Langues orientales

« Aux jours anciens les Naugrim habitaient dans de nombreuses montagnes de Terre du Milieu, et là rencontrèrent les Hommes mortels (disent-ils) bien avant que les Eldar ne les connussent ; de là vient le fait que parmi les langues des Orientaux nombre d’entre elles semblent plutôt apparentées au parler des Naines qu’à ceux des Elfes. »1)
The Peoples of Middle-earth — Partie II — Chapitre 10 « Of Dwarves and Men »

Variag (© John Howe)

On ne connaît quasiment rien des différents peuples orientaux du Troisième Âge, qui demeuraient à l’Est de Mirkwood et de l’Ephel Dúath et au Nord du Harad, si ce n’est qu’ils restèrent des ennemis récurrents du Gondor jusqu’à la défaite de Sauron à la fin de la guerre de l’Anneau2). Régulièrement qualifiés de brutaux et de féroces, se déplaçant par hordes3), les Orientaux semblent avoir constitué l’archétype de l’étranger aux yeux des Gondoriens. Peu de distinctions sont faites entre les peuples orientaux, qui forment visiblement une multitude indistincte pour les Hommes de l’Ouest.

Leurs langues ne sont pas mieux connues. Le pays de Khand, au Sud-Est du Mordor, possède un nom étranger au parler commun, qui semble appartenir à une des langues orientales, d’après un brouillon de l’Appendice F du Seigneur des Anneaux. Il en va de même pour les Variags, originaires de ce pays4). On ignore toutefois la signification de ces noms, et même si Variags désigne une peuplade, une classe sociale ou un type de combattants5). Tolkien ne nous donne pas le nom dont « Gens des Chariots » est sensé être la traduction, et nous ne connaissons rien de la langue que parlait ce peuple6). Il en va de même pour leurs lointains successeurs, les Balchoth, qui portent en fait un nom sindarin, composé de balch « féroce, impitoyable » et hoth « horde, foule »7), vraisemblablement d’origine gondorienne. En revanche, l’un des Nazgûl est appelé Khamûl l’Ombre de l’Orient. Il est également surnommé l’Oriental Noir8). Il y a fort à parier que son nom appartienne à une des langues orientales.

Dans un brouillon du Seigneur des Anneaux, Tolkien fait dire à Faramir que Gandalf est connu dans l’Est sous le nom de Shorab (ou Shorob, le texte est difficile à lire), avant de se raviser et de faire affirmer à Faramir que Gandalf ne se rend pas dans l’Est9). Ce nom était évidemment supposé être d’origine orientale, bien que Tolkien ne le précise pas.

Les langues orientales du Premier Âge

Bien que les Orientaux du Premier Âge, aussi appelés Hommes Bistrés, aient eu une apparence assez distincte des Hommes des Trois Maisons des Edain, ils ne possédaient pas tous le même physique, le même tempérament ou la même langue10) :

« Leurs maisons étaient nombreuses et il y avait peu d’amour entre elles. Ils appréciaient peu les Elfes et pour la plupart aimaient plutôt les Naugrim des montagnes… »11)

De fait, les Nains rapportent avoir commercé les Hommes bien avant que ceux-ci ne rencontrent les Eldar, ce qui explique la parenté d’un grand nombre de langues humaines orientales avec le parler des Nains12). Un passage du Narn affirme que la langue des Orientaux qui occupèrent Hithlum avait une sonorité dure, ce qui correspond assez bien aux descriptions elfiques du khuzdul13).

On ne connaît malheureusement presque rien de la langue des Orientaux d’Hithlum, hormis quelques noms propres : Brodda, le mari d’Aerin, qui accapara les biens de Húrin14). Il est notable que le nom de ce personnage remonte directement aux Contes perdus, où il désigne un Homme en qui Mavwin (la future Morwen) avait toute confiance et non pas un étranger ou un envahisseur ; cf. CP2, p. 117–119, 122.)), Lorgan, le chef des Orientaux d’Hithlum, qui asservit Tuor pendant trois ans15), ainsi que Blodren fils de Ban, un personnage qui disparaît de la version finale de l’histoire de Túrin, remplacé par le Petit-Nain Mîm dans le rôle du traître16). Tolkien ne nous dit pas ce que pouvaient signifier ces noms.

Par ailleurs, le Lhammas indique que les noms des chefs des Orientaux qui se mirent au service des Fils de Fëanor constituent une des rares traces des langues orientales du Premier Âge17). Toutefois, « Les Étymologies » fournissent une traduction des noms de Bór, Borlas, Boromir et Borthandos et précisent que ces noms leur furent attribués par les Elfes18). Ces noms sont rattachés à la racine BOR- « endurer » : Borlas se décompose en bór « homme constant, de confiance, vassal fidèle » + glass « joie »19), Boromir est dit être un « vieux nom noldorin d’ancienne origine », dérivé de la forme Boronmīro et contenant l’élément mîr « joyaux, objet précieux, trésor »20), tandis que le deuxième élément de Borth ou Borthandos est handos, dérivé de la racine KHAN- « comprendre »21).

De même, Ulfang, Uldor, Ulfast et Ulwarth, semblent aussi posséder une étymologie elfique. Le premier élément d’Ulfang dérive de la racine ÚLUG- /ÚLGU- « hideux, horrible, monstrueux »22), tandis que fang signifie « barbe »23). Le deuxième élément du nom Ulwarth est manifestement gwarth « traître »24) ; le suffixe -fast qu’on trouve dans Ulfast provient apparemment du mot archaïque phasta « cheveux hirsutes »25). Le deuxième élément d’Uldor n’est pas précisé, mais pourrait correspondre au nold. †tôr « frère »26). Il est probable qu’il s’agisse là de surnoms péjoratifs d’origine ñoldorine, postérieurs à la trahison des fils d’Ulfang.

D’anciennes variantes des noms des chefs des Orientaux sont connues. Bór était antérieurement appelé Bor27). Ulfang fut d’abord nommé Ulband, puis Ulfand, tandis qu’Ulwarth était initialement Ulwar28). Ces versions étant manifestement antérieures aux « Étymologies », il est vraisemblable que Tolkien les considérait alors comme d’authentiques noms orientaux.

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Diverses langues humaines

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Tolkien affirma que les noms Khand (la terre au sud-est de Mordor) et Variag (les Variags étant le peuple vivant en Khand) étaient des exemples du « parler des Hommes de l’Est, alliés de Sauron ». Un autre mot khandien est mûmak, pl. mûmakil “éléphant”. La terminaison plurielle -il est-elle apparentée à celle qui apparaît peut-être dans Forgoil ou est-ce un emprunt indépendant à l’elfique ?
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Blason

1) Version originale : « In ancient days the Naugrim dwelt in many mountains of Middle-earth, and there they met mortal Men (they say) long ere the Eldar knew them; whence it comes that of the tongues of the Easterlings many show kinship with Dwarf-speech rather than with the speeches of the Elves. »
2) SdA, VI/4
3) SdA, IV/5, App. A
4) PM, p. 79 ; cf. SdA, V/6 ; CLI, III/2, i
5) Jim Allan note que Variags est aussi le nom russe de la Garde varangienne, garde personnelle des empereurs byzantins à partir de l’an 988. Il estime que Tolkien aurait pu imaginer une situation similaire au pays de Khand ; cf. An Introduction to Elvish, p. 174–175. On peut d’ailleurs remarquer que le Khand possède lui-même un nom rappelant les khanats de l’empire mongol, lesquels occupèrent une large portion de ce qui devint plus tard la Russie.
6) SdA, App. A ; CLI, III/2, i ; PM, p. 195, 200–201, 215–218, 232, 254–255
7) PE 17, p. 37, 154 ; cf. SdA, App. A ; CLI, III/2 ; RP, p. 413, 431 — dans la traduction française, le terme hoth est erronément orthographié **both.
8) CLI, III/4
9) WR, p. 153 ; cf. SdA, IV/5.
10) RP, p. 322–323
11) Version originale : « Their houses were many, and there was little love among them. They had small liking for the Elves, and for the most part loved rather the Naugrim of the mountains » ; WJ, p. 60.
12) WJ, p. 205
13) CLI, I/1
14) WJ, p. 88, 90, 253, 257 ; EdH, chap. 4, 12
15) WJ, p. 82, 91, 253, 256, 260–261
16) WJ, p. 82
17) RP, p. 207
18) RP, p. 398
19) RP, p. 398, 404
20) RP, p. 398, 425
21) RP, p. 412
22) RP, p. 456
23) RP, p. 444
24) RP, p. 457
25) RP, p. 435
26) RP, p. 453
27) FdTM, p. 138, 201, 326, 329, 347 ; RP, p. 158–160, 207
28) FdTM, p. 326, 329–330, 339 n. 30 & 45 ; RP, p. 158–160
 
langues/langues_humaines/langues_orientales.txt · Dernière modification: 28/08/2013 15:11 par Elendil
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