La représentation cartographique chez J.R.R. Tolkien

Simon Ayrinhac – novembre 2016
Note de lectureNotes de lecture : En tant que présentations ou compilations, ces articles sont les plus accessibles à tous les lecteurs. Aucune connaissance sur J.R.R. Tolkien n'est requise.
Cet essai a été publié sur Tolkiendil à l’occasion du centenaire de la présence de J.R.R. Tolkien dans la Somme. Cet article a été écrit pour un tome ultérieur de la série Tolkien, le façonnement d'un monde publiée par Le Dragon de Brume.

Représentations cartographiques

La carte de la Terre du Milieu encartée dans le Seigneur des anneaux est devenue iconique. Celle-ci a été largement reprise dans l’hexalogie filmique de Peter Jackson, ou par les illustrateurs « officiels » tels que John Howe1) ou Pauline Baynes2), adoubée par Tolkien lui-même. La présence d’une carte est désormais un lieu commun pour tous les univers de fantasy qui ont succédé au Seigneur des anneaux. Ainsi, 34% des romans de fantasy contiennent une ou plusieurs cartes, selon les calculs de Stefan Eckman basés sur un échantillon aléatoire de 200 ouvrages3). L’esthétique pseudo-médiévale de la carte du Seigneur des anneaux, en vue aérienne (bird's-flight view en anglais), est désormais incontournable et a été reprise par de nombreux auteurs. Citons, par exemple, David et Leigh Eddings dans leur cycle de La Grande guerre des dieux4) ou Ursula K. Le Guin dans son cycle de Terremer5). Ainsi, selon S. Eckman « la vaste majorité des cartes suit le modèle basique établi par les deux cartes de la première édition de la Fraternité de l’Anneau6).» Il faut dire aussi qu’une écrasante majorité de ces ouvrages est postérieure à 1971, et donc postérieure à la parution du Seigneur des anneaux (1954-1955).

Stefan Eckman a répertorié six catégories de représentation des reliefs. Tolkien en a essentiellement utilisé trois types : les hachures, les courbes de niveau et la vue aérienne, avec parfois un mélange des trois. Ces trois types de représentations ont été repris et amplifiés par trois dessinateurs-cartographes différents : la vue aérienne par Pete Fenlon (né en 1955) pour le jeu de rôles MERP (JRTM en français), les hachures par Karen Wynn Fonstad (1945-2005) dans The Atlas of Middle-Earth et les lignes de niveau par Barbara Strachey (1912-1999) dans l’Atlas du Seigneur des anneaux7). Au contraire du travail cartographique « fragmenté » de Tolkien, au service d’un récit en train de se construire, tous ces auteurs se caractérisent par leur volonté de saisir l’ensemble de la Terre du Milieu de manière homogène et uniforme, et donc avec la nécessité d’« interpoler », c’est-à-dire d’inventer lorsque les régions sont laissées vierges.

Tolkien a dessiné des cartes d’ensemble avant d’écrire son histoire, et elles étaient complétées à mesure de l’avancement du Seigneur des anneaux. C’est son fils Christopher Tolkien qui a redessiné la carte de la Terre du Milieu, à partir de différentes ébauches plus ou moins achevées de son père. Sur la carte du Comté notamment, son père lui a laissé une certaine liberté pour réinterpréter ses ébauches. Or la représentation en vue aérienne est à l’initiative de Christopher plutôt que de Tolkien, qui dessinait plus volontiers à l’aide de hachures ou de courbes de niveau (contour lines en anglais).

Les courbes de niveau

La production cartographique de Tolkien est dominée par l’utilisation des courbes de niveau (voir Table 1), qu’il utilise à partir des ébauches jusqu’aux cartes « définitives » en passant par des degrés divers de finition. Pour les cartes les plus abouties, par exemple la carte des Montagnes Blanches et de la Pierre d’Erech et surtout celle du Retour du Roi représentant le Gondor et le Mordor8), le résultat est saisissant et donne une impression de réalisme, comme si l’auteur avait fait les relevés sur le terrain. Or une carte de fantasy n’est pas à proprement parler une carte, car une carte re-présente ce qui est déjà là, mais plutôt une carte de fiction qui crée le monde de la carte9). Aussi des variations du relief sont tout aussi envisageables, et une certaine sensibilité artistique est à prendre en compte. Un bon exemple est donné par Barbara Strachey qui utilise aussi des courbes de niveau pour figurer les reliefs mais qui propose un modelé du terrain très différent de celui de Tolkien. De plus, les lignes de niveau viennent combler des régions laissées vierges par Tolkien.

Titre ou Nom Officiel Auteur Référence(s) Courbes de niveau
Le Hobbit Thror’s Map final art” Tolkien AotH fig. 28 p. 53 ; Hob.
“Map of the Lonely Moutain and surrounding lands” Tolkien AotH fig. 83 p. 119
“Wilderland” Tolkien AotH fig. 88 p. 124
Wilderland, final art” Tolkien AotH fig. 89 p. 125
Le Silmarillion Première carte du Silmarillion Tolkien HoMeIV p. 241
Seconde carte du Silmarillion Tolkien HoMeV p. 407 ; HoMeXI p. 182
Carte finale du Silmarillion Christopher T. Silm.
Le Seigneur des anneaux “Earliest map of the Shire” Tolkien AotLR fig. 11 p. 26
6 “Map(s) of the Shire” Tolkien AotLR fig. 12-18 p. 30-36 ✔✔✔✔✔✔
“A part of the Shire” Christopher T. AotLR fig. 19 p. 37 ; SdA FdA
“The ‘First Map’ of Middle-Earth” Tolkien HomeVII p. 309 ; AotLR fig. 70 p. 96
“The ‘Second Map’ of Middle-Earth” Tolkien HoMe VIII p. 434 ; AotLR fig. 104 p. 136
“Map of the northern part of Middle-Earth” Tolkien AotLR fig. 157 p. 200
“Map of the southern part of Middle-Earth” Tolkien AotLR fig. 158 p. 201
“Map of the northern part of Middle-Earth” (2) Tolkien AotLR fig. 159 p. 202
Carte de la Terre du Milieu Christopher T. SdA
Carte de la Terre du Milieu Christopher T. CLI
“Map of Rohan, Gondor and Mordor” Tolkien AotLR fig. 161 p. 206
Rohan, Gondor, Mordor Christopher T. SdA RR

Table 1. Liste des cartes10).

Les courbes de niveau représentent le relief sous la forme de lignes qui relient les points de même altitude. Ces courbes obéissent à un certain nombre de règles strictes : toutes les lignes doivent se fermer, une ligne ne peut pas en couper une autre, etc. Leur interprétation permet de connaître la topographie du terrain. Par exemple, plus les courbes sont serrées et plus le terrain est pentu. La représentation par courbes de niveau ne peut prétendre être seule garante d’une bonne information livrée au lecteur. On rajoute un ombrage pour faciliter la lecture du relief. Il faut faire un choix dans l’intervalle de hauteur entre les courbes : si l’intervalle est trop grand, il y a une perte évidente d’informations topographiques, et si l’intervalle est trop faible, la carte est surchargée de lignes et devient confuse. Un problème subsiste pour une simple courbe fermée : représente-t-elle une cuvette ou un sommet ? Cette ambiguïté de lecture doit être levée par l’ajout d’un symbole et le positionnement du point le plus haut ou le plus bas.

On pourrait être tenté de croire que seuls les moyens les plus modernes (photogrammétrie, GPS, etc.) permettent de restituer les courbes de niveau. En fait leur invention est ancienne. Elles sont apparues en 1737, mais ne supplantèrent les hachures que vers la seconde moitié du XIXe siècle11). Elles ont, à l’origine, été créées pour les lignes d’égale profondeur d’eau, appelées isobathes. L’usage des courbes de niveau en cartographie s'est ensuite étendu à tous les pays d’Europe.

En de nombreuses occasions, Tolkien ne respecte pas les règles fondamentales qui régissent la représentation des courbes de niveau. L’enchevêtrement des courbes peut rendre leur parcours fautif. Par exemple, l’utilisation de lignes de niveau pour signifier des contreforts montagneux s’avère problématique lorsque ces lignes ne sont tracées que d’un seul côté d’une crête (voir Figure 1 ci-dessous).

Carte des Monts d'Angmar

Figure 1. Illustration des difficultés à tracer des courbes de niveau conformes12) :
(1) courbe non fermée
(2) courbe n’ayant pas son complémentaire de l’autre côté de la crête
(3) superposition de deux courbes : falaise abrupte ou tracé approximatif ?

C’est donc une technique difficile à mettre en œuvre et plutôt longue. En effet, une montagne, représentée simplement par deux traits en vue aérienne, doit être représentée en courbes de niveau par un lacis complexes de lignes. Il faut ajouter les inévitables erreurs manuelles lors de la duplication. Par exemple, la très jolie carte de la partie nord de la Terre du Milieu13) est fausse par rapport à l’ébauche qui la précède et à la version finale, car un carreau de trop s’est glissé entre les Collines d’Evendim et la Baie de Forochel. Sans surprise, c’est la méthode la moins utilisée par les auteurs de fantasy, avec une proportion estimée à 0.3-7.6% sur la totalité des cartes14). Cela pourrait expliquer les difficultés de Tolkien à produire des cartes valables (à ses yeux en tout cas) et dans les temps pour son éditeur.

La Première Carte du Silmarillion est exemplaire de cette méthode. Elle représente la partie centrale du Beleriand, à laquelle ont adjointes deux extensions, est et ouest. La région concernée est entièrement couverte de lignes de niveaux, ce qui est exceptionnel en considérant que dans toutes les autres cartes seuls les reliefs proéminents sont représentés. Les altitudes y sont indiquées par des chiffres de 1 à 10 : les Montagnes de Fer et le Thangorodrim atteignent l’altitude 10, le lac Mithrim est à une altitude négative (-2). Malgré une volonté manifeste de précision, le modelé du relief est plutôt grossier et n’est pas exempt d’erreurs. Il existe ainsi un ample hiatus dans la topographie, qui nécessiterait une restructuration profonde pour être corrigé. En effet, la ligne marquée 4 en haut de la carte (en carré 7c, près de Gondolin) devient 7 en bas de la carte (en carré 11f, à côté de la mention « ORC-RAIDS »). Ces deux indications sont simplement incompatibles, et montrent que Tolkien a plutôt travaillé région par région.

Les lignes de niveau donnent une information plus fine sur le relief que celle donnée par la carte en vue aérienne, qui ne présente que des reliefs très prononcés, à la fois dans leur extension et dans leur forme (collines ou montagnes). On découvre donc ici et là de nouvelles données géographiques qui n’apparaissent pas sur la carte canonique. Donnons-en quelques exemples :

L’information la plus remarquable concerne la Forêt de Fangorn, qui, dès les premières esquisses20), est conçue comme une excroissance des Montagnes de Brume (voir Figure 2 ci-après). Les courbes de niveau suggèrent une forêt implantée sur de larges contreforts montagneux, qui descendent en pente douce. La forêt de Fangorn, figurée par un à-plat vert, prend donc ses racines directement dans la montagne, c’est donc naturellement que Barbebois chante « Ents the earthborn, old as mountains21)

Carte de la forêt de Fangorn

Figure 2. Comparaison des représentations de la forêt de Fangorn.

Christopher déclarait, à propos de la carte redessinée pour les Contes et légendes inachevés :

« La reproduction minutieuse […] de la carte que j’ai dressée hâtivement il y a vint-cinq ans, ne signifie nullement que sa conception et son exécution présentent des qualités éminentes. J’ai longtemps regretté que mon père ne l'ait pas remplacée par une autre de sa façon. Toujours est-il qu’avec toutes ses imperfections et ses singularités, cette carte est devenue ‘La Carte’22)

On pourrait donc interpréter que « la façon » de Tolkien est une représentation en courbes de niveau, qui apporte une information plus détaillée et plus précise. Le changement de représentation et la duplication entraînent une certaine « dégradation » de la carte. Cette interprétation est confirmée par Christopher Tolkien :

« Inévitablement, la tentative de redessiner la carte entraîne plus qu’une simple copie […] ; dans un tel cas redessiner signifie interpréter. Mes dessins sont dans une certaine mesure plus simples, moins subtils, et plus catégoriques dans le détail que l’original, et bien sûr uniformes en apparence car ils ont été faits au même moment avec les mêmes stylos. Ces cartes sont donc insuffisantes en elles-mêmes comme substitut de l’original […]23). »

Se pencher sur les cartes originales n’est donc pas inutile pour retrouver la vision « vraie » qu’avait Tolkien de son monde.

Tolkien et la Première Guerre mondiale

À l'époque où Tolkien commença l’élaboration de son Légendaire, la représentation du relief en courbes de niveau est une méthode commune, car répandue en Europe depuis un siècle environ. Cependant, pour les atlas et autres cartes d'usage courant, les courbes de niveau ne sont pas forcément utilisées.

Comment Tolkien a-t-il pu développer une telle familiarité avec une technique aussi difficile ? Je vais essayer de montrer ici que Tolkien a été influencé par son expérience d’officier des transmissions durant la Première Guerre mondiale (6 juin - 8 nov. 1916), expérience qui a indubitablement marqué son écriture et son œuvre, comme l’a montré John Garth dans son ouvrage Tolkien et la Grande Guerre24).

Durant la Première Guerre mondiale (1914-1918), les Britanniques occupent une partie du front ouest, au nord de la France. La bataille de la Somme, qui débuta le 1er juillet 1916, a été très meurtrière pour les soldats britanniques. Durant cette bataille, Tolkien a participé à plusieurs assauts : la capture de la redoute de Schwaben (juil. 1916), la bataille de la crête de Thiepval (26-28 sept. 1916), et la capture de la tranchée Régina (1er oct.-11 nov. 1916). Tolkien est nommé officier de signaux du bataillon en juillet 1916. Son rôle consistait à envoyer des signaux par sémaphore ou en morse, à utiliser et entretenir un téléphone de campagne, des fusées ou des pigeons voyageurs. Selon Garth « il apprit aussi à lire des cartes25). » Ce rôle l’obligea à prendre en charge toutes les transmissions de son unité, donc à se pencher sur les cartes, car « il avait besoin de connaître les emplacements et les stations d’appel de toutes les unités coordonnées26). » Pour preuve, il existe une carte des tranchées annotée de la main de Tolkien27).

//Carte des tranchées de Tolkien//

Figure 3 : Carte des tranchées annotée par Tolkien, publiée dans le Tolkien Family Album, p. 40 et conservée à la Bodleian Library.

Les cartes sont très présentes sur le front. D'abord destinées à l'artillerie, les cartes se révélèrent nécessaires aux états-majors et à l'infanterie28). En France, la tache fut dévolue aux Groupes de Canevas de Tir qui dressèrent les plans directeurs. Durant toute la période de la bataille de la Somme, les Britanniques ont produit leurs propres cartes (appelées rench maps) via le British Ordnance Survey. Les cartes britanniques modifient la toponymie française ou flamande, difficile à prononcer pour un anglophone, et proposent des noms plus familiers, parfois inventés de toutes pièces. Les cartes comportent les plans détaillés des tranchées ennemies, mais elles ne montrent pas les tranchées du camp britannique.

Durant la guerre, les cartes ont été produites en quantités très importantes. Les cartes ont été éditées plusieurs fois en fonction de l’intensité des batailles. Par exemple on compte une quarantaine d’éditions pour la carte de Verdun. Elles ont été imprimées à des dizaines de millions d'exemplaires29) : côté britannique, ce sont 34 millions de cartes qui ont été produites ; côté allemand, l'état-major aurait fait imprimer 800 millions de cartes30) !

Sur toutes les cartes tactiques au 1:10 000, le figuré de terrain est représenté en courbes de niveau. Ces courbes sont peu précises car établies à partir de cartes de plus petite échelle, au 1:80 000. Elles furent complétées grâce à la prise de photos aériennes. À la fin de la guerre, les archives du Service Géographique comptent plus de 600 000 photographies du front occidental. La méthode employée était la suivante :

« L'examen stéréoscopique de deux épreuves voisines permettant de voir en relief leur partie commune, le dessinateur peut tracer sur l'une d'elles les lignes caractéristiques du terrain, puis les restituer à la chambre claire comme des lignes planimétriques ordinaires. Il est alors possible de modifier le tracé des courbes de façon à faire apparaître quelques mouvements de terrain négligés sur la carte au 80 00031). »

Un intervalle (contour interval) de 1 m se révéla trop confus, on adopta alors un intervalle de 5 m. Pour repérer les tranchées ou planifier ou diriger un tir indirect de l’artillerie, un repérage par quadrillage a été mis en place. Les Britanniques ont développé un système complexe de nomenclature permettant de repérer une position32).

Il existe des similitudes remarquables entre les cartes de Tolkien et les cartes britanniques de la Grande Guerre33) : un quadrillage carré permet un repérage par combinaison de lettres et/ou de nombres, les bois et les forêts sont figurés par du feuillé noir ou un à-plat de couleur verte, et surtout les courbes de niveau sont dessinées en bistre ou en noir, avec les cotes associées. Ces caractéristiques se retrouvent dans une majeure partie de la production cartographique de Tolkien, mais n’ont pas été reprises par son fils, ni par ses successeurs. Il est donc intéressant de constater que c’est Christopher qui est à l’origine de tout un pan de l’imaginaire de la fantasy, et non son père.

Carte de la région de Thiepval, en France.

Figure 4. Extrait de la carte « [Albert] 57d.SE, “B” Series, édition 1 », échelle 1:20 000, datée de 1915, McMaster University34).

La représentation cartographique chez Tolkien : un « art » de la Grande Guerre ?

Au vu des éléments ci-dessus, il est donc plausible que Tolkien ait été influencé par son expérience dans la bataille de la Somme en ce qui concerne la représentation cartographique. Pour représenter son monde fictionnel, il aurait privilégié la technique des courbes de niveau, dont il était familier, en s’affranchissant cependant des contraintes formelles de cette technique. Les courbes de niveau chez Tolkien sont « malléables », et sont au service d’un monde en train de se construire. Le relief naît d’un simple trait, qui peut représenter le contour d’un relief proéminent dans une esquisse, une forêt ou un contrefort montagneux, puis se concrétise, se consolide par un motif complexe de lignes concentriques. Cette utilisation des courbes de niveau accentue la croyance en un monde secondaire que le conteur nous restituerait au plus près, comme s’il l’avait arpenté lui-même.

L’art cartographique chez Tolkien est donc un art de la Grande Guerre, transposé de l’échelle des tranchées à l’échelle d’un continent entier. C’est là une caractéristique essentielle de la cartographie de Tolkien qui est d’utiliser les courbes de niveau pour des cartes à très petite échelle. Aux antipodes de la carte iconique qui a imposé une esthétique pseudo-médiévale, Tolkien propose une vision moderne de la Terre du Milieu : le nord est en haut, l’océan est à l’ouest dans une vision occidentaliste où l’est demeure vaste et mystérieux, les étendues glacées sont au nord et les zones tempérées sont au centre de la carte. L’esthétique archaïsante, probablement empruntée à la carte de Thrór du Hobbit, cache donc mal un substrat très moderne, qui relativise l’interprétation de la carte iconique comme un document intradiégétique. C’est bien Tolkien qui a dessiné la carte, et non quelque elfe ou nain érudit. Cette esthétique archaïsante apporte cependant une sensation d’ancienneté, profitable à la représentation mentale de paysages ou simplement à la rêverie, et témoigne de l’apport considérable de Christopher à l’œuvre de son père.

Voir aussi sur Tolkiendil

1) The Maps of Tolkien's Middle-earth, Brian Sibley and John Howe, Houghton Mifflin Harcourt (October 2, 2003).
2) Middle Earth map, Pauline Baynes, poster copyright © 1970 George, Allen & Unwin.
3) Here Be Dragons, exploring fantasy maps end settings, Stefan Eckman, Wesleyan University Press, 2013, p. 22.
4) Les cartes ont été dessinées par Shelly Shapiro. Dans le codex de Riva, David Eddings raconte comment, un matin avant d’aller travailler, il a griffonné une carte sur un bout de papier, « une carte d’un endroit qui n’a jamais existé, et qui est sans doute une impossibilité géologique .»
5) Voir son essai « Les rêves doivent pouvoir s’expliquer tout seuls » in Le langage de la nuit, éditions Aux Forges de Vulcain, octobre 2016.
6) Here Be Dragons, op. cit., p. 42.
7) Les différences de style entre K.W. Fonstad et B. Strachey pour le Comté ont été discutées par J.-R. Turlin dans son essai Une cartographie de la Comté publié pages 260-261 dans Tolkien, le façonnement d’un monde vol.2 (2014). On pourrait aussi évoquer la carte dessinée par Jo Hartwig (né en 1952) pour Le jeu de cartes à collectionner : les Sorciers qui présente une Terre du Milieu foisonnante de détails et de couleurs, comme si elle était vue d’un satellite.
8) Hammond & Scull, The Art of the Lord of the Rings, Fig. 130 et 161.
9) Here Be Dragons, op. cit., p. 20.
10) Pour avoir une vue d’ensemble, voir l’essai intitulé Index des cartes de la Terre du Milieu et d'ailleurs, de Julien Mansencal & Vivien Stocker, publié sur Tolkiendil en octobre 2012. Sur la signification des abréviations, voir le Système de référence tolkiendil.
11) Here Be Dragons, op. cit., p. 40.
12) Extrait d’une carte de Hammond & Scull, The Art of the Lord of the Rings, Fig. 159.
13) Hammond & Scull, The Art of the Lord of the Rings, Fig. 159.
14) Here Be Dragons, exploring fantasy maps end settings, Stefan Eckman, Wesleyan University Press, 2013, p.42.
15) , 16) , 18) Hammond & Scull, The Art of the Lord of the Rings, Fig. 159.
17) Hammond & Scull, The Art of the Lord of the Rings, Fig. 17.
19) Hammond & Scull, The Art of the Lord of the Rings, Fig. 70.
20) Hammond & Scull, The Art of the Lord of the Rings, Fig. 69.
21) Le Seigneur des anneaux, Livre 3, Chap.4.
22) Contes et Légendes Inachevés, Introduction de C. Tolkien, trad. fr. de Tina Jolas, éd. C. Bourgois, 1982
23) The History of Middle-earth, vol. VII, The Treason of Isengard, chap. XV.
24) Tolkien et la grande guerre, John Garth, Christian Bourgois éd. (2014).
25) Tolkien et la grande guerre, John Garth, Christian Bourgois éd. (2014), p. 125.
26) Tolkien et la grande guerre, John Garth, Christian Bourgois éd. (2014), p. 181.
27) J.R.R. Tolkien: Life and Legend: An Exhibition to Commemorate the Centenary of the Birth of J.R.R. Tolkien (1892-1973).
28) Rapport sur les travaux exécutés en 1914 du 1er août 1914 au 31 décembre 1919, Service Géographique de l'Armée, 1936, p. 100.
29) Rapport sur les travaux exécutés en 1914 du 1er août 1914 au 31 décembre 1919, op. cit., p. 104-105.
30) Mapping the First World War, Peter Chasseaud, Collins, 2013, p. 18.
31) Sur les travaux exécutés en 1914 du 1er août 1914 au 31 décembre 1919, op.cit., p. 104.
33) Précisons que Tolkien n’a jamais commencé sa mythologie dans les tranchées, mais plutôt durant sa convalescence, de retour en Angleterre, après avoir contracté la fièvre des tranchées. La Première Carte du Silmarillion a été réalisée avec L'Esquisse de la Mythologie vers 1926-1930 et dessinée sur une copie de l'université de Leeds, soit une quinzaine d'années après la guerre.