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Alors après de longs âges de paix, comme le relate le Quenta Noldorion
, il advint que les Noldor, qui étaient de toutes les familles des Eldar la plus douée pour les techniques et le savoir, quittèrent Valinor en tant qu’exilés et retournèrent en Terre du Milieu, cherchant les Grands Joyaux, les Silmarilli
, que Fëanor chef de tous leurs artisans avait fabriqué. Leur langue, le noldorin, qui au départ différait peu du lindarin ou quenya, devint à leur retour en Terre du Milieu sujette au changement, dont ici souffrent même les choses conçues par les Elfes, et avec le passage du temps elle vint à différer en tous points du quenya de Valinor, langue que les exilés gardèrent toujours en mémoire cependant, une langue de savoir, de chant et de courtoisie. »
1)
tructurellement, le noldorin est extrêmement proche du sindarin, au point que la majorité des mots noldorins pourraient être repris tels quels en sindarin. La différence principale tient à l’origine de cette langue, car le noldorin était supposé être la langue des Ñoldor, distincte du qenya, qui aurait évolué de manière à se rapprocher de l’ilkorin après l’arrivée de ceux-ci en Beleriand.
eul le « Lhammas » mentionne le noldorin de Mithrim, précisant qu’il fait partie des dialectes qui « disparurent dans les guerres du Nord ».2) Il est toutefois sous-entendu que quelques traces de celui-ci se retrouvaient en fëanorien tardif.3) S’il est précisé que les différents dialectes noldorins ne différaient les uns des autres que de façon modeste4), on ne sait quelles étaient les éléments divergents, Tolkien n’ayant pas exploré le sujet plus avant. Néanmoins, le noldorin de Mithrim est l’ancêtre conceptuel du mithrimin, une langue sindarine ayant considérablement divergé du falathrin et des autres variétés du sindarin méridional. Chose intéressante, Tolkien précisa qu’une partie significative des Mithrim était apparemment d’extraction ñoldorine. Certains Elfes du Deuxième Clan auraient en effet refusé de s’embarquer pour Valinor ou se seraient aventurés trop loin vers le Nord pour répondre à l’appel d’Ulmo.5)
e gondolindren ou gondolique, encore appelé moyen noldorin, était la variété de noldorin parlée dans la cité cachée de Gondolin. L’isolement que maintinrent les habitants de Gondolin permit de préserver la pureté de l’« ancienne langue » des Noldor. Bien que les différentes branches du noldorin n’aient pas divergé de façon majeure12), le conservatisme du gondolindren l’isola sensiblement des autres dialectes.13) Le gondolindren fut l’une des deux seules variantes du noldorin à survivre aux guerres de Beleriand. Après la chute de Gondolin, les survivants partirent s’établir aux Havres du Sirion. Le gondolindren devint ainsi la langue des derniers Elfes libres en lutte contre Morgoth. Il subit alors une influence du doriathrin, ainsi que du falassien et de l’ossiriandique, dans une moindre mesure.14) C’est de ce dialecte mélangé que proviennent la langue parlée à Tol Eressëa et le parler elfique des Atani et de leurs descendants.15)
u noldorin de Nargothrond, on connaît fort peu de choses. Ce dialecte était parlé par les gens de Felagund et de ses frères.16) Il était assez proche de ceux de Hithlum, des Falas et du Beleriand oriental17), bien qu’on ignore sur quels points il divergeait de ceux-ci. Comme la plupart des variétés de noldorin, il disparut au cours de la guerre des Joyaux.18) Bien que Tolkien ne le précise pas, il est probable qu’il périt après le sac de Nargothrond et le massacre de la quasi-totalité des survivants par les Orques lors de la tentative de sauvetage menée par le peuple de Haleth.19) Il est possible que les noms des habitants de Nargothrond que nous connaissons (et notamment ceux de Felagund et ses frères Orodreth, Angrod et Egnor) appartiennent à ce dialecte. Cela n’est toutefois pas précisé, et les noms attestés ont des éléments identiques à ceux d’autres dialectes, ce qui plaide en défaveur de cette hypothèse.
| Après le changement conceptuel qui vit le noldorin devenir la langue maternelle des Elfes-gris, Tolkien continua à envisager que le sindarin de Nargothrond ait été différent de celui des gens de Fingon et Turgon. Il revint plus tard sur cette idée et décréta que le sindarin occidental, à l’origine du sindarin commun des âges ultérieurs, était la langue gris-elfique parlée par tous les Ñoldor, à l’exception des Fëanoriens.20) Quelques tournures et termes du mithrimin furent cependant « incorporées dans le sindarin du Sirion »21), la langue parlée à Minas Tirith. Il est donc probable que le parler des gens de Finrod Felagund ait conservé quelques particularismes.
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’un des deux seuls dialectes du noldorin à avoir survécu aux guerres de Beleriand était le mólanoldorin, la langue corrompue des Noldor-esclaves sous le joug de Morgoth.22) Ce nom vient du q. mól « esclave, captif », dérivé de MŌ- par l'intermédiaire du mot primitif *mōl-.23) Le premier manuscrit du « Lhammas » précise que la voix des Noldor-esclaves « ne s’entendait pas seulement à Angband, mais plus tard aussi en Mithrim et dans bien d’autres lieux. »24) Cela rejoint les textes des Contes perdus, qui dépeignent non seulement les Noldoli-esclaves qui « œuvraient avec peine sous la coupe des Orques et des gobelins des collines »25) dans les cavernes de Morgoth, mais signalent que d’autres travaillaient à Hisilómë après la conquête de ce pays26) :
« D’autres Noldoli encore étaient sous les enchantements maléfiques de Melko et erraient comme dans un rêve empli de peur, obéissant à ses demandes néfastes, car le sort de terreur incommensurable était sur eux et ils sentaient les yeux de Melko les brûler de loin. »
27)
Comme de juste, cette langue servait à répandre la trahison et le chaos chez les ennemis de Morgoth. Des Gnomes-esclaves et des « créatures ayant pris forme elfique » répandaient « les mauvais augures et les soupçons de traîtrise chez tous ceux qui leur prêtaient l’oreille. »28) De la sorte, les Noldor se mirent à craindre la traîtrise de tous ceux qui avaient été prisonniers à Angband : « même s’ils s’échappaient et revenaient parmi leur peuple, ils n’étaient guère les bienvenus et erraient souvent dans un exil et un désespoir misérables. »29)
Le « Qenya Lexicon » est le seul texte à donner des précisions sur la phonologie de la langue des Gnomes-esclaves, du fait même que dans ce manuscrit, il s’agissait du seul dialecte noldorin à avoir survécu. Il y est précisé que c’était la seule langue elfique à avoir développé des occlusives initiales à partir de spirantes voisées, ainsi que des plosives médiales voisées à partir d’occlusives médiales sourdes simples.30) Seul le noldorin avait fait fusionner l’ensemble des groupes consonne + semi-voyelle avec les consonnes simples qui leur étaient associés31). On ignore évidemment si ces éléments étaient toujours supposés être caractéristiques du mólanoldorin à l’époque où Tolkien rédigea le « Lhammas », mais il est permis d’en douter, vu l’évolution externe du noldorin sur les quinze à vingt ans qui séparent ces deux textes.
| Le premier nom elfique que Tolkien donna à cette langue était múlanoldorin32), faisant vraisemblablement dériver ce terme du noldorin mûl plutôt que du qenya mól.33) Dans les tous premiers textes du « Qenya Lexicon », ce parler était nommé « noldo-esclave » et c’était le seul dialecte du noldorin à avoir survécu, le « libre noldo de Gondolin » ayant péri pendant les guerres.34)
On peut aussi noter que l’un des derniers textes mentionnant le noldorin, la « Tengwesta Qenderinwa », ne mentionne plus le mólanoldorin parmi les dialectes des Noldor en exil, aussi Tolkien avait-il peut-être fini par décider que les Gnomes-esclaves ne parlaient pas une variété spécifique de noldorin.35)
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Bertrand Bellet — Mars 2005
traduit de l’anglais par Damien Bador |
 | e noldorin était conçu comme la langue natale des Noldor, développée au cours de leur exil en Terre du Milieu à partir de la langue qu’ils parlaient anciennement à Valinor, appelée vieux noldorin dans « Les Étymologies » et korolambë ou kornoldorin dans le Lhammas. Celle-ci est à l’évidence très proche du sindarin ultérieur, mais il existe certaines différences, particulièrement pour le développement de certaines consonnes et, plus important pour nous ici, dans la manière de former le pluriel des noms.
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Thorsten Renk
traduit de l’anglais par Damien Bador |
 | es Étymologies » contiennent plusieurs exemples de formes que Tolkien nota être « intensives », dont certaines se forment au moyen d’un préfixe. L’entrée A- du VT 45, p. 5, est peut-être le meilleur point de départ pour les classifier. Nous est présenté un préfixe intensif a- « d’origine distincte, quoique de fonction similaire à la préfixation de la voyelle de base […] il pouvait être appliqué à des mots formés à part entière. »
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Roman Rausch — Juin 2010
traduit de l’anglais par Damien Bador |
 | n qenya de l’EQG, le passé s’obtient par ajout des suffixes –ye, –ie, –ne. Le plus commun est –ie, qui est « normalement accompagné d’un renforcement du radical consistant en (1) infixation en a (2) infixation en n (3) allongement vocalique ». La situation n’est guère différente en noldorin. Le passé fort s’obtient par infixation nasale et mutation en i dans l’ensemble du mot, laquelle est apparemment causée par le suffixe –ye.
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Roman Rausch — Avril 2008
traduit de l’anglais par Damien Bador |
 | près l’écriture des « Gnomish Lexicon » et « Qenya Lexicon », l’étape suivante de la création linguistique de Tolkien fut les « Early Qenya Grammar » et « Early Noldorin Grammar », rédigées aux environs de 1923. Une nouvelle caractéristique de cette étape est l’introduction de langues mineures : l’ilkorin de style germanique et le telerin de style roman-latin (en plus du noldorin de style celtique-gallois et du qenya de style finnois).
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