Un décryptage du Livre de Mazarbul — première partie

 Trois Anneaux
Vivien Stocker — Octobre 2021
Articles de synthèse : Ces articles permettent d’avoir une vue d’ensemble du thème traité mais ils nécessitent une bonne connaissance des principales œuvres de J.R.R. Tolkien.

Parmi les nombreux dessins et esquisses que Tolkien a créés pour accompagner le texte du Seigneur des Anneaux, il en est trois auxquels il tenait tout particulièrement : les fac-similés des pages du Livre de Mazarbul que Gandalf découvre au pied de la tombe de Balin et dont il lit des extraits à ses compagnons. Dans le roman, le déchiffrage est rendu difficile par le manque de lumière et surtout par le fait que l’ouvrage a été partiellement brûlé et lacéré lorsque les Orques ont vaincu les derniers survivants de l’expédition des Nains visant à reconquérir la Moria.

Ce fut en vain que Tolkien tenta de faire intégrer les versions finales de ces fac-similés à la première édition de son roman. Introduire de telles reproductions en couleur au sein même du roman aurait été bien trop coûteux dans le contexte des restrictions matérielles de l’après-guerre, alors même que Tolkien et son éditeur craignaient que les ventes du roman ne suffisent pas à couvrir les coûts d’impression. Dans les faits, il fallut attendre 1979 pour les voir publiées, accompagnées de leurs transcriptions, dans l’ouvrage Peintures et aquarelles de J.R.R. Tolkien édité par son fils Christopher Tolkien. Ce n’est qu’en 2004 qu’elles furent intégrées dans une édition du cinquantième anniversaire du Seigneur des Anneaux et depuis 2015, sur le site du Tolkien Estate, dans l'espace dédié aux calligraphies. Dans l’intervalle, Christopher Tolkien dévoila dans sa série de l’Histoire de la Terre du Milieu, l’existence de plusieurs brouillons, partiellement transcrits. Cela a permis d’observer la manière dont Tolkien s’essaya à différentes versions du texte en cirth et tengwar, tandis qu’il détermina progressivement la forme générale des pages et leurs dommages.

Ces brouillons, ainsi que les versions finales, furent finalement publiés en 2011 dans l’ouvrage The Art of the Lord of the Rings, qui présente l’ensemble des illustrations créées par Tolkien pour accompagner son texte. Pour autant, l’ouvrage ne propose pas l’intégralité des transcriptions des brouillons et des versions finales, qui vont parfois au-delà de ce que les textes de Tolkien laissent penser ou même au-delà de ce que Christopher Tolkien avait lui-même décrypté dans ses ouvrages. Notre objectif sera de compléter ces travaux en présentant un décryptage aussi complet que possible de toutes les versions des pages du Livre de Mazarbul. Dans le présent article, nous commencerons par analyser les versions finales des fac-similés.

Histoire interne

Le Livre de Mazarbul, Mazarbul signifiant « Archives » en khuzdul, est un ouvrage découvert par Gandalf le 14 janvier 3019 T.Â., près de la tombe du Nain Balin dans les mines de Moria. Le Seigneur des Anneaux en propose la description suivante :

« Tailladé, lardé de coups de couteau et partiellement brûlé, il était si souillé de noir et d’autres taches sombres, semblables à du sang séché, qu’il en devenait presque impossible à lire. Gandalf le ramassa avec précaution, mais les feuillets se craquelèrent et cassèrent quand il le déposa sur la dalle. Il l’étudia quelque temps sans mot dire. Debout à ses côtés, Frodo et Gimli purent voir, tandis qu’il tournait délicatement les pages, qu’elles étaient parcourues de maintes écritures différentes, en runes, tant de la Moria que du Val, et çà et là en lettres elfiques.1) »

Comme son nom semble l’indiquer, l’ouvrage est une compilation des événements auxquels a fait face la compagnie de Balin, lors de son retour en Moria en 2989 TA, dans une tentative de la reconquérir des mains des Orques. Il aborde en particulier les derniers jours de la colonie, lesquels furent couchés sur le papier par le Nain Ori. La première page que Gandalf décrypte partiellement, numérotée 1 - 3 (Gandalf suggère qu’il s’agit du nombre d’années écoulées depuis le début de la colonie), est écrite en cirth, un type particulier de runes, et donne2) :

« Nous avons chassé les orques de la grande porte et de la salle de garde […] nous en avons tué beaucoup sous le brillant soleil du val. Flói a été tué dune flèche. Il a terrassé le grand […] Flói sous l’herbe près du Miralonde […] Nous avons élu domicile dans la vingt et unième salle de la section nord. Il y a […] puits […] Balin a établi son siège dans la Chambre de Mazarbul […] or […] la Hache de Durin […] heaume […] Balin est maintenant seigneur de Moria […] nous avons trouvé du vrai argent […] bien forgé […] mithril […] Óin doit chercher les arsenaux supérieurs de la Troisième Profondeur […] aller vers louest, vers la porte de Houssière.3) »

La deuxième page que Gandalf arrive à lire est numérotée 5, pour la cinquième année de la colonie. Elle est écrite dans « une grande écriture vigoureuse en lettres elfiques », c’est à dire en tengwar, une écriture que Gimli attribue à Ori et que Gandalf lit ainsi :

« tristesse […] jour […] dhier dixième de novembre Balin seigneur de Moria est tombé au Val de Ruisselombre. Il était parti seul regarder les eaux du Miralonde. un orque la tiré de derrière une pierre. nous avons tué lorque mais de nombreux autres […] de lest remontant la rivière Argentine […] nous avons barré les portes […] pourrons les tenir longtemps si […] horrible […] souffrir.4) »

Finalement, la dernière page, de date inconnue, revient à une écriture en cirth, sauf pour les tout derniers mots en tengwar, par une main anonyme :

« Nous ne pouvons sortir. Nous ne pouvons sortir. Ils ont pris le Pont et la deuxième salle. Frár et Lóni et Náli y sont tombés. […] parti il y a 5 jours […] l’étang monte jusqu’au mur de la Porte Ouest. Le Guetteur des Eaux a pris Óin. Nous ne pouvons sortir. La fin approche […] des tambours, des tambours dans les profondeurs. ils arrivent.5) »

Les appendices A et B du Seigneur des Anneaux nous indiquent que la fin de la colonie et la mort de Balin datent de 2994 T.Â. ; la page finale semble donc dater de la même année que la deuxième page. Par la suite, Gandalf confie le livre à Gimli, avec pour mission de l’emporter au roi Dáin II afin que son peuple apprenne le sort de la compagnie de Balin.

Histoire externe

Il existe six brouillons en plus des trois versions finales des pages du Livre de Mazarbul sur lesquelles Tolkien a travaillé : quatre brouillons de la première page, un brouillon de la deuxième page et un brouillon de la troisième. Le premier brouillon de la page 1 (noté Folio 1-1 ci-dessous) accompagne la toute première version du chapitre « Le Pont de Khazad-dûm », alors intitulé « Les Mines de Moria » et publié par Christopher Tolkien dans The Return of the Shadow. Ce premier brouillon est un dessin au crayon à papier d’une page dont le coin inférieur droit est détaché et sur laquelle Tolkien a représenté les tâches et les brûlures qu’il imaginait par des ratures au crayon. D’après Christopher Tolkien et les spécialistes de Tolkien, Christina Scull et Wayne Hammond, le chapitre, et donc le Folio 1-1, date d’entre août et l’automne 1939. C’est alors la première fois que Tolkien utilise un système runique spécifiquement dédié aux nains, l’Angerthas, qui remplace le système runique anglo-saxon qu’il utilisait auparavant (en particulier dans le Hobbit).

Entre août 1940 et l’automne 1941, Tolkien reprend le chapitre et le modifie de façon conséquente le divisant en deux chapitres intitulés « Les Mines de Moria (i) et (ii) ». Dans la seconde partie, on retrouve une nouvelle version de la première page du Livre de Mazarbul. Ce Folio 1-2 est toujours dessiné, mais repassé à l’encre et Tolkien a cette fois dessiné proprement les trous et utilisé des crayons de couleurs pour marquer les tâches de brûlures ou de sang sur la page ; le texte en cirth est par ailleurs beaucoup plus développé que dans la première version. Dans la foulée, Tolkien fait une copie au propre à l’encre du chapitre « Moria (ii) » auquel il joint une troisième version de la première page, le Folio 1-3, avec un texte légèrement modifié et qu’il accompagne pour la première fois des premiers (et seuls) brouillons des pages 2 et 3 (Folio 2-1 et Folio 3-1). Ces trois brouillons sont également dessinés à l’encre et aux crayons de couleur ; la page 2 étant écrite en tengwar et la page 3 en cirth, comme dans les versions finales. Il semble que Tolkien ne retravailla pas sur les pages avant la moitié des années 1940, car « Christopher Tolkien se souvient d’avoir vu son père créer les versions finales au 20 Northmoor Road, donc entre début 1941, quand il fit les premières versions, et mars 1947, quand les Tolkien quittèrent Northmoor Road pour Manor Road6) ». C’est donc probablement durant cette période que le dernier brouillon de la première page, le Folio 1-4, et les 3 versions définitives furent produites et qu’il les montra à des proches, peut-être aux Inklings lors des lectures publiques de ses chapitres du Seigneur des Anneaux.

Le Livre de Mazarbul (© John Howe)

Durant la préparation pour la publication de la Fraternité de l’Anneau, l’éditeur refusera catégoriquement de joindre ces fac similés à l’ouvrage final, à cause des coûts de reproduction importants, ce qui déçut beaucoup Tolkien, ainsi qu’il l’exprimera à Allen & Unwin en 1953, un an avant la publication du volume : « Les “manuscrits brûlés”, que des lecteurs ont appréciés, ont disparu ; ce qui rend le texte du Livre II, ch. 5 (au début) plutôt absurde et fait disparaître les Runes, qui semblent beaucoup attirer les lecteurs de tout âge (ceux qui sont suffisamment fous pour lire même ce genre de chose).7) ».

Dans les Appendices au Retour du Roi, Tolkien détaille un peu plus l’usage de l’Angerthas, précisant que le mode utilisé dans le Livre de Mazarbul est celui d’Erebor, d’usage un peu différent que celui de la Moria, utilisé par exemple sur l’inscription du tombeau de Balin. Par la suite, vers 1969, le Livre de Mazarbul est le point de départ d’ « un long commentaire historique sur l’interrelation entre les langages du Silmarillion et du Seigneur des Anneaux, découlant de l’examen du Livre de Mazarbul, mais tentant de clarifier et, où c’est nécessaire, de corriger ou expliquer les références à de tels sujets disséminées dans le Seigneur des Anneaux, en particulier dans l’Appendice F et dans le discours de Faramir dans SdA II.8) », texte publié dans The Peoples of Middle-earth par Christopher Tolkien sous le titre « Of Dwarves and Men ». On apprend ainsi comment Tolkien a créé ce livre, suivant les principes appliqués aux langues du Seigneur des Anneaux, en particulier dans la représentation de langues inventées par des langues réelles. Ainsi, le parler commun y est représenté par l’anglais moderne (ou par le français dans la traduction française). Dans ce cadre, le texte du Livre de Mazarbul a été écrit en anglais moderne transcrit en cirth, mais avec des fautes dénotant une écriture rapide et/ou une familiarité limitée avec le parler commun.

Dans « Of Dwarves and Men », Tolkien réalise aussi que ces fac-similés possèdent une faille : « C’est une chose de représenter tous les dialogues de l’histoire dans différentes formes d’anglais : cela doit être supposé être fait par la “traduction” – par la mémoire de sons non-enregistrés ou d’après des documents perdus ou pas imprimés, que cela soit précisé ou non, chaque fois que c’est fait dans un récit traitant de temps passés ou de pays étrangers. Mais c’est tout à fait autre chose que de fournir des fac-similés ou des représentations visibles d’écritures ou de gravures supposées dater des évènements du récit9) ». Dit autrement, Tolkien regrette que le Livre de Mazarbul soit écrit en anglais moderne, quand il aurait dû être écrit directement dans la langue de la Terre du Milieu, le parler commun, puisqu’il s’agit d’un artefact datant et appartenant à la Terre du Milieu.

Décryptage des pages finales (d’après Christopher Tolkien dans « Peintures et aquarelles »)

Ainsi qu’expliqué en introduction, Christopher Tolkien a publié des transcriptions des trois pages qui devaient accompagner le Seigneur des Anneaux, dans l’ouvrage Peintures et aquarelles dès 1979. On peut s’interroger sur la pertinence de proposer des transcriptions lorsque Tolkien lui-même, par la voix de Gandalf, propose une lecture de ces pages au sein du Seigneur des Anneaux. Toutefois, lorsqu’on se penche sur ces pages, on s’aperçoit qu’elles viennent, en un sens, compléter l’histoire de la compagnie de Balin telle qu’elle est dépeinte par Gandalf. On comprend alors mieux la déception de Tolkien lorsqu’il apprit le refus d’Allen & Unwin de les intégrer : les lecteurs n’auraient pas l’opportunité d’avoir l’histoire « complète » (du moins aussi complète que possible).

Christopher Tolkien, dans ses transcriptions, ajoute ainsi nombre de mots qui n’apparaissent pas dans le texte lu par Gandalf. Cette transcription peut encore être affinée, depuis 2011, grâce la publication de reproductions haute définition dans l’ouvrage The Art of the Lord of the Rings. Ci-dessous, nous proposons une transcription des pages, à gauche, fondée sur la lecture de Christopher Tolkien. Ses propres lectures supplémentaires sont soulignées et les ajouts de notre main sont en gras. À droite, en italiques, nous ajoutons le texte tel que lu par Gandalf, mais formaté pour correspondre aux fac-similés.

Folio 1

Transcription

3
We drove out orcs from the great gate and guard
(r)oom and took the first hall. We slew many in the br
(i)ght sun in the dale. Flói was killed by an arr
ow. He slew the great chiefta(in)…………[1] Flói
under grass near Mirrormer(e)…………………[2] came
……………………………………(bro)ken[3]
(w?)e repaired……………………………
……………………………………………
We have taken the twentyfirst hall of North en
nd[4] to dwell in. There is g(ood) air there……………
…………………………good that can easily be
watched……………[5] the shaft is clear……………
Balin has set up his seat in the Chamber of Maz
arbul………………………gathered………[6]
gold………………………………………
……………………………………………
……wonderful (lay?)[7] Durin’s Axe…………[8] sil
ver helm Balin has taken them for his own
Balin is now lord of Moria:
* * * * * *
…………and today we found truesilver…………
…………………………wellforged hel(m)……
n[9]coat made all of purest mithril……………[10]
Óin to seek for the upper armouries of the Third Deep
[11] go westwards to s(eek way?)[12] to the Hollin gate
3
We drove out orcs from the great gate and guard
room […] we slew many in the br
ight sun in the dale. Flói was killed by an arr
ow. He slew the great […] Flói
under grass near Mirrormere. […]
[…]
[…]
[…]
We have taken the twentyfirst hall of North e
nd to dwell in. There is
[…]
[…] shaft […]
Balin has set up his seat in the Chamber of Maz
arbul. […]
gold […]
[…]
Durin’s Axe […]
helm […]
Balin is now lord of Moria.
* * * * * *
[…] we found truesilver
[…] wellforged
[…] mithril […]
Óin to seek for the upper armouries of Third Deep
[…] go westwards […] to Hollin gate.

1. Édouard Kloczko suggère « We did burry », c’est-à-dire « Nous avons enterré [Flói sous l’herbe près du Miralonde] ». La solution est probablement juste ou proche de la réalité, mais le texte est vraiment trop illisible à cet endroit pour en être sûr.

2. Édouard Kloczko propose « but more » à un emplacement où la page présente un trou…

3. À cet endroit les brouillons 2 à 4 ont tous « _ _ oken ». La supposition que le mot est en fait broken se base sur l’expression « we repaired » qui suit.

4. Ici, Peintures indique « northern nd », mais il s’agit probablement d’une erreur typographique de Christopher Tolkien dans sa transcription, car au même endroit le Seigneur des Anneaux a bien « north end ».)

5. Édouard Kloczko lit le mot « over and », mais seule la rune du r est certaine, tant le mot est effacé. Cela suppose que le mot and soit transcrit en toutes lettres, alors que Tolkien utilise par ailleurs une rune spécifique pour ce mot.

6. Selon Édouard Kloczko, il faudrait lire « lots of », mais il ne s’agit probablement que d’une hypothèse basée sur le reste de la transcription, tant les runes (si elles existent) sont effacées et recouvertes de crayon représentants des taches de sang.

7. À cet endroit, Christopher Tolkien propose le mot « lay? » ; on voit effectivement deux runes partiellement gribouillées qui pourraient se lire l + ay, mais dont le sens fait défaut. Plus douteux quant à la lecture, mais sans doute proche du sens, Édouard Kloczko propose find, alors que le mot nécessiterait au moins trois runes : f + i + nd.

8. Édouard Kloczko suggère « and his », pour faire la liaison entre « Durin’s Axe » et « silver », mais le texte est beaucoup trop effacé et taché pour que ce soit véritablement lisible.

9. Édouard Kloczko propose que le n appartienne au mot and, mais c’est très hypothétique, étant donné que Tolkien utilise généralement la rune spécifique pour ce mot.

10. Alors qu’ici le texte est entièrement recouvert de noir, Édouard Kloczko arrive à lire « We sent ».

11. Pour Édouard Kloczko, l’expression qui ouvre cette ligne serait « and then », mais les runes sont trop raturées pour être sûr, bien que cela fasse sens.

12. Notre lecture de seek se base sur le brouillon 4, dans lequel le mot est intégralement lisible. Édouard Kloczko propose que ce mot soit suivi de up, mais nous lisons plutôt way.

Commentaire

De la transcription de la première page, on apprend tout d’abord que, durant la troisième année de la colonie, la compagnie de Balin a non seulement chassé les orques de la grande porte et de la salle de garde, mais qu’elle a aussi pu investir la première halle. Si on savait d’après le texte que Flói s’était illustré durant cette bataille en tuant un grand orque, en étant lui-même abattu d’une flèche, on apprend que le grand orque en question était l’un des chefs. Par la suite, quelque chose a été brisé et les nains l’ont réparé, bien que nous ne sachions pas de quoi il est question. Les nains prennent ensuite la vingt-et-unième salle au nord, c’est-à-dire la Chambre de Mazarbul où la Compagnie de l’Anneau trouvera le Livre, dans laquelle l’air est meilleur et qu’ils peuvent (ou bien d’où ils peuvent) surveiller aisément. Le puits de lumière qui était déjà présent à leur arrivée n’était pas obstrué. Balin décide alors de poser son trône dans cette pièce où les nains commencent alors à réunir de l’or. Sur ces entrefaites, ils font une découverte merveilleuse, la Hache de Durin, ainsi qu’un heaume d’argent, deux artefacts que Balin s’approprie. À partir de ce moment, il est considéré comme Seigneur de Moria. Par la suite, les nains trouvent du mithril, dont un heaume très ouvragé et une cotte de mailles. Pour finir, Óin part pour rechercher les arsenaux supérieurs de la Troisième Profondeur, puis est peut-être envoyé pour trouver un chemin vers la Porte de Houssière, qui donne à l’Ouest.

Folio 2

Transcription

r…………(ye)ars
since………………[1] ready
sorrow……………[2] (y)ester
day being the tenth of november
Balin lord of Moria fell
in Dimrill Dale. He went alone
to look in Mirrormere. an orc
shot him from behind a stone. we
slew the orc but many more ca(me)……
(u)p from east up the Silverlode
we rescued Balin’s body…………
………re a sharp battle in the d(ale?) from……[3]
we have barred the gates but doubt if
(we?)[4] can hold them long. if there is
no escape it will be a horrible fate (to)
suffer — but I shall hold
5
[…]
[…]
sorrow […] yester
day being the tenth of november
Balin lord of Moria fell
in Dimrill Dale. He went alone
to look in Mirrormere. an orc
shot him from behind a stone. we
slew the orc, but many more […]
up from east up the Silverlode.
[…]
[…]
we have barred the gates […]
[…] can hold them long if […]
[…] horrible […]
suffer […]
5

1. Alors que le haut du fac-similé est complètement absent, Édouard Kloczko suggère pour autant que la phrase complète serait « since we settled in Moria and already », sans expliquer d’où il tire cette hypothèse.

2. De la même manière, il suggère ici « has fallen on us » pour combler le vide de la page, sans préciser comment il parvient à cette lecture.

3. La lecture de ce passage est incertaine, car les tengwar sont recouverts de taches, mais il y semble y avoir le tengwa représentant the, suivi de celui pour la lettre d. L’expression « in the dale » peut faire sens dans le contexte, étant donné que les nains récupèrent le corps de Balin tué à Dimrill Dale. Après from, suivent deux tengwar dont le second est probablement un l, mais dont on ne peut rien tirer de plus.

4. Édouard Kloczko propose que le mot manquant dans la phrase « but doubt if ___ can hold them long » soit it, mais il semble plus approprié que ce soit un we, c’est-à-dire «  mais doutons que nous (les nains) puissions les tenir longtemps [les portes] ».

Commentaire 

La deuxième page du Livre de Mazarbul est rédigée en tengwar par Ori, dans un mode particulier aux nains, le 11 novembre 2994, la 5e année de la colonie. La veille, Balin a donc été tué par un orque dissimulé derrière un rocher, qui lui a tiré dessus, avant d’être tué à son tour par les nains. Puis vint un grand nombre d’orques venus de l’Est, depuis la rivière Argentine, et une bataille acharnée eut lieu entre les deux peuples, pendant que les nains récupéraient le corps de Balin. Les nains durent néanmoins se retirer dans la Moria et barricader la Porte Est devant le nombre d’ennemis leur faisant face.

Folio 3

Transcription 

6[1]
We cannot get out: we canot get out
they have taken the bridge and second h
(a)ll. Frár & Lóni & Náli fell the
re bravely while the rest retr(eated to)[2]
Mazarbul. We still hold the (gate)
s[3] but hope is now g(o)n(e) Óin’s p
arty went 5 days ago but today only
4 returned: the pool is up to the wall
at Westgate: the watcher in the water too
k Óin - we cannot get out. the end com
es soon we hear drums, drums in the deep
They are coming

We cannot get out. We cannot get out.
They have taken the Bridge and second h
all. Frár and Lóni and Náli fell the
re […]
[…]
[…]
[…] went 5 days ago […]
[…] the pool is up to the wall
at Westgate. The Watcher in the Water too
k Óin. We cannot get out. The end com
es […] drums, drums in the deep.
they are coming.

1. Si on suit la logique des pages précédentes, le chiffre 6 représente le nombre d’années de la colonie. Ce qui amènerait la fin de la colonie en l’année 2995 T.Â. (la mort de Balin est datée du 10 novembre 2994 T.Â.). Cela ne s’accorde pourtant pas avec l’Appendice B qui donne la fin de la colonie et la mort de Balin, à la fin de la même année, en 2994 T.Â. Cette contradiction disparaît si l’on considère que les nains numérotent les années de la colonie de date à date : la fin de la colonie intervenant alors au tout début de la sixième année, en décembre 2994 T.Â., ce qui indiquerait alors aussi que la colonie a débuté à la toute fin de l’année 2989 T.Â.

2. Tout comme Édouard Kloczko, nous supposons que la fin de la ligne, là où il y a un manque sur la page, se lit « retreated to » pour faire le lien avec la ligne suivante qui débute par Mazarbul.

3. Édouard Kloczko lit la fin de la ligne précédente holdin, s’appuyant sur la transcription de Christopher Tolkien qui donne un -g final au tout début de cette ligne, soit « we still holding ». À la place du -g, nous lisons plutôt un -s, ainsi que la présence de la rune représentant the à la ligne précédente, ce qui nous amène à l’hypothèse que le morceau manquant est en fait gates, donc que les nains tiennent toujours les portes de la Chambre de Mazarbul.

Commentaire 

Quelques jours après les événements de la deuxième page, les nains sont donc piégés dans la Moria. Les orques ont repris le pont et la deuxième salle, que Frár, Lóni et Náli ont défendu au prix de leur vie pendant que le restant de la troupe naine trouvait refuge dans la Chambre de Mazarbul. Óin est envoyé à la tête d’un petit groupe de nains vers la Porte de Houssière, où l’eau est montée jusqu’au pied de la porte et où le Gardien des eaux l’a tué. Seuls 4 nains revinrent à Mazarbul au bout de 5 jours. La fin de la page montre qu’alors qu’ils sont piégés à Mazarbul, ils entendent les tambours dans les profondeurs des mines, présage de leur fin prochaine.

Conclusion

On le voit, au travers de ces fac-similés, Tolkien a pris grand soin d’élargir le récit du Seigneur des Anneaux en proposant une histoire plus complète de la colonie naine que la simple lecture du roman le laisse à penser. Il est donc regrettable que ces fac-similés n’aient pu trouver leur place dans les premières éditions du Seigneur des Anneaux. Dès 1979, Christopher Tolkien en a proposé une transcription relativement complète, mais certaines parties lui ont échappé malgré tout, à cause du caractère relativement obscurci des pages. Les tentatives de transcription ultérieures se sont essentiellement fondées sur des hypothèses personnelles avec parfois des interprétations sujettes à caution. La numérisation haute qualité des illustrations accompagnées de leurs brouillons, a permis de valider et d’ajouter des interprétations pour parvenir pour la première fois à une transcription la plus complète possible.

Dans une seconde partie de l’analyse, notre travail consistera à présenter les transcriptions complètes des six brouillons dessinés par Tolkien, afin de mieux appréhender l’évolution de ce livre dans le livre.

Bibliographie

  • Hammond, Wayne & Scull, Christina. The Art of the Lord of the Rings, HarperCollins Publishers, 2015.
  • Kloczko, Edouard. « A New Reading of the Book of Mazarbul », Tyalië Tyelelliéva 13, décembre 1998 ; article repris in extenso dans « The Mysterious “Book of Mazarbul” Reveals More. », Mythprint, volume 48, no 6, juin 2011.
  • Tolkien, J.R.R. Peintures et Aquarelles de J.R.R. Tolkien, édité par Christopher Tolkien, éditions Christian Bourgois, traduit par Adam Tolkien, 1994.

Voir aussi sur Tolkiendil

1) , 3) , 4) , 5) FdA, livre II, chap. 5.
2) Nous suivons l’orthographe de la traduction française de Daniel Lauzon, où l’absence d’apostrophes ou de majuscules par endroits indique l’écriture rapide et dans l’urgence par laquelle le livre a été rédigé.
6) Chronology, note pour l’entrée Late August 1940–?late 1941, p. 848.
7) Lettres, no 141 à Allen & Unwin datée du 9 octobre 1953.
8) The Peoples of Middle-earth, p. 295.
9) The Peoples of Middle-earth, p. 299.
 
langues/ecritures/cirth/decryptage_livre_mazarbul_premiere_partie.txt · Dernière modification: 16/10/2021 13:28 par Druss
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