Quenya basique — Introduction à l’étude de l’elfique

 Un Anneau
Taum Santoski — 1992
traduit de l’anglais par David Giraudeau
Notes de lecture : En tant que présentations ou compilations, ces articles sont les plus accessibles à tous les lecteurs. Aucune connaissance sur J.R.R. Tolkien n’est requise.
Ce texte est issu de l’ouvrage Basic Quenya, 2e éd., p. i. Il est paru en 1992, à l’occasion du centenaire de la naissance de J.R.R. Tolkien et présente la vision que Taum Santosky avait des langues de Tolkien. Taum Santoski était un passionné des langues inventées par J.R.R. Tolkien et un grand érudit dans ce domaine. Il participa à la réalisation de plusieurs volumes de la série The History of Middle-earth (fr. l’Histoire de la Terre du Milieu), dont les cinq premiers ont déjà été traduits aux éditions Christian Bourgois. Le neuvième volume de cette série, Sauron Defeated, lui a été dédicacé à titre posthume. Le lecteur trouvera sur ce site un hommage à Taum Santoski par un de ses amis les plus proches, le tolkieniste Patrick Wynne. Basic Quenya (fr. quenya basique) est une publication de Beyond Bree, un groupe de la société Mensa des États-Unis.

Le traducteur remercie Nancy Martsch pour sa permission de traduire ce texte en français et de l’inclure sur ce site internet. Taum Santoski ayant hélas prématurément disparu, c’est elle qui s’est substituée à lui pour me donner son accord. Ses remerciements vont aussi à Cédric Piétrus pour son aimable relecture.

La meilleure façon de débuter l’étude des langues de Tolkien est de commencer par les points évidents (dont certains peuvent ne pas être évidents) pour ensuite s’orienter vers les fondamentaux réels et enfin s’intéresser aux savoureux morceaux de syntaxe, de déclinaisons et de temps.

La première chose qu’il faut comprendre au sujet des langues de Tolkien est qu’elles sont imaginaires. Elles n’existèrent nulle part ailleurs que dans l’esprit de Tolkien jusqu’à ce qu’il les couchât sur le papier. Ses langues sont réellement un jeu très sophistiqué sur la pratique des langues, comme le pig latin, mais à une plus grande échelle. Dans les langues de Tolkien, un système entier de racines et de grammaire avec des significations spécifiques a été conçu dans ses moindres détails. J’insiste sur ce côté imaginaire car au contraire de langues disparues comme le linéaire B, l’étrusque ou la langue proto-indo-européenne d’Ur (qui est supposée avoir été le précurseur de nombreuses langues occidentales) les langues dans l’univers de Tolkien possèdent une dimension finie : il n’y a pas plus que ce que Tolkien a écrit. Pour nos besoins, cependant, nous assumerons une certaine réalité pour ces langues, pour autant que Tolkien leur en attribuait une.

Cet article a été publié dans l’ouvrage
Basic Quenya,
de Nancy Martsch.

Selon Humphrey Carpenter, dans sa biographie de Tolkien, l’invention de langues débuta très tôt dans la vie de Tolkien. Peut-être que c’est en 1900 (alors que Tolkien avait sept ans et eut son premier vrai contact, par sa mère, avec d’autres langues que la sienne) que cette capacité s’éveilla. Ceci mène directement à la période après la mort de sa mère, lorsque Tolkien découvrit que ses cousins Incledon partageaient un intérêt pour les langues « secrètes » ou « déguisées ». Ces révélations menèrent Tolkien à une certaine familiarité et à l’invention de l’animalique et du nevbosh (« nouveau non-sens »). La découverte et la pratique de l’espagnol au cours de son adolescence le poussèrent à la conception de sa première langue réellement raisonnée, le naffarin. Et un léger aperçu de gotique lui fit composer le nouveau gotique. Ce fut toutefois le Kalevala, les histoires épiques de Finlande, et le finnois qui exaltèrent ses aptitudes créatives. Peu de temps après, cela mena à l’invention du qenya (sic) (prononcé couénia) qui fut un précurseur rustique, mais déjà très beau, du quenya, une des langues découvertes dans le Seigneur des Anneaux et d’autres livres de Tolkien.

Cela nous amène à présent à l’élément que la plupart d’entre nous connaissent : le Seigneur des Anneaux. Tout le monde a certainement lu Bilbo le Hobbit, mais Tolkien n’a pas beaucoup fait usage de ses langues inventées dans ce livre. Il employa plutôt des modernisations de langues réelles, depuis longtemps abandonnées, pour la plupart des noms de personnages ou des toponymes. Quelques-uns des noms inventés dans Bilbo le Hobbit sont Elrond, Bladorthin, Roäc et Carc. Cependant, ce ne fut pas avant le Seigneur des Anneaux que Tolkien utilisa ses langues imaginaires à un haut degré. Je dois à présent rappeler, afin de clarifier les choses, que [majoritairement, N.d.T.] durant la période de 1905 à 1935, de la première véritable langue inventée à l’écriture de Bilbo le Hobbit, Tolkien conçut une formidable mythologie publiée par la suite sous la forme du Silmarillion. Toutefois, je m’occupe plus ici d’une introduction que de fournir une histoire détaillée, ainsi ai-je employé la publication chronologique des ouvrages de Tolkien comme règle.

Au cours de ces trente ans, Tolkien inventa les langues qui sont employées dans le Seigneur des Anneaux pour y faire bon effet. Ce sont les langues elfiques, le langage de ses créatures éthérées et esthétiques, les Elfes. Dans la plupart des livres de Tolkien, les Elfes parlent l’une des deux langues : le quenya, traduit par « langue, langage » ou le sindarin, traduit par « gris-elfique ». Tolkien composa également, au moins en partie, d’autres langues elfiques comme le sylvain, le langues:langues elfiques:telerin|telerin]], le vanyarin, le lendarin et le danien pour compléter ses deux premières langues favorites.

J’ai mentionné plus haut à quel point la connaissance du finnois fut une source, mais pas la seule influence, du quenya de Tolkien. De manière similaire, l’autre langue elfique, le sindarin, fut fortement influencée par le gallois, la langue du Pays de Galles. Cependant, ce n’est pas la seule influence du sindarin. Tolkien était éclectique, c’est-à-dire qu’il rassemblait [ses informations] depuis divers endroits. Ses langues sont un amalgame repensé, reprojeté et reforgé de la plupart des langues européennes. Des influences sur ses langues peuvent être observées dans l’allemand, le vieil islandais, le finnois, le gallois, le danois, le vieux norrois, le russe, le champ des langues slaves, le latin, l’italien, le grec, le hvestan et le farsi et même le gotique et le vieil irlandais.

L’étude des langues elfiques doit également être précédée du prudent rappel que notre connaissance des inventions de Tolkien n’est que partielle. Avec le temps, parfois lentement, à d’autres moments en flux important, des parties de la structure, de l’histoire, des étymologies (sources à l’intérieur de la structure imaginaire), deviennent plus claires à ceux qui étudient les langues. Ainsi, ce qui doit apparemment être une déclaration concrète sur le quenya ou le sindarin pourrait soudainement être remis en cause lorsqu’un nouveau matériel devient disponible.

Cette « semi-introduction » sur « la manière de parler elfique » pourrait tout aussi bien être résumée en considérant de quelle manière les langues de Tolkien diffèrent des autres « inventeurs » de langues. En tout premier lieu, Tolkien n’utilisait pas simplement ses langues pour leur effet littéraire, comme le faisait Jonathan Swift, non plus qu’elles ne furent destinées à être des langues « philosophiques » comme celles de George Dalgarno (vers 1628—1687) ou John Wilkins ; elles ne sont pas non plus une « langue du Monde » comme le volapük (1880), l’espéranto (1887) ou le solresol (fin du XVIIIe siècle)1), ni une mystification littéraire telle que le formosan de George Psalmanazar2) (?1679—1763). Tolkien inventa ses langues pour le pur plaisir esthétique des sons, pour les parler et les écouter. En premier lieu, il voulait qu’une langue lui plaise et peut-être, dans un second temps, qu’elle plaise à d’autres personnes.

Voir aussi

Sur Tolkiendil

Sur le net

  • Beyond Bree : Le site du Tolkien Special Interest Group de l’American Mensa
1) N.d.T. : Au sujet de ces langues, et de bien d’autres, voir l’article de la Wikipédia sur les langues artificielles.
2) N.d.T. : S’étant rendu en Angleterre, George Psalmanazar fit croire qu’il était originaire de Formose, l’île principale de Taïwan. Il écrivit un ouvrage, An Historical and Geographical Description of Formosa, an Island subject to the Emperor of Japan, qui connut un certain succès et fut même traduit en français et en allemand. Il y est censément question, entre autre chose, du formosan et de son alphabet (au sujet des langues formosanes, voir la Wikipédia).
 
langues/langues_elfiques/quenya/introduction_etude_elfique.txt · Dernière modification: 23/06/2021 14:04 par Elendil
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