Eldarin commun

L’eldarin commun était la langue des Eldar (opposés aux Avari) durant la Grande Marche, à partir de Cuiviénen. Il s’agit du dernier ancêtre commun entre toutes les langues eldarines ultérieures — quenya, telerin, sindarin et nandorin. L’eldarin commun ne devrait cependant pas être considéré comme une structure entièrement homogène ; au-delà des changements linguistiques qui apparurent durant la Marche, il y avait déjà quelques différences dialectales mineures. Par exemple, il semble que les Teleri avaient déjà modifié le son labialisé original kw en p (tandis qu’il reste kw = qu parmi les Noldor et les Vanyar). La consonne aspirée th et l’occlusive voisée d deviennent toutes deux s devant un t :

*khoth > *khostā « collecter » (q. *χosta- > hosta-; cf. racine KHOTH)
*koth > *kostā « se quereller » (q. costa-; Tolkien a changé la racine KOT en KOTH)
*ledtā > *lestā « partir » (q. lesta-, cf. les entrées ÉLED, LED dans les Étym.)1)

Un autre exemple de dt > st était ¤wed-tā > *westā « jurer » (q. *westa > vesta), mais Tolkien a écarté ce mot car il entrait en conflit avec [*bestā >] vesta « épouser ». Voir les entrées WED et BES dans les Étym., et voir lesta ci-dessus.

Un t peut aussi devenir s devant un autre t quand ils sont perçus comme appartenant à des morphèmes différents :

*put-tā (racine PUT + suffixe verbal -tā) > *pustā « arrêter » (q. pusta)
*lot-tā (racine LOT + le même suffixe) > lostā « éclore » (q. losta)

Ce dernier exemple provient du VT 42, p. 19, où Tolkien commente explicitement le changement « t-t en inflexion > st ». Ce changement ne se produit pas quand tt se trouve dans un mot unitaire. En effet, la même racine PUT (voir la RP, p. 437 s.v. PUS) qui est la source de pusta- donne également le quenya putta « point (ponctuation) »2), ce qui évoque clairement le mot primitif *puttā. Ce [terme] serait phonologiquement semblable au mot primitif donnant q. pusta, mais ici le double tt apparaît comme une fortification médiale de la consonne finale du radical PUT. Ce *puttā est par conséquent perçu comme un mot unitaire, et le changement tt > st ne s’applique pas.

Le mot quenya mentionné ci-dessus, costa « se quereller », était à l’origine un exemple de tt > st, que Tolkien renvoyait à ¤kot-t[ā], mais il a alors changé la racine KOT en KOTH.

Les nasales m et ñ deviennent toutes deux n lorsqu’elles précèdent un t ou un d3) :

*kemtanō > *kentanō « potier » (q. centano – le premier élément représente apparemment la racine KEM « earth »)
*pilimda (voyelle finale incertaine, ce pourrait également être -o ou -e) > *pilinda « flèche » (q. pilin sur le radical pilind-; cf. la base PÍLIM, RP, p. 437)
*wiñtā > *wintā « disperser » (q. winta > *vinta ; s’il faut rapporter ce mot au nom wingë comme le suggère PM, p. 376, il requiert apparemment une racine *WIÑ)

Un -wō final évolue en –wā :

¤nidwō > *nidwā « coussin » (q. nirwa)

Un -mā final devient -mē derrière une consonne dentale :

¤jatmā > *jatmē « pont » (q. yanwë)

(Voir aussi le « vieux noldorin »/vieux sindarin katwe issu d’un ancien ¤katwā, prouvant que -wā devient de même -wē > -we après une consonne dentale – voir l’entrée KAT dans les Étym.)

Un ñw médial évolue en ñgw :

¤liñwi > *liñgwi « poisson » (q. lingwë)
¤neñwi > *neñgwi « nez » (q. nengwë)

Assez tôt de toute évidence (voire dès « l’origine »), une voyelle longue finale s’abrège si le mot où elle apparaît constitue le premier élément d’un mot composé :

¤andā « long » + ¤-mbundā « pourvu d’un museau » = ¤andambūndā (non ⁑andāmbundā) « au long museau »
¤lassē « feuille » + ¤-kwelēne « ternissement » = ¤lassekwelēne (non ⁑lassēkwelēne) « automne »
¤tuilē « printemps » + ¤lindō « chanteur » = ¤tuilelindō (non ⁑tuilēlindō) « chanteur-du-printemps, hirondelle »

Dans certains cas, sans que ce soit régulier, l’élément nasal des occlusives nasalisées initiales nd, ñg, mb évolue en une consonne syllabique indépendante :

¤ndūnē > *n·dūnē « coucher de soleil » (q. andúnë)
*ñgjō > *ñ·gjō « petit-fils, descendant » (q. indyo)
*ñgwalē > *ñ·gwalē « tourment » (q. ungwalë)
*mbarta > *m·barta « destin » (q. umbar)

À l’origine, ce développement a eu apparemment une sorte de fonction de « renforcement » qui peut également modifier le sens du mot : de ¤ñgōlē « philosophie » dérive *ñ·gōlē « savoir profond, magie », et ces mots continuent à coexister (finissant par donner les mots quenyarins nólë and ingolë, respectivement). Cependant, dans la plupart des cas, la forme « originelle » dépourvue de nasale syllabique a, semble-t-il, complètement disparu, remplacé par la forme « renforcée ».

Les développements plus tardifs en quenya suggère que la nasale initiale du groupe ñgw- s’est labialisée par assimilation avec le gw qui suit, de sorte que le groupe entier est techniquement ñwgw (ou ñw·gw, où la nasale a fini par devenir syllabique) ; sans doute devrait-on représenter plus rigoureusement *ñ·gwalē ci-dessus par w·gwalē.

Au moins un cas d’haplologie :

¤tuilelindō > *tuilindō « chanteur-du-printemps » = « hirondelle » (q. tuilindo)4)

Il est possible que les changements ci-dessus aient eu lieu dans les stades les plus anciens de l’eldarin commun. On peut imaginer que certains des changements répertoriés ci-dessous se soient produits plus tard – disons, après que les Eldar avaient traversé l’Hithaeglir. (À ce moment-là, l’eldarin commun ne serait plus totalement « commun », puisque les Nandor avaient déjà quitté la marche.)

Il semble que, relativement, les aspirées th, ph, kh sont devenus des t, p, k normaux lorsqu’ils suivaient directement une autre consonne. Le mot quenya ilfirin « immortel » doit dériver de toute évidence de *l·phirin- (racine PHIR), mais dans l’entrée correspondante dans les Étym., Tolkien semble indiquer que cela aurait plutôt dû produire le quenya *ilpirin par évolution régulière. La forme que l’on trouve de fait en quenya, ilfirin, a apparemment été refaite d’après firin « mortel » (< *phirin-).

Pendant le stade de l’eldarin commun, tkh a apparemment été assimilé à kk. Sans doute tkh a-t-il tout d’abord évolué en tk d’après la règle exposée ci-dessus, et ce dernier a évolué à son tour en kk (le sindarin fournit des preuves que tk, peu importe son origine, est normalement devenu kk, d’où le gris-elfique ch). Le mot quenya tardif eccaira « reculé, éloigné » doit venir de *ekkairā, mais puisque la racine donnée est KHAYA, on doit probablement supposer qu’à un stade encore plus ancien, le mot apparaissait sous la forme *etkhairā avec le préfixe et- « dehors ».

Dans un cas attesté, tk n’évolue pas en kk, mais subit une métathèse qui donne kt à la place : ¤et-kelē « jaillissement [hors de] » devient rapidement *ektelē (plus tard ¤ektele, d’où le quenya ehtelë « source, sortie d’eau »).

S se voise et devient z devant une consonne voisée :

¤esdē > ¤ezdē « repos » (WJ, p. 403 semble placer ce changement dans l’ère du eld. com.)

Un autre exemple serait, semble-t-il, ¤mazgā « flexible »; étant donné la base MASAG, il doit venir d’un ancien *masgā.

D évolue en t devant s :

¤sjadsē > ¤sjatsē « crevasse, entaille » (q. hyatsë)

Devant une consonne sourde, la fricative postérieure ʒ a perdu son voisement par assimilation, ce qui a donné χ. Le premier des exemples ci-dessous est explicitement identifié comme une forme « eld » (eldarin commun) dans les Étym.

¤maʒtā > ¤maχtā- « poignée » (q. mahta-)5)6).
*waʒsē > ¤waχsē « tache » (q. *waxë > vaxë)7)8)

Comme l’indique le dernier exemple, χ finit par évoluer en k devant s, ce qui donne ks = x.

La perte Ʒ (ou H) médial et du Ñ

Sauf en position initiale, ces sons ont normalement disparu, bien que le ʒ ait évolué en χ devant une consonne non voisée (voir ci-dessus) et que le ñ ait perduré devant g et k (incluant les sons labialisés gw et kw – le son labialisé ñw découlant de la combinaison ñ + w avait déjà évolué en ñgw, ce qui a donc préservé le ñ). Bien plus tard, la langue a voulu ré-acquérir ʒ, développé à partir d’un g antérieur, mais pour le perdre encore une fois (même en position initiale). La chute du ʒ « originel » et de ce ʒ « tardif » possède certaines similitudes ; cependant, là où le ʒ « tardif » a survécu dans certaines périodes historiques (cela a été enregistré dans l’orthographe rúmilienne, au moins en position initiale), le ʒ ou le h « originel » a chuté très tôt : Tolkien fait également référence à la chute « préhistorique » du h intervocalique (VT 39, p. 11). L’affirmation présentée dans WJ, p. 368 est encore plus précise : « Le h médial a chuté très tôt, sans aucune trace en eld. com. » — attribuant ce changement à l’époque de l’eldarin commun.

Un ʒ final derrière u peut évoluer en w (ou plutôt, possiblement : la chute du ʒ a entraîné le développement d’une semi-voyelle -w à partir la voyelle correspondante, -u, comme pour compenser la perte de ʒ) :

¤kuʒ > ¤kuw « bow » (q. )

De temps à autre, la chute d’un ñ ou d’un ʒ/h intervocalique n’engendre aucun autre changement, mais laisse simplement les deux voyelles en hiatus ; occasionnellement, une nouvelle diphtongue peut émerger après cette chute, comme ai dans le deuxième exemple ci-dessous :

*teñā > *teā > « [il ?] indique » (q. tëa ; cf. VT 39, p. 6)
¤maʒiti > *maiti angl. « handed »9) (q. maitë)10)

Le duel primitif ¤peñū donnant le mot quenya peu « lèvres » fournirait également un exemple de la formation d’une nouvelle diphtongue après la chute du ñ. La question de savoir si a évolué en eu « directement », ou s’il a gardé la forme de deux voyelles en hiatus jusqu’à l’abrègement bien plus tardif des voyelles finales, n’a qu’un intérêt purement académique.

Le génitif quenya -o dérive de la racine HO après la chute du h médial (avec l’emploi de la post-position primitive « venu de » comme suffixe ajouté directement au mot et sa transformation en *-ō, évoluant plus tard en -o)11).

Deux voyelles brèves identiques mises en contact par la chute de ñ ou ʒ/h fusionnent en une seule voyelle (longue) :

¤peñe > « lip » (VT 39, p. 11; toujours en quenya)
¤maha > « main » (VT 39, p. 11; toujours en quenya)12)

Cependant, si la dernière voyelle était longue, et que la chute de ñ ou de ʒ la mettait en contact avec une autre voyelle similaire (longue ou brève), la première voyelle pouvait être dissimilée, comme > :

> ¤teʒē or *teñē > (*teē >) *tiē « chemin » (q. tië ; voir les entrées TEʒ, TEÑ dans les Étym., ce dernier se substituant au premier)

Il est possible que la forme *teē ait survécu pendant un temps, la dissimilation en *tiē ayant en fait lieu à une période bien plus proche de l’époque historique. Une dissimilation similaire peut également être observée plus tard, comme quand ¤wēʒē donne le quenya vië « virilité » (via *wēē > *wīē). Cependant, dans ce cas, ʒ n’est pas originel ; c’est une altération de g, puisque la racine n’est pas *WEƷ, mais WEG (RP, p. 458). Le changement g > ʒ (et sa chute subséquente) a eu lieu bien plus tard.

Là où ʒ or ñ a chuté devant une consonne, la voyelle précédente s’est allongée en compensation :

¤doʒmē > *dōmē « nuit » (q. lómë)13)
¤teʒrā ou ¤teñrā > *tērā « droit, en ligne droite » (q. téra ; voir encore TEƷ, TEÑ dans les Étym.)
¤waʒrā > *wārā « sale » (q. *wára > vára)14)

Fait notable : alors que h/ʒ a chuté en position médiale, il semble avoir surprenamment survécu en position finale, sa chute dans cette position se produisant seulement bien plus tard. Les documents publiés de Tolkien ne mentionnent pas explicitement ce phénomène, mais on aura probablement besoin d’un ʒ final plus tard, pour expliquer l’accusatif du quenya littéraire – formé par l’allongement de la voyelle finale d’un nom. Cela indique probablement la présence ancienne d’un ʒ final servant de désinence primitive d’accusatif. Mais si on accepte la chute du ʒ final en eldarin commun déjà, il chuterait trop tôt pour exercer une quelconque influence sur les voyelles finales du quenya tardif. Un mot comme *lassēʒ ou *lassēh, l’accusatif primitif probable de ¤lassē « feuille », doit donc rester inchangé pour l’instant. Pendant la période de l’eldarin commun, les voyelles brèves -a, -e et -o ont chuté. Quelques exemples :

Chute du -a bref final ; lorsque le suffixe -la est réduit à ce point, le l restant a fini par devenir syllabique :

¤swanda > *swand « éponge » (q. hwan, radical hwand-)
¤jakta > *jakt « cou » (q. yat, radical yaht-)
¤hekla > *hek·l « paria » (q. hecil)
¤makla > *mak·l « épée » (q. macil)
¤tankla > *tank·l « broche » (q. tancil)
¤tekla > *tek·l « plume » (q. tecil)

Chute du -e bref final :

¤i-ndise > indis « épouse »
q. pr. ¤kwene « personne » > eld. com. ¤kwēn (WJ, p. 360)
¤nere « homme » > nēr (WJ, p. 393)

Chute du -o bref final :

¤abaro « celui qui refuse » > ¤abar (WJ, p. 371 identifie ce dernier comme une forme de eld. com.)
¤ndōro > *ndōr « terre » (q. nór, WJ, p. 413)
¤Spanturo > *Spantur « Seigneur de la Nuée » (q. Fantur)15)
¤tollo > *toll « île » (q. tol, radical toll-)
¤Denwego > *Denweg (nom propre, q. Lenwë)16)

Comme le montrent clairement les exemples ¤kwene « personne » > eld. com. ¤kwēn (WJ, p. 360) et ¤nere « homme » > nēr (WJ, p. 393) déjà cités, un mot que la chute d’une voyelle finale rend monosyllabique, subit un allongement de sa voyelle radicale en compensation. Mais lorsque le mot est composé ou contient une désinence, et n’est donc pas monosyllabique, la voyelle demeure brève. Ainsi eld. com. ¤kwēn a pour pluriel ¤kwenī (WJ, p. 360), non ⁑kwēnī. Cette variation se reflète toujours dans le quenya quén, pl. queni (WJ, p. 361; de même nér « homme » pl. neri, MR, p. 213).

Lorsque la chute d’une voyelle brève finale a placé la semi-voyelle -w en position finale, cette dernière s’est vocalisée en u :

(¤angwa >) eld. com. *angw > *angu « serpent » (q. ango)17)

Une semi-voyelle finale derrière une voyelle longue a également pu évoluer en une voyelle à part entière :

(q. pr. ? *rāwa >) eld. com. *rāw > ¤rāu « lion »

Il s’agit du seul exemple certain illustrant ce phénomène (Tolkien a uniquement donné la racine RAW et la forme ¤rāu). Ce -u est tombé par la suite, selon toute évidence durant la période de l’eldarin commun. Nous ne savons pas tout à fait s’il faudrait formuler une règle générale du type « une voyelle finale brève tombe lorsqu’elle suit immédiatement une voyelle longue » :

¤rāu > « lion » (toujours en q.)18)

Après la chute des voyelles finales par l’un des procédés décrits ci-dessus, les formes plurielles ont évidemment été refaites par analogie avec le nouveau simplex. En quendien primitif, le pluriel de ¤swanda « éponge » a dû être *swandaī ou (plus tardivement ?) *swandai, mais quand ¤swanda a été réduit à *swand en eld. com., son pluriel a été changé en *swandī (toujours visible dans le q. hwandi) – comme s’il s’agissait d’un radical à consonne finale ordinaire. Le pluriel originel de q. pr. *rāwa (ou *rāwe, *rāwo) « lion » doit, de la même manière, avoir été une altération de *rāwai (ou *rāwei, *rāwoi) en *rāwī. Ici, w n’était pas final et, par conséquent, n’est pas devenu u, tombé par la suite, comme décrit ci-dessus. Ainsi en quenya, le pluriel de « lion » est toujours rávi, trace du eld. com. *rāwī et de la racine originelle RAW.

De toute évidence, durant l’époque tardive de l’eldarin commun, -i bref final a évolué en -e :

¤dōmi > *dōme « crépuscule » (q. lómë)19)
¤pori > *pore « farine, mouture » (q. porë)
*kari > *kare « [il] fait » (forme aoriste du verbe kar-) (q. carë)
*karini > *karine « je fais » (aoriste avec terminaison pronominale ; cf. vieux « noldorin »/sindarin yurine « je cours », q. carin); voir note ci-dessous.
*talruni > *talrune « plante du pied » (q. tallunë)

Les voyelles n’ont pas changé de timbre quand elles n’étaient pas en position finale : ainsi en quenya, nous voyons toujours la variation dans l’aoriste par exemple, entre carë « [il] fait » et carin « je fais » (le premier descendant de *kari avec le changement i > e, le second de *karini avec une terminaison de première personne, le suffixe pronominal *-ni empêchant le changement i > e puisque la voyelle n’est plus finale)20).

En parallèle avec le changement de -i bref en -e, -u bref final devient -o :

*kuru > kuro « dispositif ingénieux » (toujours curo en q., radical curu- ; les exemples ci-dessous ont également un radical en -u quand des terminaisons leur sont adjointes)
¤smalu > *smalo « pollen » (q. malo)21)
¤tundu > *tundo « colline, tertre » (q. tundo)
¤ranku > *ranko « bras » (q. ranco)
*angu > *ango « serpent » (q. ango)

Néanmoins, il faut noter que, devant la désinence de pluriel –ī, les mots qui, auparavant, se terminaient en –gu et –ku ont transformé ces combinaisons en consonnes labialisées –gw et –kw (la voyelle u fusionnant avec la consonne vélaire précédente). Le pluriel de *angu « serpent » est donc devenu *angwī (q. angwi). De la même manière, le pluriel de ¤ranku « bras » a fini par devenir ¤rankwī (q. ranqui). Comparer à WJ, p. 390, où Tolkien indique que le nom quenya urco, pl. urqui descend, « comme le montre son pluriel » d’une forme qui finissait initialement en –u plutôt qu’en –o : soit ¤urku, soit ¤uruku. Le pluriel urqui vient de *ur(u)kwī. Le moment où les vélaires labialisées gw et kw ont émergé (avant ou après que –u est devenu –o dans les simplex) ne peut être déterminé, puisque Tolkien a fait survivre à cette mutation les formes radicales en –u-, de toute façon.

1) Le rejet ou non de lesta n’est pas totalement clair ; l’entrée ÉLED où il apparaissait a été « remplacée » par une autre version — mais la règle phonologique dt > st peut être « valide » tout de même.
2) N.d.T. : Le mot anglais est ici stop, assimilé au verbe to stop, « arrêter ».
3) N.d.É. : Helge [Fauskanger] m’a toutefois signalé un cas. Dans le VT 44, p. 14, on trouve la forme verbale (factitive) camta « (faire) aller, convenir, accommoder », dérivée de la base q. pr. KAM « aller, convenir, accorder ». Helge a noté que cette forme (issue de ¤kam-tā) est un cas rare, sinon unique, d’un *-mt- primitif ne devenant pas -nt- « [contredisant] certainement les observations faites dans les Étym. ». (Comparer ceci avec la base KAM telle que décrite au chapitre 5, note 5.).
4) N.d.T. : Fauskanger incluait en fait un autre exemple aussi : ¤kukūwā > *kūwā or *kuwā « colombe » (q. cua)
Toutefois, il s’avère que le q. ⁑kua découlait d’une coquille dans le texte et qu’il fallait en fait lire kukua.
5) Dans les Étym., l’entrée MAƷ, le mot en eld. com., est orthographié mahtā-, mais il est clair que Tolkien utilise ici la lettre h pour χ plutôt qu’un h simplement aspiré ; cf. le mot quenyarien mahta- où les descriptions dans le SdA, p. 1202 indiquent clairement que ht représente χt.
6) N.d.É. : Comme noté au chapitre précédent, Tolkien a remplacé la racine MAƷ des Étym. par MAHA. D’après le VT 39, p. 11 note 6, c’est un cas de h intervocalique préservé avant un t. Même dans ce cas-là, ce serait un cas de ht donnant χt en quenya.
7) Encore une fois, l’orthographe véritable de Tolkien du mot primitif est « wahsē ».
8) N.d.É. : D’aucuns considèrent (j’en suis) que la fricative ʒ n’existait pas en q. pr. jusqu’aux débuts du eld. com. au moins, même si elle existait de toute évidence en eld. com. tardif ou en quenya prélittéraire, comme dans les premières formes quenyarines ʒalda > plus tard alda, tout comme dans la « [racine] de l’eldarin commun ƷOR » (VT 41, p. 11). Par conséquent, la racine a dû être *WAG.
9) N.d.T. : Cet adjectif anglais est difficilement traduisible en termes concis. On pourrait dire doté de mains, mais l’adjonction de left- ou right- en début de mot donne les expressions, respectivement, pour gaucher et droitier.
10) N.d.É. : Voir note 6. La forme postérieure devrait être *mahiti > *maiti > Q. maitë. Cf. la forme primitive ¤magiti > *maʒiti > Q. maitë « bien fait, aux belles formes », visible dans le nom Maitimo (VT 41, p. 10).
11) N.d.É. : Dans les Étym., la racine est ƷO. La forme plus tardive HO est visible dans WJ, p. 368.
12) Ces exemples sont intéressants, car ils indiquent que la chute des ñ et h médiaux a eu lieu très précocement, attendu que les voyelles brèves -a et -e en position finale ont chuté pendant l’ère de l’eldarin commun, voir ci-dessous. ¤Peñe a évidemment été contracté en avant que ¤peñe n’a été réduit en ⁑pēñ (avec allongement de la voyelle comme dans le q. pr. ¤kwene > eld. com. ¤kwēn). Alors que *pēñ aurait également donné le quenya , Tolkien ne semblait pas envisager les choses de cette manière, puisqu’il mentionnait comme une « contraction » de ¤peñe (VT 39, p. 11).
13) N.d.É. : Selon une source plus tardive, la forme ¤dōmē est attestée comme la forme primitive du q. lómë, sind. (Silm., p. 354).
14) N.d.É. : Voir note 8.
15) N.d.É. : Tolkien l’a remplacé par Fëantur, avec une étymologie différente, mais l’exemple est toujours valide dans ce domaine.
16) N.d.É. : La forme Denweg existe toujours en nandorin. Cf. sind. Denwaith, altération de Danwaith (= Q. Nandor) en raison de l’influence de Denweg.
17) Comparer l’entrée ANGWA dans les Étym. avec la forme radicale angu- du nom quenya ango, vu dans le composé angulócë, entrée LOK. Tout comme -w est devenu -u, un -j devenant final évolue de la manière en -i ; cf. l’exemple ¤talrunja « plante du pied » donnant le quenya tallunë, visiblement via *talrunj puis *talruni ; voir ci-dessous. Dans ce cas, la chute d’un -a final est postérieur au eld. com., indiquant que la règle d’évolution des -w et -j finaux (transformation en -u et -i) a continué à s’appliquer dans les stades les plus anciens du quenya.
18) Si l’entrée NOWO des Étym. est interprétée comme la représentation d’un mot q. pr. *nowo, le quenya « conception, idée » a pu émerger de la manière suivante : q. pr. *nowo est d’abord devenu eld. com. *nōw (tout comme kwene devient kwēn), ce *nōw donne alors *nōu, et le -u final est, par la suite, tombé, laissant seulement *nō = q. .
19) N.d.É. : Voir note 11.
20) Nous attribuons ce changement à l’époque de l’eldarin commun, parce qu’on l’observe également en vieux « noldorin »/sindarin : la forme yurine « je cours » (YUR) montre l’exemple d’un radical en i *yuri- avec une terminaison -ne « je », tandis que la forme trenare « il relate » (NAR2) montre que le changement à partir d’un *trenari antérieur a déjà eu lieu : en ajoutant la terminaison -ne « je » à trenare de sorte que le -e final ne le reste pas, nous observerions clairement *trenari-ne avec la préservation du timbre originel de la voyelle. La terminaison -ne « je » devrait elle-même être un exemple de l’évolution de -i en -e, puisqu’elle doit provenir d’un ancien ni ; comparer avec le radical NI², simplement défini comme « je ». On trouve une autre forme « v. nold. »/v. sind. pertinente, barane « brun », représentant sans doute un ancien *barani (cf. quenya varnë, radical varni-). Cependant, le changement -i > -e n’est pas survenue au commencement de l’époque de l’eldarin commun ; le fait que Tolkien mentionne ¤phini « un cheveu » [> q. finë] comme une forme de l’eldarin commun dans PM, p. 362 (cf. PM, p. 340 pour la forme q.) le montre bien. On peut également noter que le nandorin, le vert-elfique, semble s’être dissocié de la branche eldarine commune avant que ce changement n’ait eut lieu ; voir l’entrée lygn dans le lexique associé à mon article sur le nandorin.
21) N.d.É. : Comme sous-entendu dans PM, p. 366, Tolkien a changé la racine dont dérive le q. malo en *MAL, au lieu de SMAL dans les Étym. (cf. QL, p. 58 s.v. MALA²). La forme MALAT « or » en est la forme étendue.
 
langues/langues_elfiques/evolution_quenya/eldarin_commun.txt · Dernière modification: 10/02/2020 09:44 par Dwayn
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