Un peuple secret : les noms des Nains dans l’œuvre de J. R. R. Tolkien

 Trois Anneaux
Damien Bador - Février 2014
Articles de synthèse : Ces articles permettent d’avoir une vue d’ensemble du thème traité mais ils nécessitent une bonne connaissance des principales œuvres de J.R.R. Tolkien.

Les noms du magicien et des Nains du Hobbit font partie des premiers mots de consonance étrange auxquels est confronté le lecteur qui découvre le Légendaire de J. R. R. Tolkien. Si M. Bilbo Bessac de Cul-de-Sac (Mr Bilbo Baggins of Bag End en anglais) peut faire un voisin assez vraisemblable et même respectable, il en va tout autrement de ces Nains qui font brutalement apparition sur son palier à l’heure du thé. Leurs noms, encore plus que leur apparence ou leur entrée en scène, laissent entendre que l’aventure vient de sonner à la porte de notre Hobbit. Cheminant avec Bilbo, le lecteur s’habituera bientôt à rencontrer toutes sortes de protagonistes aux noms étranges. Toutefois, les noms des Nains gardent une identité propre, une spécificité que l’on retrouve jusque dans le Silmarillion, lorsque Tolkien nous raconte la mort héroïque du seigneur nain Azaghâl.

Pour autant, Tolkien fournit assez peu d’explications aux noms des Nains qui figurent dans ses écrits liés à la Terre du Milieu. Tout au plus précise-t-il pour le Hobbit : « [l]es noms des Nains et celui du mage, viennent de l’Edda poétique » (Let. no 25) et pour le Seigneur des Anneaux :

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L'Arc et le Heaume n°4 - Histoire d’un aller et retour.

L'Arc et le Heaume n°4 - Histoire d’un aller et retour

Ainsi les noms des Nains dans Bilbo le Hobbit (et les autres, dans Le S[eigneur des] A[nneaux]) proviennent des listes de noms des dvergar dans la Völuspá ; mais cela ne donne pas la clef des légendes des Nains du S[eigneur des] A[nneaux]. Les « Nains » dans mes légendes sont bien plus proches des Nains des [légendes] germaniques que ne le sont les Elfes, mais ils diffèrent pourtant d’eux de bien des façons1).

L’Appendice F du Seigneur des Anneaux fournit un certain nombre de détails sur le processus de « traduction » des noms auquel Tolkien est censé avoir procédé. Ainsi, l’anglais est supposé représenter le parler commun, tandis que d’autres langues germaniques remplacent les langues apparentées. Il en va ainsi pour la langue du Val, traduite par le vieux norrois, qui appartient à la branche nordique des langues germaniques :

La langue de Dale, plus nordique encore, n’apparaît dans ces livres que dans les noms des Nains qui, originaires de ces régions, utilisaient la langue des Hommes de là-bas, prenant pour nom “extérieur” un vocable dans cette langue2).

Selon le principe développé par Tolkien, les noms par lesquels les Nains du Troisième Âge nous sont connus correspondent donc à leurs noms extérieurs, qu’ils utilisaient pour commercer avec les peuples voisins. Cette coutume est expliquée par un tabou très fort au sujet des noms propres chez les Nains. Ceux-ci ne communiquaient jamais leur nom véritable aux gens des autres races :

Pour ce qui est de Gimli lui-même, et de sa parenté, leurs noms sont d’origine septentrionale (des noms d’Hommes). Cependant les Nains avaient aussi en propre des noms secrets, à usage « interne », leurs noms véritables, et qu’ils ne révélaient jamais à un individu d’une autre race. Poussant même les précautions jusqu’à ne point l’inscrire sur leurs tombes3).

La langue ancestrale des Nains, le khuzdul, est supposée être une langue sacrée, inventée par leur créateur, le Vala Aulë (RP, p. 206). Tolkien semble ainsi sous-entendre que le refus des Nains de dévoiler leur nom secret est lié à une croyance selon laquelle ce nom constituerait un lien direct avec leur créateur. La connaissance d’un tel lien serait susceptible de conférer un pouvoir sur la personne dont on connaît le nom — une croyance bien répandue parmi de nombreux peuples du monde primaire. Un essai tardif nous fournit quelques détails supplémentaires sur les noms externes des Nains, mais se garde d’apporter des précisions sur leurs noms internes :

La forme de ces noms était généralement adaptée à la structure du parler commun [> la structure de la langue dont ils dérivaient]. Ils avaient très fréquemment une signification reconnaissable dans cette langue ou étaient des noms courants de celle-ci ; il s’agissait parfois de noms [> courants de celle-ci, étant des noms] utilisés par les Hommes de leur voisinage, parmi lesquels ils demeuraient, et ils étaient dérivés de la langue humaine locale dans laquelle ils pouvaient avoir une signification encore connue, bien que ce ne fût pas souvent le cas [cette proposition est biffée]. On ignore si les noms adoptés dotés d’une signification étaient choisis parce que cette signification avait un lien avec leur nom “intérieur” secret. Les noms adoptés pouvaient être et étaient parfois modifiés, généralement à la suite d’un événement, comme la migration des Nains ou de leurs amis, qui les séparait les uns des autres4).

Un recensement de l’ensemble des noms des Nains qui figurent dans le Légendaire permet de les classer en trois grandes catégories : les premiers Nains inventés par Tolkien, qui figurent dans les Contes perdus, possèdent un nom goldogrin assez descriptif de leur rôle dans le conte du Nauglafring. Les deux rois des Nains qui participent au pillage de Doriath se nomment Naugladur « roi des Nains » et Bodruith « vengeance », tandis que le conseiller de Naugladur s’appelle Fangluin « barbe-bleue ». Il semble probable que Tolkien attribue à ces Nains des sobriquets d’origine elfique, conformément à l’origine de ce récit, supposé être narré par l’Elfe Ailios (CP, p. 517). Le deuxième groupe comprend l’immense majorité des Nains cités dans le Hobbit et le Seigneur des Anneaux, dont le nom est d’origine norroise. La dernière catégorie concerne les Nains dotés d’un nom ou d’un surnom en khuzdul : Azaghâl, Gamil Zirak, Ibun, Khîm. Ce sont tous des personnages du Premier Âge et la signification de ces noms au sein du Légendaire est assez hypothétique.

Quelques exceptions et cas particuliers méritent d’être mentionnés : le fameux forgeron Telchar, cité dans le Seigneur des Anneaux, est doté d’un nom qui semble être sindarin, bien que sa signification ne soit pas connue. Durin, quant à lui, est supposé signifier « roi » et appartenir à une langue humaine du Deuxième Âge. Cependant, c’est aussi le nom d’un nain dans l’Edda poétique, où il a une signification différente. Tolkien se voit ici contraint de fournir une alternative crédible au concept de traduction qu’il expose dans l’Appendice F. En effet, le nom de Durin est connu bien avant le Troisième Âge et ne peut donc appartenir à la langue du Val. On est probablement dans une situation similaire avec Narfi/Narvi, l’artisan nain qui collabora avec Celebrimbor pour créer la Porte Ouest de la Moria au Deuxième Âge.

Un nom de Nain changea d’attribution au cours de la rédaction du Hobbit : Gandalf était initialement le nom du chef des Nains, mais Tolkien a fini par considérer qu’un nom signifiant « bâton (magique) d’Elfe » était plus approprié pour un Magicien que pour un Nain, aussi renommé soit-il. Il convient enfin de mentionner Mîm, le Petit-Nain capturé par les hommes de Túrin, qui possède vraisemblablement un nom khuzdul dans la conception finale du Légendaire. Il s’inspire toutefois de Mim ou Mímir, personnage ambigu de la mythologie norroise, qui figure dans une des versions de la légende de Sigurd comme le père adoptif de ce dernier. Dans ce texte, il essaie de faire tuer Sigurd par le dragon Regin (son frère !) et est assassiné par Sigurd après que ce dernier a triomphé du dragon et appris la duplicité du nain. On retrouve un écho distant de cet épisode dans les Enfants de Húrin5).

La plupart des noms norrois sont tirés du Dvergatal, une longue liste de noms de nains interpolée dans un des textes majeurs de la mythologie norroise, la Völuspá, ou Prédiction de la Prophétesse, qui raconte l’origine du monde et le cataclysmique conflit final, le Ragnarök. On retrouve ainsi Anar, Bifur, Bofur, Bombur, Burin, Dáin, Dori, Durin, Dwalin, Fíli, Frár, Frór, Fundin, Gandalf, Glóin, Hannar, Kíli, Lofar, Lóni, Náin, Náli, Nar, Nár, Nori, Oakenshield, Oi, Óin, Ori, Thorin, Thráin et Thrór. Certains sont de simples noms communs en norrois : Borin, Farin, Fimbulfambi, Flói, Frerin, Gimli et Gróin. Quelques noms appartiennent à un personnage de la mythologie norroise qui ne figure pas dans la Völuspá : Dís, Grór, Mîm, Narfi/Narvi, Thistlebeard et Thrym. Le cas de Balin est particulier : bien qu’il n’apparaisse pas en tant que tel dans la Völuspá, Tolkien affirme qu’il en est tiré, au même titre que les autres Nains du Hobbit (voir plus haut). Diverses hypothèses ont été émises, suggérant que Tolkien ait pu corriger un des noms figurant dans la Völuspá pour en tirer ce nom.

Bien que Tolkien soit rapidement devenu assez critique envers les noms des Nains du Hobbit6), on constate qu’il apporta un soin tout particulier à faire correspondre ces noms aux protagonistes de ses récits. Les fratries ou les personnages étroitement associés ont des noms qui riment, comme c’est souvent le cas dans les contes de fées : Nar, Anar et Hannar ; Balin et Dwalin ; Ori, Dori et Nori ; Fíli et Kíli. Il y a même rime et allitération dans le cas de Bifur, Bofur et Bombur. Les héritiers directs ont souvent des noms qui allitèrent avec celui de leur père, une tradition typique des anciens peuples germaniques7) : Balin–(Burin) ; Farin–Fundin ; Gróin–Glóin–Gimli ; (Thrym)–Thrór– Thráin–Thorin8).

Pour beaucoup des Nains les plus connus, on constate un lien fort entre leur nom et leur personnage. Bombur « pansu » est ventripotent et joue du tambour. Dís « sœur, demoiselle, déesse », est surtout connue pour être la sœur de Thorin. Durin « dormeur » est réputé sommeiller en attendant de reprendre son sceptre. Gimli, qui porte un nom en rapport avec la demeure des Ljósálfar, les elfes lumineux de la mythologie norroise, se lie d’amitié avec Legolas et part vers Valinor à la fin de sa vie. Glóin « rayonnant » est particulièrement doué pour faire du feu (c’est aussi le cas pour son frère, bien que le nom de ce dernier soit sans rapport). Lofar « louangeur » paraît être un diplomate hors pair, puisque Bilbo le charge de recevoir les Bessac-Descarcelle dans les premiers brouillons du Seigneur des Anneaux. Thorin « hardi, intrépide » est clairement d’un caractère impétueux, tandis que son père Thráin « têtu, obstiné » nous est présenté comme un fonceur dédaigneux des dangers. Thrór « sanglier » est célèbre pour les excavations qu’il fit faire en son royaume d’Erebor et l’on pourrait même rapprocher sa mort solitaire dans la Moria de celle d’un sanglier blessé qui s’enfonce au coeur des halliers pour y agoniser. Quelques noms enfin pourraient s’appliquer à n’importe quel Nain, comme Borin « foret, foreur » ou Dori « foreur, perceur ». On pourrait en dire autant de Fíli « lime », Kíli « coin, cale », qui mettent en valeur les qualités d’artisans des Nains de Tolkien — une caractéristique qu’il a d’ailleurs empruntée à la mythologie norroise. Toutefois, Tolkien pousse ici la subtilité assez loin : les mots norrois fíli et kíli sont d’origine étrangère, dérivés d’une langue germanique continentale. Or il est soigneusement indiqué dans la note 48 de l’Appendice A que Fíli et Kíli naquirent en exil dans les Ered Luin, une précision qui n’apparaît pour aucun autre Nain.

Par le biais de ces noms, on constate une fois encore le soin philologique avec lequel Tolkien construit sa nomenclature. Chaque nom propre vient enrichir et approfondir l’histoire qu’il raconte, rajouter un sous-texte qui amplifie les résonances du récit. Parfois même, ces noms sont susceptibles de créer un nouveau mystère à propos d’un personnage dont on pourrait penser qu’il ne recèle plus de surprises. Ainsi, plusieurs noms norrois des Nains de Tolkien désignent un cadavre ou un mourant : Dáin, Náin, Nar, Nár et peut-être Narfi/Narvi. Ces significations peuvent s’expliquer dans le cadre de la mythologie germanique, où les Nains font partie des morts-vivants (en norrois, draugar) ; cf. Gould, p. 959–9679). Toutefois, comment expliquer ce lien entre les Naugrim du Seigneur des Anneaux et les morts ? Les noms des Nains du Troisième Âge sont supposés être les traductions de leurs noms externes dans la langue du Val. On peut y voir la trace d’une légende locale associant les Nains de la Terre du Milieu au monde des morts du fait de leur habitat et de leurs coutumes funéraires. Selon Tolkien, il existerait une « opinion absurde, répandue parmi les Hommes », affirmant que « les Nains sont engendrés par les pierres » (SdA, App. A, III), ce qui en ferait des intermédiaires entre les créatures vivantes et les choses inanimées. Comme souvent, Tolkien se garde bien de tisser un lien explicite entre cette légende et sa nomenclature. Toutefois, la répétition d’un tel motif a peu de chance d’être le fruit du hasard chez un auteur aussi soucieux de philologie.

Le gnomique et le sindarin : l'histoire et les légendes perdues des Premiers Jours

Bodruith

Seigneur de Belegost dans les Contes perdus, il participe au Sac de Doriath et tente de s’emparer du Nauglafring pendant le sommeil de Naugladur. Il est tué par l’Elfe Ufedhin, possédé du même désir (CP, p. 526–531).
Les « Noldorin Word-lists » et une entrée biffée du « Gnomish Lexicon » indiquent que ce mot signifie « vengeance » et qu’il est dérivé de bod- « arrière, derrière » et gruith « fait horrible. acte colérique ou violent. vengeance » (PE 11, p. 23, 42) ou « colère, ressentiment » (PE 13, p. 139, 145).

Fangluin l’Ancien

Nain de Nogrod dans les Contes perdus, il conseille au roi Naugladur de trahir la confiance du roi Tinwelint et de ne pas retourner l’or qui lui avait été confié. Il l’encourage ensuite à se venger pour l’humiliation subie par les Nains (CP, p. 525–526).
Son nom signifie « barbe-bleue » ; il est composé de fang « (longue) barbe » (PE 11, p. 34 ; PE 13, p. 143) et de luim « bleu » (PE 11, p. 55).

Naugladur

Roi de Nogrod dans les Contes perdus, il est déjà âgé quand il mène l’attaque contre Tinwelint et décapite le roi elfe après sa mort. Il s’approprie ensuite le Nauglafring, puis fait massacrer les Nains de Belegost après la tentative de vol de Bodruith. Il est tué par l’Elfe Beren10) en combat singulier après que sa troupe fut embûchée à Sarnathrod (CP, p. 521–534).
Son nom signifie « roi des Nains » ; il est composé de naugla « aux Nains, leur appartenant » (PE 11, p. 59) et de tûr « roi » (PE 11, p. 72) ou « pouvoir » (PE 13, p. 154).

Telchar

Le plus célèbre des forgerons de Nogrod, élève de Gamil Zirak. Parmi ses œuvres les plus fameuses, on compte le Heaume du Dragon, Angrist, le coutelas de Curufin, Narsil, l’épée d’Elendil (RP, p. 340 ; EdH, chap. 4 ; SdA, III/6).
Il s’agit apparemment d’un nom sindarin, qu’on pourrait éventuellement décomposer en tel + har, mais sa signification reste inconnue. Il est possible qu’il s’agisse de l’adaptation phonétique d’un nom khuzdul. On peut aussi y voir un rapport avec le quenya talka « forgeron » (PE 11, p. 18, 56). Allan (p. 89) rapproche ce nom des Telchines, divinités mineures de la mythologie grecque attachées à l’île de Rhodes, dotées d’aptitudes pour la magie et la métallurgie. Selon Diodore de Sicile, ils auraient ainsi forgé le trident de Poséidon et la faux de Kronos.

Le norrois : une cohue de Nains aux noms eddaïques

Anar

Un des trois Nains qui accompagnent Bilbo après sa fête d’adieux. Il n’est pas nommé dans la version finale de la scène (RS, p. 238, 240 ; SdA, I/1).
Ánarr est le nom d’un Nain cité dans le Dvergatal, orthographié Ónarr dans certaines éditions (Boyer, p. 535) ; il signifie « observateur, scrutateur » et est apparenté au verbe norvégien ona « scruter » (Gould, p. 953).

Balin

Fils aîné de Fundin et lointain cousin de Thorin II, il participe avec son frère Dwalin à la première expédition vers Erebor, montée par Thráin II, puis à la seconde, organisée par Thorin II. Il tente ensuite de reconquérir la Moria, dont il devient seigneur pendant cinq ans, avant d’être abattu par un archer Orque (SdA, II/2, 5 & App. A, B).
On note l’existence d’un Nain nommé Bari « prêt, impatient, belliqueux » (Gould, p. 942). Allan (p. 223–224) suggère un lien avec le norrois bál « feu », ce qui donnerait la signification « flamboyant, brûlant ». Il propose aussi un parallèle avec le chevalier Balain le Sauvage, qui apparaît dans le Roman du roi Arthur (Malory, 1994, p. 71–101) en compagnie de son frère Balan. Dans la version originale, le nom de ce personnage est orthographié Balyn (Malory, 1889, p. 75–99). Sous les noms Bilis et Bliant, les deux frères figurent aussi dans Érec et Énide, de Chrétien de Troyes. Dans cette œuvre, Bilis est le seigneur des Nains (Chrétien de Troyes, p. 49). Rateliff (p. 24) fait l’hypothèse que Tolkien ait pu vouloir corriger un nom figurant dans la Völuspá, comme Bláinn, une épithète du géant Ymir (Boyer, p. 534), qui signifie « noiraud » (Gould, p. 942), ou Vali, un Nain cité dans le Dvergatal (Sturluson, p. 9), qui pourrait être apparenté au norrois val « choix, sélection » (Zoëga, p. 557). Ce dernier nom est orthographié Náli dans certaines éditions (Boyer, p. 535) ; cf. Náli.

Bifur

Suivant de Thorin II, il participe à l’expédition d’Erebor avec ses cousins Bofur et Bombur. Il demeure toujours à Erebor à l’époque du Conseil d’Elrond (SdA, II/1 & App. A).
Bífurr est le nom d’un Nain cité dans le Dvergatal (Boyer, p. 535 ; Sturluson, p. 9) ; dérivé du vieux frison bever, ce nom signifie « castor », i.e. « zélé » (Gould, p. 942).

Bofur

Suivant de Thorin II, il participe à l’expédition d’Erebor avec son cousin Bifur et son frère Bombur. Il demeure toujours à Erebor à l’époque du Conseil d’Elrond (SdA, II/1 & App. A).
Báfurr ou Bǫfurr est le nom d’un Nain cité dans le Dvergatal (Boyer, p. 535 ; Sturluson, p. 9 ; Gould, p. 942). Ce nom pourrait être apparenté au norrois bófi « brigand, racaille, malfaiteur » (Zoëga, p. 60).

Bombur

Suivant de Thorin II, il participe à l’expédition d’Erebor avec son cousin Bifur et son frère Bofur. Devenu obèse et impotent, il demeure toujours à Erebor à l’époque du Conseil d’Elrond (SdA, II/1 & App. A).
Bömburr ou Bómburr est le nom d’un Nain cité dans le Dvergatal (Boyer, p. 535) ; il est orthographié Bömbörr dans l’Edda en prose (Sturluson, p. 9). Il signifie « pansu » et est apparenté au norrois bumba « tambour » (Gould, p. 942).

Borin

Fils puîné de Náin II, il suit Thrór et s’installe à Erebor après la mort de son frère Dáin Ier et du fils de ce dernier, Frór (SdA, App. A).
Allan (p. 224) rapproche ce nom du verbe norrois bora « forer », ce qui pourrait lui donner la signification « foret » ou « foreur ».

Burin

Initialement conçu comme le fils de Balin, accompagnant Glóin au Conseil d’Elrond, Tolkien le remplaça par Gimli. Il en fit dans un second temps le père de Balin, rôle où il fut supplanté par Fundin (RS, p. 395–400, 443, 460).
Buri est le nom d’un Nain cité dans le Dvergatal (Björnsson, Hauksbók §13) ; il dérive du norrois burr « fils ». Burin signifierait par conséquent « semblable à un fils » (Gould, p. 943).

Dáin

Deux rois des Anfangrim ont porté ce nom : Dáin Ier, fils de Náin II, règne brièvement sur le peuple de Durin dans les Montagnes Grises. Il est tué par un dragon avec son fils Frór (SdA, App. A). Dáin II Pied de fer, fils de Náin et arrière-petit-fils du précédent, est seigneur des Collines de Fer ; il combat à la bataille d’Azanulbizar, où il tue l’Orque Azog, ainsi qu’à la bataille des Cinq Armées. Après la mort de Thorin II, il devient roi des Anfangrim. Il meurt à la bataille du Val en protégeant le corps du roi Brand à la Porte d’Erebor (SdA, II/1–2 & App. A).
Dáinn est le nom d’un Nain cité dans le Dvergatal ; il signifie « mourant, semblable à un mort » et est apparenté au verbe norrois deyja « mourir » (Boyer, p. 535 ; Sturluson, p. 9 ; Gould, p. 942).

Dís

Fille de Thráin II, elle échappe au sac d’Erebor et s’installe finalement dans les Montagnes Bleues, où elle donne naissance à Fíli et Kíli. C’est la seule Naine mentionnée dans les récits de Tolkien (SdA, App. A).
Dís est un nom norrois se traduisant par « demoiselle » ou « déesse » (Zoëga, p. 83) ; comme Allan (p. 225) le souligne, il peut aussi signifier « soeur ».

Dori

Lointain cousin de Thorin II, il participe à l’expédition d’Erebor avec ses frères Ori et Nori. Il demeure toujours à Erebor à l’époque du Conseil d’Elrond (SdA, II/1 & App. A).
Dóri ou Dori est le nom d’un Nain cité dans le Dvergatal (Sturluson, p. 9) ; il signifie « foreur, perceur » et est apparenté à l’islandais dór « foret » (Gould, p. 944).

Durin

Sept rois des Anfangrim ont porté ce nom : Durin Ier Trompe-la-mort, aîné des patriarches nains, s’éveille à Gundabad et fonde Khazad-dûm. Cinq de ses successeurs en ligne directe portent le nom de Durin ; ils règnent pendant le Deuxième Âge et le début du Troisième. Durin III reçoit le premier Anneau des Nains, peut-être des mains de Celebrimbor lui-même. Pendant le règne de Durin VI, les Nains réveillent un Balrog sommeillant dans les profondeurs de la Moria ; celui-ci tue Durin VI, puis son fils Náin Ier, forçant les Nains à l’exil. Une prophétie naine veut qu’un Durin VII, dernier du nom, apparaisse un jour parmi les descendants de Dáin II Pied de fer et mène les Nains à la reconquête de la Moria (SdA, II/2–6 & App. A ; PM, p. 304, 322, 382–384).
Durinn est le second Nain cité dans le Dvergatal (Boyer, p. 535) ; son nom signifie « somnolent, ensommeillé » et est apparenté au verbe norrois dúra « dormir » (Gould, p. 942). Dans l’essai « Of Dwarves and Men », Tolkien affirme que ce nom signifiait « roi » dans la langue des Hommes du Nord au Deuxième Âge (PM, p. 304). Sa ressemblance avec un nom norrois est donc supposée être le fruit du hasard.

Dwalin

Fils cadet de Fundin et lointain cousin de Thorin II, il participe avec son frère Balin à la première expédition vers Erebor, montée par Thráin II, puis à la seconde, organisée par Thorin II. Il demeure toujours à Erebor à l’époque du Conseil d’Elrond. Il survit à la guerre de l’Anneau et meurt vraisemblablement de vieillesse à 340 ans (SdA, II/1 & App. A).
Dvalinn est l’ancêtre d’une lignée de Nains ; il est cité dans le Dvergatal (Boyer, p. 535 ; Sturluson, p. 9). Son nom signifie « apathique, léthargique » et est apparenté au verbe norrois dvelja « retarder » (Gould, p. 944).

Farin

Fils de Borin, c’est le grand-père de quatre membres de l’expédition d’Erebor : Balin, Dwalin, Óin et Glóin. Habitant probablement Erebor à l’instar de son père, il échappe à la destruction causée par Smaug et part en exil à la suite de Thrór (SdA, App. A).
Fár est le nom d’un Nain ; il signifie « brillant » et est apparenté au verbe norrois « colorer, éclairer » (Gould, p. 945–946). Allan (p. 224) suggère cependant que le nom de ce Nain soit dérivé du norrois farinn « parti, perdu, ayant voyagé » (Zoëga, p. 115).

Fíli

Fils de Dís et neveu de Thorin II, il participe avec son frère Kíli à l’expédition d’Erebor. Il meurt en défendant son oncle à la bataille des Cinq Armées (SdA, App. A).
Fíli ou Fili est le nom d’un Nain cité dans le Dvergatal (Boyer, p. 535 ; Sturluson, p. 9) ; dérivé du vieux frison file, ce nom signifie « lime » et pourrait désigner un limeur (Gould, p. 946).

Fimbulfambi

Premier nom que Tolkien attribua au roi du peuple de Durin qui fut forcé de fuir le sac de la Montagne Solitaire. Ce personnage fut ultérieurement renommé Thrór. C’était le grand-père du chef des Nains de l’expédition d’Erebor, qui s’appelait alors Gandalf et que Tolkien renomma ultérieurement Thorin (HotH, p. 9) ; cf. Gandalf.
Fimbulfambi est un nom norrois tiré du Hávamál ; il signifie « idiot énorme » et désigne spécifiquement une personne qui n’est pas capable de s’exprimer (Boyer, p. 188 ; HotH, p. 24 n. 3).

Flói

Membre de la colonie de Balin partie réoccuper la Moria. Lors du premier affrontement dans la vallée de Nanduhirion, il tue le chef des Orques, mais est abattu d’une flèche. Il est enterré près du lac du Miroir (SdA, II/5).
Flói est un nom norrois se traduisant par « gâtine, marécage » ou « baie, estuaire ». Comme le souligne Allan (p. 224), le nom de ce Nain pourrait aussi être apparenté au verbe flóa « bouillir, ébouillanter » ou « inonder, déborder », ce qui pourrait lui donner la signification « bouillant, débordant » (Zoëga, p. 129).

Frár

Membre de la colonie de Balin partie réoccuper la Moria. Il combat contre les Orques venus de l’Est et meurt en défendant la Deuxième Salle et le Pont de Khazad-dûm, à l’instar de Lóni et Náli (SdA, II/5).
Frár est le nom d’un Nain cité dans le Dvergatal ; c’est aussi un mot norrois qui signifie « prompt » (Boyer, p. 535 ; Gould, p. 947). Cf. Frór.

Frerin

Fils cadet de Thráin II, il combat avec son père à l’avant-garde de l’armée des Nains lors de la bataille d’Azanulbizar. Il est tué lors de la contre-attaque des Orques (SdA, App. A).
Frerinn est un participe passé norrois signifiant « gelé », apparenté au norrois freri « gel, sol gelé » (Zoëga, p. 140). Allan (p. 225) remarque qu’un Nain nommé Frosti « froid » figure aussi dans le Dvergatal (Boyer, p. 536 ; Gould, p. 948).

Frór

Fils cadet de Dáin Ier, il est tué par un dragon en même temps que son père, à la porte même de leur demeure. Après leur mort, la plupart des Nains fuient les Montagnes Grises (SdA, App. A).
Frár est le nom d’un Nain cité dans le Dvergatal, orthographié Fror dans certaines éditions ; les mots norrois frár et frór signifient tous deux « prompt » (Boyer, p. 535 ; Gould, p. 947–948). Cf. Frár.

Fundin

Fils aîné de Farin, c’est le père de Balin et Dwalin. Il combat avec son parent Thrór à l’avant-garde de l’armée des Nains lors de la bataille d’Azanulbizar. Il est tué lors de la contre-attaque des Orques (SdA, App. A).
Fundinn est le nom d’un Nain cité dans le Dvergatal ; c’est aussi un participe passé qui signifie « trouvé », dérivé du verbe norrois finda (Boyer, p. 535 ; Sturluson, p. 9 ; Gould, p. 948).

Gandalf

Premier nom que Tolkien attribua au chef de l’expédition des Nains vers la Montagne Solitaire, qu’il porta jusqu’à l’arrivée de la compagnie à Bourg-du-Lac. Dans ce rôle, il fut remplacé par le nom Thorin (HotH, p. 7–455).
Gandálfr est le nom d’un Nain cité dans le Dvergatal (Boyer, p. 535 ; Sturluson, p. 9) ; dérivé du norrois gandr « bâton, baguette magique, objet enchanté » et álfr « elfe », il signifie « elfe magicien » ou, par extension, « elfe maléfique » (Gould, p. 948).

Gimli

Fils de Glóin, il accompagne son père au Conseil d’Elrond et fait partie de la Communauté de l’Anneau. Pendant la guerre de l’Anneau, il reçoit le titre d’Ami des Elfes. Il devient ultérieurement seigneur des Brillantes Cavernes. Âgé de 262 ans, il accompagne Legolas lors du départ de celui-ci pour Valinor (SdA, II/1 passim).
Dans la Lettre no 297, Tolkien précise que ce nom vient du norrois gim « feu », qu’il estime sans lien avec gimm « gemme », un emprunt au latin gemma. Allan (p. 225) note que Gimlé, composé de gim et de hlé ou hlje « abri » est la demeure des Elfes lumineux, destinée à survivre au Ragnarök.

Glóin

On connaît deux Nains ayant porté ce nom : le premier est Glóin, fils de Thorin Ier et père d’Óin, roi des Anfangrim. Le second est Glóin, fils de Gróin et lointain cousin de Thorin II, qui participe à l’expédition d’Erebor avec son frère Óin. Au début de la guerre de l’Anneau, il se rend au Conseil d’Elrond avec son fils Gimli (SdA, II/1, 2 & App. A).
Glóinn est le nom d’un Nain cité dans le Dvergatal (Sturluson, p. 9), orthographié Glói dans certaines éditions (Boyer, p. 535) ; il signifie « rayonnant » et est apparenté au verbe norrois glóa « rougeoyer, rayonner » (Gould, p. 948).

Gróin

Fils puîné de Farin, c’est le père d’Óin et Glóin. Il survit au Sac d’Erebor et à la guerre des Nains et des Orques, mais on ne sait rien de plus sur sa vie (SdA, App. A).
Allan (p. 224) rapproche ce nom du verbe norrois gróa « croître, grandir » (Zoëga, p. 175), ce qui pourrait lui donner la signification « grandissant ». Gróa est aussi le nom d’une femme, le principal protagoniste du poème eddique Grógaldr (Boyer, p. 584–587).

Grór

Fils puîné de Dáin Ier, il quitte les Montagnes Grises après la mort de son père et mène une grande partie du peuple de Durin dans les Collines de Fer, dont il devient le seigneur (SdA, App. A).
On note l’existence d’un Nain Grerr « rugissant », dont le nom est apparenté au verbe norrois grenja « hurler, rugir » (Gould, p. 948 ; Zoëga, p. 173). Allan (p. 224) considère que ce nom est dérivé du verbe norrois gróa « croître, grandir » ; cf. Gróin.

Hannar

Un des trois Nains qui accompagnent Bilbo après sa fête d’adieux. Il n’est pas nommé dans la version finale de la scène (RS, p. 238, 240 ; SdA, I/1).
Hánnarr est le nom d’un Nain cité dans le Dvergatal ; c’est aussi un mot norrois qui signifie « talentueux, artiste de ses mains » (Boyer, p. 535 ; Gould, p. 952).

Kíli

Fils de Dís et neveu de Thorin II, il participe avec son frère Fíli à l’expédition d’Erebor, dont il est le plus jeune membre. Il meurt en défendant son oncle à la bataille des Cinq Armées (SdA, App. A).
Kíli ou Kili est le nom d’un Nain cité dans le Dvergatal (Boyer, p. 535 ; Sturluson, p. 9) ; dérivé du vieux frison kíl, ce nom signifie « coin, cale » et pourrait désigner l’utilisateur d’un tel outil (Gould, p. 950).

Lofar

Dans les premiers brouillons du SdA, ce Nain reste à Cul-de-Sac pour donner l’enveloppe contenant l’Anneau à Bingo, l’héritier de Bilbo, et l’aider à recevoir les Bessac-Descarcelle11). Il s’en va ensuite en compagnie de Gandalf. Son rôle sera partiellement repris par Merry dans la version finale de la scène (RS, p. 238–243, 248, 315 ; SdA, I/1).
Lofarr est le nom d’un Nain cité dans le Dvergatal (Boyer, p. 535–536) ; il signifie « observateur » ou « louangeur » et est apparenté au verbe norrois lofa « glorifier, louer » (Gould, p. 950).

Lóni

Membre de la colonie de Balin partie réoccuper la Moria. Il combat contre les Orques venus de l’Est et meurt en défendant la Deuxième Salle et le Pont de Khazad-dûm, à l’instar de Frár et Náli (SdA, II/5).
Lóni est le nom d’un Nain cité dans le Dvergatal (Boyer, p. 535) ; il signifie « fainéant » et est apparenté au norrois lón « aire d’eau calme protégée de la mer » (Gould, p. 951).

Mîm

Petit-Nain, père de Khîm et Ibun, il mène les hommes de Túrin à sa demeure sous Amon Rûdh pour racheter sa vie. Il leur garde cependant rancune pour la mort de Khîm et les trahit en dévoilant leur refuge aux Orques. Après la mort de Glaurung, il prend possession de l’or amassé dans les cavernes de Nargothrond, mais est tué par Húrin trois ans plus tard (EdH, chap. 7–8 ; WJ, p.o257–258 ; PM, p. 352).
Mim ou Mímir est un personnage de la mythologie scandinave, qui fait partie des Géants mentionnés dans la Völuspá et l’Edda en prose (Boyer, p. 414, 502, 539, 544 ; Sturluson, p. 111). Il figure aussi dans la Þiðrekssaga, où il est considéré comme un Nain (Saga of Thidrek of Bern, p. 40, 105–109) ; son nom signifie « remémorateur, sage » et est vraisemblablement apparenté au norrois minni « rappeler, remémorer » (Allan, p. 225 ; Zoëga, p. 387). Étant donné que les noms de ses deux fils sont manifestement en khuzdul, il est hautement vraisemblable que Mîm en soit aussi. Sa ressemblance avec le nom norrois serait alors fortuite et sa signification réelle resterait inconnue.

Náin

On connaît trois Nains ayant porté ce nom : Náin Ier, fils de Durin VI, devient roi des Anfangrim après que le Balrog a tué son père, mais est lui-même tué un an plus tard, ce qui pousse les Nains à fuir la Moria. Náin II, fils d’Óin, règne pendant 97 ans sur les Anfangrim dans les Montagnes Grises. Náin, fils de Grór et seigneur des Collines de Fer, participe à la bataille d’Azanulbizar. Les renforts qu’il mène donnent la victoire aux Nains, mais Náin est tué par l’Orque Azog en combat singulier (SdA, App. A).
Náinn est le nom d’un Nain cité dans le Dvergatal (Boyer, p. 535 ; Sturluson, p. 9) ; vraisemblablement dérivé du norrois nár « cadavre », il signifierait « semblable à un cadavre ». Il est toutefois possible qu’il s’agisse du nom commun náinn « parent, cousin » (Gould, p. 951).

Náli

Membre de la colonie de Balin partie réoccuper la Moria. Il combat contre les Orques venus de l’Est et meurt en défendant la Deuxième Salle et le pont de Khazad-dûm, à l’instar de Frár et Lóni (SdA, II/5).
Náli est le nom d’un Nain cité dans le Dvergatal (Boyer, p. 535) ; il signifie « observateur, scrutateur » et est apparenté au norrois nál « aiguille, axe de meule » (Gould, p. 951).

Nar

Un des trois Nains qui accompagnent Bilbo après sa fête d’adieux. Il n’est pas nommé dans la version finale de la scène (RS, p. 238, 240 ; SdA, I/1).
Nár est le nom d’un Nain cité dans le Dvergatal ; c’est aussi un mot norrois qui signifie « cadavre » (Boyer, p. 535 ; Sturluson, p. 9 ; Gould, p. 952).

Nár

Unique compagnon de Thrór lors de son dernier voyage, il attend en vain son retour de la Moria. Il assiste à la profanation de son cadavre par Azog et en témoigne auprès de Thráin (SdA, App. A).
Voir l’entrée Nar pour une explication de ce nom.

Narfi

Premier nom que Tolkien attribua au constructeur nain nommé Narvi dans la version publiée du SdA. Il figure uniquement dans deux brouillons (RS, p. 449 ; TI, p. 188 ; SdA, II/4).
Narfi ou Nörfi est le nom d’un Géant cité dans le Gylfaginning, le père de Nótt, déesse de la nuit (Boyer, p. 412 ; Sturluson, p. 7) ; il pourrait être apparenté au norrois nár « cadavre » (Simek, p. 228) ou au v. angl. nearwe « étroit, oppressif » (Hofstra, p. 104) ; cf. Nár. Le Gylfaginning cite aussi un fils du dieu Loki nommé Narfi ou Nari (Boyer, p. 500 ; Sturluson, p. 18, 40).

Narvi

Habitant de Khazad-dûm et grand ami de l’Elfe Celebrimbor, il construit les Portes de Durin, qui donnent sur le royaume elfique d’Eregion (SdA, II/4 ; CLI, II/4).
Voir l’entrée Narfi pour une explication possible de ce nom. Dans la mesure où il figure sur la représentation des Portes de la Moria, on peut estimer qu’il s’agit bien du nom par lequel ce Nain était connu en Terre du Milieu et non de sa « traduction » en norrois. Sa signification serait alors inconnue. On remarquera toutefois que le nom de Balin est bien censé être une traduction, alors même qu’il figure sur l’inscription funéraire de la Chambre de Mazarbul.

Nori

Lointain cousin de Thorin II, il participe à l’expédition d’Erebor avec ses frères Ori et Dori. Il demeure toujours à Erebor à l’époque du Conseil d’Elrond (SdA, II/1 & App. A).
Nóri est le nom d’un Nain cité dans le Dvergatal (Boyer, p. 535 ; Sturluson, p. 9) ; c’est aussi un mot norrois qui signifie « petit gamin, petit bout de quelque chose », également attesté en islandais moderne (Gould, p. 952).

Oi

Premier nom que Tolkien attribua au Nain nommé Ori, frère de Dori et Nori dans la version publiée du Hobbit. Ce nom n’est conservé que dans la première liste des Nains qui figure dans un brouillon du Hobbit (HotH, p. 11).
Ái est le nom d’un Nain cité dans le Dvergatal ; c’est aussi un mot norrois qui signifie « arrière-grand-père, aïeul » (Boyer, p. 535 ; Gould, p. 940).

Óin

On connaît deux Nains ayant porté ce nom : le premier est Óin, fils de Glóin et père de Náin II, roi des Anfangrim. Le second est Óin, fils de Gróin et lointain cousin de Thorin II, qui participe à l’expédition d’Erebor avec son frère Glóin. Il se joint ensuite à Balin pour reconquérir la Moria ; il est tué par le Guetteur des Eaux peu avant la destruction de la colonie (SdA, II/2, 5 & App. A).
Óinn est le nom d’un Nain cité dans le Dvergatal (Sturluson, p. 9) ; il signifie « timide » et est apparenté à l’adjectif norrois óask « effrayé » (Gould, p. 953).

Ori

Lointain cousin de Thorin II, il participe à l’expédition d’Erebor avec ses frères Dori et Nori. Il se joint ensuite à Balin pour reconquérir la Moria ; il rédige une partie du Livre de Mazarbul et est tué lors de l’assaut des Orques contre les derniers Nains retranchés dans la Chambre de Mazarbul (SdA, II/2, 5 & App. A).
Óri ou Ori est le nom d’un Nain cité dans le Dvergatal (Sturluson, p. 9) ; il signifie « violent, furieux » et est apparenté au norrois óra « querelleur » (Gould, p. 953).

Thorin

Trois rois des Anfangrim ont porté ce nom : Thorin Ier, fils de Thráin Ier, quitte le Royaume sous la Montagne établi par son père et émigre dans les Montagnes Grises, où prospère une grande partie de son peuple. Thorin II Lécudechesne échappe au Sac d’Erebor et participe à la bataille d’Azanulbizar, où une action d’éclat lui vaut son surnom. Il monte l’expédition d’Erebor et devient brièvement Roi sous la Montagne avant de périr à la bataille des Cinq Armées. Thorin III Heaume de Pierre, fils de Dáin II, vainc les Orques qui assiègent Erebor à la fin de la guerre de l’Anneau et établit des relations diplomatiques avec le Gondor (SdA, Prologue & App. A).
Þorinn est le nom d’un Nain cité dans le Dvergatal (Sturluson, p. 9), orthographié Þróinn dans certaines éditions (Boyer, p. 535) ; il signifie « hardi, intrépide » et est apparenté à l’adjectif norrois þoran « audacieux ». Le nom Þróinn signifie quant à lui « celui qui accroît » (Gould, p. 955) ; cf. Thrór. Oakenshield, le surnom que Tolkien attribue à Thorin II, provient d’Eikinskjaldi, un nom ou une épithète désignant un Nain dans le Dvergatal (Sturluson, p. 9) ; dérivé du norrois eik « chêne » et skjǫldr « bouclier », il signifie « avec un bouclier de chêne ». Il a aussi été suggéré que le premier élément puisse être eikinn « violent, enragé », ce qui donnerait la signification « l’enragé avec un bouclier ». (Boyer, p. 535–536 ; Gould, p. 945).

Thráin

Deux rois des Anfangrim ont porté ce nom : Thráin Ier l’Ancien, fils de Náin Ier, devient roi quand son père est tué par le Balrog de la Moria et s’exile pour fonder le Royaume sous la Montagne. Thráin II, fils de Thrór, est chassé d’Erebor par Smaug en même temps que son père. Il monte une expédition vers Erebor avec Balin et Dwalin, mais il est capturé par les agents de Sauron. Son Anneau lui est pris par Sauron et il meurt dans les cachots de Dol Guldur après avoir rencontré Gandalf (SdA, II/2 & App. A).
Þráinn est le nom d’un Nain cité dans le Dvergatal (Boyer, p. 535) ; il signifie « têtu, obstiné » et est apparenté à l’adjectif norrois þrár « obstiné » (Gould, p. 955).

Thrór

Fils de Dáin Ier et père de Thráin II, il est chassé d’Erebor par la venue de Smaug. Après vingt ans d’errances, il donne son Anneau à son fils et part en expédition avec Nár dans le dessein d’explorer la Moria. C’est là qu’il est tué par un Orque nommé Azog (SdA, II/2 & App. A).
Þrór est le nom d’un Nain cité dans le Dvergatal (Boyer, p. 535 ; Sturluson, p. 9) ; c’est aussi un mot norrois qui signifie « sanglier » (Gould, p. 955). Allan (p. 223) souligne que ce terme dérive d’une racine signifiant « accroître, étendre », ce qui pourrait faire référence à l’étendue des excavations menées par Thrór à Erebor.

Thrym Barbe de Chardon

Premier nom que Tolkien attribua au père de Thrór, uniquement mentionné dans une lettre de 1947 à Jennifer Paxman. Il fut supplanté par Dáin Ier lors de la rédaction des Appendices du SdA (HotH, p. 7–455 ; SdA, App. A).
Þrymr est le nom d’un Géant, principal protagoniste de la Þrymskvida, un poème de l’Edda poétique (Boyer, p. 438–445) ; il est certainement apparenté au norrois þruma « tonnerre » et þrymja « tonner » (Zoëga, p. 613). Thistlebeard « barbe de chardon », le surnom que Tolkien attribue à Thrym, provient de Þistilbarði, le nom d’un Géant dans une liste (þulur) rattachée à l’Edda en prose (HotH, p. 758 ; Sturluson, p. 111).

Le khuzdul : comme l'érosion du roc dur face à la fonte des neiges

Azaghâl

Seigneur des Nains de Belegost, il est sauvé d’une embuscade par Maedhros, en récompense de quoi il lui offre le Heaume du Dragon. Il mène les troupes de Belegost lors de Nirnaeth Arnoediad ; il est piétiné à mort par Glaurung, mais parvient à le blesser gravement (WJ, p. 75 ; CLI, I/2).
Son nom pourrait être apparenté au verbe adûnaïque azgarâ- « guerroyer » (SD, p. 439), ce qui en ferait peut-être un surnom ou un titre militaire.

Gamil Zirak

Maître du forgeron Telchar, c’est le premier artisan nain que nous connaissons. Les détails de sa vie ne sont pas connus. Les 110 armureries de Menegroth regorgeaient d’exemples de son travail (EdH, chap. 4).
Gamil Zirak étant surnommé Zirak l’Ancien, on peut faire l’hypothèse que gamil signifie « ancien, âgé ». Zirak signifie « pique, pointe » (PE 17, p. 35–36) et pourrait s’entendre au sens figuré « autorité, maître ».

Ibun

Petit-Nain, fils de Mîm, il accompagne son père quand celui-ci trahit Túrin en dévoilant sa demeure aux Orques et leur sert d’otage pendant que Mîm les guide. Son sort final est inconnu, mais il est possible qu’il ait été tué par la bande de hors-la-loi ayant suivi Húrin Thalion à Nargothrond (EdH, chap. 7–8 ; FdTM, p. 150).
La signification de son nom est inconnue.

Khîm

Petit-Nain, fils de Mîm, il est abattu par une flèche d’Andróg, un membre des Gaurwaith, les hommes de Túrin. Il meurt de sa blessure avant que son père ne puisse le soigner (EdH, chap. 7).
La signification de son nom est inconnue.

Bibliographie

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Zoëga Geir, Íslensk-Ensk Orðabók, 2e éd., Sigurður Kristjánsson, 1922, 634 p.

Voir aussi

Sur Tolkiendil

Sur le net

1) Version originale : « Thus the names of the Dwarves in The Hobbit (and additions in The L.R.) are derived from the lists in Völuspá ofthe names of dvergar; but this is no key to the dwarf-legends in The L.R. The “dwarves” of my legends are far nearer to the dwarfs of Germanic [legends] than are the Elves, but still in many ways very different from them. » (Let. no 297).
2) Version originale : « The still more northerly language of Dale is in this book seen only in the names of the Dwarves that came from that region and so used the language of the Men there, taking their “outer” names in that tongue. » (The Lord of the Rings, App. F, II « Of Translation »). NB : La nouvelle traduction du Hobbit par Daniel Lauzon traduit Dale par Le Val, alors que Tina Jolas avait laissé ce nom inchangé dans la traduction des Appendices du Seigneur des Anneaux.
3) Version originale : « Gimli’s own name, however, and the names of all his kin, are of Northern (Mannish) origin. Their own secret and “inner” names, their true names, the Dwarves have never revealed to any one of alien race. Not even on their tombs do they inscribe them. » (The Lord of the Rings, App. F, I « The Languages and Peoples of the Third Age »).
4) Version originale : « These names were in form generally suited to the structure of the Common Speech [> the structure ofthe language from which they were derived]. Very frequently they had recognizable meanings in that language, or were names current in it; sometimes they were names [> current in it, being names] used by neighbouring Men among whom they dwelt, and were derived from the local Mannish language in which they might have a still known meaning, though this was not often the case [this phrase struck out]. Whether the adopted names that had meanings were selected because these meanings had some relation to their secret “inner” names cannot be determined. The adopted names could be and sometimes were changed — usually in consequence of some event, such as the migration of either the Dwarves or their friends that separated them. » (PM, p. 300 ; ma traduction).
5) On notera toutefois que Mîm apparaît déjà dans « Turambar et le Foalókë », qui fait partie des Contes perdus. Cette version de l’histoire est censée se dérouler dans un passé beaucoup plus proche de nous. Par conséquent, il est fort probable que Tolkien considérait alors que ce nom était d’origine germanique ; cf. CP, p. 359–435.
6) Extrait d’une lettre à G.E. Selby datée du 14 décembre 1937, publié dans RS, p. 7.
7) Tolkien attache d’ailleurs une importance toute particulière à ce phénomène afin de reconstruire la généalogie d’Hengest dans Finn and Hengest: The Fragment and the Episode, p. 168–180.
8) Les noms entre parenthèses correspondent à des Nains qui n’apparaissent que dans les brouillons de Tolkien et furent changés dans la version finale des textes.
9) Tolkien s’en est d’ailleurs inspiré dans les premières versions des Contes perdus, où les Nains font partie des Úvanimor, les monstres nés de la terre par la malice de Melko ; cf. CP, p. 81–113.
10) Tolkien a plusieurs fois changé d’avis sur la race de Beren. L’un des tous premiers brouillons des Contes perdus en fait un Homme. Dans la version de l’histoire où figure le Nain Naugladur, c’est un Elfe du peuple des Noldoli. Par la suite, Tolkien décidera qu’il s’agit bien d’un Homme, ce qui deviendra un élément primordial de sa romance avec Lúthien ; cf. CP, p. 339–340.
11) Bingo sera renommé Frodo dans les brouillons plus tardifs et dans le Seigneur des Anneaux publié.
 
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