Langues de l’Ennemi

« Les Orques furent d’abord élevés par le Sombre Pouvoir du Nord aux Jours Anciens. Il est dit qu’ils n’avaient pas de parler qui leur soit propre, mais qu’ils prenaient ce qu’ils pouvaient des autres langues et le pervertissait à leur contentement ; pourtant ils ne créèrent que des jargons brutaux, à peine suffisants même pour leurs propres besoins, sauf quand il s’agissait de malédictions et d’insultes. Et ces créatures, étant remplies de malice, haïssant même leur propre race, développèrent rapidement autant de dialectes barbares qu’il existait de groupes ou d’établissements de leur race, ce qui fit que le parler orquien leur était de peu d’aide pour converser de tribu à tribu. »1)
Le Seigneur des Anneaux — Appendice F « Des autres races »

 Orque de Sauron (© John Howe)

Sauron connaissait le pouvoir de la parole, aussi bien pour tromper que pour diriger. Il n’est pas surprenant qu’il ait cherché à créé un language spécifique pour commander ses serviteurs. Ainsi naquit le parler noir, dont dérivent la plupart des dialectes orquiens plus tardifs. D’autres créatures au service de l’Ennemi semblent avoir possédé leur propre langue, telles les Wargs ou les Araignées géantes de Mirkwood. On ignore toutefois comment ces langues furent inventées. Dans l’ensemble, nous disposons d’assez peu d’éléments concernant les langues de l’Ennemi. Tolkien considérait que ses contes avaient été retranscrits par les Elfes, les Dúnedain et les Hobbits : il était donc logique que ceux-ci disposent d’informations limitées sur les langues des races qui leur étaient hostiles.

Les langues de l’Ennemi

Le parler noir

Le parler noir fut créé par Sauron durant le Deuxième Âge dans le but d’en faire la langue parlée par tous ses serviteurs, sans beaucoup de succès toutefois. Après la chute de Barad-dûr, en l’an 3441 SA, il fut oublié (sauf par les Nazgûl), et ne redevint usité qu’après le retour de Sauron au Mordor, en 2951 TA : ce fut alors la langue de Barad-dûr et des capitaines du Mordor. Les Olog-hai, une race de Trolls « remplie de l’esprit malin » de Sauron étant apparue vers la fin du Troisième Âge, ne savaient s’exprimer que dans cette même langue2). Les Orques, quant à eux, parlaient un westron abâtardi qui comprenait de nombreux mots issus du parler noir, comme ghâsh (« feu ») ou sharkû (« vieillard »). Le parler noir semble avoir été un véhicule de choix pour les invocations maléfiques, comme en témoigne la lecture de l’inscription de l’Anneau lors du Conseil d’Elrond ou les formules mystiques prononcées par le Roi-sorcier pour détruire les portes de Minas Tirith.

Le parler noir comportait des mots empruntés aux langues elfiques, comme uruk3)4), qui semble être dérivé de la racine quendienne ÓROK5). D’autres mots pourraient avoir été empruntés au valarin, comme le terme nazg « anneau », proche du valarin #naškad, que l’on retrouve dans Mâchananaškad « Anneau du Jugement »6). Toutefois, la phonologie du parler noir semble avoir été extrêmement déplaisante pour les Elfes, à en juger par leur réaction lorsque Gandalf prononça les paroles gravées sur l’Anneau7).

L’orquien

L’orquien est le nom donné à l’ensemble des dialectes parlés par les Orques. À l’origine, les Orques ne possédaient aucune langue qui leur soit propre, empruntant à d’autres langues pour concevoir un jargon primitif, discordant et répugnant8). Mais comme les Orques détestaient jusqu’à leur propre race, l’orquien dégénéra rapidement, et se scinda en de nombreux dialectes mutuellement incompréhensibles9). Au cours des Années Sombres, Sauron inventa le parler noir, qu’il désirait voir devenir la langue de tous ceux qui le servaient ; mais après la victoire de la Dernière Alliance, le parler noir fut oublié de tous ou presque, bien que de nombreux mots isolés comme ghâsh « feu » soient entretemps passés dans la langue orquienne. Lorsque Sauron recouvra sa puissance, à la fin du Troisième Âge, le parler noir, ou plutôt une version avilie de celui-ci, redevint la langue utilisée par les Orques de Barad-dûr10).

Cependant, les Orques utilisaient principalement le westron pour communiquer entre tribus, et à l’époque de la Guerre de l’Anneau, les tribus du Nord et des Monts Brumeux avaient pour langue natale un westron corrompu. Les Orques n’étaient pas seuls à utiliser leur langue : les Trolls empruntèrent ce qu’ils pouvaient des dialectes utilisés par les Orques, à l’exception des Trolls de Pierre d’Eriador, qui employaient un westron avili11).

 Chevaucheur de Warg (© John Howe)

La langue des Wargs

Les Wargs qui hantaient les abords orientaux des Monts Brumeux semblent avoir possédé une langue qui leur était propre. Le récit du Hobbit rapporte que Gandalf était en mesure de comprendre les paroles que les Wargs échangeaient entre eux, mais que cette langue était incompréhensible pour Bilbo. Aucun mot de cette langue n’est directement attesté, mais sa sonorité était apparemment abominable pour des oreilles de Hobbit. Si l’on en croit Bilbo, le vocabulaire de cette langue était hautement spécialisé : les Wargs se délectaient visiblement des injures et des récits de « choses cruelles et atroces »12).

La langue des Araignées géantes de Mirkwood

Les Araignées géantes qui hantaient les sous-bois de Mirkwood étaient aussi douées de paroles. Leur voix est décrite comme « une sorte de grincement et chuintement ténus »13). Les paroles rapportées par Bilbo semblent témoigner d’un vocabulaire évolué, quoique limité au domaine matériel. Il n’est pas possible de déterminer si cette langue était un dialecte du parler commun. Bien que Bilbo ait été en mesure de comprendre les paroles échangées par les araignées, il faut toutefois tenir compte du fait que l’Anneau Unique permettait apparemment de comprendre les langues des peuples en ligue avec Sauron.

 Araignées de la Forêt Noire (© John Howe)

Versions premières des langues morgothiques

Le mágol

Le mágol est « l’une des langues mineures de Tolkien », également appelée mágo (quoique ce dernier nom puisse avoir été remplacé par mágol). Selon John Rateliff, « Tolkien envisagea à une époque en faire la langue orquienne, mais rejeta subséquemment cette idée. »14) L’un des rares mots aujourd’hui attestés dans cette langue est Bolg, le nom du meneur des Gobelins à la Bataille des Cinq Armées15). Dans le plus tardif des deux textes traitant du mágol, Tolkien semble clairement s’être inspiré du hongrois pour développer cette langue, tout en conservant une importante influence elfique. Aucun locuteur spécifique n’est mentionné à l’intérieur du texte, mais la mention « Orque, orquien » fut ajoutée ultérieurement en haut du dactylogramme avant d’être biffée16).

Blason

1) Version originale : « The Orcs were first bred by the Dark Power of the North in the Elder Days. It is said that they had no language of their own, but took what they could of other tongues and perverted it to their own liking; yet they made only brutal jargons, scarcely sufficient even for their own needs, unless it were for curses and abuse. And these creatures, being filled with malice, hating even their own kind, quickly developed as many barbarous dialects as there were groups or settlements of their race, so that their Orkish speech was of little use to them in intercourse between different tribes. »
2) Le Seigneur des Anneaux, App. F « Des autres races »
3) SdA, App. F « Des autres races »
4) WJ, p. 390
5) RP, p. 433
6) WJ, p. 401
7) SdA, livre II, chap. 2
12) Le Hobbit, chap. 6 ; cf. The History of the Hobbit, p. 204, 207.
13) Le Hobbit, chap. 8 ; cf. The History of the Hobbit, p. 309.
16) Message nº 1012 de Patrick Wynne sur la liste de diffusion Lambengolmor.
 
langues/langues_ennemi.txt · Dernière modification: 13/09/2014 08:46 par Druss
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