Table des matières

« Des verbes, une syntaxe ! Hourra ! »

Une évaluation préliminaire de la grammaire adunaïque dans les Notion Club Papers
par Patrick H. Wynne et Carl F. Hostetter
Textes de Tolkien © Tolkien Trust
traduit de l'anglais par David Giraudeau
Articles de synthèse : Ces articles permettent d’avoir une vue d’ensemble du thème traité mais ils nécessitent une bonne connaissance des principales œuvres de J.R.R. Tolkien.
Cet article est issu du fanzine à but non-lucratif Vinyar Tengwar n°24 paru en juillet 1992. Il présente une étude de la grammaire adunaïque telle que publiée dans le neuvième volume de la série The History of Middle-earth (éditée par le fils de J.R.R. Tolkien, Christopher Tolkien) intitulé Sauron Defeated. L’association Tolkiendil remercie le Tolkien Estate, ainsi que Carl F. Hostetter et Patrick H. Wynne pour leur permission de traduire ces textes en français, et de les inclure sur ce site Internet. Les textes sont © The Tolkien Trust 1992, 2006.

« À cet instant il y eut le son de pas bruyants, lourds et rapides, dans l’escalier de bois en-dessous. Il y eu un claquement de la porte, qui fut traversée à grand pas par Lowdham.
“J’ai quelque chose de nouveau ! cria-t-il. Plus que de simples mots. Des verbes ! Une syntaxe enfin !” Il s’assit et s’essuya le visage.
“Des verbes, une syntaxe ! Hourra ! se moqua Frankley. Et bien n’est-ce pas palpitant !”
»

– The Notion Club Papers (deuxième partie)

Jusqu’à récemment notre connaissance de l’adunaïque, la langue humaine ancestrale des Númenóréens, était limitée à une simple poignée de mots. Mais avec la publication de Sauron Defeated, la situation a changé de manière drastique. Le dernier volume1) de la série The History of Middle-earth de Christopher Tolkien procure « plus que de simples mots » ; il nous offre de véritables textes de prose en adunaïque2) complétés de verbes et d’une syntaxe (« Hourra » en effet !), de même que des descriptions détaillées de la phonologie et de la grammaire adunaïque.

Le nouveau matériel adunaïque apparaît dans The Notion Club Papers, The Drowning of Anadûnê et Lowdham’s Report on the Adunaic Language, tous intimement liés et à un autre écrit dans le courant de 1945-1946 durant une pause dans la composition du Seigneur des Anneaux :

The Notion Club Papers, présenté sous la formes de séances fictives de réunion d’un groupe d’amis d’Oxford semblable aux Inklings, est centré sur la légende de la Chute de Númenor, dont des aperçus apparaissent aux membres du Club dans des « rêves profonds ». Un membre, Alwin Lowdham, rêve également de « mots-fantômes » dans deux langues qu’il nomme « l’avallonien » (autrement dit le quenya) et l’adunaïque. À la fin Lowdham reçoit un texte fragmentaire bilingue dans ces deux langues, décrivant la Chute de Númenor et ses conséquences. Sans surprise, Tolkien écrivit de nombreuses versions différentes de ces « Fragments Adunaïques ». La forme finale (AF3) apparaît dans le texte en pages 246-7, et Tolkien produisit également un fac-similé magnifique à l’encre bleue avec des définitions en rouge en interlignes, reproduite comme frontispice ; cette version manuscrite possède quelques variations mineures. La plus ancienne version des Fragments (AF1) apparaît en pages 311-312 et est substantiellement différente de la version finale (voir ci-dessous). AF1 furent suivis par une autre version (AF2) dans laquelle « le texte final des fragments était très largement suivi, mais avec toutefois un certain nombre de différences ». Christopher Tolkien ne donne pas les AF2 dans leur totalité, mais liste à la place en page 312 toutes les formes différant du texte final.

The Drowning of Anadûnê comprend quatre textes. Comme Christopher Tolkien le note, l’intention de son père en écrivant ces versions inhabituelles de la légende de Númenor était « de dépeindre […] une tradition des Hommes, au travers de longs âges qui devint obscure et confuse. » Par exemple, dans le premier texte (DoA1) aucune distinction n’est faite entre les Valar et les Eldar, tous deux étant regroupés comme des « Avalāi », et durant le cataclysme il est dit que « Avallondē le Havre des Dieux » bascula dans l’abysse et fut détruit avec Númenor ! Les noms dans ces textes sont également « obscurs et confus ». Certains sont sans doute possible adunaïques (Zigūr), d’autres semblent être d’anciens emprunts humains à l’elfique, conservant les voyelles médiale ou longue finale perdues ou raccourcies en quenya (Manawē, Mēlekō) ; et certains semblant être de véritables formes quendiennes primitives, par exemple Eledâi, le nom des Elfes « dans leur ancienne langue propre » (358).

Lowdham’s Report of the Adunaic Language est sensé être la description de l’adunaïque de Alwin Lowdham, probablement préparée pour être lue au Notion Club, bien que l’on ne sache pas clairement comment (ou si) Tolkien avait l’intention de l’inclure au récit. Cela commence avec une discussion sur les origines de l’adunaïque et ses anciennes relations avec à la fois l’elfique et le « khazadien » (autrement dit la langue naine), puis il décrit la phonologie adunaïque et le système des cas, incluant de nombreux paradigmes, avant de s’interrompre au début de la dix-septième page.

L’étude suivante va tenter de démontrer comment la grammaire de l’adunaïque telle que décrite dans Lowdham’s Report est applicable aux phrases diverses dans les Fragments Adunaïques et les textes. Lowdham’s Report est assez profond dans son traitement de la phonologie adunaïque et du système nominal, mais malheureusement Tolkien abandonna le travail avant d’avoir décrits d’autres aspects de la langue. Il laissa « à peine quelques notes brutes » sur le système verbal, mais pour la majeure partie nous devons compter sur l’étude des modèles de formes de mots et de la syntaxe dans les phrases elles-mêmes pour comprendre les verbes et les autres éléments de la grammaire. En fin de compte, notre discussion sur le système verbal est bien plus hypothétique (et expansive) que celle sur le nom.

Notre discussion de l’adunaïque est également compliquée par le fait que sa grammaire existe au moins en deux versions différentes. Christopher Tolkien note en page 438 qu’« un changement majeur dans la conception de la structure de mon père fit irruption alors que le travail progressait : car le nom adunaïque ne distingua d’abord que cinq cas, Normal, Sujet, Génitif, Datif et Instrumental. » (438) Cette structure est celle observée dans la plus ancienne version des Fragments Adunaïques (AF1), qui possède des noms fléchis dans chacun de ces cinq cas. Le Lowdham’s Report, cependant, présente une forme plus récente et différente de la grammaire, dans laquelle les noms adunaïques ne distinguent que trois cas – Normal, Sujet, et Objet – et les fonctions génitive, dative et instrumentale furent remplacés par un système d’affixes et d’ordre des mots. C’est cette forme finale plus récente de la grammaire adunaïque que nous voyons dans AF3 et dans les phrases adunaïques éparpillées tout au long du texte des Notion Club Papers. Cette division de la grammaire en deux « phases » a de manière similaire rendu nécessaire la division de notre exposé en deux parties, la Partie I analysant la « forme finale » de la grammaire des AF3, et la Partie II analysant la grammaire « plus ancienne » des AF1.

Partie I : La « forme finale » de la grammaire des AF3

Le nom

1. Caractéristiques générales. – Selon le Lowdham’s Report, voici les caractéristiques générales du nom adunaïque :

Fort vs. Faible. – Les noms sont soit forts soit faibles. Les noms forts forment le pluriel et certaines autres formes par modification de la voyelle finale de la racine ; par exemple zadan « maison », pl. zadīn ; et nīlu « lune », pl. nīlī. Les noms faibles forment le pluriel et d’autres formes par addition de suffixes flexionnels ; par exemple batān « route », pl. batānī, et mānō « esprit », pl. mānōi.

Genre. – Les noms sont soit masculins, féminins, communs ou neutres, et ce système en quatre classes de genre est basé sur le genre biologique plutôt que sur celui grammatical. Ainsi les noms propres de personnes (« Ar-Pharazôn, Ar-Zimrahil »), les noms dénotant une fonction masculine ou féminine (« fils, mère »), et les noms spécifiant des animaux mâles ou femelles (« étalon, chienne ») sont masculins ou féminins. Les objets naturels ou les abstractions peuvent aussi être personnifiés comme masculins ou féminins, ainsi le neut. agan « mort » > masc. Agān « Mort » ; et l’adjectif anadūni « occidental » > fém. Anadūnē « l’Ouistrenesse ». Les noms communs se réfèrent à des animaux ou des peuples sans sexe spécifié, e.g. anā « le genre humain », Adūnāim « les Hommes d’Ouistrenesse », et karab « cheval » (qui s'oppose au masc. karbū « étalon », fém. karbī « jument »). Tous les autres noms se référant à des choses inanimées sont neutres, e.g. gimli « étoile » et huzun « oreille ».

Nombre. – Les noms distinguent trois nombres : singulier, pluriel, duel. Généralement le singulier est la forme normale de laquelle sont dérivées les autres. Le pluriel est marqué chez les noms forts en changeant la dernière voyelle de la racine en ī (sing. uruk « orque », pl. urīk) et dans les noms faibles par addition du suffixe (sing. bār « seigneur », pl. bārī). Le duel est exprimé par le suffixe -at dans tous les noms, forts ou faibles. Il signifie « tous les deux » ou « les deux » et est seulement employé « pour des choses qui vont naturellement ou traditionnellement de paire », telles que huzun « oreille », duel huznat « les deux oreilles (d’une personne) ».

Cas. – Il y a trois cas : normal, sujet et objet. Les cas normal et sujet ont des formes singulières, plurielles et duelles, mais le cas objet dispose seulement de la forme singulière. Les fonctions de ces cas sont discutées en détails ci-dessous.

Le cas normal

2. Fonctions du cas normal. – le cas normal est « normal » en cela qu’il n’est marqué par aucune terminaison flexionnelle distinctive. Le Lowdham’s Report liste cinq fonctions pour le cas normal :

i) Objet.
ii) Lorsque placé avant un autre nom, il demeure en apposition ou agit comme adjectif génitif du nom suivant.
iii) Prédicat.
iv) Sujet.
v) Base sur laquelle des affixes grammaticaux sont ajoutés.

3. Le cas normal en tant qu’objet. – Un nom au cas normal est employé pour indiquer le complément d’objet d’un verbe. AF3 ne dispose que d’un exemple d’un verbe transitif avec un complément d’objet direct :

bārim an-adūn yurahtam dāira
« Les Seigneurs de-l’Ouest brisèrent la Terre »

Ici le nom complément d’objet dāira « Terre » suit le verbe yurahtam « brisèrent », et cela s’accorde avec la déclaration dans Lowdham’s Report selon laquelle un nom normal « ne précède jamais immédiatement un verbe » lorsqu’il indique un objet (428). Si AF3 est grammaticalement en accord avec Lowdham’s Report, alors dāira doit être une forme normale, bien qu’il n’y ait aucune autre occurrence du mot pour confirmer cela.

4. Le cas normal comme adjectif génitif. – Un nom au cas normal placé avant un autre nom peut agir comme génitif possessif ou un modificateur adjectival du nom suivant (normalement en adunaïque les adjectifs précèdent les noms). Tous les numéros cardinaux adunaïques, à part « un », sont des noms ; ainsi « sept étoiles » est exprimé par le cas normal pl. gimlī « étoiles » placé en position génitive avant le nom hazid « sept » : gimlī hazid « sept étoiles ». Dans AF3 « sept » est défini comme hazad :

bālik hazad
« navires sept », autrement dit *« sept navires »

5. Le cas normal comme prédicat. – Un nom au cas sujet peut représenter le verbe « être » comme copule, avec un nom suivant au cas normal comme prédicat3), e.g. Ar-Pharazōnun Bār ’nAnadūnē « le Roi Pharazon est le Seigneur d’Anadune » (428). Deux exemples de noms normaux comme prédicats apparaissent dans AF3 :

Ēphalak īdōn Yōzāyan
« lointain maintenant (est) le Pays du Don »

Ēphal ēphalak īdōn hi-Akallabēth
« très lointaine maintenant (est) Celle-qui-est-déchue »

6. Le cas normal comme sujet. – Lorsqu’il agit comme sujet, un nom au cas normal « précède immédiatement un verbe totalement infléchi »4) (428), signifiant que le verbe doit avoir les suffixes pronominaux appropriés (ceux qui apparaissent pour accorder le nom en genre et en nombre), e.g. bār ukallaba « le seigneur tomba » (428-9), avec bār = « le seigneur », u- = « il », et kallaba « tomba ». Les suffixes pronominaux trouvés dans AF3 et le récit les accompagnant sont :

Singulier Pluriel
Masc. u-, hu- « il » yu- *« ils, elles »
Fém. hi- « elle »
Neut. a- « cela » (ms.) ya- *« ils, elles »5)

Les formes plurielles yu- et ya- *« ils, elles » n’ont pas été explicitement traduites par Tolkien, mais leur signification est claire à partir du nombre et du genre des noms sujets associés. Elles semblent incorporer les signes de genre masculin et féminin u et a, respectivement. Des exemples de ces préfixes pronominaux employés dans AF3 pour accompagner les noms normaux sujets sont :

anadūnē zīrān hikallaba Fém. Anadūnē « Ouistrenesse » (426)
« Numenor bien-aimée elle-tomba »

adūn izindi batān tāidō ayadda Neut. Batān« route, passage » (431)
« ouest droit route autrefois allait » (manuscrit : « elle allait »)

Urīd yakalubim ! Pl. neut. urīd « montagnes »6)
« Les montagnes se penchent par-dessus. » (251).

7. Le cas normal comme base d’affixes. – La forme normale d’un nom sert comme base à laquelle des postpositions et des préfixes sont ajoutés. Par exemple, dans avalōiyada « contre les Puissances » la postposition -ada « contre, vers, dans » est suffixée au nom normal pluriel Avalôi « les Valar » plutôt qu’au nom sujet pluriel Avalôim. (Le y entre le nom et la postposition est un développement flexionnel normal entre i et une voyelle suivante autre que i). Voir §12 pour une discussion complète sur les postpositions.
De manière similaire, le préfixe génitif/adjectival an- est ajouté à la forme normale d’un nom, e.g. le nom normal pluriel Adûnâi « Hommes de l’Ouistrenesse » forme la base pour le génitif pluriel dans Ārū’nAdūnāi « Les Rois des Anaduniens » (et non la forme erronée Ārū’nAdūnāim avec le nom sujet). Cf. §13.

Le cas sujet

8. Marqueurs de cas du sujet. – Le cas sujet est marqué d’un certain de manières. Dans les noms neutres singuliers il est indiqué par un renforcement du a de la dernière voyelle de la racine dans les noms forts (e.g. zadan « route », suj. zadān) ou par suffixation de -a dans les noms faibles (e.g. batān, suj. batāna). Au masculin singulier, féminin singulier et avec les noms communs (forts ou faibles), les suffixes -un, -in et -(a)n sont employés, respectivement. Au pluriel, les noms sujets pluriels ont le suffixe -a, alors que les noms sujets masculins, féminins et communs ont le suffixe -im. Ces terminaisons étaient à l’origine des affixes pronominaux.

9. Le cas sujet comme sujet. – Lorsque le sujet d’un verbe est au cas sujet, le verbe ne requiert pas de préfixes pronominaux, bien que de tels préfixes soient souvent inclus. Le cas sujet met l’accent d’une phrase sur le sujet plutôt que sur le verbe ; comparez bār ukallaba « le seigneur tomba » (cas normal sujet) avec bārun (u)kallaba « ce fut le seigneur qui tomba » (cas sujet sujet). Cet accent sur le sujet est également intensifié quand le cas sujet et un suffixe pronominal sont employés ensembles.

Cas sujet sujet AVEC un verbe préfixé :

Narīka ’nBāri’ nAdūn yanākhim Pl. neut. Narīka « Aigles »7)
« Les Aigles des Seigneurs de l’Ouest sont à portée de main ! » (251)

Kadō zigūrun zabathān unakkha Masc. zigūr « magicien » (437)
« et ainsi [Sauron] humilié il-vint »

bārim an-adūn yurahtam Masc. bār « seigneur » (437)
« Seigneurs de-l’Ouest brisèrent »

Cas sujet sujet SANS un verbe préfixé :

Eruhīnim dubdam ugru-dalad
« [Les Enfants de Dieu] tombèrent ?ombre sous »

ar-pharazōnun azaggara8) avalōiyada
« [le Roi Pharazon] fit la guerre contre les Puissances »

10. Emploi du cas sujet pour représenter la copule. – En adunaïque un nom au cas sujet peut représenter la copule lorsqu’il est suivit par un autre nom au cas normal comme prédicat, e.g. Ar-Pharazōnun kathuphazgān « le Roi Ar-Pharazon est (était) un conquérant ». Les AF3 ont des exemples de construction similaire dans laquelle un nom/copule au cas sujet est suivi par un adjectif ou un pronom infléchi comme prédicat :

bawība dulgī « vents noirs ». La forme de bawība « vents » indique un nom au cas sujet neutre pluriel. Ainsi cette ligne aurait pu être interprétée comme *« Les vents sont noirs ». Cependant, il existe également une version des Fragments Adunaïques en vieil anglais, attribuée à Edwin père de Lowdham, et elle donne des formes plus complètes de certaines phrases fragmentaires des textes adunaïques et quenya, incluant « des vents noirs se levèrent et menèrent au loin les sept navires d’Ælfwine » (258). Cela indiquerait que dans bawība dulgī […] balīk hazad an-nimruzīr azūlada « des vents noirs […] navires sept d’[Ælfwine] vers l’Est », bawība dulgī est simplement « vents noirs » agissant comme sujet d’un verbe ou de verbes (« se levèrent et menèrent au loin ») omis dans la lacune.

zāira nēnud « l’envie est sur-eux ». Pour zâir « désir » < ZIR « aimer, désirer » cf. 423.

īdō kātha batīna lōkhī « maintenant toutes les routes sont tordues ». Le nom neutre batān « route, passage » est faible et par conséquent possède les formes plurielles bātanī (cas normal), bātanīya (cas sujet). Cependant, les noms de ce type (dissyllabique avec une syllabe longue finale contenant un a) peuvent également former des pluriels forts, « spécialement dans les textes plus anciens », e.g. le nom au cas normal batīn, cas sujet batīna (cf. 435, note 16). Bien à propos, c’est ce nom fort au cas sujet pluriel archaïque batīna que nous rencontrons dans AF3. Le sens complet de la phrase est donné dans la version en v.-a. d’Edwin Lowdham : « maintenant toutes les routes sont tordues » (259). À mettre en contraste avec la version plus ancienne de cette phrase dans AF1, dans laquelle le nom au cas normal pluriel batānī « routes » est utilisé, nécessitant la présence explicite de la copule (sous la forme du suffixe -nam « sont ») : īdō kathī batānī rōkhī-nam « hélas ! à présent toutes les routes sont-tordues ».

Le cas objet

11. Le cas objet est marqué par le morphème u, soit inséré comme dernière voyelle de la racine avant la consonne finale (tel zadan « maison », obj. zadun) ou ajouté comme suffixe (tel que bār « seigneur », obj. bāru-). Un nom objet est employé comme le premier élément d’un mot composé ou d’une expression, avec le second élément étant un nom verbal ou toute autre forme avec un sens verbal. Le nom objet dans un tel mot composé a un sens « objet-génitif », autrement dit il exprime l’objet grammatical de la notion verbale dans le second élément. Par exemple, dans Minul-Tārik « Pilier du Ciel », tārik a le sens verbal de « celui qui supporte ». Minul, forme obj. de minal « ciel », exprime le destinataire de l’action, ainsi donc Minul-Tārik est « celui qui supporte le ciel ». Employer la forme normale du nom initial résulte en une signification différente, autrement dit Minul-Tārik (avec le nom au cas normal minal agissant comme un adjectif ; cf. §4) signifierait « pilier céleste », « sc. un pilier dans le ciel, ou fait de nuages ». (429).
Il existe seulement un exemple du cas objet dans AF3 :

balīk hazad an-nimruzīr azūlada
« navires sept de [Nimruzîr] vers-l’Est »

Nimruzîr est l’équivalent adunaïque du quenya Elendil « Ami des Elfes » (403). L’élément initial nimru est la forme objet de nimir « Elfe » (littéralement « Celui Que Brille », < NIMIR « briller »), le dernier élément zîr « ami » possède le sens verbal *« quelqu’un qui aime » (< ZIR « aimer, désirer »). Ainsi Nimruzîr signifie *« Celui qui aime les Elfes ». Nimru est une forme objet singulière, puisque le cas objet na pas de formes duelle ou plurielle, et il est intéressant de noter que c’est employé dans Nimruzîr avec un sens pluriel, autrement dit probablement que Nimruzîr aimait les Elfes en général, et pas juste un individu en particulier. Avec cela nous pouvons comparer l’usage fréquent des formes singulières pour dénoter le pluriel dans les mots composés en quenya, e.g. Valaquenta « l’Histoire des Valar », Ainulindalë « La Musique des Ainur », etc.

Les postpositions

12. Le Lowdham’s Report établie que « les prépositions adunaïques sont en fait généralement des « postpositions » suivant leur nom » (435). Tolkien liste plusieurs exemples de ces « affixes « prépositionnels » adverbiaux » - ō « de », ad, ada « à, vers9) » , « avec » et « à10) » (429) – et tous apparaissent dans AF3 excepté . AF3 indique que ces postpositions sont attachées au nom comme suffixes. Parfois la frontière entre nom et postposition est indiquée par un trait d’union, e.g. sāibēth-mā « accord avec », mais le plus souvent les deux éléments fusionnent en un seul mot, tel adhāsada « dans l’abîme ». La forme normale sert de base à laquelle les postpositions sont ajoutées. Des exemples apparaissant dans AF3 sont :

-ada « contre, dans, vers » dans avalōiyada « contre les Puissances », akhāsada « dans l’abîme », azūlada « vers l’Est ». Dans avalōiyada le nom au normal pluriel Avalôi « les Valar » + -ada a un y entre le nom et la postposition. Le Lowdham’s Report explique que « en composition ou en inflexion […] un Y était développé entre un I et une voyelle suivante (autre que I). » (434 note 8)

-dalad « sous » dans ugru-dalad « sous l’ombre ».

-mā « avec » dans sāibēth-mā « accord avec ».

« de » dans ēruvō « [Dieu]-de’. La note de bas de page 8 du Lowdham’s Report établie que « en composition ou inflexion un glide11) en W fut développé entre le U et une voyelle suivante (autre que U) et cela développé en une consonne complète […] la meilleure représentation du W adunaïque dans les lettres anglaises est probablement le w ; mais j’ai employé le v dans l’anglicisation des noms adunaïques. » Ainsi ēruvō représente probablement le développement *ēru-ō > *ēruwō > ēruvō.

*-d « sur » dans nēnud « sur-nous », peut-être en relation avec -ada « vers, dans, contre ».

Le préfixe génitif

13. Comme décrit dans §4, une relation génitive entre les deux noms peut être indiquée par l’ordre des mots. L’adunaïque exprime également le génitif au moyen du préfixe adjectival/génitif an-, qui n’est pas une préposition (comme indiqué ci-dessus, la forme finale de l’adunaïque semble reposer entièrement sur les postpositions) mais plutôt « l’équivalent d’une inflexion ou un suffixe » (435). Comme les postpositions, ce préfixe est ajouté à la forme normale du nom. Il indique une connexion un peu moindre entre deux noms que ne le ferait l’ordre des mots génitif. La voyelle initiale est souvent élidée ; ainsi Bār ’nAnadūnē « Seigneur d’Anadune », thāni ’nAmān « Terre d’Aman ». Le génitif des noms pluriels peut être exprimé uniquement avec ce suffixe, comme dans Ārū’nAdūnāi « Roi des Anaduniens ». Le nom génitif marqué par an- suit le nom modifié dans tous les exemples. Ce préfixe apparaît dans deux phrases dans AF3 (la troisième forme vient du texte) :

bārim an-adūn
« Seigneurs de-l’Ouest »

balīk hazad an-nimruzīr
« navires sept d’ [Elendil] »

Narīka ’nBāri ’nAdūn
« Les Aigles des Seigneurs de l’Ouest » (251)

Les adjectifs

14. Les phrases dans AF3 avec des adjectifs sont :

adūn izindi batān tāido ayadda
« Ouest droite route autrefois allait »

kātha batīna lōkhī
« maintenant toutes (les) routes sont tordues »

bawība dulgī
« vents noirs »

Agannālō burōda nēnud
« Ombre-Mort lourde sur-nous »

Selon le Lowdham’s Report, « les adjectifs précèdent normalement le nom » en adunaïque ; ainsi izindi batān « droite route » et kātha batīna « toutes (les) routes ». L’ordre normal est renversé dans bawība dulgī « vents noirs », peut-être parce que bawība « vents » est un nom sujet représentant la copule, signifiant que dulgī, comme prédicat, doit plutôt suivre que précéder le nom (cf. §5 et §10). La phrase kātha batīna lōkhī « maintenant toutes (les) routes sont tordues » est le même type de construction, avec l’adjectif prédicat lōkhī « tordues » suivant le sujet batīna « routes sont », et Agannālō burōda « Ombre-Mort lourde » est un exemple similaire (Agannālō semble être la forme sujet du neutre *Agannālu. Cf. nūlu « noir » p. 306, qui apparaît dans le sujet de AF1 : agannūlō « ombre-mort »).

Il n’y a pas d’accord en genre entre les noms et les adjectifs adunaïques, puisque les adjectifs ne distinguent pas de genre. Il y a, malgré tout, accord en nombre, au moins dans certaines circonstances. Les adjectifs singuliers se terminent par une voyelle courte, souvent la même que la racine : katha « tout » et izindi « droit », burōda « lourd ». Il y a plusieurs adjectifs se terminant par un long qui semblent être pluriels – ce long est sans doute la même terminaison vue dans les noms pluriels. À au moins une occasion nous avons à la fois la forme singulière et plurielle du même adjectif : sing. katha « tout », pl. kathī (le dernier dans AF1). Dans les exemples que nous avons d’un adjectif prédicat suivant la copule « être », l’adjectif s’accorde en nombre avec le sujet ; ainsi dans batīna lōkhī « (les) routes sont tordues », batānī rōkhī-nam « (les) voies sont tordues » (dans AF1) et bawība dulgī « (les) vents sont noirs », tous ont des sujets pluriels et des prédicats pluriels, tandis que Agannālō burōda « Ombre-Mort est lourde » a un sujet singulier avec un prédicat singulier. Les adjectifs en position normale n’ont apparemment pas à s’accorder en nombre avec le nom ; comparez izindi batān « droite route » (sing. + sing.) avec kātha batīna « toutes (les) routes » (sing. + pl.) et (dans AF1) kathī batānī « toutes (les) voies » (pl. + pl.).

Comme les noms, les adjectifs peuvent fléchir pour un cas. Par exemple, izindi « rectiligne, droit » apparaît au cas sujet (marqué par le suffixe -u) dans le mot composé izindu-bēth « celui-qui-dit-la-vérité, prophète » (427).

Les verbes

15. Classes des verbes adunaïques. – Nous avons noté que bien que le Lowdham’s Report soit assez approfondi dans son traitement de la phonologie et du système du nom de l’adunaïque, Tolkien n’écrivit quasiment rien sur les autres aspects de la grammaire adunaïque. La seule description du système verbal consiste en « quelques notes très sommaires », et bien que Christopher Tolkien dise de ces notes qu’elles sont « trop illisibles pour en faire quoi que ce soit » (439) il a tenté d’extraire d’elles une certaine quantité d’informations utiles. Cependant, appliquer ces informations aux textes est problématique ; car tout comme le système du nom adunaïque semble avoir deux phases conceptuelles distinctes, Tolkien aurait également changé sa conception du système verbal adunaïque alors qu’il développait sa langue. Il y a des conjugaisons de verbes dans AF1 qui n’apparaissent pas dans AF3, et vice versa. Les « notes sommaires » décrivent-elles donc le système verbal de AF1 ou celui de AF3 ? À ce niveau il ne semble pas y avoir de réponse, et donc nous avons tenté d’appliquer les informations des notes de Tolkien à la fois au matériel verbal adunaïque récent et plus ancien aussi bien que nous le pouvions. Il pourrait finalement en résulter que toutes ou partie des divergences apparentes entre les verbes dans AF1 et AF3 sont conciliables.

Selon les notes de Tolkien, l’adunaïque a trois classes de verbes :

i) biconsonantique (comme kan « tenir ») ;
ii) triconsonantique (comme kalab « tomber ») ;
iii) dérivatifs (comme azgarā- « faire la guerre », ugrudā- « assombrir »).

Le Lowdham’s Report dit que les verbes adunaïques sont le plus souvent triconsonantiques (e.g. SAPHAD « comprendre », NIMIR « briller »), bien que quelque uns des verbes les plus communs soient biconsonantiques (e.g. NAKH « venir, approcher », BITH « dire »).

Les verbes dérivatifs semblent être composés d’au moins deux éléments. Par exemple, ugrudā- « assombrir » contient clairement ugru « ombre » (cf. ugru-dalad « ombre-sous » dans AF3), et l’affixe -dā- peut être apparenté à la postposition ad, ada « vers, contre, dans », comme dans akhāsada « dans l’abîme », ainsi « assombrir » peut donner quelque chose comme « dans l’ombre »12). Dans azgarā- « faire la guerre » l’élément initial *azga peut signifier *« guerre », avec -rā- comme une sorte de suffixe causatif.

Les trois classes de verbes apparaissent dans AF3 :

i) le biconsonantique unakkha « il-vint » (< NAKH),
ii) le triconsonantique hikallaba « elle-tomba » (< KALAB),
iii) le dérivatif azaggara « fit la guerre » (< azgarā- « faire la guerre »).

16. Modes et voix. – Les verbes adunaïques ont au moins trois modes. Le mode indicatif, qui est utilisé pour faire des déclarations objectives, n’est pas mentionné dans les notes de Tolkien mais est clairement exemplifié par de simples phrases objectives telles anadūnē zīrān hikalba « Anadune la bien-aimée elle est tombée » (ms.). les notes établissent que l’adunaïque possède également des modes subjonctif et optatif, « représentés par des auxiliaires ». Le subjonctif peut être employé pour indiquer le doute, l’indécision ou l’intention, comme dans le latin Veniō ut audiās mihi « Je viens pour que peut-être tu m’écoutes », avec audiās « peut-être tu écoutes » au subjonctif. Si le subjonctif adunaïque indique également l’intention, alors du-phursā « puissent se déverser » dans AF3 peut-être un exemple de ce mode, avec du- l’auxiliaire – notez que du-phursā fournit le dessein de la proposition précédente : Bārim an-adūn yuratham dāira […] azrīya du-phursā akhāsada, *« Les Seigneurs de l’Ouest brisèrent la Terre […] que les mers puissent se déverser dans l’Abîme… ». Comme pour l’optatif adunaïque (un mode optatif exprime un désir ou un souhait), il n’y a pas d’exemples certains. L’exclamation de Jeremy Bā kitabdahē ! (250), apparemment *« Ne me touche pas ! », pourrait être conçue comme une construction optative, avec comme auxiliaire et la phrase entière signifiant quelque chose comme *« Peux-tu ne pas me toucher ! ». Cependant, il est vrai que notre compréhension de cette phrase est loin d’être certaine, et d’autres explications sont tout à fait possibles.13)

Le terme voix se réfère au centre grammatical de l’action du verbe, et de nombreuses langues font la distinction entre une voix active (« je lave ») et une voix passive (« je suis lavé »). Certaines langues ont même une voix médio-passive ou voix centrale, indiquant que le sujet lui-même est le centre de l’action verbale (« Je me lave moi-même »). En adunaïque la voix active est attestée par Bārim an-adūn yurahtam dāira *« Les Seigneurs de l’Ouest déchirèrent la Terre ». Les notes de Tolkien mentionnent également une voix passive, « rendue par la forme impersonnelle des verbes « avec un sujet à l’accusatif » ».14) Par « accusatif » Tolkien signifiait probablement le cas normal, puisqu’il est utilisé pour dénoter les compléments d’objet directs. Malheureusement, aucun exemple de passif n’apparaît dans les textes.

17. Temps. – Les « notes au brouillon » de Tolkien établissent que l’adunaïque a quatre temps :

i) L’aoriste. Cela est sensé correspondre au temps présent anglais, « mais employé plus souvent comme présent historique ou passé de narration ». L’aoriste peut aussi bien être employé comme temps futur (cf. iv ci-dessous). Les notes disent également que le temps futur est représenté par un auxiliaire bien qu’il n’est pas clair que cela signifie que l’auxiliaire est ajouté à l’aoriste « lorsque aoriste = futur » ou à une autre forme du verbe15).

ii) Le (présent) continuatif
iii) Le (passé) continuatif
iv) Le passé, « souvent utilisé comme plus-que-parfait quand l’aoriste est employé = passé, ou comme parfait futur quand l’aoriste = futur » (439).

Malheureusement, les notes ne fournissent pas de spécificités au sujet des formes flexionnelles par lesquelles ces temps sont marqués. Nous pouvons, malgré tout, faire quelques conjectures instruites sur la manière dont le système des temps décrit dans les notes est exemplifié par les formes verbales dans AF3.16)

18. Le temps présent continuatif. – Il y a deux exemples de verbes adunaïques traduits par le temps présent anglais, pas dans AF3 eux-mêmes mais dans le récit :

Narīka ’nBāri ’nAdūn yanākhim
« Les Aigles des Seigneurs de l’Ouest sont à portée de main ! » (251)

Ūrid yakalubim !
« Les montagnes se penchent par-dessus. » (ibid.)

La définition de yanākhim comme « [ils] sont à portée de main » reflète l’idiome anglais plutôt que la signification littérale, puisque le racine est clairement NAKH « venir, approcher ». Cette phrase est prononcée par Lowdham alors qu’il regarde dehors par une fenêtre de sinistres nuages noirs (les « Aigles ») approchant de l’Ouest. Quelques vingt pages plus tôt dans l’histoire un incident virtuellement identique se produit ; alors qu’un grand nuage arrive de l’Ouest Lowdham dit « des mots dans une langue inconnue », puis s’écria Regardez les Aigles des Seigneurs de l’Ouest ! Ils arrivent sur Nūmenōr ! en anglais. Il y a peu de doutes que les « mots dans une langue inconnue » de Lowdham dans le premier passage ne fussent Narīka ’nBāri ’nAdūn yanākhim et ce yanākhim est littéralement « ils arrivent ». Puisque « ils arrivent » est une construction continuatrice en anglais, l’implication est que yanākhim est un exemple de présent continuatif plutôt que d’aoriste.

Le verbe dans Ūrid yakalubim ! « Les montagnes se penchent par-dessus. » peut aussi plausiblement être interprété comme un présent continuatif. Ici le verbe doit être KALAB « tomber », avec yakalubim signifiant littéralement *« elles tombent » – des montagnes en train de tomber apparaitraient certainement comme se « penchant par-dessus ».

En admettant que nous avons correctement identifié le temps de ces deux formes, nous pouvons noter que dans la formation du présent continuatif, la base biconsonantique NAKH « venir, approcher », allonge sa VC (Voyelle Caractéristique)17), tandis que la base triconsonantique KALAB « tomber » n’a pas d’allongement de la VC mais à la place la seconde voyelle devient u. Dans les deux formes le suffixe -im est ajouté. L’élément -i- est apparemment un autre indicateur du temps (puisqu’il est remplacé par -a- dans les formes au prétérit18), autrement dit yurahtam « ils déchirèrent »), et -m marque le nombre pluriel (comparez les formes prétérit singulière et plurielle hikalba « elle tomba », yurahtam « ils déchirèrent »). Le ya- dans yanākhim et yakalubim est un suffixe pronominal neutre et n’a rien à voir avec ce temps (cf. §6).

19. Le passé continuatif. – Les verbes au prétérit dans AF3 et Lowdham’s Report tombent dans deux catégories structurelles :

i)les formes « géminées », i.e. celles qui doublent une consonne basique (comme unakkha « il-vint » < NAKH, hikallaba « elle-tomba » < KALAB),
ii)les formes « contractées »19), dans lesquelles la VC entre les deux dernières consonnes dans une base triconsonantique est supprimée (comme usaphda « il comprit » < SAPHAD « comprendre »).
Les verbes géminés au prétérit suivants apparaissent dans AF3 (seule les formes singulières apparaissent) :

zigūrun […] unakkha
« [Sauron] […] il-vint »

ar-pharazōnun azaggara
« [(le) Roi Pharazon] faisait la guerre »

anadūnē […] hikallaba
« Númenor […] elle-s’effondra »

batān […] ayadda
« route […] allait » (ms. « route […] elle allait »)

bār ukallaba
« le seigneur est tombé » (429)

Dans ces formes la gémination apparaît dans la consonne finale des bases biconsonantiques (unakkha < NAKH, ayadda < *YAD) et dans la consonne médiale des bases triconsonantiques et des verbes dérivatifs (hikallaba, ukallaba < KALAB, azaggara < azgarā-). Toutes ces formes se terminent en -a, qui pourrait être une suffixation de la VC (qui est un a tout du long : NAKH, KALAB, *YAD et azgarā-)20), ou l’addition d’un suffixe -a non associé avec la VC de la base (comparez cela avec la terminaison des formes contractées, §20).

Des temps donnés dans les notes de Tolkien, ces formes pourraient être l’aoriste adunaïque, le passé continuatif ou le passé. La meilleure preuve de leur identité est fournie par azaggara, traduit par la construction anglaise au passé continuatif « faisait la guerre ». La conclusion évidente est que azaggara est un passé continuatif adunaïque. Interpréter les formes géminées comme du passé continuatif se prête bien au le contexte de ayadda « allait », peut-être plus littéralement *« pouvait aller »21), car dans adūn izindi batān tāidō ayadda *« une route droite autrefois allait à l’Ouest » la référence n’est pas à un seul évènement passé, mais plutôt à un état de chose en cours dans le passé ; *« autrefois une route droite avait l’habitude d’aller vers l’Ouest ». Ainsi de même anadūnē zīrān hikallaba *« Númenor la Bien-aimée tombait » décrit de manière dramatique Númenor dans le véritable déroulement du plongeon dans l’abysse. Un sens continuatif pourrait nous sembler comme quelque peu étrange dans Kādō zigūrun zabathān unakkha *« Et ainsi Sauron, humilié, venait [à Númenor] ». Il peut être significatif que tous ces verbes géminés (excepté « faire la guerre ») se réfèrent au mouvement – venir, aller, s’effondrer. Cela pourrait indiquer une association générale des verbes de mouvement avec le continuatif en adunaïque – noter également que les exemples que nous avons de ces deux mêmes verbes au temps présent sont également continuatifs : yanākhim *« ils arrivent » et yakalubim *« elles se penchent au-dessus, elles tombent » (cf. §18).

La gémination est également utilisée en elfique pour dénoter une action continue, peut-être pour indiquer que l’adunaïque et l’elfique héritèrent tous deux ce procédé grammatical de leur ancêtre commun. Lowdham’s Report détaille l’ancienne parenté entre l’adunaïque et l’elfique ou « nimrien » (< Nimīr « les Brillants », le nom adunaïque des Eldar) :
« … à l’origine, ou bien avant ces récits, l’avallonien [le quenya] et l’adunaïque étaient d’une certaine manière apparentés […] les aperçus de la « langue nimrienne » [le quenya] que nous avons reçus nous présentent une langue, elle-même sans doute très transformée, qui descend directement du nimrien primitif [le quendien primitif]. De ce nimrien [le quendien primitif] à une époque plus récente, mais malgré tout plus ancienne que l’avallonien [le quenya], l’ancêtre de l’adunaïque fut en partie dérivé. » (414)

Parmi les verbes elfiques nous trouvons certaines formes que Tolkien a étiquetées comme « fréquentatives », signifiant qu’elles expriment la répétition fréquente ou continue d’une action. Les formes fréquentatives elfiques sont formées de plusieurs manières, y compris par gémination. Par exemple, les Étymologies donnent la base eldarine BAT- « pas », qui engendra le verbe primitif *battā́-, « avec la consonne médiale allongée dans la formation fréquentative ». En noldorin ancien cela devient batthṓ- « piétiner », i.e. *« marcher dessus continuellement ». Le processus dérivationnel observé dans la racine biconsonantique BAT- « pied » > verbe géminé *battā́- *« marcher dessus continuellement » est remarquablement similaire à celui observé dans les verbes adunaïques discutés ci-dessus, e.g. la base biconsonantique NAKH « venir, approcher » > le verbe géminé unakkha « il-vint », *« il venait », avec la différence que l’adunaïque emploie la gémination pour indiquer une action continue passée.

20. L’aoriste ou passé. – Dans les formes contractées, il y a à la fois des exemples singuliers et pluriel :

Singulier :

anadūnē […] hikallaba (ms.)
« Anadune […] elle-tomba »

usaphda (ou usaphta)
« il comprit » (421)

Pluriel :

Eruhīnim dubdam
« [les Enfants de Dieu] tombèrent »

bārim […] yurahtam
« (Les) Seigneur […] brisèrent » (ms. « (Les) Seigneurs […] ils déchirèrent »)

En plus de la suppression de la seconde voyelle dans la base, ces formes se terminent toutes par le suffixe -a (sing.) ou -am (pl.). Ce n’est pas simplement une suffixation de la VC, car la VC de la base à partir de laquelle la base dont dubdam est formé (apparemment *DUBUD) est u, et dubdam se termine par le suffixe pluriel -am et non la forme erronée -um.

Si notre identification des formes géminées comme passé continuatif est correcte, alors par élimination ces formes contractées pourraient aussi bien être l’aoriste que le passé. Malheureusement, il y a trop peu de preuves dans AF3 eux-mêmes pour aider à déterminer lequel de ces deux temps les formes contractées représentent-elles. Si nous admettons que le système verbal de AF1 est pour une majeure partie en accord avec celui de AF3, alors la plus ancienne version des Fragments peut fournir quelques indices. Dans AF1 il y a des formes au prétérit marquées par -ni, e.g. akhaini « [elle] s’étendait » (cf. §28). Puisque ce -ni semble être apparenté avec le marqueur du passé quenya -ne (comme dans ortane « [elle] se leva »), ces formes en -ni peuvent être le passé adunaïque mentionné dans les notes de Tolkien, ce qui signifie que les prétérits contractés dans AF3 pourraient être des formes aoristes. Un exemple de forme contractée traduit comme un temps présent serait conclusive, puisque l’aoriste pourrait indiquer le présent aussi bien que « le présent historique ou le passé de narration ». Le seul exemple déterminé d’un verbe au présent en adunaïque est le suffixe copulatoire -nam « sont » dans AF1, i.e. batānī rōkhī-nam « les routes tordues-sont ». Cela se termine par le même suffixe pluriel -am que les formes contractées mais ne présente aucune preuve de contraction. Puisque la contraction ne serait évidemment pas possible dans une base monoconsonantique, une association entre -am et les formes contractées est possible mais ne peut être démontrée.

Nous avons discuté de la possibilité que l’adunaïque associe les verbes de mouvement avec les temps continuatifs (passé et présent). Dans AF2, la forme géminée au passé continuatif dubbudam est employée dans la phrase ēruhīnim dubbudam ugru-dalad *« les Enfants de Dieu tombèrent [tombaient] sous les ténèbres ». Cependant, ici « tombèrent » ne fait pas référence à l’action physique de chuter mais plutôt à un déclin moral d’un état plus élevé à un autre plus bas, les Enfants de Dieu craignant à présent la mort22). Cela explique le changement de Tolkien de ce verbe pour la forme (à l’aoriste ou au passé) dubdam dans AF3.

Les participes

21. Il y a deux exemples de participes passés dans AF3 :

zigūrun zabathān unakkha
« [Sauron] humilié il-vint »

anadūnē zīrān hikallaba
« Númenor bien-aimée elle-s’effondra »

Zīrān « bien-aimée » est clairement dérivé de la base ZIR « aimer, désirer », également la source de zîr « ami » dans Nimruzîr « Ami-des-Elfes, Elendil ». Les deux participes passés sont marqués par le suffixe -ān, et tous deux suivent le nom. Cela contraste avec les adjectifs, qui précèdent normalement le nom. Le suffixe participial -ān pourrait être apparenté au préfixe génitif/adjectival an- (cf. §13) – les noms marqués par an- suivent aussi le nom modifié.

Partie II : La grammaire « plus ancienne » des AF1

Les noms

22. Le système de cas dans AF1. – À l’inverse du système de cas en trois catégories de la « forme finale » de la grammaire, l’adunaïque dans sa période conceptuelle la plus ancienne avait cinq cas : Normal, Sujet, Génitif, Datif et Instrumental. Comme nous l’avions noté dans notre introduction, ce système à cinq cas est celui employé dans AF1. Plusieurs « pages de brouillon » décrivant cette conception ancienne ont survécu, et Christopher Tolkien nous fournit un exemple de paradigme, celui du masculin bār « seigneur » (438-9) :

SingulierN.bārDuelbārutPlurielbāri
S.bārun bārut bārim
G.bārō bārōt bāriyōm
D.bārus bārusit bārisim
I.bāruma bārumat bārumain

Dans les noms masculins la flexion génitive est ō (pl. -ōm) ; celle dative -s, -se (pl. -sim) ; et celle instrumentale -ma (pl. -main). Ici bār a le radical flexionnel *bāru- auquel les terminaisons de cas (ou les marques du nombre) sont ajoutées : Datif sing. bāru-s, normal duel bāru-t, etc. La dernière voyelle de ce radical est supprimée avec certaines terminaisons : Génitif sing. bār-ō, normal pl. bār-i, etc. La dernière voyelle dans de tels radicaux flexionnels peut être déterminée par genre, i.e. -u- dans *bāru- pourrait être le signe du genre masculin u. Cependant, l’instrumental sōbēthumā « accord-avec » peut aller contre cela ; il s’agit probablement d’un nom neutre (cf. §1), bien qu’il ait également un radical en -u-. La distinction entre cet ancien système de terminaisons de cas et le système plus récent de postpositions suffixées est subtile mais importante, et l’ancien cas Instrumental fournit un excellent exemple de la différence. Dans la forme finale de la grammaire, la terminaison instrumentale -ma était « à l’origine une postposition agglutinée », mais elle devint une terminaison de cas à part entière et est donc ajoutée au singulier bāruma, la terminaison -ma est ajoutée au radical bāru-, et non au cas normal bār. De même, dans sōbēthumā « avec l’accord » -ma est apparemment ajouté au radical flexionnel *sōbēthu-.

Il est une caractéristique universelle des langues que lorsqu’une langue a des morphèmes à la fois pour le nombre et le cas – et si tous deux suivent, ou précèdent, le radical du nom – alors le morphème exprimant le nombre se place presque toujours entre le radical du nom et le morphème exprimant le cas. Ainsi la structure NOM + MORPHÈME DU NOMBRE + MORPHÈME DU CAS est dominante (bien qu’en aucune manière exclusive) en quenya, e.g. elda « Elfe » a le datif pluriel eldain, avec le morphème pluriel -i- placé entre le radical du nom elda et le morphème du cas -n. Cette structure domine également dans les formes plurielles adunaïques, dans lesquelles le morphème du pluriel -i- vient entre le radical du nom bār(u)- et les terminaisons de cas -im, -ōm et –sim (qui se terminent toutes elles-mêmes par une seconde marque du pluriel -m ; ce genre de redondance se trouve aussi dans le système de déclinaisons quenya). Le cas instrumental présente un ordre différent de morphèmes : NOM + CAS + NOMBRE (bāru-ma-in), peut-être en rapport avec ses origines de postposition agglutinée. Cette même structure NOM + CAS + NOMBRE apparaît dans tout le duel (comme dans le Datif duel bāru-si-t) remplaçant en un contraste marqué la structure plus commune NOM + NOMBRE + CAS observée dans les duels quenya – comparer le génitif duel q. cirya-t-o *« des deux navires » avec le génitif duel adunaïque bār-ō-t *« des deux seigneurs ».

Les cas normal et sujet semblent fonctionner dans AF1 de manière très similaire à AF3. Les commentaires suivants se concentreront sur les trois cas spécifiques à l’ancienne déclinaison du nom.

23. Le cas génitif. – La terminaison du cas génitif adunaïque est probablement apparentée au le génitif du quenya (parlé) -o (la forme en quenya classique23) est ). Deux exemples du cas génitif apparaissent dans AF1, tous les deux au singulier ; bārun-adūnō « les Seigneurs de l’Ouest » et sōbēthumā eruvō « avec l’accord de Dieu ». Le génitif est également employé comme un patronyme dans Indilzar Azrabêlo *« Indilzar [fils] d’Azrabêl » (365), le nom adunaïque d’Elros dans le second texte de The Drowning of Anadûnê. Ce nom fut changé en Indilzar Azrabêlohin *« Indilzar fils d’Azrabêl » (382, §26), qui fut par la suite remplacé par Gimilzôr. Ces exemples montrent que le nom génitif suit habituellement le nom modifié, bien qu’il apparaisse initialement dans le nom composé Azrabêlohin.

24. Le cas datif. – Le cas datif est marqué par -s, -se au singulier, -sit au duel et -sim au pluriel (au moins dans les noms masculins). Il y a un exemple de datif singulier dans la phrase prépositionnelle dalad ugrus « sous l’horreur? les ténèbres? » dans AF1 (cf. ugru « noir », p. 306). L’emploi du datif suivant une préposition est observé dans d’autres langues, e.g. la même phrase en allemand serait unter dem Schatten « sous les ténèbres », avec dem Schatten « les ténèbres » au datif après unter « sous ». Pareillement, le vieil anglais under þǣre sceade possède le datif de sēo sceadu. Dans AF3 dalad est utilisé comme postposition – ugru-dalad « ?ténèbres sous » – appliqué à la forme normale du nom.

Un exemple possible d’un datif pluriel est avalôi-si « Puissances-sur » (corrigé de avalōi-men). Nous nous attendrions à la terminaison -sim plutôt qu’à -si. Malgré tout, Christopher Tolkien dit que la terminaison dative était -s, -se (pl. -sim) « dans les noms masculins » et cette tournure de phrase semble impliquer que les terminaisons pourraient varier dans d’autres genres. Cela pourrait aussi être un exemple de l’altération par Tolkien du système de cas, avec le datif pluriel -si remplaçant (ou étant remplacé) par -sim. Ce peut être un parallèle à la variation observée dans les terminaisons plurielles de certains noms dans les textes, e.g. Avalôi favorisé dans les textes plus anciens fut remplacé par Avalôim dans les textes plus récents.

25. Le cas instrumental. – Le cas instrumental est marqué par -ma au singulier, comme dans bāruma. Un autre exemple apparaît dans AF1, sōbēthumā « accord-avec », mais ici le suffixe a une voyelle longue. Dans Lowdham’s Report la postposition équivalente est , avec une voyelle longue (429), qui est également la forme qui apparaît dans AF3 : sāibēth-mā. L’équivalent quenya de sōbēthumā est lenéme « avec (la) permission », et il est probable que le q. -me « avec » et l’adunaïque -mā « avec » soient des suffixes apparentés. La terminaison instrumentale plurielle est -main. Cette terminaison plurielle -in est inhabituelle ; ailleurs les pluriels adunaïques terminent généralement en -i () ou -m. L’origine du cas instrumental en tant que postposition agglutinée peut être un facteur dans cette terminaison plurielle atypique. Le nom féminin izrē « amoureux, bien-aimé » (cf. gn. idril « amoureux, bien-aimé », LT2:343) possède les formes plurielles aux cas normal et sujet izrēnī et izrēnīm, et les terminaisons -nī, -nīm pourraient être apparentées à -in dans le pl. -main. Dans les langues eldarines la marque du pluriel -in est commune, particulièrement dans les prétendues langues « basses-elfiques », e.g. dor. Eldin « Elfes » (LR:356), gn. Angorodin « Les Montagnes de Fer » (LT2:354), et le sindarin Drúin « Drúedain » (UT:385). Selon l’appendice F du SdA, le rohanais et les langues de la plupart des Hommes dans le Nord-Ouest de la Terre du Milieu étaient « apparentées à l’adûnaïque » (III:407), et nous trouvons également la marque du pluriel –in dans le rohanais rógin « woses, Drúedain » (UT:387) – à noter qu’il s’agit d’un véritable mot en rohanais, et non d’une traduction habituelle de Tolkien en anglo-saxon.

Les adpositions

26. Il a été discuté ci-dessus de la préposition dalad « sous’ (cf. §24). Les postpositions suivantes apparaissent également dans AF1 :

-ada « dans, vers » dans akhās-ada « Abîme-dans » et azūlada « vers l’est ». La forme courte -ad apparaît dans Gimlad « vers les étoiles » (cf. le singulier gimli « étoile », 431) dans une annexe ajoutée au second texte de The Drowning of Anadûnê.

-men « sur » dans avalōi-men « Puissances-sur » (> avalōi-si). Cela semble être apparenté à la base eldarine MEN-, d’où le quenya men « lieu, endroit » (LR:372 ; dans R:72 il est définit comme « région, direction »). Son emploi comme suffixe locatif (il a peut-être aussi un sens allatif) fait écho au quenya símen « ici ».

-m « sur » dans nēnum « sur nous ». Cela semble en relation, ou être une forme raccourcie, du suffixe -men « sur » dans avalōi-men « Puissances-sur ». (Cf. ada « dans, vers » avec la forme raccourcie -ad).

Les verbes

27. Les formes prétérits dans AF1. – Tout comme l’ancien système de déclinaisons du nom dans AF1 est différent de la forme finale observée dans AF3 et Lowdham’s Report, le système verbal dans AF1 semble différer de celui du matériel plus récent. Dans §19 nous notons que les formes prétérits dans AF3 se décomposent en deux groupes : les formes géminées (probablement le passé continuatif) et les formes contractées (l’aoriste ou le passé). Dans AF1 nous trouvons également une division des prétérits en deux groupes structurellement différents :

i)les formes géminées, avec doublement de la consonne basique (tels unekkū « il-vint » < *NEK24) ; akallabi « tomba en ruines » < KALAB),
ii)« les prétérits en n », contenant les éléments -nā-, -ni- (tels udūbanim « tomba » ; azgaranādu « fit la guerre » < azgarā- « faire la guerre »).

28. Les prétérits en -nā- et en -nī-. – Les « prétérits en n » dans AF1 sont :

Singulier :

Arpharazōn azgaranādu
« [Ar-Pharazon] fit la guerre »

usaphda (ou usaphta)
« il comprit » (421)

Pluriel :

eruhīn udūbanim
« [les Enfants de Dieu] tombèrent »

Les éléments nā- et -nī- dans ces formes, s’ils sont des marques du prétérit, sont probablement apparentés à la marque du passé du quenya -ne, comme dans onta- « engendrer », passé ontane (LR:379), farya- « suffire », passé farne (LR:381), etc. Les structures de l’adunaïque akhaini « [elle] s’étendit » et udūbanim « [ils] tombèrent » sont remarquablement similaires à celles des verbes quenya au passé kakainen « [ils] s’étendirent »25) et lantaner « [ils] tombèrent » (246) :

a khai ni « [cela] s’étend » - ka kai ne n« [ils] furent étendus »
? « étendre » passé - fréq. « étendre » passé pl.

u dūba ni m « [ils] tombèrent » - lanta ne r « [ils] tombèrent »
? « tomber » passé pl. - « tomber » passé pl.

Si la marque du prétérit adunaïque -ni- est un emprunt direct au quenya -ne, le changement de voyelle pourrait être expliqué dans Lowdham’s Report qui note que « les ĕ et ŏ avalloniens sont habituellement représentés par i et u, respectivement [en adunaïque] ». Si -nā- dans azgaranādu est la même marque du prétérit, nous optons pour le ā plutôt que pour un i court. Lowdham’s Report dit également que les ĕ et ŏ quenya peuvent « parfois (particulièrement dans des syllabes non accentuées avant un r, ou lorsque le système adunaïque le favorise) […] apparaître comme un a. » (423) Puisque la consonne d est proche en articulation de r (en fait le d intervocalique et final de l’elfique primitif devint r en quenya, tels *lāda > lára « plat », *tad > tar « là »), cela pourrait expliquer le changement de *-ne-d- > -nād-. Mais un r suivant (ou un d, ou toute consonne, dans ce cas) n’est pas nécessaire aux ĕ et ŏ quenya pour devenir un a en adunaïque, puisque cela pourrait aussi arriver « quand le système adunaïque le favorise ». Ainsi nous voyons que la postposition comitative quenya -me « avec » (comme dans lenéme « avec la permission ») apparaît en adunaïque sous la forme -mā « avec » (comme dans sāibēth-mā « accord-avec » dans AF3).

L’élément -d- dans azgaranādu semble être le morphème marquant le verbe comme continuatif, i.e. -nā = prétérit, -nād- = passé continuatif « was X-ing »26). Noter la forme intermédiaire azagrāra (donnée avec azaggara, la forme observée dans AF3, comme une alternative), dans laquelle -r- pourrait être une variante de la marque continuatrice -d- dans azgaranādu. Le continuatif adunaïque -d- possède apparemment un parent en elfique primitif. Dans les Étymologies nous trouvons la base LAB- « lécher », d’où le verbe q. lavin « je lèche », avec l’habituel changement de l’ancien *b > v intervocalique en quenya. L’entrée donne également la forme fréquentative lapsa « lécher », dans laquelle le *b original de la base est devenu p, avec le suffixe -sa indiquant l’action continue. Nous savons de la dérivation du q. lipsa « savon » du primitif *libda (s.v. LIB²-) que la combinaison de consonnes primitives *bd devient ps en quenya. Ainsi le fréquentatif lapsa « lécher » pourrait provenir du terme plus ancien *labda, avec -da étant une marque fréquentative dans la langue primitive.

29. Les prétérits géminés. – Les prétérits géminés dans AF1 sont :

zigūrun […] unekkū (< hunekkū)
« [Sauron] […] il-vint »

bārun-adūnō rakkhatū
« les Seigneurs de l’Ouest mirent en pièces »

anadūni akallabi
« (l’)Ouistrenesse tomba en ruines »

azrē nai phurrusim (< phurusam)
« mers puissent-se déverser »

Comme nous l’avons montré dans §19, les formes géminées dans AF3 sont probablement des passés continuatifs. Dans l’ancienne grammaire, nous avons tenté d’identifier le -d- dans azgaranādu comme une marque continuatrice. Cela ne signifie pas forcément que les formes géminées dans AF1 ne pourraient pas être également des passés continuatifs, puisqu’il n’y a aucune raison d’admettre que n’importe quel temps donné ne puisse être formé que d’une manière. En quenya, par exemple, le passé est formé d’au moins deux manières, e.g. túle « vint » avec une voyelle longue et un -e final, contre ortane « se leva » avec un -ne final.

En latin, le passé subjonctif était utilisé avec un verbe principal au passé pour exprimer le résultat ou l’intention d’une action dans le passé. Un raisonnement sémantique similaire pourrait expliquer le changement (apparemment) du présent phurusam « submerge » pour le prétérit phurrusim. La phrase nai phurrusim est traduite par « pouvaient-submerger ». Dans la phrase anglaise, le passé est indiqué par « pouvaient », le passé de « peuvent », et « submerger » est un infinitif présent. Cette situation est inversée dans la phrase adunaïque. À noter que nai, qui est très certainement emprunté au q. nai « que cela soit », n’a pas de marque du passé et donc le passé doit être indiqué par le verbe principal phurrusim. La variante phurusam n’est pas nécessairement incorrecte ; comme nous allons le suggérer ci-dessous, elle peut être une forme aoriste, capable d’indiquer une action présente ou passée. En effet, Tolkien a peut-être changé le présent/aoriste phurusam pour le prétérit phurrusim simplement pour se conformer aux formes explicites du prétérit des autres verbes du passage.

30. Le présent dans AF1. – Nous avons deux exemples apparents de présent dans AF1. Le premier apparaît dans le suffixe de copule -nam « sont » dans batānī rōkhī-nam « (les) voies sont tordues ». Cette forme peut-être analysée comme *-na « est » plus la marque plurielle verbale -m, et il y a peu de doutes que l’adunaïque *-na « est », pl. -nam « sont », soit apparenté au quenya « est », pl. nar « sont »27). L’autre exemple apparaît dans azrē nai phurusam « [que les] mers pouvaient-submerger ». L’élément nai « pouvaient » est clairement un auxiliaire subjonctif (comme du- dans AF3), et il s’agit probablement d’un emprunt au q. nai « que cela soit, peut-être ». Le verbe phurusam n’a pas de marques du prétérit – gémination, contraction du radical, ou ajout de -nā ou -ni – ce qui indique qu’il s’agit d’un présent. La terminaison -a, pl. -am apparaît fréquemment dans les verbes traduits au prétérit dans le matériel plus récent, e.g. hikalba, unakkha, yurahtam, dubdam. S’il y a une continuité entre les systèmes verbaux de AF1 et de AF3, cela pourrait signifier que -nam et phurusam sont à l’aoriste, dénotant aussi bien une action présente que passée. Certains verbes quenya, dont certains avec des radicaux se terminant en -a tel que anta- « donner », sont « aoristes » au sens adunaïque d’indiquer à la fois le présent et le passé – comparer le présent yar i vilya anta miqilis « auquel l’air donne des baisers » (MC:215) avec le passé Mandulómi anta móri Ambalar « l’Est souleva [i.e. donna] de noires ténèbres hors de l’Enfer » (MC:211).

31. Les affixes pronominaux dans AF1. – Dans AF1 apparaissent les exemples suivants de nom normal sujet + verbe :

Sujets normaux dans AF1 :

arpharazōn azgaranādu
« [Ar-pharazôn] fit la guerre » [sujet masc.]

eruhīn udūbanim
« [(les) Enfants de Dieu] tombèrent » [sujet com.]

anadūni akhaini
« (l’)Ouistrenesse tomba en ruines » [sujet fém.]

batān akhaini
« (la) route s’étendait » [sujet neut.]

azrē nai phurrusim (< phurusam)
« (les) mers pouvaient-submerger » [sujet neut.]

batānī rōkhī-nam
« (les) voies tordues-sont » [sujet neut.]

Dans la forme finale de la grammaire adunaïque, un nom normal sujet nécessite un verbe avec des préfixes pronominaux accordant le sujet en genre et en nombre. Si le cas normal dans l’ancienne conception de la grammaire adunaïque fonctionne de manière similaire, nous pourrions nous attendre à voir des préfixes pronominaux employés avec les verbes ci-dessus, et c’est en fait le cas. Dans batān akhaini « [la] route s’étendait », le nom neutre batān est accompagné par le préfixe neutre a- « cela » dans akhaini (cf. ayadda « cela alla » dans AF3). Cependant, le fait que l’ancien système doit aussi avoir permis les suffixes pronominaux est montré par arpharazōn azgaranādu « [Ar-pharazôn] fit la guerre ». Le sujet normal masculin arpharazōn nécessite une marque pronominale masculine sur le verbe, mais le a- dans azgaranādu n’est pas un préfixe pronominal ; il est une partie du radical du verbe dérivatif azgarā- « faire la guerre » (439). Nous pouvons conclure de cela que le -u final sert comme la marque pronominale masculine requise (u, i et a sont des marques de genre masculine, féminine et neutre/commune).

Un exemple similaire apparaît dans anadūni akallabi « (l’)Ouistrenesse tomba en ruines ». Dans Lowdham’s Report (426) anadūni est donné pour être un adjectif (sans genre), avec la personnification féminine Anadūnē « Ouistrenesse ». L’apparition de anadūni comme sujet d’une phrase dans AF1 indique qu’il agit ici comme nom plutôt que comme adjectif, et la traduction « Ouistrenesse » indique probablement qu’il est féminin (i est également une terminaison commune dans les formes féminines). Puisque a est la marque des noms neutres et communs, le a- dans akallabi n’est pas une marque pronominale mais probablement un parent du préfixe emphatique quenya a- « complet »28) observé dans ataltane, le verbe quenya employé pour traduire akallabi. Dans le texte Lowdham dit de ce mot : « Car en avallonien atalante est un mot normalement formé à partir d’une base commune talat « se renverser, glisser » : elle apparaît dans le Texte I dans la forme verbale emphatique ataltane « s’effondra en ruines », pour être précis. » (249) Le préfixe « a- = complet » est mentionné dans les Étymologies s.v. TALÁT- « incliner, pencher, renverser ». Que le a- dans akallabi soit également un préfixe emphatique est suggéré par sa traduction comme « tomba en ruines » plutôt que simplement « tomba » ou « s’effondra ». Par conséquent, il est plus probable que le -i final de akallabi soit un suffixe pronominal féminin.

Dans eruhīn udūbanim « les enfants de Dieu tombèrent », le sujet eruhīn pourrait être commun, puisque Lowdham’s Report établie que « sont communs […] les noms de peuples (spécialement au pluriel, comme Adūnāim). » (426) Lowdham’s Report établit également que les terminaisons du cas sujet étaient à l’origine des affixes pronominaux (425). La terminaison sujet plurielle des noms masculins, féminins et communs était -im, et cet ancien suffixe pronominal est fort probablement l’élément final dans udūbanim.

Il est curieux donc que ce même suffixe -im apparaisse dans azrē nai phurrusim « (les) mers puissent-se déverser », qui possède un sujet pluriel neutre, azrē « mers ». Il se peut qu’il n’y ait pas de distinction de genre dans les suffixes pronominaux pluriels, au moins entre le commun et le neutre.

Il y a deux exemples dans AF1 de noms sujets au cas sujet :

zigūrun […] unekkū (< hunekkū)
« [Sauron] […] il-vint » [sujet masc.]

bārun-adūnō rakkhatū
« les Seigneurs de l’Ouest mirent en pièces » [sujet masc.]

Dans la forme finale de la grammaire, un nom sujet au cas sujet ne requiert pas de préfixes pronominaux sur le verbe, bien que des préfixes puissent être inclus pour l’emphase. C’est ce que nous observons dans zigūrun […] unekkū (< hunekkū) « [Sauron] […] il-vint », avec le préfixe pronominal masculin u- (ou hu-). Dans bārun-adūnō rakkhatū le final peut être un suffixe pronominal masculin, bien que sa voyelle longue contraste avec la voyelle courte dans le suffixe pronominal dans azgaranādu et la voyelle courte du préfixe u- dans unekkū. Il est intéressant que ces deux phrases aient des verbes se terminant en ; peut-être dans l’ancienne grammaire une terminaison verbale spéciale est employée en accord avec le sujet au cas sujet.

* * *

Et ainsi donc nous devons conclure notre discussion de la grammaire (ou plus précisément, des grammaires) de l’adunaïque. Nous espérons que M. Lowdham, le premier grammairien de l’adunaïque, aurait approuvé nos humbles efforts pour promouvoir notre compréhension de cette étrange et belle langue d’Akallabêth la Déchue. Aussi longue que soit cette analyse, elle n’a qu’effleuré la surface – beaucoup de choses restent à écrire au sujet de la grammaire compliquée de l’adunaïque, de sa structure phonologique complexe, de sa relation historique avec l’eldarin et le khazadien, et de son vocabulaire assez important (en fait, une liste complète de mots adunaïques fut préparée pour accompagner cet article mais a du être omise par manque de place). Que Tolkien ait été capable de concevoir et d’élaborer une langue aussi complètement développée, tout cela en l’espace de quelques mois fin 1946, atteste de son étonnant génie linguistique et de son inlassable créativité. Nous pouvons seulement faire écho aux mots de Philip Frankley, sans l’ironie :

« Et bien n’est-ce pas palpitant ! »

Voir aussi

Sur Tolkiendil

1) Ndt : Il s’agissait du dernier volume paru en 1992, la série a depuis été complétée de 3 volumes (soit 12 au total).
2) « Adunaic » est ainsi orthographié, sans accent circonflexe, tout au long de Sauron Defeated.
3) Ndt : Selon le Petit Larousse : COPULE n. fém. (lat. copula). LING. Mot qui lie l’attribut au sujet d’une proposition. PRÉDICAT n. masc. (lat. praedicatum, chose énoncée) 2. LING. Ce qu’on affirme ou nie à propos de ce dont on parle (sujet ou thème). [En français, adjectif attribut séparé du verbe par la copule être] Ainsi, en français, par exemple, dans la phrase « le ciel est bleu », la copule est « est » et le prédicat est « bleu ».
4) Par « précède immédiatement […] un verbe » Tolkien voulait apparemment dire qu’un autre nom ne pouvait s’introduire entre le sujet normal et son verbe ; des phrases avec des sujets normaux dans AF3, une possède l’adjectif zīrān « bien-aimé » et l'autre un adverbe tāidō « autrefois » entre le sujet et le verbe.
5) Ndt : Le français ne possède pas de genre neutre.
6) Le genre de ce nom n’est pas donné mais peut-être déduit du contexte – cf. §1. Urīd doit être mis en relation avec la base eldarine ÓROT « hauteur, montagne », ou bien c’est un emprunt direct au noldorin orod « montagne » – « Le ĕ et le ŏ avalloniens sont généralement représentés par i et u, respectivement » (423). Yakalubim « elles se penchent par-dessus » est probablement littéralement *« elles tombent », présent continuatif pluriel de KALAB « tomber » (416) ; cf. §18.
7) Le suffixe -a dans le pl. Narīka « Aigles« le marque comme une forme sujet neutre ; cf. §8. En adunaïque les noms d’animaux sont généralement masculins, féminins ou communs, mais ici « Aigles » ne fait pas référence à de vrais oiseaux mais aux nuages venant de l’Ouest. Cf. Index II s.v. Eagle(s) : « Toutes les références sont aux grands nuages, et surtout aux Aigles des Seigneurs (de l’Ouest) ».
8) Le a- initial dans azggara « fit la guerre » est une partie de la racine verbale azgarā- « faire la guerre » (439) et non le préfixe pronominal a- « cela », qui en aucun cas ne serait en accord avec le sujet masculin singulier ar-pharazōnun.
9) Ndt : to, towards dans la VO.
10) Ndt : at dans la VO.
11) Ndt : Le terme glide est un anglicisme adopté en français qui peut également être traduit par le terme glissement (phonétique).
12) Le suffixe -dā- pourrait autrement être apparenté à la marque causative de l’eldarin primitif *-tā vue dans le q. tulta- « faire venir, faire quérir, convoquer » < TUL- « venir, approcher » (LR :395), et dans le n. tangado « rendre ferme, confirmer, établir » < tanc « ferme ». Ainsi ugrudā- *« rendre sombre, amener à être dans l’ombre » ?
13) La traduction anglaise pourrait indiquer que cette phrase est à l’impératif, bien qu’aucun mode impératif adunaïque – qui est employé pour donner des ordres directs – ne soit mentionné dans les notes.
14) Cf. Language Universals and Linguistic Typology de Bernard Comrie, p. 14 : « Plusieurs langues du monde ont une construction passive impersonnelle, dans laquelle, dans la structure de surface, le verbe n’a pas de complément d’objet manifeste, l’agent étant exprimé, si nécessaire, comme une phrase agentive ; cependant, les compléments d’objet du verbe, incluant le complément d’objet direct d’un verbe transitif, demeurent juste dans la phrase active ordinaire. » Le gallois compte parmi les langues employant un passif impersonnel.
15) Si le dernier est le cas, alors l’adunaïque a deux temps futurs, un exprimé par l’aoriste et un autre exprimé par un auxiliaire ajouté à une autre forme du verbe (non spécifiée).
16) La copule du temps présent « est » apparaît dans AF3, mais seulement représentée par un nom au cas sujet plutôt qu’étant un présent comme une forme explicite, par ex. zāira nēnud « (l’)envie (est) sur-nous ».
17) « Dans une base adunaïque il y a une Voyelle Caractéristique (VC) qui se partage avec les consonnes dans la caractérisation et l’identification de la Base. Ainsi KARAB et KIRIB sont des bases distinctes et peuvent avoir des significations entièrement différentes. » (415).
18) Dans cet article nous emploierons le terme prétérite en référence à n’importe quel verbe adunaïque qui est traduit par le passé en anglais, incluant le passé continuatif adunaïque, l’aoriste, et les passés. Le terme passé sera uniquement utilisé en référence au passé adunaïque spécifique dont il est fait allusion dans les notes de Tolkien.
19) Les termes « géminées » et « contractées » en référence à des formes verbales sont notre propre système.
20) Bien que cela n’était habituellement pas permis ; cf. 422 : « … une forme basique ne peut normalement pas avoir la VC répétée plus de deux fois (comme UKULBU, KULUBU) ».
21) Le temps imparfait latin indiquait une action continue dans le passé, par ex. ībat « il allait ». Il pouvait également dénoter une action répétée ou habituelle, ainsi ībat pouvait aussi signifier « il continuait à aller » ou « il avait l’habitude d’aller ».
22) Ce qui ne veut pas dire qu’une langue ne peut pas employer le même verbe pour les deux sens de « chute » ; l’anglais le peut assurément, tout comme le quenya : comparer laurïe lantar lassi « comme l’or tombent les feuilles » (physique) avec la lamentation de Maglor le Noldolantë « La Chute des Noldor » (morale). Mais apparemment l’adunaïque fait une distinction verbale entre les deux types de « chute ».
23) Book Quenya dans la VO soit littéralement « quenya livresque ».
24) Il semble probable que *NEK « venir » est une conception ancienne de la base plus récente NAKH « venir, approcher », car la présence d’un e court dans unekkū n’est pas en accord avec la phonologie de l’adunaïque telle que décrite dans le matériel plus récent. Cf. Lowdham’s Report p. 423 : « La langue […] ne possède pas de ĕ ou de ŏ courts ».
25) Kakainen apparaît dans Koivienéni Sentence : Eldar ando kakainen loralyar « Les elfes furent longtemps étendus endormis… », apparemment la forme fréquentative du verbe observée dans la base KAY- « se coucher », kakai- « être allongé », passé kakaine « fut étendu », passé pl. kakainen « furent étendus ». Cf. « The Elves at Koivienéni, A New Quenya Sentence », VT n°14, p. 7.
26) Ndt : Le français ne possède pas de formulation équivalente. Ainsi he was falling se traduit par « il tombait ».
27) Cette forme plurielle apparaît dans la lecture de Namárië par Tolkien dans les albums enregistrés et sortis par Caedmon Records en 1975. Ici la seconde ligne du poème varie par rapport à la version publiée : Inyarúnóti nar ve rámar aldaron ! *« Les années innombrables sont comme les branches [littéralement ailes] des arbres ! ». Cf. An Introduction to Elvish, p. 5.
28) Ndt : Les découvertes en matière de quenya faites après la parution de cet article – et en l’occurrence les correctifs aux Étymologies parus dans les Vinyar Tengwar n°45 & 46 – permettent de jeter un autre regard sur cette remarque. Il s’avère qu’elle reste toujours totalement fondée et qu’une racine oubliée dans la version publiée des Étymologies dans The Lost Road a été révélée dans ce fanzine, cf. VT45 p. 5, racine A-.