Interview de Thierry Janssen

Le Seigneur des Anneaux – La Fraternité de l'Anneaux (livre-audio)Le Seigneur des Anneaux – Les Deux Tours (livre-audio)Le Seigneur des Anneaux – Le Retour du Roi (livre-audio)Thierry Janssen, acteur et doubleur belge, a prêté sa voix pour la lecture du livre-audio du Seigneur des Anneaux chez l’éditeur Audiolib.
Retrouvez ici notre rencontre avec celui-ci et l’équipe d’Audiolib dans les studios d’enregistrement.

 Tolkiendil (Amandine Bourgois-Richard et Audrey Morelle) et Thierry Janssen

Déroulement

Le lundi 5 février, Audiolib a invité l’association Tolkiendil, représentée par Amandine Bourgois-Richard et Audrey Morelle, à Bruxelles pour nous permettre de découvrir comment se déroule l’enregistrement du livre-audio du Seigneur des Anneaux. Ainsi en cette belle journée de février, nous nous sommes rendues au Studio 5/5 à Bruxelles, une très jolie petite bâtisse cachée dans une petite cour calme et arborée au milieu de grands bâtiments. Nous avons été accueillies par le propriétaire des lieux, Jean-Jacques Quinet, qui nous a fait entrer dans les studios. Depuis le bureau après l’entrée, une porte s’ouvre et nous entendons la voix du lecteur dévoiler quelques mots, soudain elle s’interrompt dans un éclat de rire nous laissant toutes surprises. Thierry Janssen était en train d’enregistrer la fin du deuxième volume du Seigneur des Anneaux lorsque Frodo, Sam et Gollum arrivent dans l’antre d’Araigne.

En chaussette et l’anneau unique autour du cou, Thierry Janssen vient nous retrouver avec un enthousiasme tout à fait hobbitique qui nous met déjà dans l’ambiance ! Après quelques présentations, il nous invite dans les salles d’enregistrement : d’un côté la pièce de technique où travaille l’ingénieur du son, de l’autre la salle de lecture où il énonce le texte au micro. Dans cette dernière, sur le bureau, on retrouve les nombreuses pages à lire ainsi que des pages de notes, notamment à propos de prononciations.

 Thierry Janssen dans la salle de lecture

Nous bavardons quelques minutes avec nos hôtes pour faire plus ample connaissance et en apprendre davantage sur le processus de réalisation. Valérie Lévy-Soussan, présidente-directrice générale d’Audiolib, nous raconte avoir voulu créer ce livre-audio depuis le début de la maison d’édition et qu’il aura donc fallu 10 ans pour que le projet se concrétise enfin, ce qui permet justement de fêter ce fameux anniversaire. Ludivine Payen, assistante éditoriale, est chargée de la préparation des textes, du suivi avec le studio, ainsi que du choix du comédien lecteur. Elle nous explique qu’elle a effectué de nombreuses recherches pour que les prononciations, notamment elfiques, soient les plus exactes possibles, allant jusqu’à se perdre dans des discussions sur des forums spécialisés. Pauline Rohmer, chef de produit marketing et contact presse, nous fait part de son admiration pour l’ouvrage qu’elle venait de relire et son envie d’en découvrir plus sur l’univers à travers le Silmarillion. Jean-Jacques Quinet, directeur du studio, nous précise que le Studio 5/5 travaille avec Audiolib depuis le 1er titre de la maison il y a 10 ans, cela représente jusqu'ici 220 titres enregistrés, dont l'enregistrement du Hobbit dans leur studio parisien. Au cours de nos discussions, nous avons également appris que les chansons ne peuvent être chantées afin que cela reste une lecture et non une adaptation audio, ce qui ne correspondrait pas aux même droits. C'est également pour cela qu’il n’y a qu’un seul et unique lecteur et non différentes voix pour chaque personnage.

 Thierry Janssen en cours de lecture et d’enregistrement

Nous nous installons ensuite pour voir et écouter quelques minutes d’enregistrement et découvrir ainsi comment cela se déroule. Thierry Janssen dévoile alors le texte sous l’oreille attentive d’Isabelle Soumeryn-Schmit, l'ingénieur du son. Première auditrice, elle s’occupe du montage de l’enregistrement en même temps qu’elle surveille l’exactitude du texte, ainsi que le phrasé et la diction de l’acteur, n’hésitant pas à l’interrompre au moindre accroc de prononciation ou de tonalité (nous avons d'ailleurs eu l’exemple d’un “où” qui risquait de s’entendre plutôt comme un “ou”). Elle gère aussi la bibliothèque des voix des personnages, garantissant la cohérence de celles-ci tout au long de la lecture de l’ouvrage. En effet, les voix des personnages avec leurs caractéristiques (rocailleuse, enfantine, aiguë, lente, l’accent, etc.) sont choisies avec le comédien et un échantillon est enregistré pour pouvoir la réécouter dès que le lecteur en a besoin pour se remémorer ses particularités. Une fois le texte enregistré, elle revoit le montage pour ajuster le rythme, remixer, éliminer les potentiels bruits parasites et insère les virgules sonores, des extraits musicaux de quelques secondes dans les pauses de lectures entre les chapitres notamment.

Après cette session d’enregistrement, nous nous sommes réunis pour interviewer Thierry Janssen. Retrouvez ci-dessous notre échange.

L’Interview

Tolkiendil : Bonjour Thierry Janssen, pour nos lecteurs qui vous découvrent, pourriez-vous nous dire quelques mots sur vous ? Personnellement, j’ai découvert avec plaisir que vous doubliez la voix de Nardole dans Doctor Who et la voix de Bill dans Gravity Falls.

Thierry Janssen : Oui c’est vrai. Je mets en scène, je suis comédien de théâtre, en ce moment je joue un Feydeau. Je fais aussi beaucoup de doublages, effectivement la voix de Nardole entre autres, dans Doctor Who, et plein d’autres choses. Je fais donc depuis… je ne sais pas, environ 5 ans, peut-être un peu plus, des audio-livres ici, pour le Studio 5/5, et j’en ai fait, je crois, une bonne quinzaine. J’ai entre autres fait presque toute la série des Fred Vargas, maintenant je fais la série Adamsberg et d’autres choses. Je suis fort attitré à tout ce qui est plutôt thriller, suspense. Et sinon j’ai 45 ans.

Tolkiendil : Vous avez déjà fait de nombreux enregistrements d’audio-livres. Qu’est-ce qui vous a amené à faire des audio-livres ?

TJ : C’était un peu au hasard au départ, j’ai entendu parler de ça, et puis on m’a contacté, je suis venu, et j’ai tout de suite adoré. Je fais des doublages depuis maintenant un peu plus que 15 ans, mais ici c’est tout à fait différent, c’est un travail beaucoup plus intime parce que c’est vraiment l’interprétation très personnelle d’un livre, de ce qu’on reçoit et tout. Je suis un amoureux de livres depuis toujours, et c’est vrai que j’apprécie pouvoir raconter une histoire à voix haute, en interprétant tous les personnages, en essayant de donner du « suspens » et l’envie à l’auditeur de continuer à écouter tout simplement. C’est un vrai plaisir que j’ai trouvé, et que je trouve vraiment très propre à cela. Faire ça c’est très enrichissant. En plus, sans parler du Seigneur des Anneaux que je connais bien, ça me permet de découvrir des livres que je n’aurais pas nécessairement lus pour moi et de découvrir des univers très intéressants.

Tolkiendil : Comment avez-vous été contacté pour ce projet de l’audio-livre du Seigneur des Anneaux ? Quelle a été votre réaction face à cette proposition ?

« Ils savaient que j’étais un grand fan de cet univers du Seigneur des Anneaux, à tel point que j’ai appelé ma fille Eledhwen. »
TJ : Alors comment ça s’est passé… Audiolib me connaissait parce que j’avais quand même déjà fait plusieurs audio-livres et c’est vrai qu’ils savaient que j’étais un grand fan de cet univers du Seigneur des Anneaux, à tel point que j’ai appelé ma fille Eledhwen. Donc, voilà, je crois que ça a été des pourparlers aussi avec les ayant-droits, parce que c’est assez important. C’est aussi, quelque part, un événement important pour les 10 ans d’Audiolib. Je sais qu’au départ les ayant-droits auraient souhaité peut-être une grande star française, parce qu’il n’y a pas tellement de stars en Belgique… et Audiolib voulait que ce soit moi, et donc, ça a été des pourparlers. J’ai même écrit une lettre de motivation aux ayant-droits de Tolkien, et au final ils ont accepté, et je suis bien heureux de pouvoir le faire.

Tolkiendil : Lorsque vous parlez des ayants-droits, s’agit-il de la famille ou l'éditeur original ?

TJ : Je crois que c’était la famille. Moi je sais que j’ai écrit comme si j’écrivais à la famille. Je crois que les éditeurs ont mis deux ans, deux ans et demi avant d’avoir l’autorisation, le temps de mettre tout le monde d’accord…
Pauline Rohmer : Depuis la création d’Audiolib, depuis 10 ans, on voulait faire le Seigneur des Anneaux. Ce genre de projet, ça demande du temps.
TJ : Et au lieu de prendre une grande star française, ils sont allés en Belgique, qui est en quelque sorte la Comté et ils sont allés chercher un Hobbit !
PR : On nous a toutes fait écouter ton casting et on est toutes venues dans un bureau, convoquées, et on a toutes voté en disant que c’est toi qu’on voulait. D’habitude les personnes en marketing ne sont pas convoquées pour ça, mais c’était un grand projet, du coup on est toutes venues donner notre avis.
TJ : Quelle classe.
PR : Parce que tu as remporté l’unanimité !
TJ : C’est chouette.

Tolkiendil : Thierry était en concurrence avec qui ?

TJ : Je ne sais pas.
PR : Je crois que la question se posait de savoir si on allait reprendre le même comédien que pour le Hobbit.
TJ : Oui c’est Dominique Pinon.
PR : Comme c’était une histoire différente, parce que le Hobbit était plus un conte pour enfant que le Seigneur des Anneaux.
TJ : Je crois qu’ils préféraient aussi quelqu’un qui ne soit pas trop empêtré dans les prononciations difficiles, etc., qui connaisse un peu l’univers.

Tolkiendil : Dominique avait découvert Tolkien avec le Hobbit, du coup ça aurait été compliqué. C’est sûr, c’est plus facile pour interpréter les personnages et leur trouver des voix et des rythmes, quand on les connait bien, notamment leur personnalité, etc.

PR : Surtout quand on nous a dit que Thierry avait des connaissances en langues elfiques, on s’est dit ha !
TJ : Mais la lecture de Dominique est très très bien, j’ai écouté. C’est superbe.

Tolkiendil : Pour le Hobbit, ça s’y prête bien parce que c’est un bouquin qu’on recommande pour découvrir Tolkien.

TJ : Oui, tout à fait. C’était approprié. Pour le Seigneur des Anneaux, c’est mieux d’avoir une expérience. Et pour le Silmarillion, il faut un docteur en Tolkien !

Tolkiendil : Et du coup, comment vous avez réagi quand on vous a proposé ça ?

« C’était un rêve de gosse, je veux dire, de pouvoir faire ça. »
TJ : Quand on m’a proposé, de toute façon, j’étais super heureux, j’étais aux anges. Et puis ça a été très long, aussi. À un moment je me suis dit, bon ça ne se fera pas, ou ça se fera sans moi. Et puis quand ils m’ont annoncé, je m’en souviens très bien, j’arrivais pour enregistrer je ne sais plus quel audio-livre, et là, c’est vrai que quand Jean-Jacques et Isabelle me l’ont annoncé, et bien j’étais… ils m’ont même filmé je crois, pour voir ma réaction, j’étais super heureux. C’était un rêve. C’était un rêve de gosse, je veux dire, de pouvoir faire ça. Oui, c’est un rêve d’enfant. C’est à la fois une grande responsabilité, et à la fois, un rêve de gamin. Je prends un plaisir fou à lire ces livres. J’y mets tout mon cœur en tout cas.

Tolkiendil : Cette proposition remontait à combien de temps ?

PR : C’était l’année dernière, en 2017.

Tolkiendil : Êtes-vous un lecteur du registre de la fantasy, ou plus généralement de l’imaginaire ?

TJ : Oui, oui, oui. Complètement. Je suis déjà un grand lecteur. Et c’est vrai que bon, il y a des auteurs que je suis ou dont je dévore toutes les œuvres. Il y a Tolkien, évidemment… J’ai tout lu, sauf le dernier. Je n’ai pas encore lu…

Tolkiendil : Beren et Lúthien ?

« Mais c’est vrai que oui, l’imaginaire pour moi, c’est l’une des choses les plus importantes dans ma vie. »
TJ : Voilà, Beren et Lúthien, je ne l’ai pas encore lu. Je connais l’histoire évidemment, parce qu’elle est déjà dans d’autres bouquins. Mais oui, j’aime beaucoup des auteurs comme Neil Gaiman, j’aime bien la science-fiction aussi, Philip K. Dick… Oui, je suis un grand lecteur de fantastique et de fantasy. Marion Zimmer Bradley, aussi j’aime beaucoup. Je suis auteur aussi, j’écris des pièces principalement. Mais dans tout ce que j’écris il y a toujours un élément, souvent en tout cas, un élément fantastique. Je vis… (parfois on me le reproche un peu trop) dans l’imaginaire. Donc voilà, maintenant, avec les enfants, je suis obligé, je deviens plus adulte, à 45 ans ça va. Mais c’est vrai que oui, l’imaginaire pour moi, c’est l’une des choses les plus importantes dans ma vie.

Tolkiendil : Votre présentation sur Audiolib précise que vous êtes un amateur inconditionnel de l’univers de Tolkien. Comment l’avez-vous découvert ? Qu’appréciez-vous particulièrement ?

TJ : Oui, oui. Bon alors. J’ai découvert très tard. Enfin très tard… Ça fait 20 ans, mais bon. Donc je l’ai découvert à 20-25 ans. En fait pendant ma jeunesse, mon adolescence, j’ai fait beaucoup de jeux de rôles, donc je connaissais l’univers de Tolkien sans le connaitre. La première fois que j’ai entendu parler d’un Hobbit, on m’a proposé, dans un jeu de rôles, de jouer un Hobbit et on a dû m’expliquer ce que c’était. Et je me suis amusé comme un fou et, au bout du compte, les autres qui étaient vraiment encore plus mordus que moi et qui connaissaient tout, m’ont dit « Écoute je n’ai jamais vu un Hobbit joué comme ça. Je n’ai jamais vu une si belle interprétation de Hobbit ». Alors que moi je ne l’avais pas lu. Donc, j’étais assez fier. Et puis en fait, j’attendais le bon moment pour le lire et le bon moment est arrivé quand j’ai appris que Peter Jackson était en préparation des films. Et il se fait que justement il passait au BIFFF, le festival international de film fantastique de Bruxelles, que je ne loupe jamais, et donc j’ai eu la chance de passer une soirée avec lui. Et ça s’est vraiment bien passé, parce que c’était dans un vieux cinéma, un petit cinéma qui s’appelle le Nova, et d’abord il a parlé, etc. Il n’était pas encore célèbre, il était connu seulement des fans qui connaissaient le film Bad Taste. Et donc on n’était pas très nombreux, et on a passé une soirée au bar, à discuter du Seigneur des Anneaux, puisqu’on venait d’apprendre qu’il allait l’adapter. Et il m’a même dédicacé mon livre du Seigneur des Anneaux. Il a mis « It’s a big book ». Il y avait aussi Fran Walsh, sa compagne qui est aussi co-scénariste. Et voilà, donc du coup je me suis dit « Bon, maintenant j’ai le livre, dédicacé par Peter Jackson, il faut que je le lise avant les films ». Et là ça a été un coup de foudre direct. J’ai rarement eu la sensation que j’avais, c’est-à-dire que c’est un livre qui, dès qu’on l’a refermé, on a envie que d’une chose, c’est de le rouvrir. Et où qu’on le rouvre, (parce que je le lis partout, je le lis en marchant, je le lis dans le tram), où qu’on le rouvre, on est tout de suite aspiré dedans. C’est-à-dire que j’ai loupé nombre d’arrêts de tram et de bus parce que j’étais plongé dedans. Et je savais toujours, et ça c’est assez magique, je savais toujours où j’étais dans l’histoire. C’est-à-dire que quand je me replongeais dedans, je ne faisais pas « Ah oui ! On en était où ? ». Non, je rouvrais et j’étais en Terre du Milieu. Et voilà, je me suis vraiment laissé aspirer par ça et après bon, j’ai tout lu. J’ai commencé par Bilbo le Hobbit évidemment, et puis le Seigneur des Anneaux, et puis après bon, j’ai lu le Silmarillion, et puis Contes et légendes inachevés, et puis tout quoi. Et encore maintenant les derniers qui sortent avec les textes qu’on retrouve.

Tolkiendil : Du coup après avoir lu le livre, vous avez vu les films ? Qu’est-ce que vous en avez pensé ?

TJ : Bon, j’aime, je trouve que c’est une très, très belle adaptation. Je sais que les ayant-droits n’en sont pas très fans, mais bon… c’est sûr que c’est impossible, pour moi, de transposer au cinéma la poésie de Tolkien. Donc, pour moi, ça manque de poésie, mais c’est impossible de faire autrement. Je crois que c’est le meilleur film qu’on pouvait faire. Mais c’est sûr que Tom Bombadil me manque, vraiment… Et là quand j’ai eu à le relire, Tom Bombadil, c’est vraiment, je crois, mon personnage préféré ; en tout cas un de mes personnages préférés. Et voilà, je trouve que les films sont biens, mais incomplets, parce que c’est du cinéma et que ce n’est pas un livre. Et c’est vrai que la poésie est difficilement transposable. Donc il y a de très beaux moments. Ce que je trouve de très, très bien dans ces films, c’est qu’il a créé une unité visuelle qui ne fait pas kitsch, qui ne fait pas chiqué. Donc on y croit, c’est tout le travail qu’il a fait, avec Weta Workshop et tout. On croit vraiment à cet univers, on voit vraiment qu’il a travaillé avec Alan Lee, avec John Howe. Il y a vraiment un travail très juste au niveau de l’imagerie. Maintenant au niveau de la narration, bah il a fait ce qu’il pouvait. J’ai de petites réticences : Tom Bombadil, la fin de Saruman aussi parce que… Voilà, c’est ce que je regrette un peu. Mais il a fait ce qu’il pouvait. Je suis moins fan du Hobbit, de ces trois films. Globalement j’ai eu plus de mal. Et alors, j’ai appris donc maintenant qu’ils allaient faire une série, je ne sais pas où ça en est. Voilà, ça j’attends de voir aussi, parce que honnêtement je ne vois personne d’autre que Ian McKellen pour faire Gandalf, même si j’avoue, et je crois que c’est un peu tous, mais vous me direz peut-être le contraire, que quand j’ai lu le Seigneur des Anneaux, je voyais Sean Connery. Beaucoup ont discuté en disant « Ah oui, ce sera Sean Connery… » et tout, et pour moi après l’interprétation de Ian Mckellen, j’ai dit « Ben non, ce ne peut-être que Ian McKellen ». Voilà.

Tolkiendil : C’est sûr que celui qui va devoir le remplacer, on lui souhaite bonne chance ! Mais si Gandalf apparaît effectivement car ce n’est pas sûr, étant donné qu’on ne sait pas encore de quoi ils vont parler.

TJ : Oui, mais ça m’étonnerait qu’il ne passe pas, vu son âge, ça m’étonnerait qu’il ne soit pas dedans. Je ne sais pas.
PR : Je crois qu’il avait dit qu’il avait fini avec le Seigneur des Anneaux et le Hobbit, que c’était derrière lui.
TJ : Il a quand même dit sur twitter, en gros, qu’il était le seul Gandalf et que s’il y avait un Gandalf, eh bien il le ferait.

Tolkiendil : Pour en revenir au livre, connaissiez-vous l’existence de cette nouvelle traduction du Seigneur des Anneaux avant ce projet ?

« J’ai découvert la nouvelle traduction, que je trouve assez judicieuse et beaucoup plus proche de l’anglais que la précédente : au niveau des noms et tout, c’est vraiment merveilleux, il y a vraiment un retour à l’original je dirais. »
TJ : Non. C’est vrai qu’on est censé lire les livres avant de l’enregistrer. J’avouerai, je devrais pas le dire, que je lis souvent que cinquante pages du livre parce que j’aime bien, et ça rend plus personnel, et c’est vrai que je connaissais l’histoire et tout, mais pas quand je lis un livre de Fred Vargas par exemple, ou un autre livre de suspense, j’aime bien être pris moi-même par le suspense, donc j’aime bien ne pas savoir la fin. Et donc je lis souvent 50 pages pour me mettre dans l’ambiance, voir un peu les personnages et tout, et après j’arrête parce que j’aime bien être surpris justement. J’ai l’impression que le fait que moi-même je sois en attente et que je sois vraiment surpris, c’est plus communicatif. Mais c’est mon avis à moi, c’est ce que moi je ressens. Et donc ici j’ai relu, la même chose, les 50 premières pages, et c’est vrai que j’ai découvert la nouvelle traduction, que je trouve assez judicieuse et beaucoup plus proche de l’anglais que la précédente : au niveau des noms et tout, c’est vraiment merveilleux, il y a vraiment un retour à l’original je dirais. Alors c’est sûr que il y a certains noms, on tique un peu, mais c’est une question d’habitude et je crois vraiment que c’est bien ficelé. C’est un vrai plaisir à lire, c'est une belle traduction, je ne sais pas de quand elle date, je dis nouvelle mais…

Tolkiendil : Oui elle est parue entre 2014 et 2016

TJ : Ah oui, c’est récent. Oui, j’ai trouvé qu’elle rend plus honneur à la poésie de Tolkien, et aussi voilà, les noms des personnages, les noms des lieux, je les trouve plus réfléchis que dans l’autre traduction. Déjà on évite les Frodon et les Bilbon, que je n’ai jamais compris. C’était toujours un mystère pour moi, pourquoi Frodon et Bilbon. Ça c’est un grand mystère. C’est vrai que sinon, mon esprit et mon cœur sont très anglais, je veux dire très anglo-saxon, je ne lis quasiment que des livres anglo-saxons, parfois en anglais, parfois en français, parce que je lis beaucoup en anglais, mais ça dépend de ce que je lis. C’est vrai que la prochaine fois que je relirai le Seigneur des anneaux, je vais le lire en anglais cette fois-ci. Maintenant je maitrise bien en plus. Je l’ai toujours, il est dans ma pile de livres de chevet et c’est vrai que j’ai vraiment envie de le lire en anglais la prochaine fois.

Tolkiendil : Avez-vous écouté la lecture du Hobbit par Dominique Pinon ? Qu’en avez-vous pensé ? Cela vous a-t-il aidé pour votre propre lecture ?

TJ : Des extraits. Pour plusieurs raisons. Je ne voulais pas être influencé par son jeu. Parce qu’en fait chaque lecteur, chaque comédien, a son univers propre et ses manières de communiquer un audio-livre ; c’est une question de rythme intérieur. Certains feront plus de voix différentes pour les personnages, d’autres pas. Chacun est fort fort différent. Et donc je ne voulais pas être influencé, mais j’ai quand même tenu à écouter un bout. Donc j’ai écouté des extraits, pour voir un petit peu ce que ça donnait, et puis aussi le cœur qu’il y avait mis. Je trouvais ça très très chouette, vraiment bien. Donc je me suis dit, il a fait ça, je vais faire autre chose parce que c’est moi. Et voilà.

Tolkiendil : Je suppose que vous avez écouté les propres enregistrements de lecture de Tolkien avant de faire votre travail ? Si oui, vous ont-ils influencé de quelque manière ?

TJ : Oui, sur internet, j’ai été voir un peu. C’est très beau. Il y a un ou deux enregistrements où on l’entend vraiment lire le Seigneur des Anneaux et c’est assez magique de se dire « C’est la voix de Tolkien ! », donc oui oui. Je n’ai pas tout écouté. Des extraits c’est tout. Mais c’était vraiment de qualité, je voyais aussi la prononciation. C’est qu’il y a un travail d’Audiolib : c’est Ludivine qui a fait un travail titanesque au niveau de la recherche sur la prononciation et tout, et moi de mon côté j’ai un peu cherché aussi. Et donc c’est comme ça que je suis allé sur les sites où l’on entend Tolkien qui parle, ou des fans qui débattent parce qu’ils ne sont pas d’accord.

Tolkiendil : Comment travaillez-vous la lecture du texte ? Lire Tolkien demande-t-il un flux ou un rythme particulier ?

« J’ai un plaisir fou à interpréter, à chercher des voix différentes pour les personnages, sans que ça devienne un numéro, sans que ça devienne un dessin animé. »
TJ : Il n’y a pas tellement de préparation. Je dirai que la chose qui me tient à cœur et que j’essaie vraiment de transmettre, c’est que je me dis que je suis en train de raconter cette histoire à des gens au coin du feu. J’essaie vraiment d’aller sur le côté conte, le côté tradition orale, qui convient assez bien finalement au Seigneur des Anneaux, parce qu’on se rend compte qu’en fait à voix haute, c’est vraiment quelque chose qui pourrait être raconté au coin du feu… et c’est vraiment ça que j’essaie de faire, de créer cette intimité avec le futur auditeur. Pour vraiment dire « c’est à lui que je raconte l’histoire », et donc c’est sûr qu’il y a une espèce de plaisir et d’énergie ludique à dire les mots, puisqu’on essaie toujours d’intéresser l’autre. C’est une espèce de suspense qui se fait, qui est dans le texte en fait. Il n’y a pas de moment de répit. Très peu. Enfin si, ce qui est très original aussi dans le Seigneur des Anneaux, c’est l’un des rares romans où on prend le temps de dormir, de manger, de souffler, mais à la fois, même dans ces moments-là, on n’est jamais en repos ; c’est qu’il y a tout le temps quelque chose qui guette, ils ne sont pas à l’arrêt, ils savent, qu’ils doivent aller jusque-là. C’est des quêtes, une quête et puis l’autre… il n’y a vraiment pas de moment de repos, et même les moments de repos ne le sont pas. Et c’est à ça que j’essaie de donner un souffle épique, à ce texte qui l’est totalement. Et aussi au niveau de l’interprétation des personnages parce que Dieu sait s’il y en a. J’ai un plaisir fou à interpréter, à chercher des voix différentes pour les personnages, sans que ça devienne un numéro, sans que ça devienne un dessin animé. Et c’est vrai que c’est très chouette de caractériser chaque personnage pour que les gens ne réfléchissent pas « qui parle là ? » que ce soit vraiment très clair, que Sam parle d’une telle manière, que Gollum (enfin ça c’est facile) et qu’Aragorn, sa voix… et Isabelle, qui enregistre, est très vigilante par rapport à ça: « ah non, ça c’est pas vraiment la voix de Pippin, c’est plus la voix de Merry », et alors j’ai une banque, enfin elle a une banque de données, avec des extraits de tous les personnages, donc quand je suis un peu perdu, quand je ne sais plus, la voix de Théoden ou la voix de Gandalf, ou de Saruman, alors elle me fait réécouter, et c’est comme ça que je peux me retrouver. Et pour le Seigneur des Anneaux, c’est bien nécessaire d’avoir cette banque !

Tolkiendil : Oui, d’ailleurs, la question suivante portait sur les différents personnages et les dialogues, d’autant que sur la nouvelle traduction, le traducteur a porté un soin particulier à faire ressortir les registres de langage.

TJ : Ah oui tout à fait. C’est très agréable à faire évidemment. Mais bon il y en a quelques-uns qui sont vraiment bien écrits, pour Sam par exemple, vraiment il est écrit avec des allitérations, le côté populaire, etc. C’est très très bien rendu, c’est comme ça en anglais aussi, mais ça l’était moins dans la première traduction. Et c’est vrai que oui, les personnages sont tellement riches, tellement forts. Par exemple je me souviens de Treebeard, ou comment il s’appelait, Sylvebarbe dans l’ancienne ? On va dire Treebeard. Ici il s’appelle Barbebois, que je trouve pas mal, c’est une traduction plus proche de l’anglais quelque part. C’est chouette parce qu’ils ont tout un univers poétique autour d’eux, il y a des chansons aussi, il y a beaucoup de chansons – évidemment on est dans le Seigneur des Anneaux – et donc ça apporte une dimension onirique et très ludique. C’est très chouette de jouer ça évidemment.

Tolkiendil : Avez-vous senti une affinité particulière pour un personnage à cause de sa manière de parler ?

TJ : Je dirais que j’ai une affinité… enfin pas une affinité, je me sens pas proche de lui, mais plutôt que j’ai un amour fou pour Tom Bombadil. Je trouve que c’est vraiment LE personnage. C’est un personnage réellement magique, on sait que Tolkien a puisé dans les mythologies scandinaves ou germaniques, pour créer le Seigneur des Anneaux, et je trouve qu’avec Tom Bombadil, il a vraiment été puiser l’essence même de la magie la plus païenne, la plus ancestrale, et ça me touche vraiment fort. Maintenant, au niveau du langage, c’est vrai que j’ai un plaisir fou à faire parler Sam, parce que justement je trouve que dans la nouvelle traduction, c’est très très drôle [rires] la manière dont il parle et ses raisonnements sont tellement particuliers, sa manière très populaire de parler et tout, c’est très agréable à faire. Et Gandalf, j’aime bien, j’avoue que Gandalf me fait toujours bien plaisir [rires]. Il a à la fois cette sagesse et cet humour… Voilà, j’aime bien son côté… taquin… malicieux. C’est à la fois cette sagesse et ce côté malicieux que j’aime beaucoup évidemment. Donc là il est à la fois sage et fou, comme Merlin, dont il est inspiré aussi, et bah voilà. Je suis aussi un passionné de la légende du Graal depuis ma jeunesse donc avant de connaître Tolkien, je connaissais déjà bien… j’ai lu quasiment tous les textes de la légende arthurienne et donc là aussi, on sent, il y a des accointances dans les univers.

Tolkiendil : Avez-vous bénéficié de conseils particuliers ? Et sur la prononciation particulière des noms propres ?

TJ : Oui c’est ça, Ludivine d’AudioLib et moi de mon côté, en même temps, Isabelle a aussi tout le lexique et veille à ce que je ne me trompe pas [rires]. Donc on est à plusieurs dessus, là : toute une équipe.

Tolkiendil : Avez-vous éprouvé des difficultés avec la prononciation des langues imaginaires ? Comment vous êtes vous préparé à ces passages ? (Y a-t-il une langue qui vous a marqué ? Pourquoi ?)

TJ : J’ai de la chance, ça vient assez naturellement, en fait, euh, l’elfique euh… coule assez bien. C’est vrai que je peux le lire. Après, si je devais le retenir par cœur et le prononcer comme ça, je suis pas sûr que j’y arriverais, c’est quand même très compliqué. J’essaie que l’elfique soit comme un souffle, parce que c’est très aérien, c’est très léger, c’est très très beau. J’essaie vraiment que l’elfique soit comme un souffle, contrairement au nain [rires] évidemment, qui est beaucoup plus guttural, qui est beaucoup plus… avec des consonnes. Pour moi heureusement c’est pas une grosse difficulté, peut-être parce que je connais bien tout ça, et que je suis pas surpris en disant « Ah, oui, mince, je savais pas qu’ils allaient parler comme ça ». C’est pas ce qu’il y a de plus compliqué. Ce qu’il y a de plus difficile, c’est vraiment la prononciation de tous les noms, que ce soient des noms de lieux, des noms de personnages, de pas se tromper et de se dire « bon, alors, on fait quel choix par rapport à ce nom-là ? » pour pas que je dise – je vais dire n’importe quoi, je dirais pas ça – pour pas que je dise « golume » mais « Gollum ». Et il y a Isabelle qui est là, toujours bien à l’affût.

Tolkiendil : D’ailleurs, la lecture du poème de l’anneau, comment ça s’est passé ?

TJ : Ah, le poème de l’Anneau… Comme en plus il ouvre le bouquin, je voulais pas me planter ! [rires] J’ai essayé d’avoir la musicalité anglaise dans la tête. Évidemment en anglais, ça prend une dimension plus… « One ring to rule them all », donc c’est tout de suite… [gestes avec les mains] Il y a quelque chose de magique qui se dégage et on voit les montagnes, etc. Donc j’ai essayé de rendre cette majesté dans la lecture de ce poème, tout en restant extrêmement sincère, évidemment, toujours, mais j’essaie de rendre au mieux la majesté que moi je ressentais quand je l’entendais ou le lisais en anglais

Tolkiendil : Et du coup la version originale, en parler noir ?

TJ : Oui, en parler noir, c’est la même chose que pour les autres langues, je veux dire, j’essaie effectivement que ce soit aussi… [rires et gestes] En parler noir, c’est beaucoup plus facile de faire passer le côté grandiloquent de la chose. En français, il y a rien à faire, là… c’est toujours la difficulté entre l’anglais et le français, c’est qu’au niveau de l’amplitude des possibilités, des tonalités, l’anglais est beaucoup plus riche que le français, qui est beaucoup plus plat, et donc la difficulté, c’est évidemment de pouvoir donner la même magie en français qu’en anglais. Enfin, essayer en tous cas. Et je ne pourrai pas le lire en anglais, hein, ce serait bien… [rires] je connais l’anglais, mais de là à le lire en anglais, je pense pas. Surtout que c’est déjà fait.

Tolkiendil : Quel est le passage le plus complexe à conter jusqu’à présent sachant que vous enregistrez seulement le 2ème tome et qu’il pourrait y avoir plus complexe ensuite ?

« C’est vraiment les batailles qui me font le plus peur, parce que ça demande un rythme plus soutenu, il faut pas se perdre, il faut pas perdre l’auditeur… »
TJ : Je ne sais pas. Je n’ai pas encore tout lu, là j’arrive à la fin du II… Oui… Le III ce n’est qu’une bataille, et avec tous les personnages, donc je crains un peu ça. [rires] Je crois que la difficulté va venir dans le III. Je me trompe peut-être, mais j’ai l’impression que, pour moi, la grosse difficulté sera dans le III, comme il y a quasiment tous les personnages qu’on a vu dans les deux premiers qui ressurgissent, et que tout n’est qu’une bataille, il va falloir tenir en haleine pendant 400 pages les gens avec une bataille comme on l’est quand on lit soi-même le livre et donc je crois que le III va être assez périlleux. Sinon un autre passage compliqué, en fait, j’avais une appréhension pour la bataille de la Gorge de Helm, et en fait c’est passé… chez nous on dit « c’est passé comme une couque » [rire] ça veut dire que c’est passé comme une lettre à la poste. Et je l’ai trouvé même plus court que ce que j’avais en tête. C’est vraiment les batailles qui me font le plus peur, parce que ça demande un rythme plus soutenu, il faut pas se perdre, il faut pas perdre l’auditeur et puis il y a tous les personnages aussi mais c’est surtout une question de… bataille, là, on peut vraiment pas se reposer. Et donc comme le troisième n’est qu’une bataille… je peux dire que le troisième va être assez éreintant ! [rires]

Tolkiendil : Quel est le passage qui vous a le plus marqué ? Votre préféré ?

TJ : Je l’ai déjà dit un peu avant : chez le bon vieux Tom Bombadil. Oui pour moi c’est un de mes passages préférés j’en ai déjà beaucoup parlé. Donc, je dirais un autre passage que j’aime beaucoup c’est celui d’ailleurs qui est en extrait sur le site pour le premier : c’est le passage où Gandalf jette l’anneau dans le feu et qu’apparaissent justement les inscriptions. J’aime bien ce passage parce qu’il a vraiment quelque chose d’à la fois très très intime et très mystérieux. J’aime beaucoup le fait que Gandalf ait des doutes et qu’il découvre ça en même temps que nous et évidemment que le pauvre Frodo. En général j’aime bien les échanges entre Gandalf et Frodo parce que Frodo a cette innocence, cette naïveté qu’ont les Hobbits et Gandalf est tout le contraire vu qu’il sait tout ou presque. J’aime bien jouer sur les deux plans, j’aime bien cette scène-là.

Tolkiendil : Que diriez-vous si vous deviez comparer avec vos précédentes expériences d’audio-livres ? Et plus globalement par rapport à votre expérience professionnelle d’acteur/auteur/doubleur ?

TJ : Oh bah la grosse différence, c’est ce que je disais tout à l’heure c’est que c’est, pour moi, c’est un rêve, un rêve de gosse donc je prends énormément de plaisir à le faire et je prends toujours un plaisir à faire les audio-livres, mais c’est vrai que ici c’est particulier, c’est encore plus fort. Il y a aussi comme je le disais une espèce de responsabilité puisque c’est la première fois que le roman existe en audio-livre en français donc il y a une responsabilité justement sur les épaules. Et tout ça m’encourage à essayer de rendre le meilleur résultat possible et à y mettre le maximum de moi-même pour que ce soit le plus parfait possible. Alors on essaie toujours que ce soit parfait tout ce qu’on fait, mais c’est vrai qu’ici il y a du fait des 10 ans d’Audiolib, du fait de Tolkien, du fait de… il doit y avoir une attente quelque part aussi des fans et j’ai pas envie de les décevoir, comme on disait tout à l’heure avec les contradictions par rapport à telle prononciation et tout. En tout cas dans l’ensemble j’espère qu’ils prendront beaucoup de plaisir, ceux qui connaissent parfaitement, ceux qui ne connaissent pas, qui vont le découvrir comme ça aussi, peut-être. C’est un livre que tout le monde n’a pas lu, ou en connait l’existence, et je ne veux vraiment pas les décevoir, quoi.

Tolkiendil : Vous avez déjà eu d’autres lectures qui soient aussi lourdes de responsabilité ?

TJ : Oui, j’ai fait beaucoup des Fred Vargas avec, là aussi, des fans purs et durs de Fred Vargas, mais les fans de Fred Vargas sont moins nombreux que les fans du [rires] Seigneur des Anneaux, de Tolkien.

Tolkiendil : Et peut-être pas aussi virulents [rires] ?

TJ : Voilà, c’est ça, oui. Oh, mais en général, c’est très bien. Mais non, j’espère contenter le maximum de gens et qu’ils se retrouveront dans ma manière de lire.

Tolkiendil : La lecture à voix haute du livre vous a-t-elle permis de découvrir l’œuvre avec un regard nouveau ?

TJ : Oui, effectivement, déjà la nouvelle traduction, et puis parce que, même si je l’avais déjà lu deux fois, mais dans l’ancienne traduction, quand on lit un livre soi-même, il y a rien à faire, on est humain, il y a des moments où on est moins attentif, où on a l’esprit qui vagabonde un peu, où il y a de longues descriptions et on se dit « Bon bah je l’ai lue », mais je tourne la page, je sais déjà plus très bien. Ici, je suis obligé, je ne peux pas avoir de moment comme ça, je suis obligé de tout lire, chaque détail, chaque mot a son importance, puisque je dois les prononcer, les interpréter, parce que je ne peux pas oublier un « de », un « la », je dois être attentif à tout. Donc j’ai l’impression de redécouvrir le texte de manière plus approfondie, plus attentive, parce que je suis obligé de vraiment être éveillé du début à la fin, et plus que réveillé d’ailleurs ! Donc, voilà, il y a cette particularité, j’ai l’impression de redécouvrir le livre et puis bon, c’est sûr qu’avant la lecture à voix haute, je m’étais jamais posé la question « Tiens, comment est-ce que Boromir parle ? », « Tiens, quelle voix a Théoden ? », et là j’ai dû me poser la question [rires].

Tolkiendil : Et donc ça vous provoque une recherche plus approfondie sur la personnalité des personnages ?

TJ : Oui, c’est ça. Dans ce cycle de livres il y a quelque chose de très intime, c’est vraiment quelque chose qu’on ressent en chacun de nous, avec notre imaginaire à nous. Et aussi, l’imaginaire est très important dans les audio-livres parce que ça permet justement d’imaginer tel rythme, que tel personnage a telle voix… Ça permet vraiment de raconter l’histoire au mieux, comme elle est écrite.

Tolkiendil : L’audio-livre dure à peu près 21 heures, mais vous, la lecture vous prend combien de temps ?

TJ : 20 heures [rires] ! Non, euh, généralement moi j’aime bien enregistrer, mais ça dépend de chacun. J’aime travailler genre de 10h à 17h, avec une heure de pause. Certains font des plus petits services, mais moi j’aime bien de longs services, parce que quand je suis bien dedans, je suis lancé. C’est le démarrage qui est toujours plus difficile, après quand on est dedans… Après on fatigue à un moment quand même, mais voilà… Combien de sessions j’ai eues pour le premier ? Ça c’est une bonne question, il faudra demander à Isabelle, elle saura répondre.
Isabelle Soumeryn-Schmit : En gros, c’est au moins le double de temps, si ce n’est deux fois et demi. Je veux dire, pour lire 20h, c’est au moins 40h, voire 50.
TJ : Je lis en moyenne 10 à 12 pages par heure. Voilà, c’est la moyenne, sur le Seigneur des Anneaux.

Tolkiendil : Souhaitez-vous ajouter quelque chose ? Un mot de la fin pour qualifier cette expérience de lecture ?

« Lire le Seigneur des Anneaux, pour moi, c’est entrer dans cette tradition orale des vieux contes et des vieilles histoires sur lesquelles s’est basé Tolkien aussi pour écrire son œuvre. »
TJ : Ah, c’est pas mal ça… Euh [rires] bonne question. Oui, bah que, c’est ce dont je parlais tout à l’heure, c’est que lire le Seigneur des Anneaux, pour moi, c’est entrer dans cette tradition orale des vieux contes et des vieilles histoires sur lesquelles s’est basé Tolkien aussi pour écrire son œuvre. Et donc pour moi, lire et entendre à haute voix le Seigneur des Anneaux, c’est quelque chose de très très particulier, peut-être plus encore qu’un autre roman, parce qu’il y a cette tradition orale du conte qui est dedans. Donc j’espère, d’abord que ceux qui connaissent très bien l’œuvre vont aimer tous les choix qui ont été faits et la manière dont je lis, mais j’espère aussi surtout faire découvrir l’œuvre à d’autres qui se disent peut-être « Ah, c’est un gros livre, j’aurai jamais le courage de le lire » et, peut-être même, de leur donner envie de le lire après, ça c’est mon rêve, mon plus grand rêve.

Remerciements

Nous remercions sincèrement Thierry Janssen pour sa bonne humeur hobbitique, Valérie Lévy Soussan, présidente-directrice générale, Pauline Rohmer, chef de produit marketing et contact presse et Ludivine Payen, assistante éditoriale, de Audiolib pour leur généreuse invitation à cette découverte fascinante, ainsi que Jean-Jacques Quinet et Isabelle Soumeryn-Schmit, les ingénieurs sons du Studio 5/5 qui nous ont accueillies chaleureusement dans leurs charmants locaux.

Leur passion au service de la réalisation de ce livre-audio exceptionnel nous a touché et nous espérons que cette interview pourra vous permettre de la ressentir également.

Thierry Janssen, l’équipe d’Audiolib et du Studio 5/5

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tolkien/interviews/thierry_janssen_sda_audio.txt · Dernière modification: 01/05/2018 13:22 par Zelphalya
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