Sur le vieillissement des elfes dans 'The Nature of Middle-Earth'

Simon Ayrinhac — octobre 2022

Article théoriqueArticles théoriques : La maîtrise globale des écrits de J.R.R. Tolkien est nécessaire pour bien saisir la portée des articles de cette catégorie, les sujets étant analysés de façon poussée par leurs auteurs.
Actualité de cet essai (oct. 2022) : À l'heure où la série Amazon les Anneaux du Pouvoir passe sur les écrans, cet article permet d'aborder le vieillissement des elfes à travers les derniers écrits publiés de Tolkien : ceux-ci sont nouveaux et précis, mais difficiles d'accès. Cet article est donc destiné à tous ceux qui se sont demandés, pendant l'épisode 2 de la saison 1, « est-ce normal que Galadriel semble plus jeune qu'Elrond ? » et qui veulent retrouver les idées de Tolkien dans leur intégrité.

Notations utilisées dans cet essai:

  • 1 an = 1 an solaire.
  • 1 an* = 1 unité annuelle dans le cycle de croissance elfique.
  • 1 an† = 1 unité annuelle dans le cycle de croissance númenóréen.
  • 1 an° = 1 unité annuelle dans le cycle de croissance humain.
  • AA = Années des Arbres [durée : 1500 ans valiens ; 1 an valien = 144 ans].
  • PA = Premier Âge [durée : 590 ans].
  • DA = Deuxième Âge [durée : 3441 ans].
  • TA = Troisième Âge [durée : 3021 ans].
  • QA = Quatrième Âge [durée : 120 ans jusqu’à la mort d’Aragorn - Elessar].
  • p. : page, l. : ligne, n. : note.
  • c. : circa (signifiant « environ »).

Introduction

9780008387921.jpgThe Nature of Middle-Earth, éd.Carl Hostetter, HarperCollins, 2021 (non traduit).

En 2021, des textes de Tolkien jusque là inédits ont été publiés dans le livre The Nature of Middle-Earth (désigné ci-après par « NM »). Les textes ont été sélectionnés, regroupés et édités par Carl F. Hostetter, un spécialiste de Tolkien et de ses langues, par ailleurs informaticien à la NASA. Ces « textes », que l’on pourrait mieux qualifier de fragments ou de notes éparses, présentent pour certains de nombreux calculs et des tableaux de chiffres. En effet Tolkien, soucieux de cohérence et de vraisemblance, a méticuleusement évalué la croissance numérique de la population elfique ainsi que le vieillissement des individus et en a déduit leurs conséquences sur la chronologie des récits du Légendaire1). Ainsi, remaniant sans arrêt ses idées comme à son accoutumée, Tolkien a appliqué différents « modèles » de vieillissement à des personnages bien connus des récits du Seigneur des Anneaux et du Silmarillion, révisant ainsi les biographies de quelques personnages familiers. C'est ce dernier sujet que nous allons examiner en détail dans cet essai.

L'objectif est de présenter aux francophones, aussi clairement que possible, les nombreux calculs de Tolkien publiés dans The Nature of Middle-Earth, et d'en améliorer leur compréhension aussi bien que leur portée. Les enjeux en sont explicités, tout en utilisant une notation harmonisée. En effet, la lecture des textes est difficile et confuse car Tolkien a souvent noté différemment des concepts identiques (exemple : les durées notées « 1 MY », « 1 SY » et « 1 löa » équivalent toutes à 1 an solaire).

Remarques sur les notations : les numéros de page sans autre indication sont ceux du livre The Nature of Middle-Earth. Le détail des calculs est systématiquement placé entre parenthèses. La notation différencie les ans solaires (« ans »), des ans elfiques (« ans* »), des ans « équivalent mortel » (« ans° ») et des ans númenóréens (« ans† »). Cependant la même valeur de durée dans chaque unité de temps établit une équivalence dans le développement de deux individus (exemple : un elfe de 20 ans* ressemble à un humain de 20 ans). Un taux noté N:1 signifie que 1 an elfique (ou númenóréen) correspond à N ans solaires ; donc lorsque N augmente la croissance devient plus lente (et inversement lorsque N diminue, la croissance devient plus rapide). Cette notation « N:1 », introduite par Tolkien dans ses textes, rappelle la notation des échelles cartographiques2).
Cet essai est accompagné d'une infographie (en anglais) déposée sur le site de partage DeviantArt, montrant le vieillissement de quelques personnages du Seigneur des Anneaux sous forme de frises chronologiques.

I - Les différents modèles de vieillissement des elfes

L'éditeur Carl Hostetter a établi (p.6 l.20-27) une distinction entre 3 modèles différents de vieillissement grâce aux différentes durées de grossesse (9 ans, 1 an et 3 ans), et grâce à la date d’écriture des textes. Dans cet essai, essayant de les distinguer de manière plus fine, nous en dénombrons 5 – dont 4 ont été effectivement appliqués à des personnages. En voici la liste :

  • Modèle n°13)
De tous les modèles considérés, c’est clairement le plus simple. Il s’agit probablement d’un indice de son antériorité. Le taux de vieillissement est de 100:1 pour les elfes et les semi-elfes (p.65 l.15) de la Terre du Milieu (p.65) vivant principalement en Beleriand, et de 144:1 pour les elfes qui vivent sur le continent d’Aman. Cette différence entre tribus des elfes semble naître dans le texte « Échelles de temps » (p.18-24), où les « Eldar arrivent à maturité moins vite que les Avari » (p.22 l.33-34).
Concernant la durée de grossesse (ou de gestation), le point de départ des calculs de Tolkien semble être la durée de 39 ans entre le mariage de Celebrían et d’Elrond et la naissance de leurs jumeaux Elladan et Elrohir, dont les dates sont déjà bien ancrées dans le Légendaire ; Tolkien considère que cette durée de gestation de 39 ans est « impossible » (p.67 l.15). En effet, cette durée est trop courte car elle correspond chez les elfes à seulement 2/5 d’1 an* (p.69 n.16), alors que pour un humain elle est de 9 mois, c'est-à-dire 3/4 d'1 an. Tolkien introduit alors un taux de vieillissement de 10:1, ce qui signifie que la période de 9 mois* chez les elfes est égale à une durée réelle de 90 mois, soit (10×9/12)=7,5 ans. Cependant, pour une raison inconnue (peut-être un arrondi ?), Tolkien retient une grossesse de 8 ans, soit 96 mois (voir la table en Annexe 2 sur les durées de gestation envisagées pour les elfes).
Pour les Númenóréens « normaux », le taux est de 1:1 jusqu'à 20 ans (l’âge adulte), puis de 3:1 après 20 ans (p.69 n.11), taux qui était déjà connu par d’autres textes4). Pour leurs descendants en Terre du Milieu, les rois d'Arnor et de Gondor, incluant Aragorn (qualifié de « dernier des Númenóréens », p.66 l.12), le taux de vieillissement est fixe et vaut 5:25)(p.65 l.18, p.66 l.14).
  • Modèle n°26)
Rappelons que le modèle n°1 établissait un taux de vieillissement de 144:1 pour les elfes qui vivent en Aman, et de 100:1 pour les elfes du Beleriand. Or avec ce vieillissement très lent, de graves incohérences apparaissent dans la biographie des elfes nés en Beleriand (p.71 l.1-2, p.75), comme Maeglin : il n’aurait que 2 ans* lors de sa rencontre avec Idril ! Pour y remédier, Tolkien introduit un taux 10:1 pour le développement jusqu’à la maturité à 20 ans* pour les elfes nés en Beleriand (p. 71, l. 28-30, p.72 l.38, p.77 l.3-4), taux qui était déjà celui de la gestation dans le modèle n°1. Pour les elfes nés en Terre du Milieu parmi les premières générations, la croissance demeure lente avec un taux de 144:1, comme en Aman (p.76-77). Au-dessus de 20 ans* le taux de croissance est de 100:1 pour les elfes nés en Terre du Milieu (p.71 l.30-31), et de 50:1 pour ceux nés en Aman mais arrivés (sans avoir terminé leur croissance) en Beleriand (p.72 l.39-40).
Concernant les Semi-elfes, les descendants directs d’Eärendil obtiennent une grâce de « longue jeunesse », qui prend différentes formes suivant les personnages (p.73 l.30-31, p.78-79). Elros se voit attribuer à la fois la grâce de « longue jeunesse » et la durée de vie des Númenóréens (p.79 l.3-4).
Pour les Númenóréens « normaux », le modèle n°1 s’applique (p.79 l.3-9), et ils peuvent espérer vivre jusqu’à 300 ans (p.79 l.9), soit [20+(300-20)/3)]=113 ans†.
  • Modèle n°37)
Ce modèle semble étroitement lié aux calculs concernant la croissance de la population elfique juste après leur Éveil à Cuiviénen. Ce modèle n°3 est basé sur un ensemble de documents disparates, mais qui sont liés par des données communes dont voici les grandes lignes.
La maturité survient à 20 ans* (24 ans* pour les hommes-elfes et 18 ans* pour les femmes-elfes, voir p.19 et p.84-85) ; la pleine vigueur dure de 20 ans* jusqu’à 60 ans* (modifié en 96 ans*, p.86) ; le déclin commence à partir de 100* ans (ou 90-96 ans*, voir p.19).
Avec un taux de croissance de 12:1, si la gestation est de 9 mois (équivalent à 3/4 d’an) pour les humains, alors pour les elfes elle est de 3/4 d’an*, soit 9 ans (p.22, p.29, p.84). Tolkien envisage tout d’abord une différence radicale entre Eldar et Avari, les elfes des Temps Anciens ayant un taux de croissance de 144:1 et donc une période de gestation de (144×3/4)=108 ans (!) (p. 23) ; mais il renonce ensuite à cette gestation extrêmement longue (voir p.26 n.21).
Le taux de vieillissement après la maturité est de 144:1, soit 12 fois plus lent que le taux de croissance pendant la jeunesse (p. 84). Ce modèle, qui comporte aussi les séries d’intervalles entre chaque naissance (appelées onnalúmë en quenya), n’a pas été appliqué aux personnages du Seigneur des Anneaux ou du Silmarillion (à part Idril dans un texte de brouillon8), p.80, et Finwë, p.53), tout simplement parce qu’il est plutôt lié aux modèles de croissance de population elfique (entre l’Éveil à Cuiviénen et la Grande Marche).
  • Modèle n°3 bis9)
Par rapport au modèle n°3, Tolkien renonce aux taux de 12:1 et 144:1 lors de la gestation et avant la maturité car, selon lui, ces taux sont « encombrants » et « tout à fait inapplicables » dans les premiers récits (p.119 l.10-11). Les données de ce modèle sont résumées p.120, et nous les avons reprises dans la Table 1 ci-dessous; mais celui-ci n’ayant pas été appliqué à des personnages, nous ne le détaillons pas.
  • Modèle n°410)

Dans ce modèle, Tolkien semble adapter les durées au système de comptage duodécimal (à base 12), dont l’usage chez les elfes n’était pas très répandu et qui cohabitait avec le système décimal11).

Le manuscrit du texte qui décrit le modèle n°4 porte la date du 15 août 1965 (p.146 l.6), il est donc probable que ce soit le dernier modèle envisagé par Tolkien. Celui-ci a d'ailleurs écrit sur le manuscrit « c'est le schéma suivi dans le [Seigneur des Anneaux] et le Compte des Années12)» (p.146 l.9-10). Tous les textes parus dans NM ayant été écrits après la première parution du Retour du Roi en 1955, cela signifie que ces calculs n'ont été entrepris qu'après coup — c'est-à-dire après l’écriture du Compte des Années — puis intégrés dans la seconde édition révisée13).
Dans ce modèle la gestation dure 3 ans. Cette durée correspond à 1 « an de croissance » (« growth-year », abrégé GY, p.146 l.18-19). La « croissance complète » est atteinte à 24 ans*, ou 24 GY, ce qui signifie que le taux de croissance est de 3:1. Après la « croissance complète », le vieillissement ralentit : 1 an* équivaut alors à 1 « an de vie » (« life-year », LY) soit 144 ans, le taux est donc de 144:114). Tolkien distingue deux périodes, de 24 ans* à 72 ans* (la « jeunesse » ), puis de 72 ans* à 120 ans* (le « plein âge » ou « vigueur physique »). Après 120 ans* commence le « déclin », d’une durée inconnue.
D'autres durées sont mentionnées par Tolkien :
- les elfes acquièrent le langage à 2 ans* (soit à 6 ans) ;
- la puberté survient à la «croissance complète » ou un peu plus tard, jusqu’à 36 ans* ;
- le « temps de repos » après une naissance varie de 1 à 2 ans* (soit de 3 à 6 ans );
- pour chaque naissance les femmes-elfes renoncent à 2 ans* (soit 6 ans), et les hommes-elfes à 1 an* (soit 3 ans) ;
- les femmes-elfes peuvent porter un enfant jusqu’à 72 ans*.

Si Tolkien précise que les taux de croissance sont donnés « en Terre du Milieu » (p.146 l.17-19), en revanche il ne dit rien sur les taux qui s'appliquent en Aman, notamment en évitant de donner des détails sur le cas de Galadriel (p.149 l.4-6). Cette incertitude va de pair avec l'incertitude sur la chronologie des Années des Arbres, dont Tolkien envisageait semble-t-il de réduire la durée d'un facteur dix15).

Exprimées en années solaires, cela donne donc les durées suivantes : la gestation dure 3 ans, le langage est acquis à 6 ans, la « croissance complète » est atteinte à (3×24)=72 ans, la fin de la « jeunesse » à (72+48×144)=6984 ans, et la fin de la « vigueur physique » à (6984+48×144)=13896 ans.
Les âges élevés atteints par les elfes ont probablement incité Tolkien a définir des années « équivalent mortel » (p.147, que nous notons « ans° ») qui permettent d’établir une équivalence approximative entre les caractéristiques physiques des elfes et des humains. Elles sont déterminées par une simple multiplication par ¾ ; ainsi un elfe de 120 ans* ressemble à un humain de 90 ans°.
Les Númenóréens atteignent la « pleine croissance » à 24 ans, « comme pour les elfes » selon Tolkien (p.151 l.29, p.150 l.9-10), mais cet âge est compté en années solaires. Avant 24 ans le vieillissement des Númenóréens (p.151, l.25-32) est identique à celui des humains ; puis le taux est de 3:1 après. Un Númenóréen peut espérer vivre jusqu’à 94 ans†, c’est-à-dire [24+3x(94-24)]=234 ans, mais le déclin survient à 86 ans†, ce qui équivaut à une durée en pleine possession de ses moyens de 62 ans† (ou 186 ans). Les Númenóréens de la lignée d'Elros et les Semi-elfes (Elros et Elrond) vieillissent plus lentement avec un taux de 5:1 (p.150 l.816)).

Table 1. Comparaison synoptique des différents modèles de vieillissement (H : homme-elfe, F : femme-elfe, c. : circa, Bel. : en Beleriand, TdM : en Terre du Milieu, entre {} : données reconstruites).

Modèle 1 2 3 3 bis 4
Textes publiés dans The Nature of Middle-Earth [1.IX] [1.X], [1.XI] [1.III],[1.IV], [1.V], [1.XII] [1.XVI] [1.XVIII]
Date de rédaction c. 1959 c. 1959 c. 1959 c. 1959 15 août 1965
Taux lors de la gestation 10:1 10:1 12:1, ou 144:1 pour les elfes « des jours Anciens »17) 1:1 {4:1}
Durée de la gestation 8 ans {en fait 7,5 ans} 8 ans {en fait 7,5 ans} 9 ans 1 an 3 ans
Taux lors de croissance - 10:1 12:1 1:1 3:1 (TdM)
Âge de la puberté (non précisé) (non précisé) (non précisé) 21 ans* (H) / 18 ans* (F) Coïncide avec la maturité, « en général »18).
Âge de la maturité (non précisé) 20 ans* 24 ans* (H) / 18 ans* (F) 24 ans* (H&F) 24 ans*
Taux de vieillissement Après la maturité144:1 (Aman), 100:1 (Bel.)50:1 (Aman), 100:1 (Bel.), 144:1 (1ere gén.) 144:1 144:1 144:1 (TdM)
Périodes de vie (non précisé) (non précisé) « fin de la jeunesse » : 96 ans* (H), 90 ans* (F).96 ans* (« fin de la jeunesse ») fin de la « jeunesse » : 72 ans*, fin de la « vigueur physique » et début du « déclin » : 120 ans*.
Taux de croiss. des Semi-elfes 100:1 Grâce de « longue jeunesse » pour les descendants d’Eärendil (non précisé) (non précisé) 5:1
Taux de croiss. des Númenóréens Núm. « normaux » : 1:1 jusqu'à 20 ans, puis 3:1 après 20 ans ; descendants des Núm. en Terre du Milieu : 5:2. Núm. « normaux » : idem modèle n°1, 300 ans {113 ans†} : espérance de vie.(non précisé) (non précisé) 1:1 (avant 24 ans), 3:1 (après 24 ans) ; début du déclin : {86 ans†}, espérance de vie : {94 ans†}; lignée d'Elros : 5:1.

II - Conséquences sur les biographies de quelques personnages du 'Seigneur des Anneaux' et du 'Silmarillion'

Appliquons maintenant les modèles de vieillissement décrits ci-dessus pour revisiter les biographies de quelques personnages de première importance du Légendaire, tel que l’a fait Tolkien.

1. Elrond

Elrond est un Semi-elfe qui est né en Beleriand en 532 du Premier Âge19) (PA) (ou en 527-530 PA, voir p.150), et qui a vécu toute son existence en Terre du Milieu. À la fin du Premier Âge, en 590 PA, il a donc (590-532)=58 ans. Il fonde Fendeval en 1697 du Deuxième Âge (DA) et se marie avec Celebrían en 100 du Troisième Âge (TA)20). Il a vécu les 3441 années du Deuxième Âge et les 3021 années du Troisième Âge en Terre du Milieu, qu’il quitte donc à l’âge de (58+3441+3021)=6520 ans.

Dans le modèle n°1 (p.65), lors de la fondation de Fendeval en 1697 DA, il a (58+1697)/100=17,5 ans*. Lors de la formation de la Dernière Alliance en 3430 DA pour vaincre Sauron aux côtés de Gil-galad, il a (58+3430)/100=35 ans*. Il se marie avec Celebrían en l’an 100 TA, donc à l’âge de (58+3441+100)/100=36 ans*. Il quitte la Terre du Milieu à la fin du Troisième Âge, en 3021, à l’âge de (58+3441+3021)/100=65 ans*, et « encore très vigoureux » (p.65 l.27-28).

Le modèle n°2 tient compte de sa longue jeunesse de 1000 ans (p.73, p.78). En effet, de son père Eärendil, en rejoignant le peuple des elfes, il a acquis la grâce de « longue jeunesse » évaluée à 1000 ans. La période de jeunesse « normale » étant de (20×100)=200 ans, cela signifie qu’Elrond vieillit en fait à un rythme moins élevé de 50:1 (p.78 l.24). Il a donc fini sa « longue jeunesse » de 1000 ans, ayant un âge apparent de 20 ans*, en (1000-58)=942 DA. Lors de la fondation de Fendeval en 1697 DA, il a (20+(1697-942)/100)=27,5 ans*. À la fin du Deuxième Âge, il a (20+(3442-942)/100)=45 ans*, et à son mariage un siècle plus tard il a 1 an* de plus, donc 46 ans* et Celebrían a 45 ans* ; Tolkien semble satisfait car « cela marche bien »21) mais au prix d’un recul de la date de naissance de Celebrían de 300 DA en 850 DA (p.77) – mais de toute façon rien n’était fixé de manière définitive, puisque la date ne figurait pas dans les annexes au Seigneur des Anneaux. À la fin du Troisième Âge, Elrond a donc (20+(3441-942+3021)/100)=75,2 ans* (p.78 l.30).

Dans le modèle n°4, à la fin du Premier Âge Elrond a (600-530)=70 ans22). Comme il est raconté dans le Silmarillion23), à la fin du Premier Âge, les Valar demandent aux deux frères Semi-elfes de choisir leur destinée. Mais avant cette date, quel taux s’applique à Elrond ? Tolkien pense qu’il « devrait vieillir plus lentement que les Humains ordinaires » (p.150), donc probablement avec un taux de 1:1 avant 24 ans* et un taux de 5:1 ensuite, « comme pour Elros » (p.150, l.9-10).

Notons que, dans ce modèle n°4, lorsque Bilbo rencontre Elrond à Fendeval en 2941 TA, celui-ci a (56+2941/144)=76,4 ans* et qu’il ressemble à un humain de (76,4×3/4)=57,3 ans°. Lorsque le Troisième Âge se termine et qu’il passe outre-Mer vers l’Ouest, il a sensiblement le même âge : 77 ans*, soit 57,7 ans°.
Donc Elrond ayant la même croissance qu’Elros le Semi-elfe, les deux frères atteignent leur maturité de 24 ans* en (530+24)=554 PA, et à la fin du Premier Âge il aurait (24+(70-24)/5)=33,2 ans* (comme son frère). Après cette date, où Elrond a choisi de rejoindre le peuple des elfes, c’est le taux de 144:1 qui s’applique. À la fin du Deuxième Âge il a (33,2+3441/144)=56 ans* (p.150), donc à son mariage en 100 TA il a 57 ans* soit l’équivalent de (57×3/4)=43 ans° pour un humain. Tolkien ne va pas plus loin dans ses calculs et il laisse inchangées les dates de mariage et de naissance des enfants d’Elrond et de Celebrían (respectivement 100 TA, 109 TA et 241 TA), en attendant une décision concernant l’histoire de Celeborn et Galadriel et leur connexion avec la Lórien (p.150 l.23-25).

2. Celebrían, Elladan et Elrohir

Celebrían est née en Terre du Milieu, pendant le Deuxième Âge, à une date qui varie suivant les hypothèses étudiées par Tolkien : dans l’ordre des textes, on trouve successivement 300 DA (p.65, p.77, p.346), 260 DA (p.73 l.16), 350 DA (p.73 l.27), 9 DA (p.149 l.17) ou 45 DA (p.149 l.35). Il faut noter que la date de naissance de Celebrían apparaît explicitement pour la première fois dans les textes de The Nature of Middle-Earth.

Si elle est née en 300 DA, dans le modèle n°1, quand elle se marie avec Elrond en 100 TA, elle a (3441-300+100)/100=32 ans*, soit 4 ans* de moins que lui. À son départ pour Aman en 2509 TA, suite à sa blessure empoisonnée infligée lors d’une embuscade d’orques, elle a (3441-300+2509)/100=56 ans*.

Si le taux de croissance est maintenant de 10:1 comme dans le modèle n°2, alors elle atteint sa maturité de 20 ans* en (300+20×10)=500 DA (p.77 l.33). À son mariage, elle a (20+(3441-500+100)/100)=50 ans*, ce qui semble un peu âgé mais « pas impossible, et explicable par les temps troublés » selon Tolkien. Celui-ci envisage alors de rajeunir Celebrían et de reculer sa date de naissance en 850 DA et elle aurait alors 45 ans* à son mariage (p.77 en bas de page, p.79).

Ses enfants jumeaux Elladan et Elrohir sont nés en 139 TA24). Cela fait donc un intervalle de 39 ans entre le mariage de leur mère et leur naissance (p.67). Cet intervalle paraît trop court : en effet, avec le taux 100:1 du modèle n°1, 9 mois* de période de gestation signifie 900 mois, soit 75 ans25). Pour y remédier, Tolkien impose plutôt un taux de 10:1 (p.68) ; le calcul précis est alors (pour un taux 10:1) 9 mois*=90 mois=7,5 ans, mais Tolkien retient plutôt 8 ans : l’intervalle de 39 ans devient donc assez long.

Il faut aussi un intervalle suffisant entre les naissances : Arwen est née en 241 TA, elle a donc été conçue en (241-8)=233 TA, ce qui laisse seulement (233-139)/100=1 an* de repos aux parents qui s’occupent activement de leurs deux petits jumeaux ! Conscient de ce problème (p.67 l.18), Tolkien propose de reculer d’un siècle la naissance d’Arwen, de 241 TA en TA 341, pour laisser un temps de repos de 2 ans* aux parents, et il attribue la modification de 241 en 341 à des « erreurs d’écriture »26).

Il est surprenant que Celebrían n’ait pas eu d’autre enfant entre la naissance d’Arwen en 241 TA et son départ en 2509 TA, car cela représente un intervalle de (2268/100)=23 ans*. Selon Tolkien, c’est sans doute lié à la dépense d’énergie pour la naissance de jumeaux suivie par la naissance de l’enfant « spéciale » qu’est Arwen (p.68).

Dans le modèle n°4, Celebrían est née au tout début du Deuxième Âge, en 9 DA27) (p.149 l.17). Elle a donc 24 ans* en (9+24×3)=81 DA. En 100 TA, lors de son mariage avec Elrond, elle a donc [24+(3441-81+100)/144)]=48 ans*. À son départ de la Terre du Milieu en 2510 TA, elle a (48+2510/144)=65,5 ans* et elle ressemble à une humaine de (65,5×3/4)=49 ans°. Si elle naît après Amroth (p.149 bas de page), Tolkien recule sa date de naissance de 9 DA à 45 DA, mais cela ne fait pas grande différence car son âge à son mariage (48 ans*) est inchangé à cause du décalage temporel de (45-9)=36 ans, infime pour une elfe.

3. Aragorn

Aragorn, né en 2931 TA, rencontre Arwen en 2951 TA28) à l’âge de 21 ans et se fiance en 2980 TA à l’âge de 49 ans. À son mariage avec Arwen en 3019 TA, il a 88 ans. Aragorn meurt en l’année 100 du Quatrième Âge (QA) à l’âge respectable de (3021-2931+100)=190 ans. Cet âge est révisé ultérieurement : en effet, lors de la révision du Seigneur des Anneaux en 1966, Aragorn meurt en 120 QA 29) à l’âge de 210 ans.

Dans un premier temps, Tolkien envisage un vieillissement au taux 1:1 jusqu’à 20 ans, puis 3:1 ensuite (p.69 n.11). Dans ce cas Aragorn atteint la maturité en 2951 TA. Ensuite à 49 ans, il a en fait (20+29/3)=29.7 ans†, à son mariage il a (20+68/3)=42,7 ans†, et à sa mort il a (20+170/3)=76,7 ans†. Cependant Tolkien n’est pas satisfait de ce schéma, et il envisage un taux de 5:2 (équivalent à 2,5:1), donc légèrement plus rapide (p.66) sans tenir compte de la période de jeunesse au taux 1:1 jusqu’à 20 ans. Ainsi Aragorn avait à son mariage (88×2/5)=35 ans† et il meurt à un âge apparent de (190×2/5)=76 ans†.

Dans le modèle n°4, un Numénoréen peut espérer vivre (24×1+70×3)=234 ans30), mais à 210 ans il décline. Cela signifie qu’Aragorn peut espérer vivre jusqu'en [234-(3021-2931)]=144 QA. En se résignant en 120 QA, à l’âge de (120+3021-2931)=210 ans, équivalent à l’âge de (24+(86-24)×3)=86 ans†, il a donc renoncé à 24 années d’espérance de vie.

4. Arwen

Arwen est née en 241 TA. Elle rencontre Aragorn en 2951 TA, se fiance en 2980 TA, et se marie en 3019 TA. Elle meurt en 121 QA à Cerin Amroth, un an après Elessar-Aragorn.

Dans le modèle n°1, elle a [(2952-241)/100]=27,1 ans* lorsqu’elle rencontre Aragorn, et [(2980-241)/100]=27,4 ans* à ses fiançailles. À son mariage elle a (3019-241)/100=27,8 ans*, soit environ 28 ans* (p.66 l.3). On constate ici une grande différence d’âges entre Arwen et Aragorn, qui ont respectivement 28 ans* et 35 ans†. Cette différence s’estompe dans les calculs ultérieurs par modification des taux de croissance (p.151), 3:1 pour la période de croissance, qui dure donc 72 ans (soit 24 ans*), et 144:1 ensuite. Ces nouveaux taux tiennent compte notamment du fait qu’Arwen est devenue mortelle en acceptant l’union avec Aragorn.

Dans le modèle n°4, Arwen atteint sa maturité de 24 ans* en (241+24×3)=313 TA. Quand elle rencontre Aragorn, elle a [24+(2951-313)/144]=42,3 ans* soit en âge « équivalent mortel » (42,3×3/4)=31,7 ans°. À son mariage en 3019 TA, elle a (24+(3019-313)/144)=42,8 ans*. Tolkien souhaite (p.151 l.6) qu’Aragorn ait environ 45 ans† à son mariage (rappelons qu’il a en fait 88 ans), Arwen ayant 42,8 ans*.

À son mariage, Arwen renonce à sa vie d’elfe pour devenir humaine. Tolkien applique donc à Arwen, après son mariage, la même échelle núménoréenne de vieillissement que son époux (p.151 l.8-9). Mais ce choix « n’altère pas son âge » (voir p.151 l.9), autrement dit elle a l’âge d’une elfe de 42,8 ans* ou l’âge d’une núménoréenne de 42,8 ans†. Combien de temps lui reste-t-il à vivre en tant que núménoréenne ? Elle a déjà « dépensé » l’équivalent de (24+18,8×3)=80,4 ans, ou 81 ans selon Tolkien (p.151 l.12), elle peut donc espérer vivre (234-81)=153 ans, soit jusqu’en [153-(3021-3019)]=151 QA. Au décès d’Aragorn en 120 QA, elle a (120+(3021-3019)+81)=203 ans. Elle meurt à Cerin Amroth un an plus tard en 121 QA, donc à 204 ans, soit à un âge apparent de (24+(203-24)/3)=84 ans† (selon le vieillissement des Númenóréens dans le modèle n°4, p.151). En restant une elfe, elle aurait été âgée en 121 TA de (3021-241+121)=2901 ans, soit (24+(2901-3×24)/144)=43,6 ans* ou un âge apparent de (43,6×3/4)=33 ans° (p.151 l.22-25). Les dessinateurs31) ont représenté Arwen veuve à Cerin Amroth avec un taux de vieillissement adapté aux elfes, mais manifestement différent de ce que Tolkien envisageait. En effet, Aragorn aussi bien qu’Arwen disparaissent à des « âges » avancés, ce qui bat en brèche l’idée selon laquelle Arwen paraît jeune lorsqu’elle meurt sur Cerin Amroth.

5. Eldarion

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Eldarion, le fils d’Arwen et Aragorn, est né en 1 QA. C'est un cas spécial (p.78 l.39-42, p. 82 n.13), car il n'est pas inclus dans « la grâce d’Eärendil » mais il possède une longue jeunesse : il atteint la maturité à 20 ans, ressemble à un jeune homme sur la durée allant de 20 à 60 ans (il ne vieillit pas), puis il vit 65 ans de plus, soit jusqu’à (60+65)=125 ans, mais avec un âge apparent de (20+65)=85 ans†. Né en 1 QA, il vit donc jusqu’en (1+125)=126 QA. Cependant, ces données sont en contradiction avec des déclarations de Tolkien sur Eldarion « dont le règne prend fin environ 100 ans après la mort d’Aragorn », soit en 220 QA environ32).

Tolkien évoque les descendants d'Eldarion, qui « devinrent normaux, mais vivaient longtemps », entre 80 et 90 ans (p.79 l.2).

6. Galadriel

Galadriel est née en Aman. Selon Tolkien, dans le modèle n°1, elle a environ 20 ans* au moment de l’Exil des elfes Noldor en l’an 1495 des Années des Arbres (AA), donc elle est née en (1495-20)=1475 AA (p.66). Galadriel étant une elfe de la 3e génération (car fille de Finarfin et petite-fille de Finwë), cela signifie que sa naissance est très tardive, « quelque soit l’échelle de vieillissement considérée pour les elfes résidant en Aman» (p.149 l.4-6). Notons que cette date de naissance de 1475 AA est en contradiction avec la date de 1362 AA donnée dans les Annales d’Aman33).

Galadriel perd 2 ans* (ou 3 ans*, p.85) dans les glaces traîtresses de l’Helcaraxë (voir Annexe 1) donc elle a 22 ans* en 1496 AA. Elle rencontre Celeborn en Beleriand. La guerre contre Morgoth (qui dure la totalité du Premier Âge, soit 590 ans, soit (590/100)=6 ans*) reporte la naissance de ses enfants à la période d’après-guerre. À la fin du Premier Âge elle a alors (22+6)=28 ans* (p.77 l.30-31).

Lorsqu'elle porte Celebrían en 300 DA34), elle a dans le modèle n°1 environ (26+300/100)=29 ans* (p.67 l.3). Lorsqu’elle quitte la Terre du Milieu en 3021 TA, elle a donc 26+(3441+3021)/100=90,6 ans* (p.67 l.5). En refusant l’Anneau Unique, elle obtient enfin le Pardon des Valar, mais en conséquence doit se résoudre à « diminuer »35), un « effacement » ou « déclin » dû au fëa (« l’esprit » en quenya) qui finit par consumer le hröa (« le corps ») (p.147 l.6-7) .

Les indications de Tolkien font apparaître un fait surprenant : bien que Galadriel soit née (532+21×3)=595 ans avant Elrond, celle-ci apparaît plus jeune que lui de (33,2-28)=5,2 ans* !

Dans le modèle n°4, Galadriel n’a pas encore terminé sa croissance lorsqu’elle met les pieds en Beleriand (p.148 l.16-17) car elle n’a que 21 ans* et la maturité est à 24 ans*. Elle termine donc sa croissance au début du Premier Âge en (24-21)×3=9 PA. À la fin du Premier Âge, elle a (590-9)/144=4 ans* de plus36), soit (24+4)=28 ans* et elle ressemble à une humaine de (28×3/4)=21 ans°. Elle se marie avec Celeborn au début du Deuxième Âge et vit au Lindon. Au début du Troisième Âge, elle a donc (3441/144)=24 ans* de plus, soit (28+24)=52 ans* et elle ressemble à une humaine de (52×3/4)=39 ans°. À la fin du Troisième Âge, elle a (3021/144)=21 ans* de plus, soit (52+21)=73 ans* et elle ressemble à une humaine de (73×3/4)=55 ans°. Vu qu’elle atteint ses 72 ans*, elle a terminé sa « jeunesse » et entre dans sa maturité, une période qui durera 48 ans* de plus, jusqu’à l’âge de 120 ans*.

7. Celeborn

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Celeborn est plus âgé que Galadriel. Si c’est un Sinda37), il a passé toute sa vie en Terre du Milieu. Il est de la deuxième génération des Seigneurs Elfes qui menèrent la Marche, par tradition le fils d’Elmo, frère cadet d’Elwë Thingol (p.148 l.28-30). La date de naissance des Seigneurs Elfes n’est pas bien connue mais ils étaient jeunes lors de la Marche, aux environs de 1100 AA selon les Annales d’Aman écrites vers 1951-52. Celeborn aurait donc (1500-1100)=400 ans* au tout début du Premier Âge ! Ici on constate un problème plus général : la grande durée entre l’éveil des elfes à Cuiviénen et le début du Premier Âge montre qu’une grande partie des Sindar aurait dû « s’évanouir », et donc il ne peut plus exister d’elfe des premières générations (au sens elfique du terme, passé 120 ans* dans le modèle n°4). Or aucun récit n’évoque ce phénomène. Ces difficultés, et bien d’autres liées aux « schémas générationnels » (voir p.121-142 par exemple) expliquent l’incertitude qui pèse sur la chronologie exacte des Années des Arbres.

Dans les écrits de Tolkien datés de 1965, et utilisant le modèle n°4, Celeborn doit être « un descendant d’Elmo et né en Beleriand » (p.149 note †). Dans ce cas, la seule certitude est qu’il avait « au moins » 45 ans* à la fin du Premier Âge, soit un âge humain apparent de (45×3/4)=33,8 ans°38). Il avait donc [45-(590/144)]=41 ans* au début du Premier Âge. Il a atteint la maturité de 24 ans* (3100-590)=2510 avant le début du Premier Âge, et il est donc né 72 ans plus tôt dans le modèle n°4, soit (2510+72)=2582 ans avant le début du Premier Âge. Il est périlleux de convertir ces dates en Années des Arbres, puisqu’il est impossible de savoir comment Tolkien envisageait la refonte chronologique de cet Âge (par exemple il semble que la date de 1496 VY – et non 1500 AA - correspondait à l’arrivée des Noldor en Beleriand).

Celeborn se marie avec Galadriel à la toute fin du Premier Âge, après qu'ils se fussent réfugiés en Lindon suite à la destruction complète du Beleriand (p.148 l.17-19). Il a donc au moins 45 ans*, et elle 28 ans* ; ils ont une grande différence d’âge de (45-28)=17 ans*, un fait que Tolkien ne semble pas avoir relevé. À la fin du Troisième Âge, Celeborn a (3441+3021)/144=45 ans* de plus, soit (45+45)=90 ans* et il ressemble à un homme de (90×3/4)=66 ans° lorsque les hobbits le côtoient dans le Seigneur des Anneaux.

L’incertitude augmente encore sur la biographie de Celeborn lorsqu’on sait que Tolkien envisageait de faire de Celeborn un Teler d’Alqualondë39), mais cela aurait contredit plusieurs textes précédemment publiés40).

8. Amroth

Amroth est un elfe Sinda, prince de Lórien, qui meurt noyé en 1981 TA dans la Baie de Belfalas. Son histoire a été modifiée à de multiples reprises par Tolkien. Dans certaines versions (p.348) il est né en 750 DA ou en 300 DA. Dans une autre version de l’histoire (p.149), il est le fils de Galadriel et Celeborn, né en 33 DA et le frère aîné de Celebrían née en 45 DA. Tolkien a considérablement varié sur la parentèle d’Amroth (p.352 n.2), et sa filiation avec Celeborn et Galadriel n’est finalement pas retenue (p.152 n.5), comme il est raconté dans Contes et légendes inachevés.

Dans une chronologie reconstituée par C. Hostetter (p.348 l.12-18), Amroth est né en 750 DA et disparaît en 1981 TA. Il vit donc (3441-750+1981)=4672 ans, ce qui signifie qu’il a un âge elfique de 32,4 ans* à sa mort. Selon Tolkien, Amroth était déjà prince en 850 DA (donc à l'âge de 100 ans).

Dans une autre chronologie (p.348 l.19-21), Amroth naît en 300 DA. En 588 DA, avec un taux de croissance de 144:1, il a (588-300)/144=2 ans*. Dans la suite des notes de Tolkien, les âges apparents ne sont pas liés à des taux de croissance établis, mais sont probablement des âges « repères » tels que Tolkien les aurait voulus. Donc en 1350 DA, lorsque Galadriel et Celeborn quittent l’Eregion pour aller en Lothlórien, Amroth devrait avoir 29 ans*. En 1697 DA, lors du sac de l’Eregion, il aurait 31 ans*. À la fin du Deuxième Âge, en 3341 DA, il aurait 44 ans*.

Dans le modèle n°4, Amroth est né en 33 DA (p.149). Il a donc 24 ans* en (33+24×3)=105 DA. Lors de la fondation de l’Eregion en 750 DA, il a (750-105)/144=4.5 ans* de plus, donc il a 28.5 ans*. Lors du sac d’Eregion en 1697 DA, il a (1697-750)/144=6.5 ans* de plus, donc il a 35 ans*. À la fin du Deuxième Âge, il a (3441-1697)/144=12 ans* de plus, soit un peu plus de 47 ans*. À la mort de Nimrodel en 1981 TA, il a (1981/144)=14 ans* de plus, soit 61 ans* (presque à la fin de sa jeunesse à l’âge de 72 ans*). Il ressemble alors à un homme de (61×3/4)=46 ans°. Tolkien trouve cela « possible » (p.149), « l’histoire était probablement que Nimrodel ne voulait pas donner son amour à un arrivant des elfes non-Sylvains, et elle se cacha dans les montagnes, ne souhaitant pas “passer à l’Ouest” » (p.149 l.31-33).

9. Maeglin

Maeglin est un elfe de la cité cachée de Gondolin, né en 320 PA en Beleriand (selon la date communément admise, qui apparaît dans les Annales Grises41)), après la rencontre de son père Eöl et de sa mère Aredhel42) en 316 PA43).

Le cas de Maeglin révèle un grave problème de chronologie dans le Légendaire : quand Tuor arrive à Gondolin en 495 PA, Maeglin a (495-320)=175 ans, et donc seulement (175/100)=1,8 ans* avec le taux de croissance 100:1 (modèle n°1). Cela signifie que Maeglin, n’ayant que 2 ans* environ (p.75 l.16), est encore un petit enfant. Il faut évidemment que Maeglin soit en âge de désirer Idril (p.75). Donc Tolkien avance la date de naissance de Maeglin au maximum : Maeglin doit naître à une date légèrement postérieure à la fondation de Gondolin en 116 PA, et donc il pourrait être né en 120 PA (p.71 l.15). En 495 PA il est donc âgé de (495-120)/100=3,3 ans* soit moins de 4 ans* (p.71 l.16), ce qui est encore beaucoup trop jeune.

Un autre problème concernant Maeglin (et qui n’a pas été énoncé explicitement par Tolkien) est que les dates de 316 PA pour le mariage de ses parents et 320 PA pour sa naissance ne laissent qu’une durée de gestation de 4 ans entre les deux évènements, or cette durée n’est compatible qu’avec le modèle n°4 (dans lequel la durée de gestation est de 3 ans) qui ne sera couché par écrit qu’environ 5 ans après les réflexions écrites sur la chronologie de Maeglin.

Ici Tolkien fait face à un dilemme qu’il décrit en détail (p.76) : soit c’est l’histoire qui doit être modifiée en profondeur, soit ce sont les taux de croissance qui doivent être changés. Tolkien évalue la première option, mais les modifications sont trop considérables (avec un effet domino à travers beaucoup de récits). Il penche plutôt pour la seconde option et augmente donc le taux de vieillissement à 10:1 pour les elfes qui résident en Terre du Milieu jusqu’à leur maturité à 20 ans* (p. 76-77), taux qui devient 100:1 au-dessus de 20 ans* (modèle n°2). Donc si Maeglin est né en 120 PA, il a l’âge de la maturité en 320 PA car (320-120)/10=20 ans*, mais en 495 PA il a gagné seulement (495-320)/100=1,75 ans* et il a 21,8 ans*. Il est donc plus jeune qu’Idril qui devrait avoir entre 23 et 30 ans*. Tolkien exprime sa satisfaction que cette chronologie soit bien adaptée à l’histoire (p.77 l.25), mais elle a un impact sur d’autres elfes (puisque les taux de croissance sont universels à tous les elfes).

Appliquons pour finir le modèle n°4 à Maeglin (calculs qui n’apparaissent pas dans les textes publiés dans The Nature of Middle-Earth), ce qui est pertinent car il s’agit du « dernier modèle » envisagé par Tolkien. Dans ce modèle, si Maeglin naît en 120 PA, il atteint la maturité de 24 ans* en (120+3×24)=192 PA. En 495 PA, il a donc (24+(495-120)/144)=26,6 ans*. Cet âge est proche de celui d’Idril, ce qui bat en brèche le scénario selon lequel Maeglin est plus jeune qu’Idril et donc ne lui inspirerait aucune attirance.

10. Tuor et Idril

Tuor est un humain né en 472 PA. Il arrive à Gondolin en 495 PA, à l’âge de (495-472)=23 ans (p.72, p.80). Lorsqu’il épouse Idril en 502 PA, il a (502-472)=30 ans. Selon Tolkien, pour qu’Idril regarde favorablement Tuor elle devrait avoir 22-23 ans* à leur rencontre en 495 PA (p.72 l.13-14). Or ici Tolkien fait face au même problème que pour Maeglin, mais Idril peut être née en Aman (contrairement à Maeglin).

La biographie d’Idril est contrainte par deux conditions : elle doit être du même âge que Tuor à leur rencontre en 502 PA, et plus âgée que Maeglin. De plus les cas des elfes Idril et Finduilas sont très proches : ce sont toutes les deux des Ñoldor nées en Aman et en couple avec un humain vers 490 PA.

Partant du fait qu’Idril (née en Aman) a environ 30 ans* en 502 PA44), Tolkien essaie de reconstituer sa biographie (p.80 l.9-13) qui se déroule dans 3 lieux (Aman, l’Helcaraxë et le Beleriand) soumis à des régimes de vieillissement différents. Il tient le raisonnement suivant (dans le cadre du modèle n°3) : la traversée de l’Helcaraxë nécessite 2 ans*, ce qui laisse une durée de (18-2)=16 ans* passée en Aman avant la maturité, et (30-2-16)=12 ans* passée en Beleriand après la maturité (à un taux de 144:1). Mais ce calcul est problématique car il devrait s’écouler (144×12)=1728 ans au lieu de 502 ans ! Il semble que Tolkien se soit plutôt concentré sur l’écoulement du temps lors du voyage des Ñoldor depuis Aman et pendant la traversée de l’Helcaraxë, en en proposant une éventuelle « altération ». Ainsi Tolkien a évalué successivement 3 chronologies, notées a), b) et c) dans la Figure 1 ci-après, dans lesquelles la traversée de l’Helcaraxë augmente par deux les taux de croissance.

Figure 1. Différentes chronologies dsicutées par Tolkien concernant le personnage d’Idril et présentées en p.80.

Tolkien termine ses évaluations par la chronologie c), qui, dans le cadre du modèle n°3, semble le satisfaire45) : donc en 502 PA, Idril a 25 ½ ans* (Tuor a 30 ans et Maeglin a 24,7 ans*46)) et elle est née en Aman en (1495-19)=1476 AA.

11. Túrin et Finduilas

Túrin est un humain, né en 464 PA (p.72). Il rencontre l’elfe Finduilas à Nargothrond en 490 PA, à l’âge de (490-464)=26 ans, mais son expérience au combat le fait sembler plus adulte. Finduilas devrait donc avoir la vingtaine au moment de leur rencontre, et s’être fiancée à Gwindor en 472 PA.

Finduilas est le cas pour lequel Tolkien a mené le plus de calculs (p.72-4, 79-80, 189, et l’éditeur a choisi de ne pas en publier certains, voir p.79 l.29-32), sans toutefois trouver une issue qui lui convienne. Son cas est compliqué car sa période de croissance est partagée entre deux régions géographiques (Aman et le Beleriand) affectant différemment les taux de croissance. Une partie des difficultés vient du calcul du vieillissement pendant la traversée de l’Helcaraxë, alors que Finduilas n’a pas terminé sa croissance. De plus Tolkien s’est probablement trompé en appliquant pour la date de la mort de Finduilas la date du mariage d’Idril et Tuor en 502 PA (p.80).

Tolkien a considéré que des fiançailles à 18 ans* étaient trop précoces (p.72 l.32-33). Considérant donc que Finduilas a plutôt 20 ans* au moment de ses fiançailles avec l’elfe Gwindor en 472 PA, elle est donc née (dans le modèle n°2) en (472-20×10)=272 PA en Beleriand. En 490 PA à sa rencontre avec Túrin, elle a donc [20+(490-472)/100)]=20,2 ans*. Cette solution a le mérite d’être simple, mais elle n’a pas été retenue par Tolkien, lui préférant une naissance en Aman.

Si Finduilas naît en 1483 AA en Aman, en l'année de l’Exil 1495 AA elle a 12 ans*. Elle met 1 an* pour traverser la Glace Broyeuse, auquel on ajoute 2 ans* de vieillissement prématuré47). Elle a donc 15 ans* à son arrivée en Beleriand. Finduilas est un cas spécial, car elle est née en Aman mais elle termine sa jeunesse en Beleriand ; dans ce cas, le taux de vieillissement est de 50:1 (p.72, bas de page) plutôt que de 10:1, et il s’applique dès que la sentence de Mandos48) est prononcée. Elle atteint donc la maturité de 20 ans* en (20-15)×50=250 PA. Donc lorsqu’elle rencontre Túrin en 490 PA49), elle a (490-250)/100=2.4 ans* de plus, soit 22.4 ans*. Finduilas est donc la plus jeune des exilés Ñoldor en Beleriand (p.73), et elle avait seulement 12 ans* lorsqu’elle a affronté les terribles épreuves de l’Helcaraxë.

12. Gil-galad

Dans le modèle n°4, Gil-Galad aurait [25+(3441-20)/144]=48,8 ans* à sa mort. Il aurait atteint la maturité de 24 ans* en (580+20-144)=466 PA, il serait donc né en (466-24×3)=394 PA. Le qualificatif de « jeune » s'applique quand la bataille de Dagor Bragollach éclate puisqu'il aurait 20,3 ans*.
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Gil-galad, le dernier Haut Roi des Ñoldor, devient roi du Lindon en 20 DA50) « après le départ de Galadriel et Celeborn » (p. 81 l.2), et il devrait avoir environ 25 ans* à cette période. Tolkien en déduit sa date de naissance (dans le modèle n°2) : (1500-25+(590+20)/100)=1481,1 AA. Il est mort en 3441 DA pendant le siège de Barad-dûr, donc à l’âge de [(3441-20)/100+25]=59,2 ans*. Nous disposons d’une autre information sur la biographie de Gil-Galad qui, selon le Silmarillion51), est « jeune » lorsque la bataille de Dagor Bragollach éclate en 455 PA, ce qui est cohérent avec les données évoquées précédemment (car il aurait 23,5 ans*).

13. Fëanor

Fëanor a eu sept fils, ce qui reste exceptionnel chez les elfes (p. 21), dont les deux derniers (Amrod et Amras) sont jumeaux, ce qui est également très rare (p. 22).

Tolkien a plusieurs fois noté que la durée de gestation de Fëanor avait été plus longue que celle des autres elfes : considérant une durée de gestation normale de 9 mois (p.317 l.32-33), il reste 1 an entier dans le ventre de sa mère (p.25 n.13, p.26 n.15) ; tandis que dans le modèle n°3, Fëanor reste dans le ventre de sa mère 1 an* entier, soit 12 ans (p.22 l.17-18, p.26 l.8-9) ce qui est exceptionnel puisque la gestation dure plutôt ¾ an* soit 9 ans.

Fëanor s’empare des navires des Teleri en 1495 AA (p.73) pour aller en Beleriand, tandis que les autres Ñoldor traversent le détroit glacé de l’Helcaraxë. Comme nous l’avons dit plus haut, cette traversée dure 1 an*, mais les elfes vieillissent prématurément de 2 ans*. Cependant Fëanor et ses partisans, évitant les périls mortels de la Glace Broyeuse, et réduisant la durée de leur voyage de moitié grâce à la traversée par bateau, n’ont vieilli que de 1 an* (p.73 l.3-4, p. 77 l. 14-15).

14. Eärendil et Elwing

Eärendil est un Semi-elfe né en 503 PA, qui vécut comme un humain « depuis que sa mère [Idril] avait endossé sa mortalité à son mariage (ou à la conception) »52) (voir p.81 n. 11). Il épouse Elwing en 525 PA (p.150) à l’âge de (525-503)=22 ans. Quand il atteint Valinor en 542 PA, il a donc (542-503)=39 ans (p.78 l.14). Il obtient une « longue jeunesse » pour ses descendants (p. 73, dernier paragraphe). Ses fils Elrond et Elros sont nés peu après son mariage avec Elwing, donc forcément autour des années 527-530 PA (p.150), donc quelque soit le modèle de croissance utilisé, Elrond et Elros doivent être encore des nourrissons (entre 1 et 7 mois*) lors du troisième Massacre Fratricide en 538 PA lorsqu’ils sont recueillis et adoptés par Maglor 53).

15. Elros et son fils Vardamir

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Elros est un Semi-elfe, premier roi de Númenor, né en 532 PA54) (ou en 527-530 PA, voir p.150) comme son frère jumeau Elrond, et il a donc 58 ans à la fin du Premier Âge en 590 PA (ou 70 ans en 600 PA). Elros, qui meurt à 500 ans « volontairement » (p.79, p.317 l.7), vit (590-532)=58 ans durant le Premier Âge, et passe (500-58)=442 ans pendant le Deuxième Âge. Il meurt donc en 442 DA, comme il est indiqué dans les Contes et légendes inachevés55).

Dans le modèle n°2, c’est un Númenóréen (p.79) mais la grâce de « longue jeunesse » double pour lui, et jusqu’à la fin de sa croissance, le taux normal des Numénoréens, le passant de 3:1 à 6:1. Il devient donc adulte à (6×20)=120 ans où il paraît avoir toujours 20 ans, et il meurt à l’âge de 500 ans (en 442 DA) avec un âge de [20+(500-120)/3)]=146,7 ans†. Une équivalence qualitative entre les âges númenóréens, qui peuvent être très élevés (jusqu’à 225 ans), et les âges humains apparents (définis par catégories telles que « jeunesse », « apparition de la sénescence »56), etc.) est donnée p.328-329 sous forme de tables. De plus Tolkien distingue les Númenóréens ordinaires de ceux de la lignée d’Elros, avec respectivement des taux que nous pouvons évaluer à environ 3:1 et 5:1 (en prenant en compte des âges de maturité et de déclin humains de 25 ans et 80 ans).

Dans le modèle n°4, Elros a évidemment le même âge qu’Elrond : il atteint donc la maturité à 24 ans* en 554 PA, et à la fin du Premier Âge il a 33,2 ans* (voir p.150 et les calculs dans la notice « Elrond », modèle n°4.). Il a donc dépassé l’âge de la maturité à 24 ans*, et le taux de 5:1 s’applique ensuite durant le Deuxième Âge (p.150 l.8-9). En utilisant les données fournies par Tolkien pour déterminer son âge à son décès, il meurt en 442 DA avec un âge apparent de (33,2+442/5)=121,6 ans†.

Vardamir, le fils d’Elros, a été touché par la « grâce d’Eärendil » qui lui permet d’avoir « une longue et belle jeunesse », en vertu du fait qu’il est considéré comme Arwen comme un Semi-elfe (p.78 l.21, p. 82 n.12). Il vit jusqu’à 391 ans (410 ans dans Contes et légendes inachevés). Si on lui applique les informations délivrées par Tolkien (modèle n°2), ayant été béni par la grâce de longue jeunesse, il devient adulte à 60 ans, il atteint donc l’âge de (20+(391-60)/3)=130 ans†.

16. Finwë

Finwë est né en Terre du Milieu, et il fait partie des 3 Ambassadeurs des Eldar qui se rendent en Aman (avec Ingwë et Elwë Thingol). Ébloui par le Royaume Béni, il retourne en Terre du Milieu pour guider les elfes de sa tribu en Aman, où il épouse Míriel avec qui il conçoit Fëanor.

Finwë est d’abord considéré comme faisant partie des Premiers elfes, il se réveille donc en 1000 AA à l’âge de 24 ans* (p.53 l.30-31). Il a environ 160 ans* lorsqu’il atteint Valinor avec les autres ambassadeurs. Cependant son âge avancé rend très difficile d’expliquer son long célibat et son mariage tardif avec Míriel (p.54-55). Tolkien envisage donc que les elfes procréent à un âge tardif (200 ans*), ou que la grande Marche vers l’Ouest soit défavorable aux mariages. Finwë devient alors un « jeune elfe, empressé, de génération plus tardive et dont les pères ou les grand-pères étaient seigneurs » (p.54 l.33-34).

Dans le modèle n°2, bien qu’il soit né en Terre du Milieu, Finwë est un elfe parmi les premières générations donc il a une croissance lente de 144:1, qui se prolonge en Aman (p.77 l.1-2). Absorbés par d’autres intérêts, les elfes des premières générations repoussent le mariage jusqu’à 100 ans*, voire 200 ans*. Ainsi Finwë naît en 1050 AA (p.76 l.34-36), il embarque pour Aman en 1132 AA, et se marie avec Míriel en 1150 AA, à l’âge de 100 ans*.

Dans Nature of Middle-Earth, il existe d’autres informations sur Finwë. Cependant sa biographie, changeante, se confond avec les nombreuses révisions apportées à la chronologie qui suit l’Éveil des elfes à Cuiviénen (p.95-99, p.123, p.127-128, p.141-142, p.148-149).

Discussion et conclusion

Les multiples calculs de Tolkien témoignent de son intérêt pour la vraisemblance et la cohérence de ses récits. Ils témoignent en outre d’un intérêt pour les mathématiques en vue d’enrichir une œuvre, rare chez un écrivain de pure littérature. Les réflexions de Tolkien reflètent un tiraillement entre une tradition déjà bien établie (mais pas encore définitivement fixée comme elle peut l’être dans le Seigneur des Anneaux), et les invraisemblances qui en découlent, reculant in fine l’achèvement du Silmarillion. De la même manière que Tolkien est soucieux des trajets « géographiques » de ses personnages à travers l’établissement soigneux de cartes, il montre ici son souci des « trajets temporels » des personnages (les biographies) qui découlent de textes d’annales soigneusement composés (comme les Annales d’Aman ou les Annales Grises).

Tolkien se fait aussi ethnographe, car il y a dans ces calculs la tentative de décrire la croissance et le développement d’un peuple non-humain (le peuple des elfes, et dans une moindre mesure celui des Númenóréens) en termes humains, avec probablement un biais dû au substrat culturel particulier de l’auteur (celui d’un homme catholique anglais du XXe siècle). En effet, les taux de vieillissement s’ajustent pour préserver une vision que l’on pourrait qualifier de « traditionnelle » : les naissances avant le mariage sont proscrites ; dans une union l’homme ne peut être moins âgé que la femme (même dans le cas d’unions mixtes humains-elfes, le mâle humain doit être en apparence au moins aussi âgé que sa compagne) ; les enfants sont élevés par leur parents57) ; les femmes possèdent une maturité plus précoce ; les couples sont pérennes, un remariage ne pouvant être envisagé qu’en cas de mort du conjoint ; et une monogamie stricte (ou bien l’absence de désir d’un autre conjoint durant le temps du mariage). Le fort sentiment de paternité chez les elfes ainsi que leur nombre important d’enfants par couple (caractéristiques qui n’ont pas été considérées dans cet essai) résultent peut-être d’une projection importante de Tolkien, qui avait lui-même quatre enfants.

Le projet de Tolkien semblait loin d’être achevé. Celui-ci se trouvait probablement face à un dilemme « chrono-logique » autant que « chrono-phage » : soit modifier les dates et donc parfois le déroulé des évènements, soit modifier le modèle de vieillissement des elfes (et donc leur cycle de vie). Tolkien semblait chercher un modèle de croissance idéal qui aurait préservé la tradition. Or en pratique celui-ci est difficile à trouver, et les calculs sont difficiles à systématiser, la démarche essai-erreur se révélant longue et dévoreuse de papier : le moindre changement entraîne la révision de toutes les dates (par effet domino), et le travail doit être réitéré pour chaque personnage. De plus, le Légendaire contient bon nombre de cas particuliers : les Semi-elfes, la traversée de l’Helcaraxë, etc.

On peut donc conclure que des changements étaient à prévoir dans les récits du Silmarillion tels que nous les connaissons, sans toutefois en connaître l’étendue précise, car il y a fort à parier que, pour un perfectionniste comme Tolkien, tirer un seul fil de la tapisserie équivalait à la désagréger, et laissant le mur nu, il n’y avait d’autre choix que de la reprendre toute entière.

Annexes

1. La traversée de l'Helcaraxë (appelée aussi Glace Broyeuse)

La période temporelle qui recouvre la traversée par les Ñoldor exilés de cette région dangereuse, reliant Aman au Beleriand, accélère leur vieillissement. En effet, d’une part cette traversée d’une région glacée et inhospitalière est une véritable épreuve qui entraîne un vieillissement prématuré ; tandis que d’autre part Fëanor et ses partisans, traversant la mer par bateau, évitent les périls mortels de la Glace Broyeuse et réduisent la durée de leur voyage.

Dans un premier temps (p.71 l.32-36), Tolkien envisage une traversée de la Glace qui dure 5 ans*, de 1495 AA à 1500 AA, soit 50 ans à un taux 10:1 ; mais Tolkien juge cette durée « insuffisante ». Après la modification du taux de 10:1 à 144:1, une durée de 5 ans* équivaut à une durée de 720 ans, ce qui est désormais « beaucoup trop grand » selon Tolkien. Donc il réduit la durée de la traversée des Glaces à 1 an*, et elle se déroule en 1496 AA, qui est surnommée « l’année épouvantable » (« dreadful year »).

Si le voyage dure 1 an*, cela signifie que le voyage prend physiquement 144 ans, soit plus d’un siècle ! (voir p.73 l.1-2, p.77 l.9-11). Pendant ce voyage éprouvant, les elfes qui traversent la Glace à pied vieillissent de 2 ans*, ce qui équivaut à un taux 72:158). Fëanor et ses partisans voyagent en bateau et mettent moitié moins de temps que Fingolfin et sa troupe, environ 50 ans (p.73 l.3), mais ils vieillissent tout de même de 1 an*.

La durée très importante du « voyage » vers la Terre du Milieu paraît difficilement explicable, aussi bien pour les Ñoldor à pied qu’en bateau. Pour comparaison, la traversée de l’Atlantique en caravelle par Christophe Colomb (du 3 août au 12 octobre 1492) a duré 70 jours ; de même, la durée de l’expédition en Antarctique planifiée par R.F. Scott était de parcourir environ 2800 km en 144 jours (et non en années !). On peut supposer qu’il s’agit plus d’une migration que d’un voyage proprement dit, avec de longues pauses, voire que Tolkien ne se préoccupait pas de vraisemblance pour cet épisode « mythique ».

2. Durées de gestation envisagées pour les elfes

Les durées sont classées par ordre croissant de 9 mois à 144 ans dans la Table 2 ci-dessous, telles qu'elles apparaissent dans The Nature of Middle-Earth. La grande variabilité des durées montre l'étendue des hypothèses envisagées par Tolkien à un moment ou à un autre.

Table 2. La durée de gestation est appelée en quenya colbamarië (p.91) ou colbanavië (p.120). Les principales durées envisagées sont en gras, celles apparaissant ponctuellement (car rejetées, corrigées ou déduites par l’éditeur) figurent en italique.

Durée de gestation (ans solaires) Durée de gestation (mois solaires) Taux de croissance Sources Commentaires
0,75 9 1:1 p.26 n.15, p.317 l.32-33Concerne aussi les hommes de Númenor (p.317 l.32-33).
1 12 1,33:1 p.25 n.15, p.119-120, p.185 n.8Cette durée apparaît dans le texte « Lois et Coutumes parmi les Eldar »59). Concerne Fëanor (p.26 n.15, p.25 n.13).
3 36 4:1 p.147 l.19, p.185 n.8Associée au modèle n°4
7,5 90 10:1 p.68 l.7, p.77 l.19-20Tolkien a semble-t-il associé le taux 10 :1 à une durée de 8 ans (p.68 l.7), peut-être à cause d’un arrondi.
8 96 10,66:1p.22 n.*, p.68 l.7, p.73 l.22-23Associée au modèles n°1 et 2
9 108 12:1 p.29-30, p.47 l.16, p.55 n.4, p.77 n.*, p.84,87,91,104-5,108-10,112-3,122-7.Associée au modèle n°3.
12 144 16:1 p.74 n.10 Apparaît dans une note isolée, corrigée ensuite pour donner 75 ans. Concerne Fëanor (p.22 l.17-18).
21 252 28:1 p.69 n.16 Durée déduite de dates apparaissant dans « Le Compte des Années » (Appendice B du Seigneur des Anneaux, révision de 1966) entre les dates de mariage d’Elrond et Celebrían en 100 TA et la naissance de leurs jumeaux en 130 TA.
39 468 52:1 p.67 l.12-14Durée déduite de dates apparaissant dans « Le Compte des Années »60) entre les dates de mariage d’Elrond et Celebrían en 100 TA et la naissance de leurs jumeaux en 139 TA.
75 900 100:1 p.73 l.20Note isolée. Concerne les elfes de Beleriand seulement.
100 1200 133,33:1 p.69 n.16 Déduction de l’éditeur, apparemment corrigée par la suite (p.68) pour donner 8 ans.
108 1296 144:1 p.23 l.25Équivaut à ¾ d’un an valien de 144 ans.
144 1728 192:1 p.26 n.18, p.27 l.5 Cette très longue durée inclut la période de désir d’enfant.

Remerciements

Un grand merci à Chiara Cadrich, Erendis et Elendil pour leur relecture attentive, et leurs nombreux commentaires.

Bibliographie

  • Contes et légendes inachevés, trad. Tina Jolas, Bourgois, 1980.
  • Le Seigneur des Anneaux, trad. D. Lauzon, Bourgois, 2014-2016.
  • Le Silmarillion, trad. D. Lauzon, Bourgois, 2021.
  • Lettres, éd. par H. Carpenter avec l'assistance de C. Tolkien, trad. par D. Martin et V. Ferré, Bourgois, 2005.
  • The Nature of Middle-Earth, éd. Carl F. Hostetter, Harper Collins, 2021.
  • The Road Goes Ever On : A Song Cycle, poèmes de J.R.R. Tolkien en coll. avec Donald Swann, Allen & Unwin, 1967.

Voir aussi sur Tolkiendil

1) D’ailleurs dans la structure du livre, ces trois grands thèmes apparaissent entremêlés dans la première partie intitulée « Temps et vieillissement », et il est parfois difficile de les séparer. Par exemple il est difficile de séparer un modèle de vieillissement elfique de la croissance de population, si l’on considère les durée de la grossesse, la durée entre deux naissances, le nombre d’enfants par femme, ou les âges de la puberté. L’éditeur a d’ailleurs inséré fort à propos deux « fragments d’annales » à la fin de la première partie. Si leur place ici est pertinente, leur intérêt intrinsèque est discutable tant leur apport littéraire ou au Légendaire est faible.
2) Voir par exemple Mark Monmonier, Comment faire mentir les cartes, éd. Autrement, 2019, p. 21-25.
3) Présenté dans le texte « Échelles de temps et taux de croissances » (« Time-scales and rates of growth »), NM, 1.IX, p.64-68.
4) Voir Contes et légendes inachevés, trad. Tina Jolas, Bourgois, 1982, p.247 : « Car il avait été accordé aux habitants de Númenor, une longue durée de vie, et ils demeuraient dans la force de l’âge trois fois plus longtemps que les Hommes mortels en la Terre du Milieu».
5) Le modèle de croissance des Númenóréens devrait être indépendant de celui des elfes, mais en pratique il y a des points de rapprochement (comme on le verra ci-après avec le modèle n°4).
6) Présenté dans les textes « X Difficultés dans la chronologie » (« Difficulties in chronology »), p.70-73 ; et « XI Vieillissement des elfes » (« Ageing of Elves »), p.75-81.
7) Présenté dans les textes « III Du temps en Arda » (« Of time in Arda »), p.13-16 ; « IV Échelles de temps » (« Time-scales »), p.18-24 ; « V Jeunesse naturelle et croissance des Quendi » (« Natural youth and growth of the Quendi »), p.28-31 ; et « XII Concernant les Quendi dans leur mode de vie et de croissance » (« Concerning the Quendi in their mode of life and growth »), p.83-91.
8) Cette page est reproduite p.80.
9) Présenté dans le texte « XVI Note sur la jeunesse et la croissance des Quendi » (« Note on the youth and growth of the Quendi »), p.119-120.
10) Présenté dans le texte « XVIII Âges elfiques et númenóréens » (« Elvish ages & Númenórean »), p.146-151.
11) Pour une revue complète de l’utilisation du système duodécimal par les elfes, voir la page « Quenya grammar, numerals » du site Eldamo.org par Paul Strack [consulté le 25/06/22].
12) Le « Compte des Années » [«Tale of Years»] est l'Appendice B du Seigneur des Anneaux.
13) En 1965, pour contrer l'édition américaine non autorisée d'Ace Books, Tolkien révise le texte ; puis il révise les appendices en février 1966 pour la nouvelle édition Allen & Unwin qui parait fin octobre 1966. Voir W. Hammond & C. Scull, The J. R. R. Tolkien Companion and Guide: Chronology, HarperCollins, 2017.
14) Il n’est pas clair si les taux indiqués par Tolkien s’appliquent uniquement aux elfes de la Terre du Milieu (donc du Beleriand), ou à tous les elfes.
15) En effet la durée entre l'arrivée des elfes en Aman et la fin du Premier Âge, initialement de [(1500-1132)x144+590]=53582 ans, était en fait de 3100 ans « selon les calculs des elfes » (p.149 l.6-11). Tolkien souhaitait peut-être reconsidérer une année valienne de 10 ans plutôt que de 144 ans.
16) Voir aussi les échelles de vieillissement númenóréennes p.317-318 et p.328-329, qui figurent dans des textes écrits à la même période (en 1965).
17) Traduction de « early days ».
18) Traduction de « usually » (p.147, note de bas de page.
19) , 54) Voir The War of the Jewels, op.cit., p.348, écrit. c. 1951-1952.
20) Cette date apparaît dans les textes de The Nature of Middle-Earth (écrits vers 1959), de même que dans la première édition du Seigneur des Anneaux (parue en 1954-1955). En 1966, lors de la parution de la seconde édition révisée du Seigneur des Anneaux, Tolkien modifia 100 TA en 109 TA (voir p.441 du Retour du Roi, trad. D. Lauzon, Bourgois, 2016).
21) « which fits well » (p.78, l.29).
22) Tolkien a considéré dans ses calculs (p.150 l.13-14) que le Premier Âge finissait en 600 PA plutôt qu’en 590 PA, et qu'Elrond naissait en 530 PA plutôt qu'en 532 PA.
23) Akallabêth, p.249.
24) La dernière édition du Seigneur des Anneaux donne la date de 130 TA (Le Retour du Roi, Christian Bourgois, 2016, p.441).
25) Sur les différentes durées de gestation envisagées, voir la table donnée en Annexe.
26) «probably a scribal origin» (p.67). Tolkien envisage même une inversion de chiffres dans « 421 » qui aurait donné « 241 » (voir p. 67 note [*] de bas de page).
27) Cette date est probablement liée au mariage de ses parents Galadriel et Celeborn « au début » du Deuxième Âge, qui s'étaient établis en Lindon après la guerre contre Morgoth et la ruine du Beleriand (p.148 l.20-241).
28) Il est indiqué 2952 TA dans le Retour du Roi (Appendice B, p.447). Pour la cohérence des calculs, nous avons gardé 2951 TA.
29) Le Retour du Roi, Christian Bourgois, 2016, p. 458.
30) Selon l'éditeur Carl Hostetter, ces 70 ans seraient une référence à la Bible (voir note 10, p. 69).
31) Voir par exemple cette image de Kim Kincaid [page consultée le 05/10/22].
32) Voir Lettre n°338, écrite en juin 1972, dans Lettres, éd. par H. Carpenter avec l'assistance de C. Tolkien, trad. par D. Martin et V. Ferré, Bourgois, 2005. Dans le modèle n°4, si on le considère comme un Numénoréen, il meurt à (24+(219-24)/3)=89 ans†. Cette valeur semble crédible et laisse penser que la précision donnée par Tolkien en 1972 tient compte du modèle n°4, sans considérer qu'Eldarion dérogerait par rapport à son père.
33) Voir les Annales d'Aman §86, publiées dans Morgoth's Ring, History of Middle-Earth vol.10, éd. C. Tolkien, HarperCollins, 1993, p.106.
34) Voir la section consacrée à Celebrían pour les différentes dates de naissance envisagées.
35) Le Seigneur des Anneaux, tome 1, p. 460.
36) Ici Tolkien a pris 600 ans pour la durée du Premier Âge (voir p.153 n.12).
37) Cette information a été publiée de son vivant par Tolkien, dans l’ouvrage The Road Goes Ever On.
38) Soit « 33-34 [mortal years] », et non « 33-34 [life-years] » comme indiqué par l’éditeur dans la note† p.149.
39) Voir The Nature of Middle-Earth p.349 l.2-4, et dans Contes et Légendes Inachevés, Bourgois, 1980, p. 261-262.
40) The Road Goes Ever On et les Appendices du Seigneur des Anneaux. Voir les propos de C. Tolkien dans Contes et Légendes Inachevés, op.cit., p.262-263.
41) Voir The War of the Jewels, History of Middle-Earth vol.11, HarperCollins, 1994, p.48 (Grey Annals §119).
42) Aussi appelée Isfin dans d’autres textes.
43) Voir The War of the Jewels, History of Middle-Earth vol.11, HarperCollins, 1994, p.47 (Grey Annals §118).
44) Tolkien évoque (p.80 l.10) la date de « 500 PA » pour simplifier le raisonnement.
45) Mais selon Tolkien « le mariage de Turgon doit être réarrangé » (p. 80 l.33).
46) L’âge de Maeglin est calculé dans le cadre du modèle n°3 : né en 120 PA, il atteint la maturité à 24 ans*, soit en 408 PA. En 502 PA, il a donc (24+(502-408)/144)=24,7 ans*.
47) Ceux qui sont adultes ajoutent 2 ans* ; ceux qui n’ont pas atteint la maturité doivent aussi ajouter 2 ans* (p.77, l.13-18).
48) Aussi connue comme la « Prophétie du Nord », voir Le Silmarillion, trad. D.Lauzon, Bourgois, 2021, p.77.
49) Et non en 502 PA, comme l’a fait Tolkien par erreur (voir p.79-80).
50) Tolkien indique « 610 Bel. », qui se lit « 610 PA, en Beleriand » et qui est équivalent à 20 DA puisque le Premier Âge ne fait que 590 ans.
51) Voir Le Silmarillion, op.cit., chap.18 p.145, ou les Annales Grises §157 (The War of the Jewels, History of Middle-Earth vol.11, HarperCollins, 1994, p.56, p.242).
52) Cette affirmation de Tolkien n'est pas entièrement cohérente avec le fait qu'Idril et Tuor avaient fini, après leur disparition en mer, par rejoindre Tol Eressëa et être comptés parmi les elfes – à moins qu'on suppose que la mortalité d’Idril ait été temporaire.
53) La belle illustration sur ce sujet de Catherine Karina Chmiel n’est donc pas cohérente avec les données dont nous disposons, puisque non seulement elle représente Elrond et Elros avec des âges différents, mais ils ont entre 5 et 10 ans.
55) Contes et Légendes Inachevés, op. cit., p. 247.
56) Traduction de (respectivement) « youth » et « coming of weariness ».
57) On pourrait par exemple imaginer une organisation sociale où les enfants sont élevés par le groupe dans son ensemble, ou par des domestiques.
58) Tolkien évoque aussi 3 ans* (voir p.85 l.16-18).
59) « Laws and Customs among the Eldar », dans Morgoth’s Ring, op.cit., p.212 (voir p.26 n.15).
60) Le « Compte des Années » [«Tale of Years»] est l'Appendice B du Seigneur des Anneaux.
 
essais/peuples/vieillissement.txt · Dernière modification: 14/11/2022 14:37 par Druss
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