Tolkien lecteur de Saxo Grammaticus : une résurgence hamletienne ?

Mahdî Brecq — juin 2019
Articles de synthèseNotes de lecture : En tant que présentations ou compilations, ces articles sont les plus accessibles à tous les lecteurs. Aucune connaissance sur J.R.R. Tolkien n’est requise.

Dans une étude à paraître intitulée « À propos d’une source oubliée : quelques aperçus sur les Gesta Danorum de Saxo Grammaticus », nous avons abordé, sous un angle général, les rapports que J. R. R. Tolkien pouvaient entretenir avec les Gesta Danorum1), rédigées par l’auteur danois Saxo Grammaticus, au début du xiiie siècle. Sur la vie de Saxo, l’on ne sait peu de choses, si ce n’est que c’est sur l’ordre de l’archevêque de Lund Absalon qu’il composa ses Gesta, comme l’indique les premières phrases de la « Préface2) » :

Puisque les autres nations s’enorgueillissent d’ordinaire du récit de leur histoire et aiment à se souvenir de leurs ancêtres, Absalon, l’archevêque du Danemark, qui brûlait de célébrer notre patrie, ne supporta pas l’idée que celle-ci pût être privée de cette sorte d’hommage à sa gloire et à son passé. Aussi me chargea-t-il d’écrire son histoire. J’étais le dernier de sa suite, mais, comme personne ne voulait s’atteler à cette tâche, c’est à moi qu’elle échut.

Si nous avons montré que cette œuvre médiévale fait partie de ces textes anciens de second plan qui ont influencé l’auteur du Seigneur des Anneaux, contrairement à Beowulf ou au Kalevala, nous avons toutefois souligné l’importance et l’intérêt que le philologue pouvait accorder à ce vaste ensemble, divisé en seize livres, dont les neufs premiers renseignent sur la mythologie scandinave. Saxo était un grand lettré, reconnu pour la qualité de son style. Ainsi, à lire Érasme dans son Ciceronianus sive de optimo dicendi genere (1528), l’œuvre de Saxo, dont il ne tarit pas d’éloges et ne cache pas son enthousiasme de lecteur, est composée dans un style remarquable3) :

BVL. In Daniam malo, quae nobis dedit Saxonum grammaticum, qui suae gentis historiam splendide magnificeque contexuit. NOSOP. Probo viuidum et ardens ingenium, orationem nusquam remissam aut dormitantem, tum miram verborum copiam, sententias crebras, et figurarum admirabilem varietatem, vt satis admirari non queam, vnde illa aetate homini Dano tanta vis eloquendi.
(Bulephorus) Je préfère aller au Danemark : il nous a donné Saxo Grammaticus, qui a brodé d’une façon brillante et magnifique l’histoire de sa nation. (Nosoponus) J’aime ce génie vif et ardent, ce style jamais relâché ni somnolant, et encore l’étonnante richesse des formules, les sentences fréquentes et l’admirable variété des figures, que je ne saurais m’étonner assez de savoir que, à cette époque, un Danois ait possédé une telle force d’éloquence ! (notre traduction)

Outre l’élégance de son écriture, l’on décèle chez Saxo un usage de références latines d’une grande variété, justifiant ainsi son surnom de grammaticus, soit « homme de lettres », « érudit », « critique », « philologue », ou, plus simplement, « latiniste4) ». Si nous avons observé la manière dont Tolkien philologue a pu utiliser Saxo dans le cadre de ses recherches érudites en littérature médiévale, il convient à présent d’étudier plus en détails comment Tolkien, en tant que lecteur des Gesta Danorum, a pu réutiliser ce matériau pour son propre Légendaire.

Dans le troisième Livre de Gesta Danorum, apparaît un roi du nom de Horwendillus. Chose notable, il s’agit de l’équivalent latin du mot vieil-anglais éarendel5), vocable qui allait marquer à jamais Tolkien et donner naissance à ses premiers écrits en lien avec son Légendaire. Ce terme connait des équivalences dans les langues germaniques anciennes. En effet, il est assez aisé de constater que éarendel correspond au vieil-haut allemand Orentil, ainsi qu’au moyen-haut allemand Orendel, titre d’un long poème de la fin du xiie siècle relatant l’histoire du prince Orendel, qui aurait retrouvé « la tunique sans couture du Christ 6) ». Il existe d’autres équivalents à éarendel, tel que le lombard Auriwandalo, le nom d’un authentique prince. Le nom connaît également un équivalent norrois, Aurvandill, attesté dans l’Edda de Snorri7). De même, on retrouve peut-être la trace d’un auzandil en gotique, même si la lecture de ce mot dans un palimpseste récemment retrouvé à Bologne fait encore débat8). In fine, tous ces noms germaniques remontent probablement au germanique commun *Auzawandilaz « l’errant lumineux », si tant est que le second terme ait donné wanderer en anglais ; une autre signification différente possible serait celle proposée par Jan de Vries, « le lumineux Vandale ». Toutefois, aucune signification ni aucune tentative d’étymologie de cet étymon ne s’impose véritablement9).

Le roi Horwendillus eut un fils, du nom d’Amlethus. L’histoire du héros s’étend sur une partie du Livre III et une partie du Livre IV10). On tient vraisemblablement là l’ancêtre du Hamlet shakespearien. Amlethus, c’est Hamlet. Les divergences entre ces deux textes espacés de plusieurs siècles sont bien nombreuses, mais le héros de Shakespeare est originaire du Danemark. Avant de gagner la Grande-Bretagne, on le retrouve chez François de Belleforest ; peut-être s’agit-il de la source qui donna matière au Hamlet11).

Il y a beaucoup à dire sur les rapports entre Shakespeare et Tolkien12) ; c’est en particulier la présence d’Amlethus/Hamlet chez Tolkien nous intéresse ici. Une étude sur ce point a déjà été menée à bien par Kayla McKinney Wiggins13). Si l’auteur de cette étude a bien rappelé que « le prototype du Hamlet de Shakespeare, de “tous les Hamlets”, est un prince légendaire danois du nom d’Amleth[us], le sujet d’une “histoire mythique de héros” du xiie siècle, écrite par Saxo Grammaticus14) » , puis a résumé en quelques lignes l’intrigue de l’histoire danoise, elle n’a pourtant pas étudié les rapports entre le Hamlet danois et l’œuvre de Tolkien. Cependant, la comparaison qui est faite quelques pages plus loin, entre Hamlet et Aragorn, est des plus intéressantes. On y trouve notamment ceci15) :

Aragorn correspond au modèle classique du héros mythologique. Bien que né dans une famille royale, il est d’une lignée de rois en exil. Il est élevé dans l’obscurité et ne révèle pas sa véritable identité avant qu’il n’atteigne l’âge adulte. Il fait ensuite un long apprentissage qui comprend d’innombrables voyages, tout en protégeant secrètement son royaume. Il s’entraîne à gouverner, il apprend à manier les armes tout en servant les hommes de Rohan et de Gondor, et il acquiert la sagesse grâce à Gandalf, ainsi qu’à ses études sur les traditions et légendes anciennes. Il tombe amoureux mais ne peut agir sur ses sentiments, engageant sa foi au-delà, jusqu’à ce qu’il ait fait ses preuves et recouvré son royaume. Comme Hamlet, il est un homme d’esprit et de sagesse, de courage et de force morale.

Si les points de comparaison entre Hamlet et Aragorn coïncident, il en va de même entre Aragorn et Amlethus. En effet, les dernières lignes du Livre III des Gesta résument bien la nature du personnage d’Amlethus16) :

Tel fut donc l’homme courageux et digne d’un éternel renom qui eut la bonne et juste idée de faire le sot et, en feignant admirablement la bêtise, de camoufler sa divine sagesse, supérieure à l’intelligence humaine, car non seulement il sut donner le change pour préserver sa vie des pièges, mais il réussit encore à venger parfaitement son père, en mettant à profit l’occasion. Habile défenseur de soi-même et vengeur résolu de son sang, fut-il plus courageux que sage ? La question reste posée.

Amlethus et Aragorn arrivent in fine à recouvrir leur trône et leur royaume, à redonner à leur lignée leur gloire d’antan. L’épisode de l’exil et de l’errance est un passage nécessaire pour le héros. Comme l’écrit Wiggins, Aragorn « correspond au modèle classique du héros mythologique » et il peut être comparé à Amlethus/Hamlet. Nous ferons remarquer que le thème de l’exil est relativement fréquent dans les littératures germaniques anciennes17), et que les Gesta font partie de ces textes qui y eurent recours. Il ne serait pas surprenant que Tolkien se soit inspiré d’un texte germanique ancien dans lequel on retrouve ce thème de l’exil et à partir duquel il ait développé les premières errances d’Aragorn ainsi que ces années de service au Rohan et au Gondor. Peut-être s’est-il inspiré des Gesta sur ce point, mais rien ne permet de le certifier.

Si l’Amlethus de Saxo n’a peut-être pas servi d’inspiration directe pour le jeune Aragorn errant, nous retiendrons deux éléments qui laisseraient penser que Tolkien appréciait cependant l’histoire d’Amlethus, dans les Gesta.

La première raison se trouve dans la correspondance du romancier. Dans une lettre du 7 juillet 1944 adressée à son fils Christopher, il écrit les mots suivants18) :

mais le seul événement qui vaille la peine d’être mentionné est la représentation d’Hamlet à laquelle je suis allé juste avant ma dernière lettre. J’étais encore sous le coup de la pièce à ce moment-là, mais les soucis du quotidien ont vite balayé ces sensations. Elle a cependant mis en évidence avec une force que je n’avais jamais vue la folie qu’il y a à lire Shakespeare (et à l’annoter pour l’étudier) sauf si l’on voit en même temps ses pièces jouées. C’était une très bonne représentation, avec un jeune Hamlet plutôt féroce ; ils ont joué très vite, sans coupures, et cela a donné une scène très palpitante. Si quelqu’un avait seulement pu la voir sans jamais l’avoir lue ou sans connaître l’intrigue, cela aurait été sensationnel.

Au vu de ce que Tolkien met en avant dans sa lettre, à savoir la férocité de Hamlet et la rapidité du jeu des acteurs, on pourrait dire que la version danoise originelle de l’histoire, contenue dans une vingtaine de pages, avec un Amlethus « vengeur résolu de son sang », lui aurait certainement plu.

Le second point est sans doute plus intéressant. Il est donc regrettable que Wiggins n’ait pas mentionné dans son article ce personnage qui figure dans l’Appendice A du Seigneur des Anneaux, dont le nom a des sonorités évocatrices : Amlaith. On sait peu de choses d’Amlaith de Fornost si ce n’est qu’il fut le fils d’Eärendur (le dernier roi d’Arnor), ainsi que le premier roi de l’Arthedain, c’est-à-dire le roi de l’un des Royaumes de l’Exil19).

Analysons le nom Amlaith ; au niveau des sonorités, il fait bien entendu penser à Amlethus/Hamlet. Le nom est sindarin, car comme l’indique Tolkien : « Après Eärendur, les Rois cessèrent de se donner des noms en haut-elfique20) ». Le sens du nom Amlaith n’est pas facile à cerner, tout comme le nom Amlethus/Hamlet21). Amlaith semble se composer de deux éléments : am et laith. Le premier élément, am-, est une préposition sindarine qui signifie « haut », « en haut », « vers le haut22) ». Le second élément, -laith, n’a pas de signification connue. On pourrait peut-être le rapprocher du nom de la sœur de Túrin décédée de manière prématurée : Lalaith « rire », mais ce dernier nom dérive d’une racine lala-. On trouve dans les Contes et légendes inachevés un hydronyme, Limlaith, nom sindarin de la rivière Limeclaire (Limelight)23), même si cette orthographe sera écartée par Tolkien, optant à la place pour Limlint24). La signification du nom sindarin de ce cours d’eau ne nous est pas connue. Aussi, face à ces problèmes étymologiques, le sens d’Amlaith semble nous échapper25). Toutefois, on peut peut-être voir dans le nom Amlaith une allusion cachée à Amlethus/Hamlet, auquel Tolkien aurait donné une étymologie secondaire. Rien ne permet cependant de vérifier cela. Ce que l’on pourrait mettre en avant, c’est qu’Amlaith, lointain ancêtre d’Aragorn, vit de la même manière que son descendant et qu’Amlethus, c’est-à-dire en exil. On pourrait ajouter que l’influence celtique du sindarin étant très importante, peut-être faudrait-il regarder Amlaith non pas comme une allusion à un Amlethus danois ou un Amlóði norrois, mais comme un clin d’œil à un nom à consonance celtique.

Dans le tournant du xxe siècle fut publiée une monographie importante par Israel Gollancz, Hamlet in Iceland26). La riche introduction de cet ouvrage était une véritable enquête menée pour essayer de retrouver les premières traces du héros scandinave. Dans son investigation des sources anciennes, Gollancz attirait l’attention sur une source en langue gaélique. Il s’agit d’un extrait des Annales des Quatre Maîtres27), un ensemble de chroniques moyen-irlandaises rédigées au xviie siècle. En consultant l’année 917 — en réalité l’année 919 — on trouve le passage suivant28) :

Olc form commaoin an da Ghall
marbhsat Niall, agus Cearbhall,
Cearbhall la h-Ulb, comhal n-glé,
Niall Glundubh la h-Amhlaidhe.
Mauvais pour moi est le compliment des deux étrangers
qui tuèrent Niall et Cearbhall ;
Cearbhall a été tué par Hulb, un acte puissant,
Niall Glundubh noir par Amhlaidhe29).

Cette strophe renvoie à un épisode marquant, à savoir à une bataille menée par des Irlandais afin de contrer une énième invasion de Scandinaves30) et la prise de Dublin par ces derniers31). Le personnage portant le nom Amhlaidhe est donc un Scandinave, désigné dans le passage par le terme d’ « étranger32) ». Comme le relève Israel Gollancz, « Amhlaidhe est certainement la forme irlandaise d’Amlóði ou d’Hamlet33) ». Sur ce point, le philologue suit Whitley Stokes qui, dans une étude antérieure, avait vu dans le nom d’Amhlaidhe l’équivalent celtique de l’Amlethus de Saxo34).

Faut-il pour autant parler d’emprunt du germanique vers le celtique ? La question paraît un plus compliquée que cela. En effet, le prénom Amhlaidhe était également celtique, avant même que les Irlandais ne rencontrent les Vikings. Les Annales des Quatre Maîtres35) rapportent la mort en 449 du roi du Connacht (la province ouest d’Irlande) Amhalghaidh, fils de Fiachra fils d’Eochaid Mugmedon36). Le fils, le père et le grand-père ont tous des noms gaéliques. Cela semble suggérer, si l’on trouve un prénom très proche en langues celtique et germanique, non pas une influence de l’une sur l’autre, mais plutôt une origine indo-européenne commune. Le nom Amhalghaidh nous fait aller dans ce sens.

En définitive, pour en revenir à Tolkien, est-ce que l’auteur connaissait les Annales des Quatre Maîtres ? Avait-il connaissance du nom d’Amhlaidhe ? Et si oui, l’avait-il emprunté pour créer son Amlaith sindarin ? Ou alors, a-t-il créé ce nom fictif de lui-même, indépendamment de l’existence de Hamlet, d’Amlethus ou d’Amhlaidhe ? Les interrogations demeurent malheureusement nombreuses.

Voir aussi sur Tolkiendil

1) Le titre latin complet de l’édition princeps est le suivant : Danorum Regum heorumque Hiſtorię ſtilo eleganti a Saxone Grammatico natione Sialandico necnon Roſkildenſis ecclesię prępoſito. abhinc ſupra trecentos annos conſcriptę et nunc primum literaria ſerie illustratę terſiſſimeque impreſſę. Venundantur in ædibus Ascenſianis.
2) Cf. Saxo Grammaticus, La Geste des Danois. Traduit du latin par Jean-Pierre Troadec. Présenté par François-Xavier Dillmann, Paris, NRF-Gallimard (L’aube des peuples), 1995, p. 23.
3) Nous fondons notre traduction sur l’édition du Dialogus Ciceronianus parue dans Opera Omnia Desiderii Erasmi Roterodami, recognita et adnotatione critica instructa notisque illustrata Ordinis primi Tomus secundus, édition de Pierre Mesnard, Amsterdam, North Holland publishing Company, 1971, pp. 679-680. Cette citation d’Érasme figure par ailleurs en page de titre de l’édition des Gesta de 1534. Cf. Saxonis Grammatici Danorum Historiæ Libri XVI, Trecentis abhincannis conſcripti, tanta dictionis elegantia, rerumque geſtarum uarietate, ut cum omni uetuſtate contendere optimo iure uideri poſſint, Basileæ, apud Iohannes Bebelium, 1534, [page de titre].
4) Cf. Karsten Friis-Jensen, Saxo og Vergil. En analyse af 1931-udgavens vergilparalleller, Copenhague, Museum Tusculanum (Opuscula Graecolatina, n° 1), 1975. [Avec un résumé en français]. Voir également Karsten Friis-Jensen, Saxo Grammaticus as Latin Poet: Studies in the Verse Passages of the ‟Gesta Danorum”, Rome, L’Erma di Bretschneider (Analecta Romana Instituti Danici – Supplementum XIV), 1987.
5) Ce terme vieil-anglais signifie « étoile du matin ». Cf. Jan de Vries, Altnordisches etymologisches Wörterbuch, Zweite verbesserte Auflage, Leyde, Brill, 1977, p. 20. À l’instar de Georges Dumézil dans son étude intitulée « Horwendillus », nous reprenons cette signification du mot vieil-anglais. Cf. Georges Dumézil, Du mythe au roman. La Saga de Hadingus (Saxo Grammaticus, I, v-viii) et autres essais, Paris, Presses Universitaires de France (Collection Hier), 1970, p. 173.
6) Cf. Orendel (Der graue Rock). Herausgegeben von Ludwig Denecke, 2 Bde., Stuttgart, Sammlung Metzler 111, 1972, 143 p. Voir sur ce poème l’étude d’Ernest Tonnelat, « Le Roi Orendel et la tunique sans couture du Christ », dans Mélanges offerts à M. Charles Andler par ses amis et ses élèves, Strasbourg, Istra (Publications de la Faculté des Lettres de l’Université de Strasbourg), 1924, pp. 351-370.
7) Cf. L’Edda. Récits de mythologie nordique, op. cit., p. 114 et p. 199.
8) Cf. à ce sujet Carla Falluomini, « Zum gotischen Fragment aus Bologna II: Berichtigungen und neue Lesungen », dans Zeitschrift für deutsches Altertum und deutsche Literatur, Stuttgart, S. Hirzel Verlag, Band 146, 2017/3, pp. 284-294. Nous remercions M. Roland Schuhmann pour cette référence. À propos de cet auzandil, comme l’écrit Nelson Goering : « À part un côté philologique, je suis sûr que Tolkien aurait été très intéressé d’apprendre que les fragments de Bologne récemment découverts préservent la version gotique de ce nom [celui d’éarendel] (qui est maintenant sa première attestation germanique) ». Cf. Nelson Goering, « Earendil and Auzandil », dans Orcrist 9, ed. Richard C. West, Lucas Annear and Jack Mathie, Madison, University of Wisconsin J. R. R. Tolkien Society, 2017, pp. 49-52. Nous remercions également M. Nelson Goering de nous avoir adressé son article.
9) Voir Jan de Vries, Altnordisches etymologisches Wörterbuch, op. cit., pp. 20-21.
10) Cf. La Geste des Danois, op. cit., pp. 122-144. L’histoire d’Amlethus chez Saxo Grammaticus a été traduite à plusieurs reprises en français. La première traduction figure dans Alexandre Büchner, Hamlet le Danois, Paris, Librairie Hachette & Cie, 1878, pp. 21-59. La deuxième traduction française qui porte sur la vie d’Amlethus est presque inconnue. Elle ne fut jamais mentionnée dans quelque étude française sur Saxo Grammaticus que ce soit. Il s’agit de Saxo, La Vengeance d’Amled. Traduction française de Maguy Favre, Copenhague, Le Ministère des Affaires Étrangères, 1961. Le texte est accompagné par quatre gravures sur bois de l’artiste danois Povl Christiansen. La troisième traduction est celle de la collection de l’Aube des peuples, de 1995. Jean-Pierre Troadec avait toutefois traduit au préalable le récit d’Amlethus accompagné de copieuses notes, dans Amlethus. Préface de Jean Paris. Traduit du Latin et annoté par Jean-Pierre Troadec. Gravures sur bois de Nicolas Fedorenko, Romillé, Folle Avoine, 1990. Chez le même éditeur, Jean-Pierre Troadec a traduit Hadingus en 1988, et Regnerus Lothbrog suivi de l’histoire de Toko en 1993, traductions qui ont été également reprises dans La Geste des Danois.
11) Ne pouvant pas discuter ici une question encore très vive au sein des études shakespeariennes, nous renvoyons à l’étude de Ricardo Scarcia, « L’ ‟Ambleto” di Apostolo Zeno (tra Saxo e Shakespeare) », dans Carlo Santini (dir.), Saxo Grammaticus. Tra storiografia e letteratura. Bevagna, 27-29 settembre 1990, Rome, Il Calamo (I Convegni di Classiconorroena, I), 1992, pp. 317-354.
12) Le livre le plus intéressant sur la question est sans doute le collectif Tolkien and Shakespeare. Essays on Shared Themes and Language. Edited by Janet Brennan Croft, Jefferson, NC, and London: McFarland (Critical Explorations in Science Fiction and Fantasy, 2), 2007. On mentionnera également l’ouvrage de Kevin Pask, The Fairy Way of Writing: Shakespeare to Tolkien, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 2013. Voir en particulier pp. 123-143.
13) Voir Kayla McKinney Wiggins, « The Person of a Prince. Echoes of Hamlet in J. R. R. Tolkien’s The Lord of the Rings », dans Tolkien and Shakespeare, op. cit., pp. 91-109.
14) Kayla McKinney Wiggins, art. cit., p. 94.
15) Kayla McKinney Wiggins, art. cit., p. 97. La traduction est nôtre.
16) La Geste des Danois, op. cit., pp. 131-132.
17) On se reportera, pour la littérature vieil-anglaise, à l’ouvrage de Stanley B. Greenfield, Hero and Exile: The Art of Old English Poetry, ed. George H. Brown, London and Ronceverte, Hambledon Press, 1989. Pour la littérature norroise, cf. Haki Antonsson, « Exile, Sanctity, and Some Scandinavian Rulers of the Late Viking Age », dans Laura Napran et Elisabeth van Houts (dir.), Exile in the Middle Ages. Selected Proceedings from the International Medieval Congress, University of Leeds, 8-11 July 2002, Turnhout, Brepols (International Medeval Research, XIII), 2004, pp. 94-108. Nous remercions M. François-Xavier Dillmann de nous avoir indiqué cette dernière référence.
18) J. R. R. Tolkien, Lettres. Édition et sélection de Humphrey Carpenter avec l’assistance de Christopher Tolkien. Traduit de l’anglais par Delphine Martin et Vincent Ferré, Paris, Christian Bourgois, 2005, lettre n° 76, p. 132.
19) J. R. R. Tolkien, Le Retour du Roi. Traduit de l’anglais par Daniel Lauzon, Paris, Christian Bourgois, 2016, p. 379.
20) J. R. R. Tolkien, Le Retour du Roi, id.
21) Sur cette question épineuse, voir notamment Rudolf Meissner, « Der Name Hamlet », dans Indogermanische Forschungen. Zeitschrift für Indogermanistik und allgemeine Sprachwissenchaft. Herausgegeben von Ferdinand Sommer und Albert Debrunner, Fünfundvierzigster Band (Festschrift für Rudolf Thurneysen), Berlin und Leipzig, Verlag von Walter de Gruyter & Co., 1927, pp. 370-394. Voir également Frederic Amory, « The Medieval Hamlet: A Lesson in the Use and Abuse of a Myth », dans Deutsche Vierteljahrsschrift für Literaturwissenschaft und Geistesgeschichte, Band 51/3, Stuttgart, J. B. Metzler’sche Verlagsbuchhandlung, September 1977, pp. 357-395. Guðbrandur Vigfússon, dans les addenda de l’Icelandic-English Dictionary, écrivait à propos du nom d’Amlóði, forme norroise d’Amlethus : « les remarques étymologiques entre crochets devraient être retirées ; personne ne connaît l’origine de ce nom ». Cf. An Icelandic-English Dictionary. Initiated by Richard Cleasby. Subsequently Revised, Enlarged and Completed by Gudbrand Vigfusson, Oxford, Clarendon Press, 1874, p. 771. C’est assez bien résumer la question de ce nom, qui selon les étymologistes, aurait un rapport avec la notion d’imbécilité. Dans son étude (précédemment citée, p. 375), Frédéric Amory écrit que « ce n’est pas le nom qui a donné naissance à l’histoire. C’est l’histoire plutôt qui a donné un sens au nom ». Il semble bien qu’Amlethus/Hamlet n’ait pas encore rencontré d’interprétation solide jusqu’à aujourd’hui, malgré une récente tentative : Lisa A. Collinson, « A new Etymology for Hamlet? The Names Amlethus, Amloði and Admlithi », in The Review of English Studies, New Series, Vol. 62, n° 257, November 2011, pp. 675-694.
22) J. R. R. Tolkien, Les Étymologies. Édition de Christopher Tolkien. Traduit de l’anglais par Daniel Lauzon, Paris, Christian Bourgois, 2008, pp. 26-27.
23) Voir J. R. R. Tolkien, Contes et légendes inachevés. Introduction, commentaire et carte établis par Christopher Tolkien. Traduit de l’anglais par Tina Jolas, Paris, Christian Bourgois, éd. compacte avec le Silmarillion, 1993, p. 714, note 16.
24) Voir Wayne G. Hammond and Christina Scull, The Lord of the Rings: A Reader’s Companion, London, HarperCollins, 2005, pp. 343-344. Nous remercions M. Damien Bador de nous avoir indiqué cette référence.
25) Voir ainsi l’enquête étymologique d’Amlaith menée par Damien Bador, « Les descendants d’Isildur : des noms auréolés de mystère ».
26) Israel Gollancz, Hamlet in Iceland, London, David Nutt, 1898.
27) Israel Gollancz, ibid., l-lxi.
28) Annala Rioghachta Eireann: Annals of the kingdom of Ireland by the Four Masters, from the earliest period to the year 1616. Edited and translated by John O’Donovan, Dublin, Hodges, Smith, and Co., 1856, vol. II, pp. 596-597. Ce passage figure également dans un autre document ancien, les Annales fragmentaires d’Irlande, ayant aussi pour titre les Trois fragments. Cf. Annals of Ireland. Three fragments, copied from ancient sources by Dubhaltach MacFirbisigh; and edited, with a translation and notes, from a manuscript preserved in the Burgundian Library at Brussels by John O’Donovan, Dublin, University Press (Irish Archæological and Celtic Society), 1860, pp. 222-223.
29) Traduction donnée par O’Donovan, ibid., p. 597.
30) La première attaque scandinave en Irlande eut lieu en 795. Cf. Whitley Stokes, « On the linguistic Value of the Irish Annals », dans Beiträge zur Kunde der indogermanischen Sprachen, herausgegeben von Adalbert Bezzenberger, Achtzehnter Band, Göttingen, Vandenhoeck und Ruprecht, 1892, p. 115. Voir également Donnchadh Ó Corraín, « The Vikings in Ireland », dans The Vikings in Ireland, ed. Anne-Christine Larsen, Roskilde, Viking Ship Museum, 2001, p. 17.
31) « En 919 Dublin fut reperdu, et Naíll Glúndub, douze autres rois et tous ceux qui formaient l’ossature du mouvement de résistance y perdirent la vie, en dépit du courage dont les Uí Néill du Nord continuèrent à faire preuve. » Cf. Myles Dillon et Nora K. Chadwick, Les Royaumes celtiques. Traduction de l’anglais et des textes originaux irlandais et gallois par Christian Guyonvarc’h, Crozon, Armeline, 2001, p. 150. Plus précisément, et d’après les Annales d’Ulster, cette bataille eut lieu le 14 septembre 919. Cf. Claire Downham, Viking Kings of Britain and Ireland. The Dynasty of Ívarr to A. D. 1014, Edinburgh, Dunedin Academic Press, 2007, p. 32. D’après Donnchadh Ó Corraín : « Jamais auparavant autant de notables n’avaient été tués au combat par les Vikings et la défaite a clairement bouleversé les contemporains ». Cf. Donnchadh Ó Corraín, art. cit., p. 22.
32) En vieil irlandais de l’époque viking, le terme gall « étranger » désigne toujours les Scandinaves attaquants et/ou colonisateurs.
33) Israel Gollancz, op. cit., li.
34) Whitley Stokes, art. cit., p. 116.
35) Cf. O’Donovan, op. cit., Vol. I, 1856, p. 141. Nous remercions à nouveau M. Leo Carruthers pour les précieuses informations qu’il a bien voulu nous communiquer.
36) On peut faire remarquer en passant que le prénom Amhalghaidh n’a pas disparu des pays celtiques modernes. Dissimulé sous l’orthographe anglicisée Auley ou Aulay, on le trouve encore en Irlande et en Écosse dans le nom de famille MacAuley, McAuley ou Macaulay (« fils d’Aulay »). Le nom était certainement connu de Tolkien, car il fait penser nécessairement au grand écrivain, poète et historien, Lord Macaulay (1800-1859), étudié par tous les écoliers anglais au xixe et au début du xxe siècle et qui reste encore célèbre de nos jours.
 
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