Langue du Nord

« Le mot Warg, utilisé dans le Hobbit et le S.d.A. pour désigner une espèce maléfique de loups (démoniaques) n’est pas supposé être spécifiquement angl.-sax. et possède une forme germanique prim. représentant le nom commun aux Hommes du Nord pour désigner ces créatures. »1)
Les Lettres de J.R.R. Tolkien — Lettre n° 297 « Brouillons d’une lettre à “M. Rang” »

Les plaines du Rohan (© Anke Eissmann)

Les Northmen étaient les descendants de peuples apparentés aux Edain du Premier Âge, particulièrement proche du Peuple de Hador2). Ils semblent s’être établis au Rhovanion à la fin du Premier Âge, tandis que certains d’entre eux poursuivaient leur trajet vers l’Eriador et le Beleriand3). Lorsque le Gondor s’étendit vers l’Est, des liens d’amitié s’établirent bientôt avec les Northmen, facilités par leur lointaine parenté4) et par les liens historiques entre leur langue et l’adûnaïque des Dúnedain5). Même si leur alliance semble s’être effritée à certaines époques, les liens entre les deux peuples perdurèrent tant que les Northmen demeurèrent au sud du Rhovanion. Après que les Gens-des-Chariots eurent chassés les Northmen de leurs terres, ces derniers semblent s’être dispersés. Un grand nombre suivit Marhwini pour s’établir dans la haute vallée de l’Anduin, entre le Carrock et les Champs d’Iris, lieu où la future langue des Cavaliers prit son caractère spécifique6). D’autres se replièrent vers le Nord et vinrent s’implanter non loin d’Erebor, où « ils fusionnèrent avec le peuple de Dale »7). La langue de ces derniers évolua différemment et devint le dalien.

On ne connaît aucun mot authentique de la langue du Nord, mais un certain nombre de termes germaniques apparaissant dans le Hobbit et le Seigneur des Anneaux sont supposés la représenter. On peut observer trois types de mots différents : les noms comme Warg8) ou Yule9), qui sont supposés être des termes communs à l’ensemble des peuples du Nord toujours en usage à l’époque de la guerre de l’Anneau, les noms des chefs des Northmen contemporains de l’époque où ceux-ci furent contraints d’émigrer au Val d’Anduin et les noms des descendants immédiats de Vidugavia. Les premiers sont des mots que l’on retrouve tels quels en anglo-saxon10). On peut supposer qu’il s’agit plutôt de noms descendants de ceux usités par les Northmen un millier d’années auparavant que des termes exacts qu’ils employaient alors. Les Contes et légendes inachevés contiennent les noms de trois chefs des Northmen qui luttèrent contre les Gens-des-Chariots et conduisirent une fraction de leur peuple à s’installer dans le Val d’Anduin : Marhwini, Marhari et Forthwini. Selon Tom Shippey, ces noms seraient en vieil anglais archaïque, voire en proto-germanique, une langue « reconstruite », proche du gotique11). Marhari se traduirait par « armée de chevaux », qui donnerait *Mearhere en vieil anglais standard et *Marhere en vieux mercien12). L’élément –wini de Marhwini et Forthwini est apparenté au v. angl. wine « ami », que l’on retrouve dans les noms de plusieurs rois de Rohan. Tom Shippey interpréterait volontiers Forthwini (lit. « avant-ami ») par « ami voyageur », mais David Salo y voit plutôt la signification « ami du front, ami qui est à l’avant [de l’armée] »13).

Les trois derniers noms propres attestés sont Vidugavia, Vinitharya et Vidumavi14). Tolkien précise qu’au Gondor Vidumavi prit pour nom Galadwen « demoiselle des bois », « adaptation de son nom nordique en langue sindarine »15)16) Selon Arden Smith, il s’agit effectivement d’une adaptation du got. *Widu-mawi : « Ce nom gotique n’est pas historiquement attesté, bien qu’il soit composé d’éléments gotiques authentiques : *widus “bois, forêt”, uniquement attesté dans des noms propres, et mawi “demoiselle”. »17) Vidugavia et Vinitharya correspondent à deux noms historiquement attestés. Le premier représente une forme latinisée du got. *Widugauja « habitant des bois »18), attribué à l’un des fils du forgeron germanique légendaire Weland Smith selon certains textes19) James Allan ajoute que le got. gavi signifie « district », ce qui pourrait renvoyer soit vers l’habitant, soit vers le seigneur d’une aire géographique donnée. D’après Tom Shippey, Vinitharya20) pourrait quant à lui se décomposer en vinit-harya, le second élément correspondant à –harja « armée », du proto-germanique *hari-az, qui donna aussi le v. angl. here. Le premier élément pourrait être winit « wendique », les Wendes étant une tribu slave de Germanie orientale21). La forme gotique originelle de ce nom serait alors *Winiþa-harjis « celui qui combat les Wendes ». Arden Smith estime que ces derniers représentent probablement les Orientaux de Terre du Milieu dans le cadre de la traduction fictive à laquelle se livre Tolkien22). Tolkien signale d’ailleurs que Vinitharya « avait une signification fort semblable à Rómendakil » et correspondait donc à « Vainqueur de l’Est »23).

Comme le remarque son fils, Tolkien a ainsi employé la plus ancienne langue germanique attestée pour nommer les lointains ancêtres des Rohirrim24). La succession VidugaviaVidumaviVinitharya va même jusqu’à reproduire les phénomènes d’allitération initiale que l’on retrouve fréquemment chez les descendants d’un même ancêtre dans de nombreuses cultures germaniques25).

Les brouillons de Tolkien en TI, p. 391, contiennent six autres noms en marh- qui ne furent apparemment jamais employés : Marhad « cheval-individu », Marhath « cheval-ardent », Marhelm « cheval-heaume », Marhun (lire #Marhún « cheval-ourson »26) ?), Marhyse « cheval-guerrier » et Marhulf « cheval-loup »27). Le nom Vinthanarya, plus tard remplacé par Vinitharya est aussi attesté en PM, p. 214 ; à cette époque Vinitharya désignait le roi du Rhovanion connu sous le nom de Vidugavia dans les Appendices du SdA ; cf. PM, p. 262.

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Diverses langues humaines

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Dans le texte du SdA, les prénoms de Gollum et de son ami sont Sméagol et Déagol. D’après une note de bas de page de l’Appendice F du Seigneur des Anneaux, il s’agit de « noms de la langue humaine de la région environnant les Champs d’Iris ». Mais plus loin dans cet Appendice, il est expliqué qu’il s’agissait « d’équivalents fabriqués de la même manière pour les noms Trahald “fouissant, se faufilant dans” et Nahald “secret” dans les langues nordiques. »
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Blason

1) Version originale : « The word Warg used in The Hobbit and the L.R. for an evil breed of (demonic) wolves is not supposed to be A-S specifically, and is given prim. Germanic form as representing the noun common to the Northmen of these creatures. »
2) UT, p. 402 n. 4
3) PM, p. 302-303
4) UT, p. 373-374, 382
5) UT, p. 275 ; PM, p. 314
6) Lettre no 297 ; UT, p. 373-376, 403 n. 8
7) UT, p. 374
8) Lettre no 297
9) Nomenclature
10) Tolkien a cependant affirmé que Warg était une forme germanique primitive ; cf. Lettre no 297.
11) Cette position est débattue, Christopher Tolkien considérant ces noms comme étant gotiques au même titre que les noms des contemporains de Valacar (UT, p. 402-403 n. 6), tandis qu’Arden Smith argue dans Scholarship in Honor of Richard Blackwelder, p. 269, qu’il s’agit de noms purement anglo-saxons.
12) Tom Shippey précise qu’aucun nom en Marh- ne semble attesté en vieil anglais, mais que –here est « très commun comme second élément de nom » (Le Livre de la Marche, p. 158-163).
14) SdA, App. A ; PM, p. 259-260
15) , 23) PM, p. 260
16) L’orthographe du mot sindarin pour « arbre » fut changée en galadh pour la publication du SdA. Dans cette conception, on pourrait s’attendre à ce que le nom sindarin de Vidumavi soit plutôt #Galadhwen < galadh + gwen(d) ; cf. Helios de Rosario Martínez,« Light and Tree: A Survey Through the External History of Sindarin ».
17) Blackwelder, p. 268-269 ; cf. UT, p. 402-403 n. 6
18) , 24) UT, p. 402-403 n. 6
19) Sous les formes Witugouwo, Witicho, Witege ou Wittich (An Introduction to Elvish, p. 189-190 ; cf. Jacob Grimm, Teutonic Mythology, p. 376, 1392). Arden Smith donne quant à lui les attestations Vidigabius, nom d’un roi des Alamans, et Vidigoia, un ancien héros des Goths (Blackwelder, p. 268-269).
20) Attesté sous la forme Venetharius, attribuée à un roi des Ostrogoths au IVe siècle, arrière-grand-père de Théodoric le Grand (Blackwelder, p. 268-269), en plus des formes gauloises Winedharius, Winettharius, Viniterius et Guineterius, et de la forme germanique standard Winidhere (An Introduction to Elvish, p. 190).
22) Blackwelder, p. 268-269
25) On peut notamment citer les arbres généalogiques de Hengest et Eomær que Tolkien s’attache à reconstruire dans Finn and Hengest, p. 176. Voir aussi An Introduction to Elvish, p. 189-190.
26) Cf. T. Northcote Toller, An Anglo-Saxon Dictionary: Supplement, p. 570
 
langues/langues_humaines/langue_nord.txt · Dernière modification: 28/08/2013 15:07 par Elendil
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