Interview de Daniel Lauzon

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L'Arc et le Heaume n°2 - Les Animaux chez Tolkien.

L'Arc et le Heaume n°2 - Les Animaux chez Tolkien

 Daniel Lauzon Interview réalisée par S. Veyrié en 2008-2009

A l’origine prévue lors du passage de Daniel Lauzon à Paris, issue de discussions se déroulant, toujours devant une bière, à quelques pas de là où fut réalisée celle avec Vincent Ferré, puis d’échanges électroniques à travers l’océan et les décalages horaires, cette interview a été construite par morceaux pour aboutir à celle qui est présentée ici. Elle permet de découvrir Daniel Lauzon, traducteur québécois et formidable cheville ouvrière du programme de traduction de J.R.R. Tolkien en français, langue par là privilégiée pour la diffusion de son œuvre.

À quand remonte votre première lecture de Tolkien ?

Si ma mémoire est exacte, j’ai ouvert Le Seigneur des Anneaux pour la première fois à l’âge de quatorze ans (c’était donc il y a seize ans). Le souvenir de cette première lecture m’est resté très clairement en mémoire. C’était en décembre, et depuis l’atmosphère des Fêtes est restée associée à cette petite carte de la Comté que j’essayais de déchiffrer à la lueur du sapin de Noël. J’ai terminé Le Retour du Roi le dernier jour de l’année, profondément ému par ce que je venais de lire. Ce fut véritablement l’une des expériences marquantes de ma jeunesse. Depuis, je n’ai jamais complètement arrêté de lire et de relire Tolkien.

Êtes-vous complètement bilingue ?

Le bilinguisme est une notion toute relative dont la définition varie beaucoup d’une personne à l’autre. Pour certains il suffit de pouvoir soutenir une conversation en anglais pour se considérer comme « complètement bilingue ». Je comprends parfaitement l’anglais, je le parle même assez bien, mais c’est en lisant Tolkien que j’ai acquis les bases de mon anglais « littéraire ». Personnellement, je ne pense pas qu’il soit possible d’être complètement bilingue (en vient-on même un jour à connaître parfaitement sa langue maternelle ?). Mais comme j’étais déjà capable de lire les HoMe quand j’étais adolescent, ces textes ne me causent plus aujourd’hui beaucoup de difficulté… À l’époque, c’était beaucoup plus ardu, c’est vrai !

Comment êtes-vous devenu traducteur ?

Eh bien, comme j’ai constaté que j’étais doué pour les langues (il fallait bien que je sois bon à quelque chose !), et que j’habite Montréal, une ville qui marie depuis toujours l’anglais et le français québécois, il semblait logique de traduire pour gagner ma vie. J’ai étudié trois ans à l’Université de Montréal pour devenir traducteur ; et quelqu’un est venu me cueillir à l’arbre, fraîchement diplômé, pour traduire Tolkien : Vincent Ferré pour ne pas le nommer.

Que traduisez-vous, quand vous ne traduisez pas Tolkien ?

Ces dernières années, j’ai pu me consacrer exclusivement à la traduction littéraire, ou du moins, à la traduction de livres. À part Tolkien, j’ai traduit quelques romans historiques et un ouvrage scientifique qui ont été publiés à Montréal.

Comment en êtes-vous venu à traduire les History of Middle-earth (HoMe)?

A l’époque (certains s’en souviendront, c’était au début du nouveau millénaire, avant la sortie des films), j’avais fait un site, Elostirion, qui s’intéressait à « trilogie » de Jackson, un site qui comme un météore est passé très vite, mais a connu une vie fulgurante (et beaucoup plus de succès que je ne l’avais cru possible). C’est grâce à Elostirion, où je proposais des traductions de ce qui paraissait sur les sites anglophones, que je me suis fait connaître en France dans le milieu « cybertolkienien ». Je dois aussi mentionner le site JRRVF, qui lui existe encore, et par lequel Vincent Ferré a entendu parler de moi. Deux choses ont fini par se savoir, je suppose : que j’avais une certaine connaissance de l’œuvre de Tolkien, et certaines aptitudes pour la traduction. Vincent caressait l’ambition de réviser la traduction du Seigneur des Anneaux, et il m’a contacté, entre autres personnes, pour que nous fassions équipe, et nous avons travaillé à ce projet pendant quelques années, à intervalles. Il a dû être satisfait de mon travail, car il m’a ensuite proposé de collaborer à la traduction du troisième volume des History of Middle-earth, ce qui s’est concrétisé. Il était entendu que je traduirais aussi le cinquième volume ; pour le quatrième, Vincent avait pensé à quelqu’un d’autre, qui n’a finalement pas trouvé le temps de le faire, et je me suis donc retrouvé seul héritier de la série des History of Middle-earth en français.

Et qu’en est-il maintenant de la révision du Seigneur des Anneaux ?

Ce projet n’est pas abandonné, mais Vincent Ferré a dû accorder la priorité à la traduction et la préparation des ouvrages encore inédits en français, dont plusieurs sont maintenant parus : les Lettres , la série Histoire de la Terre du Milieu (trois tomes en autant d’années), Les Monstres et les critiques… Puis il y a eu les « imprévus », comme Les Enfants de Húrin et La légende de Sigurd et Gudrún. Mais la révision du Seigneur des Anneaux devrait bientôt revenir à l’ordre du jour, si tout va bien.

Avez-vous rencontré Christian Bourgois ?

Oui, une fois. C’était deux ans avant sa disparition, lors de mon passage à Paris en septembre 2006. Il m’a fait l’effet d’un homme hors du commun, une espèce rare, peut-être en voie d’extinction. Un homme d’une remarquable intelligence qui a eu une vie bien remplie. Je lui ai peu parlé, car j’avais un peu l’impression d’être un gamin devant lui, et j’étais captivé par ses histoires et ses anecdotes. Et pourtant, la maladie l’avait déjà affaibli, et je n’ai pas eu la chance de le rencontrer de nouveau. (NdlR : Christian Bourgois est décédé le 20 décembre 2007.)

Quel effet cela vous a-t-il fait de prendre la succession d’Adam Tolkien ?

Au début, c’était difficile à croire, mais on s’habitue ! Au final, c’est un travail comme un autre, mais j’ai bien conscience de la chance que j’ai, et j’espère que les lecteurs porteront envers moi un jugement favorable.

Avez-vous rencontré Adam Tolkien ou Christopher Tolkien, pour des points de traduction ?

Non. Je n’ai jamais été en contact avec Christopher, même s’il a entendu parler de moi ; et les rares fois où j’ai conversé avec Adam, ce n’était pas en rapport avec mes traductions de HoMe. Mes relations avec le Tolkien Estate restent donc très limitées.

Quelle est la part de notes de Christopher Tolkien dans un volume des History of Middle-earth ? Est-t-il différent à traduire de son père ?

Les commentaires de Christopher Tolkien forment une part importante du tout. Parfois, traduire Christopher n’est pas moins difficile que de traduire l’auteur lui-même, en raison de la complexité parfois effarante des discussions ; mais c’est bien différent, car dans les commentaires je recherche avant tout la lisibilité et la concision. Je ne sens pas l’obligation de les suivre à la lettre, cherchant plutôt à rendre le plus exactement et le plus clairement possible chaque détail de telle analyse, de telle synthèse, de tel raisonnement. Il n’en demeure pas moins que, en tant qu’éditeur des œuvres de son père, Christopher Tolkien a marqué toute la série des HoMe de sa personnalité, et j’ai tenté de la communiquer au lecteur.
En traduisant l’auteur, je recherche évidemment un style, un rythme, un ton particulier. C’est une tout autre dynamique de traduction. Le style général de la tradition du « Silmarillion », surtout dans les premières versions, ne semble pas directement transférable au français (Pierre Alien, qui a traduit Le Silmarillion, semblait le penser) : on l’a vu d’ailleurs dans la traduction des Contes Perdus d’Adam Tolkien, qui en soulignait lui-même l’« étrangeté » dans sa Note du traducteur. Pour ma part, je pense avoir traduit dans une perspective semblable à la sienne, à ce détail près que, même si je suis parfaitement bilingue où à peu près, le français reste ma seule langue maternelle, et je reconnais ce qui choque l’oreille, ce qui tient du français et ce qui lui demeurera toujours étranger, quelle que soit la licence que puisse s’accorder le traducteur de textes aussi singuliers.

À quel rythme travaillez-vous ?

Mon rythme s’est accéléré au fur et à mesure que j’ai fait mes armes ; mais en moyenne je traduis de quatre à cinq pages par journée de travail, tout dépendant de leur difficulté. Ensuite, il faut se relire !

Vous avez déjà de beaux volumes dans votre bibliothèque, avec votre nom dessus : Les Lais du Beleriand, La Formation de la Terre du Milieu, La Route Perdue…

Oui, et il y en aura bientôt un autre, car je viens de terminer la traduction de l’édition annotée de Bilbo le Hobbit par Douglas A. Anderson, publiée en 2002 dans sa version anglaise. Pour ceux qui ne la connaissent pas, il s’agit d’une belle édition illustrée, enrichie de notes et de commentaires qui retracent, d’une part, la genèse de l’œuvre, les sources littéraires qui ont influencé Tolkien le conteur ; et d’autre part, les changements qu’a connus le texte de Bilbo le Hobbit dans ses éditions successives, notamment dans celle de 1951 en vue de la publication du Seigneur des Anneaux. Mais je ne fais que résumer. Il y a également les illustrations, extrêmement nombreuses : celles que Tolkien a réalisées pour Bilbo le Hobbit, oui, mais aussi des dizaines et des dizaines d’illustrations tirées des éditions étrangères, que la plupart des lecteurs découvriront sans doute pour la première fois. Et il y a toute une section consacrée aux traductions de Bilbo le Hobbit.
Et si je peux me permettre d’en parler tout de suite, parce que ce projet n’est pas encore complètement sur les rails, mais il est en bonne voie : je pense m’occuper, très bientôt, de la révision de Bilbo le Hobbit. La traduction de Francis Ledoux date de 1969 et n’a jamais été revue ; elle présente un peu les mêmes défauts que celle du Seigneur des Anneaux, alors ce sera l’occasion de corriger bon nombre d’erreurs, bien sûr, mais aussi de donner un nouveau souffle à ce texte si vivant, encore très apprécié de nos jours par de nombreux lecteurs. L’édition annotée devrait intégrer le texte révisé.

Avez-vous rencontré Delphine Martin, et suivant quels critères Vincent Ferré répartit-il le travail entre vous deux ?

Selon les mots mêmes de Vincent Ferré, Dominique Bourgois et lui me considèrent comme le traducteur attitré, ou principal si vous voulez, des œuvres de Tolkien en français, sauf cas particuliers ; la traduction des Lettres et celle des Enfants de Húrin a ainsi été confiée à Delphine Martin par Christian Bourgois lui-même, et pour Les Monstres et les critiques tout comme pour La Légende de Sigurd, les compétences linguistiques de Christine Laferrière la désignaient comme traductrice. Mais lorsque la révision de Bilbo le Hobbit s’est présentée, j’ai de nouveau été sollicité.

Avez-vous travaillé avec Elen Riot ?

Très peu. Vincent Ferré dirigeait les deux traductions à la fois et s’est chargé de les coordonner ; mes remarques adressées à Elen Riot concernaient surtout les points soulevés dans les commentaires et les notes. J’ai relu une partie des poèmes et formulé quelques suggestions qui ont été suivies lorsqu’elles étaient bonnes.

Que pensez-vous de son travail ?

Quand j’ai eu la chance de rencontrer Vincent à New York City il y a quelques années et qu’il m’a annoncé qu’il avait trouvé quelqu’un pour traduire les Lais, je lui ai répondu que cette personne devait être folle, car la tâche m’apparaissait insurmontable. Elen Riot l’a surmontée. Elle était peut-être la mieux placée pour le faire, car elle écrit de beaux vers, et Tolkien n’est pas sa spécialité : à mon avis il fallait un traducteur capable de faire les sacrifices qui s’imposent inévitablement lorsqu’on traduit de la poésie, sacrifices que la conscience de l’« exégète » tolkienien ne lui permet pas habituellement de faire.
Il manque peut-être certaines choses à cette traduction (ce qui d’ailleurs est vrai dans la plupart des cas), mais elle s’adresse avant tout aux lecteurs qui ne peuvent aborder ces œuvres très difficiles dans leur langue originale, et à ceux pour qui la résonance spéciale de leur langue maternelle est indispensable ; les lecteurs plus exigeants et plus assidus n’auront d’autre choix que de lire la version originale, et c’est d’ailleurs pourquoi elle apparaît dans l’édition française pour le poème le plus ardu, le splendide Lai de Leithian.

Qu’en est-il des traducteurs de la « première génération » : Francis Ledoux, Tina Jolas ?

J’ai dit depuis longtemps ce que je pensais du Seigneur des Anneaux de Ledoux, pour avoir regardé sa traduction de très près : je ne souscris pas à l’idée selon laquelle il aurait fait un travail bâclé, sans soin et sans âme ; à mon avis sa traduction est fort belle, et un fait le prouve, c’est qu’elle nous a tous touchés lorsque nous l’avons lue pour la première fois, comme The Lord of the Rings a touché des millions de lecteurs anglophones ; et le livre a connu un grand succès en France et ailleurs en francophonie, comme il se devait.
Traduire The Lord of the Rings était une tâche colossale (qu’on pense, par exemple, à la quantité de noms propres qu’il a fallu « inventer » à mesure, et que Tolkien, lui, a travaillés pendant des années), ce qui à mon avis excuse amplement les étourderies, assez nombreuses il est vrai, que l’on trouve dans la traduction de Francis Ledoux. Nombre de ces erreurs sont d’ailleurs des fausses interprétations bien compréhensibles, venant d’un traducteur qui ne disposait que d’un Bilbo le Hobbit comme texte de référence, en cet âge sombre d’avant la publication du Silmarillion que beaucoup d’entre nous n’ont pas connu. Aujourd’hui, si cette traduction n’est pas parfaite, il n’est pas difficile de l’améliorer pour en faire ce qu’on croit qu’elle aurait dû être. Après, tout est une question de goût.
Quant à Tina Jolas, selon moi, elle a réalisé une traduction digne de ce nom pour les Contes et légendes inachevés , encore que je ne l’aie pas relue depuis un bon moment. Vous ne me demandez pas ce que je pense de la traduction du Silmarillion : je n’en dirai donc qu’une seule chose, c’est que j’en pense la même chose que vous.

Durant l’interview des traducteurs de Tolkien, sur le chat de Tolkiendil au début de l’année 2008, vous aviez tous insisté sur la beauté des Enfants de Húrin. Comment s’est organisée la traduction de Delphine Martin et celle des Lais du Beleriand ? Votre texte a-t-il été repris lorsqu’il correspondait, ou s’approchait, de ceux présentés dans cet ouvrage ?

Elen Riot était chargée de traduire le Lai des Enfants de Húrin dans Les Lais du Beleriand . Delphine s’y est sans doute référée, notamment pour la traduction des noms propres, lorsque cela s’applique, mais je ne saurais vous dire quelle a été sa démarche exacte, car je n’ai pas collaboré à cette traduction directement.

Traduisant La Formation de la Terre du Milieu , ne vous êtes vous pas retrouvé dans la position d’un traducteur « scientifique » des manuscrits de la Mer Morte, démêlant une œuvre ancienne, religieuse et contradictoire ?

Ces textes anciens, on parle ici de la deuxième moitié des années 1920, sont étonnamment cohérents d’un point de vue interne ; et lorsqu’il y a contradiction, Christopher Tolkien s’est chargé de faire le travail à ma place, et il le fait admirablement bien. J’ai dû, évidemment, « coordonner » mes traductions, car plusieurs de ces textes se recoupent. Mais la plus grande difficulté restait pour moi l’étrangeté du style, comme je le disais tout à l’heure, liée à ce caractère presque biblique que vous évoquez. Comment faire pour traduire l’étrangeté , sans qu’on y voie à la place un défaut de traduction ? J’ai cherché à utiliser toutes les ressources de notre langue dont je pouvais me servir (mais je ne prétends pas les connaître toutes). J’aurais pu, à certains endroits, m’éloigner un peu plus de la lettre, mais j’étais souvent contraint par la forte interdépendance des textes. En effet, on y trouve des tonnes de correspondances qui ne riment à rien si le traducteur ne cesse de transformer et d’« embellir ». Mais j’ai tendance à moins transformer que d’autres traducteurs, peut-être parce que je me sens moins lié à une certaine « francitude » qui m’obligerait à tout adapter à la spécificité française – ce qui était monnaie courante autrefois.

Le texte de « La Route Perdue », dans l’ouvrage du même nom, a plus la forme d’un roman moderne destiné à la publication, comme le sont Bilbo le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux. Quel effet cela vous a-t-il fait de traduire ce texte différent des textes plus « mythologiques », avec une ébauche dans lequel on sent que Tolkien se représente…

Cette rupture de ton était stimulante pour moi. Je pense d’ailleurs, si ma mémoire est bonne, que c’est la première chose que j’ai traduite dans ce volume. Mais on retourne très vite à la « mythologie », car après les deux premiers chapitres vaguement autobiographiques qui se déroulent au vingtième siècle, l’action se transporte à Númenor, et le caractère très onirique du récit s’affirme encore plus nettement. C’est d’ailleurs ce qui m’attire le plus dans ce texte, cette atmosphère de rêve qui s’en dégage. Dommage que Tolkien n’ait pas pu continuer sur cet élan.

Comment cela s’est-il passé pour la traduction des Étymologies ?

Malgré une certaine appréhension, car traduire un dictionnaire n’est pas, a priori , une tâche simple, j’ai plongé dedans sans trop me poser de questions, en commençant par les A, puis les B, et ainsi de suite. J’entrevoyais d’importants ajustements en cours de route, mais au bout du compte, j’ai été surpris de constater que ce texte ne soulevait aucune difficulté majeure, et j’ai continué dans l’ordre alphabétique, mais en gardant un rythme très soutenu pendant quelques semaines, question de ne pas oublier mes équivalences et de rester cohérent dans mon traitement des entrées. Je pourrais vous dire combien ce fut exigeant et pénible, mais pour être honnête, je me suis vraiment amusé.

Avec l’édition séparée des Étymologies, vous aurez un volume de plus à votre nom !

C’est une initiative que j’applaudis et qui vient entièrement de Dominique Bourgois. Depuis que Christopher Tolkien l’a rendu disponible, ce texte revêt une grande importance pour quiconque s’intéresse à l’invention linguistique de Tolkien. Par son caractère unique, il se prêtait bien à une édition séparée, détachée du contexte de l’Histoire de la Terre du Milieu, et c’est l’idée que Dominique Bourgois a eue.

Comment se profile la suite des HoMe ?

Elle est envisagée, mais encore vaguement. La prochaine étape serait de publier les tomes VI à IX, et comme ils concernent très largement Le Seigneur des Anneaux , ce serait une bonne idée de les aborder en même temps que la révision de la traduction de Francis Ledoux dont nous parlions tout à l’heure. Mais la maison Bourgois songe pour l’instant aux livres qui sont déjà en préparation : l’édition annotée du Hobbit et La légende de Sigurd . Cela fait déjà deux nouveautés au catalogue, et La Route Perdue sortait il y a un an à peine.

Si oui, vous pensez avoir Tolkien avec vous toute la journée pendant combien d’années ?

Qui sait ? Je n’y verrais d’ailleurs aucun inconvénient, vous savez !

Tolkien va-t-il faire de vous un homme riche ?

Je ne pense pas ! À moins que tous les lecteurs de L’Arc et le Heaume achètent un exemplaire des HoMe… Non, dix !

Vincent Ferré est-il un dictateur sadique et ultra-exigeant ?

Ceux qui le connaissent un tant soit peu auront compris que votre question est ironique. Vincent me laisse plus de liberté que je pourrais en souhaiter. Il exige le minimum, c’est-à-dire de la rigueur et de la lucidité. En plus, je lui donne l’intelligence et la modestie…
Vincent est lui aussi un homme remarquable : personne ne lui ressemble que je connaisse. Nous sommes bons amis. Il sait ménager la chèvre et le chou sans rien compromettre, et c’est pourquoi il réussit tout ce qu’il entreprend. Et, jonglant de la sorte, tel un missionnaire il répand le bien autour de lui. Il n’est pas étonnant de le voir maintenant en si bonne estime. Sérieusement, je vous le dis : sans Vincent Ferré, la France serait inconsolable !

Comment travaillez-vous avec lui d’un bord de l’océan à l’autre ?

Dans les semaines tranquilles, une dizaine de courriels suffisent… Parfois, nous travaillons par téléphone ; et je le visite à Paris au moins tous les cinq ans.

Vous avez publié avec lui un article dans une série sur la traduction de Tolkien. Comment l’idée est-elle née et où peut-on se le procurer ?

Cet article, publié en anglais, est en partie le fruit de notre travail sur la révision du Seigneur des Anneaux . Il y est question de la traduction de Francis Ledoux, de ses particularités, et des difficultés de traduction spécifiques au français. L’article dresse également un historique de la publication des ouvrages de Tolkien chez Christian Bourgois, et de l’accueil réservé à ses œuvres par le public et la presse française. On peut le trouver dans le recueil intitulé Tolkien in Translation , publié sous la direction de Thomas Honegger chez Walking Tree Publishers (http://www.proaktiva.ch/walkingtree/).

La maison Bourgois a historiquement une grande tradition d’introduction dans le monde francophone d’auteurs étrangers, dont anglo-saxons. Vous a-t-elle proposé d’autres traductions ?

Pas jusqu’à présent. Je pense bien que la maison Bourgois ne manque pas de traducteurs, justement parce qu’elle publie tant de livres étrangers depuis si longtemps. Mais vous savez, lorsqu’on est un jeune traducteur comme moi, on reçoit souvent des propositions qui reflètent notre courte expérience, et Tolkien est un auteur unique chez Bourgois : je veux dire que la maison Bourgois ne publie pas d’auteurs du même genre. Mais avec le temps, et souvent le hasard, on arrive à élargir notre palette, ce que j’ai eu l’occasion de faire l’an dernier avec un ouvrage d’astrophysique.

Cela dit, Tolkien me rend parfaitement heureux. Tolkien est-il lu au Québec plutôt en français ou en anglais ?

En français, d’abord et avant tout ; mais comme en France, un certain nombre de lecteurs choisissent d’aller directement à la source pour découvrir Tolkien dans sa langue maternelle.

À Montréal, toutes ses œuvres sont disponibles dans les deux langues. Y a-t-il une importante activité autour de Tolkien là-bas ?

A ma connaissance, non. On a souvent dit que Tolkien ne recevait pas autant d’attention qu’il le méritait en France, mais cela n’est plus vrai, je pense. Tous les lecteurs, les rôlistes comme les universitaires, ont trouvé différents points de rassemblement sur le Web il y a de cela quelques années déjà, et on a pu constater qu’ils étaient nombreux. Aujourd’hui, cette effervescence déborde des confins de la toile. Au Québec, ce phénomène ne s’est pas manifesté. Tolkien reste un auteur connu et apprécié, mais dont on parle rarement dans les grands médias (ce qui sans doute ne vous étonnera pas).

Notre accent parisien est-il supportable ?

Le français parisien est ma troisième langue : indispensable quand on voyage à l’étranger sans sa chemise à carreaux…
 
tolkien/portraits/interviews/daniel_lauzon/ah_2.txt · Dernière modification: 24/09/2014 17:43 par Druss
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