Inédits parus sur Internet

 Quatre Anneaux
Didier Willis — 1999—2000
Articles de synthèse : Ces articles permettent d’avoir une vue d’ensemble du thème traité mais ils nécessitent une bonne connaissance des principales œuvres de J.R.R. Tolkien.
Une partie des textes mentionnés ci-dessous a depuis été publiée. Les références correspondantes sont ajoutées sous forme de notes éditoriales. D’autres fragments elfiques ont été découverts depuis, notamment par le biais de ventes aux enchères de lettres envoyées par J.R.R. Tolkien à ses nombreux correspondants. Pour une recension la plus exhaustive possible des termes elfiques attestés, le mieux est désormais de consulter le site (anglophone) Eldamo.

Internet est un formidable moyen d’échange, où quelques textes inédits de Tolkien font parfois surface lors de discussions. Nous ne parlons évidemment pas ici de reproductions illégales de l’œuvre publiée, ou de copies tout aussi illégales de fanzines comme Vinyar Tengwar, mais de brèves citations, principalement de termes elfiques, parues au cours des ans. Il n’est pas juste que ces informations restent confidentielles (dans le sens où elles sont parues ailleurs, mais souvent sans que le public en ait plus largement connaissance). J’ai donc décidé de les regrouper, pous vous, sur Hiswelókë.

Étymologie du mot « athelas »

Indiquée sur un groupe de discussion USENET par William Cloud Hicklin, reprenant des informations provenant d’un échange privé avec Christopher Tolkien. Les deux messages sont archivés par Google, 1998/10/26 (ici) et 1998/07/16 (ici). Un de ces messages est aussi reproduit dans Tyalië Tyelellieva, no 15, p. 311).

[1]
Athelas first appeared in the Weathertop chapter (although the name was added in the margin of the much earlier Lay of Leithian, where Huan brings a healing herb). Christopher Tolkien and I have had an ongoing discussion about the origins of this word. It plainly contains -las ‘leaf.’ It is possible (but entirely speculative) that what Tolkien had in mind at that time (1938—39) was the Old English word aethele ‘noble, royal.’ This would translate ‘kingsfoil,’ near enough. At any rate, a very late note (1970 or later) says that Asëa (cf. Aragorn, asëa aranion) was the name in Quenya, regularly adapted and compounded with -las in Sindarin. The plant was known to the medical loremasters of the Noldor. The root is *ATHAYA, ‘helpful, kindly, beneficial.’
L’Athelas apparaît pour la première fois dans le chapitre se déroulant au Mont Venteux (bien que le nom ait été ajouté dans la marge du Lai de Leithian, antérieur au Seigneur des Anneaux, dans le passage où Huan apporte une herbe médicinale). Christopher Tolkien et moi avons eu une longue discussion sur les origines de ce mot. Il contient évidemment -las « feuille ». Il est possible (mais entièrement spéculatif) que Tolkien ait eu, à l’époque (1938—1939), le mot aethele à l’esprit, signifiant en vieil anglais « noble, royal ». Le sens correspondrait relativement bien à « kingsfoil » (herbe des rois). Quoi qu’il en soit, une note très tardive (de 1970 ou postérieure) précise que Asëa (cf. Aragorn nommant cette plante asëa aranion) était le terme utilisé en quenya, et adapté de manière régulière en sindarin, en composition avec -las. La plante était déjà connue des savants et médecins du peuple des Noldor. La racine est *ATHAYA, « secourable, bénéfique ».
[2]
The herb was known to the Noldor, who termed it athea from *ATHAYA “helpful, kindly, beneficial.” A later sound shift rendered it asea (cf. Aragorn’s asea aranion in “The Houses of Healing.”). In Middle-earth the word was converted into regularized Sindarin form as athe- plus -las “leaf.”
La plante était connue des Noldor, qui la nommaient athëa, à partir de la racine elfique *ATHAYA « secourable, bénéfique ». La prononciation changea ensuite, aboutissant à la forme asëa (cf. le nom qui est donné à cette plante par Aragorn, asëa aranion, dans le chapitre « Les Maisons de la Guérison ». En Terre du Milieu, le mot fut adapté phonétiquement en sindarin sous la forme athe-, à laquelle on ajouta -las, « feuille ». [Le changement du -th- en -s- en quenya ñoldorin est survenu à l’époque de Fëanor, cf. The Shiboleth of Fëanor, HoMe XII.).

Note sur la forme duelle « lhaw »

Il s’agirait d’une note évoquant les changements de son entre le quenya et le sindarin, rejetée de l’appendice E. Elle est mentionné par Bill Welden dans un message sur la liste de diffusion TOLKLANG (message 14.56). Le texte complet se trouve probablement à Marquette2).

Tolkien’s own example is lhaw < *slasu ‘two ears’ (I can’t find the reference — I think it may have been in a footnote in Appendix E which was replaced in late editions). I suppose it is possible to view this as a kind of u-affection (unattested elsewhere) of a, ie: *slasu > **slaus > **hlauh > lhaw; but I think it is easier, in this one case, to assume h was lost.
L’exemple de Tolkien est lhaw < *slasu « deux oreilles » (Je ne retrouve pas la référence — Je crois que c’était dans une note de bas de page de l’appendice E qui n’a pas été retenu dans les éditions ultérieures). Je suppose qu’il est possible de voir là un sorte d’amuïssement en (non attesté par ailleurs) du a, à savoir : *slasu > **slaus > **hlauh > lhaw. Mais je pense qu’il est plus facile, dans ce cas précis, de considérer que le final a chuté.

Phrase inédite en quenya : « nai elen siluva lyenna »

Helge K. Fauskanger a mentionné un échange privé sur la liste de diffusion ELFLING, à propos d’une phrase contennant un mot auparavant inconnu, lyenna « sur/vers toi ». Les circonstances qui ont permis à Fauskanger de voir cette phrase sont détaillées dans le message 149583).

I have been approached by a person who had bought a Tolkien autograph dating from 1968. Below his signature, Tolkien wrote the words nai elen siluva lyenna. I have been shown a scan; there is no doubt about the reading. The new owner of the autograph just wanted to know what this means, and as I told him, the meaning is obviously “may a star shine upon you”. But the form lyenna is interesting. In this late incarnation of Quenya, lye could apparently be used as an independent pronoun “you” (singular). Otherwise, initial ly- (palatalized L) is extremely unusual in Quenya; I can’t think of any other word where it occurs. May initial ly- be a regular feature of Quenya phonology, or is lye re-formed from le by analogy with the ending -lye? And in a variant of Quenya that uses lye for singular “you”, would le be distinctly plural?
J’ai été approché par une personne qui a acheté un autographe de Tolkien datant de 1968. Sous sa signature, Tolkien a écrit la phrase nai elen siluva lyenna. J’ai vu une reproduction scannée, la transcription ne fait aucun doute. Le possesseur de cet autographe voulait juste savoir quel en était le sens, et je lui ai répondu que de toute évidence il signifie « Qu’une étoile brille sur toi ». Mais la forme lyenna est intéressante. Dans cette incarnation tardive du quenya, lye peut apparemment être utilisé comme pronom indépendant « tu » (singulier). Autrement, ly- (L palatalisé) est très inhabituel à l’initiale d’un mot en quenya – Je ne pense à aucun autre mot où on l’observerait. Se peut-il que ce ly- initial soit une caractéristique normale de la phonologie du quenya, ou bien ce lye est il re-formé à partir de le par analogie avec la terminaison -lye ? Et dans un dialecte quenya qui utiliserait lye comme singulier « tu », est-ce que le serait son pluriel, distinct ?

Phrase inédite en quenya : « merin sa haryalye alasse nó vanyalye Ambarello »

Cette phrase en quenya, reportée sur USENET par Michael Dawson, a été reproduite à plusieurs endroits. Elle a été publiée, avec une analyse, dans Tyalië Tyelelliéva no 14, p. 32—35. Elle a aussi été discutée sur la liste TOLKLANG (message 34.99message 35.02) et un article plus détaillé lui est consacré sur le site d’Ales Bican, E.L.M. Cette phrase, dont la première mention connue date d’un 1er avril, est extrèmement suspicieuse. Il pourrait s’agir d’un canular, et l’auteur initial du message ne s’est plus jamais manifesté. A tout hasard, « Dorothy » pourrait être Dorothy Sayers, membre des INKLINGS4).

In the late sixties, my mother (then in her mid-teens) was apparently corresponding with another woman, evidently somewhat older than herself. Unfortunately I don’t know the full name of this woman; the few letters from her that I have found are simply signed “Dorothy”. I don’t know what my mother wrote to her, but from her answers it seems that they were discussing popular literature, and Tolkien’s name had surfaced: Both women apparently loved LotR (later, my mother also read it to me when I was a kid). Well, in a letter dated October 14th, 1968, Dorothy told my mother that “years ago”, she had sent Tolkien a letter and eventually received a reply.  […] Since I don’t know Dorothy’s full name or even the date of Tolkien’s letter to her, I guess I must provide all the other clues that can be gleaned from her letter to my mother […].
There is only one actual quote, sort of, from Tolkien’s letter — but it’s not in English! Dorothy had asked Tolkien how to say “I wish you a merry Christmas” in the Elfin tongue (it seems implied that she was quite young when she wrote to Tolkien — may this question suggest that it was around Christmas time, though the year remains a mystery?). Tolkien replied that this greeting was difficult to translate, since the Elves didn’t celebrate Christmas and had no word for it. He had told her that there was an Elvish greeting “meriu sa haryalye alasse”, meaning literally “I hope that you have happiness”. But even this greeting was not a very fitting substitute for “I wish you a merry Christmas”, for when greeting a mortal, the Elves would often add “nó vanyalye Ambarello”, meaning “before you pass from the world”! Quite somber, in other words! (Greeting someone by saying, in effect, “I’m immortal and you’re not, NAH-NAH-NAH!” is IMO not very polite — but perhaps this is different from an Elvish perspective!)
Well, that is pretty much all I can say. Does this ring any bells? Is this letter included in “The Letters of Tolkien”? I would like to know Dorothy’s full name. If she is still around, I might even try to contact her and find out where she knew my mother from.
À la fin des années soixante, ma mère (alors adolescente) correspondait apparemment avec une autre femme, de toute évidence plus âgée qu’elle. Malheureusement, je ne connais pas le nom complet de cette femme ; les quelques lettres retrouvées sont simplement signées « Dorothée ». Je ne sais pas ce que ma mère lui écrivait, mais à ces réponses il semblerait qu’elles discutaient de littérature populaire, et le nom de Tolkien fait surface. Les deux femmes avaient apparemment aimé le Seigneur des Anneaux (plus tard ma mère devait me le lire lorsque j’étais enfant). Et bien, dans une lettre datée du 14 octobre 1968, Dorothy dit à ma mère que « des années plus tôt », elle avait écrit à Tolkien et qu’elle avait reçu une réponse […]. Comme je ne connais ni le nom complet de Dorothy, ni même la date de la lettre de Tolkien, je suppose que je ne peux qu’indiquer les éléments qui peuvent indirectement être glanés dans sa lettre à ma mère. […]
Il n’y a qu’une citation complète, en quelque sorte, de la lettre de Tolkien — mais ce n’est pas en anglais ! Dorothy avait demandé à Tolkien comme dire « Je vous souhaite un joyeux Noël » dans la langue elfique (Il semble qu’elle ait été assez jeune quand elle écrivit à Tolkien — peut-être que cette question suggère que l’on était autour de Nöel, bien que l’année demeure un mystère ?). Tolkien lui répondit que ce voeux était difficile à traduire, puisque les Elfes ne célébraient pas Noël et n’avaient pas de mot pour cela. Il lui indiqua cependant qu’il y avait une formule elfique « meriu [rectifier merin?] sa haralye alasse » signifiant littéralement « Je vous souhaite d’avoir du bonheur ». Mais même cette formule n’était pas parfaitement satisfaisante en remplacement de « Je vous souhaite un joyeux Noël », parce que lorsqu’ils saluaient ainsi un mortel, les Elves ajoutaient souvent « nó vanyalye Ambarello », signifiant « avant que vous ne partiez du Monde » ! Plutôt sinistre, en d’autres termes ! (Saluer quelqu’un en lui disant, de fait, « Je suis immortel et pas toi, AH AH AH! » n’est pas très poli, à mon humble opinion — mais peut-être est-ce différent d’une prespective elfique !).
Voilà, c’est à peu près tout ce que je peux dire. Est-ce que cela évoque quelque chose ? Cette lettre est-elle incluse dans The Letters of J.R.R. Tolkien ? J’aimerais connaître le nom complet de Dorothy. Si elle est encore en vie, je pourrais même essayer de la contacter et de savoir comment elle a connu ma mère.

Ce message contient beaucoup d’éléments suspects. Sur sa transmission d’abord, personne d’autre n’ayant pu voir la lettre de Dorothy (Sayers?) et en valider l’authenticité. Le vocabulaire, compatible avec « Les Étymologies » (Le verbe harya- y signifie « posséder », ce n’est qu’en néo-elfique que les gens l’utilisent à défaut d’autre verbe pour « avoir »), présente cependant d’étonnantes formes (sa, nó) pour des pronoms et prépositions sur lesquels butent souvent les gens qui s’essaient à composer des textes en elfique. L’erreur de lecture sur merin (le et le de Tolkien étant souvent confondus) ne prouve pas grand chose, ce fait ayant été rapporté de nombreuses fois sur le web. Soit ce texte est véridique, soit il a été inventé par un bon « forgeron » connaissant bien son sujet… Personnellement, je penche pour la seconde hypothèse.

Notes inédites sur le quenya : à propos de la « CB grammar »

Certains internautes ont peut-être entendu parler d’un document de plusieurs pages, contenant des tables de conjugaisons, de pronoms et de dérivations (comparatifs et superlatifs, etc.). Ce document, qui a circulé en privé pendant plusieurs années (et circule probablement toujours), est souvent référencé sous le titre de « CB grammar », CB étant l’acronyme de son compilateur. Le mot est lâché : c’est une compilation de notes éparses de Tolkien, rassemblées ensemble sans se soucier des dates de rédaction et sans fournir de références. En soi, le document est inexploitable et ne présente aucun intérêt. Parole de dragon brumeux, jugée sur pièce ;)

Voir aussi sur Tolkiendil

1) N.d.É. : Cette étymologie est parue dans le PE 17, p. 49, 148, mais n’est pas tout à fait aussi tardive qu’avancée ici. La racine de ce terme y est dite être ATH(A) > [q. pr.] *aþayā > q. asëa, sind. athae, athe.
2) N.d.é. : Cette étymologie est parue dans le PE 17, p. 77, mais la note sur laquelle elle figure est restée dans la collection personnelle de la famille Tolkien ; elle est probablement postérieure à la publication du Seigneur des Anneaux, contrairement à ce qui était avancé ici. La dérivation donnée est SLAS- « oreille » > [q. pr. duel] slasū > q. [duel] hlaru, sind. lhaw.
3) N.d.É. : Cette phrase a depuis été publiée et analysée dans l’article « Five Late Quenya Volitive Inscriptions », édité par Carl Hostetter ; cf. VT 49, p. 40—41, 48—49, 53, 55. Elle provient d’une lettre datée du 16 janvier 1968.
4) N.d.é : Cette phrase pourrait en définitive être authentique, comme en témoigne l’usage de la préposition , désormais indépendamment attestée dans le sens qui lui est donné ici. Toutefois, la lettre originale n’a toujours pas été publiée. Une analyse détaillée de cette question est publiée sur le site d’Eldamo.
 
langues/textes/inedits_parus_internet.txt · Dernière modification: 28/04/2021 17:56 par Elendil
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