Premières versions des langues inventées

« Dans tous les cas, mon père était peut-être plus intéressé par le processus de changement qu’il ne l’était à décrire la structure et l’emploi des langues à un moment donné — quoique ce soit dû sans aucun doute au fait qu’il ait si souvent repris son travail au début avec les sons primordiaux des langues quendiennes, s’engageant dans un grand dessein qui ne pouvait être poursuivi (il semble en effet que la tentative même d’écrire un traité définitif produisait un mécontentement immédiat et un désir pour de nouvelles constructions : ainsi les plus beaux manuscrits étaient-ils bientôt traités avec dédain). »1)
Christopher Tolkien, Sauron Defeated — Partie III — 6. Lowdham’s Report on the Adunaic Language

Cette page est consacrée aux premières versions des langues inventées par Tolkien. Certaines d’entre elles sont les ancêtres conceptuels des langues du Légendaire, et la différence des noms permet de mieux distinguer les grandes phases d’évolution externe de celles-ci : le qenya est ainsi la manière dont Tolkien orthographiait initialement le quenya, la langue des Hauts-Elfes. D’autres n’appartiennent qu’aux strates anciennes de la conception linguistique de Tolkien, et disparurent de son concept final, comme l’ilkorin ou le mágol.

Langues elfiques

Textes associés aux « Contes Perdus »

Langues koreldarines

Le telellin

Le « Qenya Lexicon » contient la première dénomination adoptée par Tolkien pour désigner la langue parlée par l’ensemble des Elfes du Premier Clan, le telellin. Cette langue faisait partie du groupe des langues koreldarines et se décomposait en deux dialectes, le qenya, langue vernaculaire, et l’inwelin, langue écrite, qui reste parlée par les Inwir, les membres de la Maison royale d’Inwë.

Le qenya

Le qenya était la dénomination initialement utilisée pour la langue ancienne du Premier Clan des Elfes uniquement (d’abord connus sous le nom de Lindar, les futurs Vanyar). À l’époque de l’Exil, cette langue était supposée être sortie de l’usage quotidien, mais servir à la communication entre les différentes tribus. Lorsque les Gnomes (ou Noldor) revinrent en Terre du Milieu, ils rapportèrent aussi l’usage du qenya.

L’inwelin

Dans les Contes Perdus, l’l’inwelin était la langue que parlaient les Inwir, la Maison royale d’Inwë (le futur Ingwë du Silmarillion). Il s’agissait d’un dialecte du telellin, étroitement apparenté au qenya et fréquemment utilisé en poésie. L’inwelin était principalement parlé à Alalminóre et à Kortirion. C’était un dialecte dont la phonologie était relativement conservatrice, « plus ancienne et plus archaïque ».

Le tol-eresséen

Le terme de tol-eresséen figure dans l’aperçu historique de la « Qenya Phonology », où il désigne manifestement la lingua franca commune à tous les Elfes vivant sur l’île de Tol Eressëa à l’époque où Eriol les rencontre. Cette langue descend du qenya mais a été largement influencée par le telerin. On ne sait cependant pas quels sont les points sur lesquels ce dialecte diverge du qenya standard. Bien plus tard, Tolkien a réutilisé ce terme, désormais orthographié toleresséen, mais dans une optique toute différente.

Le goldogrin

Le goldogrin ou gnomique est la plus ancienne version de la langue qui devint plus tard le sindarin. Son nom provient du fait que les Noldor étaient également appelés Gnomes dans les premières versions du Légendaire. Bien que certains mots goldogrins ne soient pas sans évoquer le sindarin, le goldogrin est grammaticalement très différent des version ultérieures de cette langue.

Le solosimpilin

Le solosimpilin est le nom initialement donné à la langue du Troisième clan des Elfes, que Tolkien renomma ultérieurement telerin. Dans les Contes perdus, ces Elfes se nommaient en effet Solosimpi, c’est-à-dire « Flûtistes des côtes ». Peu de détails sont donnés sur cette langue dans les écrits de cette période, hormis quelques spécificités phonologiques.

Le wingilya

Le wingilya est une langue mystérieuse, mentionnée à deux reprises dans la « Qenya Phonology » et étroitement associée au solosimpilin. On ignore cependant si les Wingildi, les locuteurs de cette langue, étaient des Elfes appartenant à une branche des Solosimpi ou s’il s’agissait d’esprits angéliques amis de ces derniers et parlant leur langue, car Tolkien semble avoir hésité à ce sujet.

Langues ilkorines

L’ilkorin

L’ilkorin désignait un ensemble de langues parlées par les Teleri qui ne se rendirent jamais en Aman et demeurèrent en Beleriand. Le doriathrin en était le dialecte le plus fameux. Lorsque Tolkien revisita l’histoire des langues elfiques, il supplanta cette langue par le noldorin, qu’il rebaptisa sindarin, tout en y incorporant quelque noms qui avaient antérieurement été considérés comme ilkorins.

Le teleakta

Le teleakta est une langue mentionnée dans les premières strates de rédaction du « Qenya Lexicon ». Il semble s’être agit du nom que Tolkien donna initialement à l’ilkorin, la langue des Elfes qui ne vinrent jamais à Kôr. Seules deux entrées de ce lexique y font référence, aussi ne sait-on guère de choses sur la manière dont Tolkien concevait cette langue à cette époque.

Textes associés à la « Qenta » et aux récits ultérieurs

Langues koreldarines

L’ancien qenya

Dès les années 1920, Tolkien considérait qu’il devait exister une phase d’évolution du qenya postérieure à la scission des dialectes eldarins, mais antérieure à l’instauration du qenya standard dont il s’efforçait de formaliser la grammaire. Nous ne disposons cependant que de peu d’informations sur les caractéristiques de l’ancien qenya dans les essais grammaticaux que Tolkien rédigea à cette époque.

Le qenya

Le qenya était la dénomination initialement utilisée pour la langue ancienne du Premier Clan des Elfes uniquement (d’abord connus sous le nom de Lindar, les futurs Vanyar). À l’époque de l’Exil, cette langue était supposée être sortie de l’usage quotidien, mais servir à la communication entre les différentes tribus. Lorsque les Gnomes (ou Noldor) revinrent en Terre du Milieu, ils rapportèrent aussi l’usage du qenya.

Le lindarin

Dès le « Lhammas » était présente l’idée que le dialecte vernaculaire du Premier Clan des Elfes, alors appelé lindarin, était différent du qenya parlé ou écrit, et qu’il s’était différencié dans des âges très reculés du parler des Ñoldor, beaucoup plus changeant. Toutefois, à cette époque, Tolkien estimait que les Elfes avaient appris à parler grâce à Oromë, et que leur langue était dérivée du valarin.

Le kornoldorin

Le kornoldorin, ou vieux noldorin, est la langue vernaculaire que les Noldor parlaient dans les Terres Immortelles. Elle dérivait directement de l’eldarin commun, au même titre que le qenya, mais en divergea très notablement après que les Lindar partirent de Tûn. Elle ne fut pas mise par écrit avant l’époque de Fëanor. Après l’établissement des Noldor en Beleriand, elle continua à évoluer pour produire le noldorin.

Le noldorin

Structurellement, le noldorin est extrêmement proche du sindarin, au point que la majorité des mots noldorins pourraient être repris tels quels en sindarin. La différence principale tient à l’origine de cette langue, car le noldorin était supposé être la langue des Ñoldor, distincte du qenya, qui aurait évolué de manière à se rapprocher de l’ilkorin après l’arrivée de ceux-ci en Beleriand.

Selon le « Lhammas », il existait plusieurs dialectes de noldorin : le noldorin de Mithrim, le fëanorien, le gondolindren, le noldorin de Nargothrond et le mólanoldorin. Ceux-ci ne divergeaient que de façon modeste et on ignore le détail des spécificités de chacun. Dans cette conception des langues elfiques, seuls le gondolindren et le mólanoldorin survécurent aux guerre de Beleriand. D’autres textes mentionnent encore le dialecte toleresséen et fournissent quelques détails phonologiques qui le différencient du noldorin standard.

Le telerin

Dans l’« Early Qenya Grammar », Tolkien présente brièvement la langues des Teleri telle qu’il la conçoit à cette période. Cette version du telerin est encore peu détaillée, mais Tolkien précise qu’il existait trois branches principales de cette langue, l’un parlé sur la côte du Valinor, le deuxième dans l’ouest de Tol-Eressea et le dernier dans le sud et l’Ouest de l’Angleterre et du Pays de Galles.

Langues ilkorines

L’ilkorin

L’ilkorin désignait un ensemble de langues parlées par les Teleri qui ne se rendirent jamais en Aman et demeurèrent en Beleriand. Le doriathrin en était le dialecte le plus fameux. Lorsque Tolkien revisita l’histoire des langues elfiques, il supplanta cette langue par le noldorin, qu’il rebaptisa sindarin, tout en y incorporant quelque noms qui avaient antérieurement été considérés comme ilkorins.

Le doriathrin

Le doriathrin était la langue de Doriath du temps du roi Thingol, la plus fameuse des langues ilkorines. Dans la conception initiale de Tolkien, elle était sensée avoir considérablement influencée le noldorin tardif. Plusieurs termes spécifiquement doriathrins sont attestés dans la dernière version du Silmarillion, où ils sont désormais considérés comme des éléments dialectaux du sindarin, propres au parler de Doriath.

Le danien

Le danien ou naneldarin était le nom initial de la langue des suivants de Dan, les futurs Nandor. À cette époque, Tolkien considérait que ceux-ci étaient une branche dissidente des Noldor et non pas des Teleri. Il hésitait aussi à les classer en tant que vrais Eldar, puisqu’ils s’étaient arrêtés avant d’avoir rejoint le Beleriand, d’où le qualificatif de « demi-eldarin » attribué à leur langue.

Le telerien

Le telerien était un nom que Tolkien utilisa pour désigner la langue des Elfes de Lórien et du royaume sylvain dans certains brouillons du Seigneur des Anneaux. Elle portait ce nom pour la distinguer du noldorin, qui était alors supposé être la langue maternelle des Noldor et s’être répandu en Terre du Milieu après leur Exil. Contrairement à son successeur conceptuel, le sylvain, le telerien était toujours supposé être parlé en Lórien à l’époque de la guerre de l’Anneau.

Le lemberin

Initialement, le lemberin ou lembien désignait l’ensemble des langues des Lemberi, les Elfes qui refusèrent l’Appel des Valar et choisirent de demeurer dans l’Est, plus tard appelés Avari. Le seul point commun des langues lemberines étaient qu’elles différaient toutes des langues eldarines. Comme son successeur conceptuel l’avarin, on ne connaît pas grand chose du lemberin.

Langues morgothiques

Le mágol

Le mágol, également appelé mágo fut un temps supposé être la langue orquienne, mais Tolkien rejeta subséquemment cette idée et semble avoir écarté le mágol du corpus du Légendaire. Cette langue serait fortement inspirée du hongrois, tout en conservant une importante influence elfique, puisqu’à cette époque Tolkien considérait toujours que les Orques descendaient d’Elfes torturés et déformés par Melko.

Blason

1) Version originale : « In any case, my father was perhaps more interested in the processes of change than he was in displaying the structure and use of the languages at any given time — though this is no doubt due to some extent to his so often starting again at the beginning with the primordial sounds of the Quendian languages, embarking on a grand design that could not be sustained (it seems indeed that the very attempt to write a definitive account produced immediate dissatisfaction and the desire for new constructions: so the most beautiful manuscripts were soon treated with disdain). »
 
langues/premieres_versions.txt · Dernière modification: 14/03/2022 15:49 par Elendil
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