkien contient des caractéristiques reliant certains aspects de ses œuvres aux grands concepts qui unifient ce mouvement littéraire, en l’occurrence l’esthétique, la nature et la nostalgie. Ces caractéristiques semblent principalement renvoyer au répertoire elfique — tandis que les noms des hommes tendent à refléter leurs occupations, leur pouvoir ou leur statut38) et les noms des Hobbits soulignent souvent leurs caractéristiques personnelles39). Il ressort de cette étude que certains noms elfiques dévoilent une approche poétique sensible, qui transmet « l’expression de l’imagination », pour reprendre les termes de Shelley (cf. Goodson, p. 14), et supplante des modes de fiction plus traditionnels en tant que pierre de touche de la réalité. L’onomastique tolkienienne ouvre des niveaux de compréhension dont le lecteur n’est pas forcément conscient et contribue sans conteste au « recouvrement de la magie de la vie de tous les jours », concept cher à Tolkien, formulé en ces mots dans Romantic Legacy par le philosophe américain contemporain Charles Larmore pour désigner l’objectif du poète romantique (cf. Elridge, p. 3).

Cependant, il est intéressant de noter que, dans les œuvres de Tolkien, certains des personnages les plus sombres sont ceux qui succombent à ce qui pourrait s’apparenter aux sirènes d’un Romantisme excessif. Tel est le cas de Fëanor et tel aurait pu être le cas de Celebrimbor. En revanche, les personnages qui attachent trop d’importance à la seule raison, caractéristique souvent opposée au Romantisme, ne se voient pas octroyer un destin plus brillant. Ainsi Saruman (« Homme habile » en vieil anglais) voit son argumentation fallacieuse le pousser à rejoindre le « nouveau Pouvoir » qui monte, avec un objectif de restaurer « la Connaissance, la Domination » et « l’Ordre »40). Au fil de l’histoire de la Terre du Milieu, les personnages sont tiraillés entre raison et émotion. Le chemin entre les deux n’est guère aisé à suivre. Véritable parangon de courage, de patience et de mesure, Aragorn (« Révérend Seigneur » en sindarin) est, par ses ancêtres, associé à l’arbre de Gondor. Cette association reflète magnifiquement le rôle de ce protagoniste comme lien entre le ciel et la terre. Sa bannière, brodée par sa bien-aimée Arwen, vient en témoigner et l’ancrer dans le symbolisme cher aux romantiques. Sur celle-ci « un arbre blanc fleurissait sur champ de sable sous une couronne brillante et sept étoiles scintillantes.41) »

Pour terminer, ajoutons que ces observations font jaillir un autre aspect du Romantisme, non moins crucial : le droit de s’exprimer en toute liberté dans le mode choisi. On ne peut nier que le Legendarium de Tolkien et plus particulièrement son onomastique puissent être perçus comme d’authentiques témoignages du libéralisme littéraire au même titre que le furent en leur temps les Lyrical Ballads de Wordsworth et de Coleridge.

Bibliographie

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Voir aussi

Sur Tolkiendil

Sur la Toile

1) Cet article a d’abord été publié en anglais sous le titre « Romanticism, Symbolism, and Onomastics in Tolkien’s Legendarium », dans la revue Hither Shore no 7 : Tolkien und Romantik (2010). Merci à Annie Birks et à Thomas Honegger d’avoir autorisé la publication de cette traduction sur Tolkiendil.
2) Traduction : « Salut Earendel, plus radieux des anges / envoyé parmi les hommes sur la terre du milieu. » Cf. Carpenter, p. 72 (V.O.), p. 67 (V.F.).
3) Version originale : « I felt a curious thrill as if something had stirred in me, half wakened from sleep. There was something very remote and beautiful behind these words, if I could grasp it, far beyond ancient English. » Cf. Carpenter, p. 72 (V.O.), p. 67 (V.F.).
4) Le mot anglo-saxon Éarendel signifiait « rayon de lumière » et était parfois appliqué à l’étoile du matin ; L, no 131.
5) , 9) , 10) L, no 297
6) Version originale : « To me a name comes first and the story follows. »
7) L, no 165
8) RP, p. 381
11) N.d.T. : On compte au moins deux autres exceptions reconnues par Tolkien :
- Gondor, contenant l’élément pré-celtique ond « pierre » ; cf. L, no 324 ;
- le mot en parler noir nazg, sans doute inconsciemment influencé par le nom gaélique nasc (Irlande) ou nazg (Écosse), qui signifie aussi « anneau » ; cf. L, no 297
12) , 21) , 22) , 37) L, no 131
13) L, nos 144, 131
14) , 26) Silm., App.
15) Silm, chap. 3
16) Valië est le féminin de Vala.
17) Silm., chap. 3 ; traduction modifiée
18) , 25) WJ, p. 414
19) N.d.T. : Ce dernier nom est rendu par « Fondcombe » dans la traduction de Francis Ledoux et par « Fendeval » dans celle de Daniel Lauzon.
20) Version originale : « The preservation in reverent memory of all tradition concerning the good, wise and beautiful. » L, no 131.
23) Version originale : « [T]here were none more beautiful than Melian, nor more wise, nor more skilled in songs of enchantment. It is told that the Valar would leave their works, and the birds of Valinor their mirth, that the bells of Valmar were silent and the fountains ceased to flow, when at the mingling of the lights Melian sang in Lórien. Nightingales went always with her, and she taught them their song… » Silm., chap. 4 ; traduction modifiée.
24) Père d’Isildur et d’Anárion.
27) L, no 211
28) L, no 353
29) L, nos 345, 348 ; traduction modifiée
30) Littéralement « Or-chant-terre-vallée ».
31) Titre original : The Rime of the Ancient Mariner.
32) Version originale : « There came a time near dawn on the eve of spring, and Lúthien danced upon a green hill; and suddenly she began to sing. Keen, heart-piercing was her song as the song of the lark that rises from the gates of night and pours its voice among the dying stars, seeing the sun behind the walls of the world; and the song of Lúthien released the bonds of winter, and the frozen waters spoke, and flowers sprang from the cold earth where her feet had passed. » Silm., chap. 19.
33) La poésie romantique fait fréquemment référence à ces deux oiseaux emblématiques. Dans Visions of the Daughters of Albion, le peintre et poète anglais William Blake (1757-1827) les évoque tous deux en compagnie de l’aigle, oiseau doté d’un rôle majeur dans la Terre du Milieu de Tolkien:
The nightingale has done lamenting,
The lark does rustle in the ripe corn, and the Eagle returns,
From nightly prey, and lifts his golden beak to the pure east;
Shaking the dust from his immortal points to awake,
The sun that sleeps too long.
Le rossignol a fini de se lamenter,
L’alouette bruisse dans le grain mûr, et l’Aigle revient,
De sa proie nocturne et lève son bec doré vers l’Est pur ;
Secouant la poussière de ses pennes immortelles pour éveiller
Le soleil qui dort trop longtemps.
(Cf. Ostriker, p. 198).
34) Tolkien utilise le verbe « emprisonne ».
35) La poésie romantique contient une abondance de références à la lune. Par exemple, dans The Cloud, Percy Shelley écrit : « That orbèd maiden, with white fire laden / Whom mortals call the moon » (cf. Quigley, p. 180). Il existe également un rapport entre la lune et l’argent dans Song of Wandering Aengus, du poète et dramaturge irlandais William Butler Yeats (1865-1939) : « And pluck till times and times are done / The silver apples of the moon / The golden apples of the sun » ; cf. The Oxford Dictionary of Quotations.
36) SD, p. 111
38) On peut citer comme exemple le nom des Hommes de Rohan, les Rohirrim « Maîtres des chevaux », rattaché à leur passion pour les équidés.
39) Par exemple Frodo, du v. angl. fród « sage, prudent, pondéré », freoda « protecteur, défendeur », freodo « paix, sécurité » ; Samsagace, angl. Samwise, du v. angl. samwís « benêt, simplet », littéralement « demi-sage » ; Hamfast, du v. angl. hámfœst « sédentaire »… Noel, p. 20.
40) SdA, II/2
41) SdA, VI/4
 
langues/textes/romantisme_symbolisme_onomastique.txt · Dernière modification: 10/11/2013 21:04 par Elendil
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