Au nom du père : le nom chez les Elfes

 Trois Anneaux
Mathias Daval — Janvier 2006
Notes de lecture : En tant que présentations ou compilations, ces articles sont les plus accessibles à tous les lecteurs. Aucune connaissance sur J.R.R. Tolkien n’est requise.

On connaît l’importance des noms dans l’univers tolkienien. Chez les Elfes, en particulier, le nom n’est pas choisi au hasard, et il reflète la nature et le destin de l’être qui le porte. En lisant les Contes et légendes inachevés, certains d’entre vous ont ainsi pu s’interroger sur l’histoire des divers noms portés par Galadriel.

Il s’agit de distinguer tout d’abord l’essë (nom reçu ou « vrai » nom) de l’anessë (nom donné ou nom supplémentaire). L’essë (pluriel essi) est le premier nom porté par un Elfe. Il est toujours choisi par le père, à la naissance, à l’instar de Fingolfin et son fils Fingon, ou encore Finarfin et Finrod, Celeborn et Celebrían, Elrond et Elrohir. Il reprend, comme on peut le constater dans les exemples cités, un élément caractéristique du nom du père1) (celeb : argent en sindarin), et souvent de la mère, quand il s’agissait d’une fille. L’annonce du choix du nom paternel avait lieu au cours d’une cérémonie officielle appelée essecarmë2).

Quelques temps plus tard, une autre cérémonie, ou essecilmë3), permettait à l’enfant de se choisir lui-même un deuxième nom. L’Elfe devait néanmoins attendre d’être capable de lámatyávë, c’est-à-dire de goût pour les sonorités et les formes des mots, avant de pouvoir participer à son essecilmë4). Ce talent était considéré comme le plus important d’entre tous chez les Noldor, il s’agissait d’un véritable trait de la personnalité de chacun (erdë). Généralement, l’essecilmë avait lieu avant la dixième année de l’Elfe. Ce deuxième nom avait un usage exclusivement privé, et il était jugé offensant de l’utiliser sans la permission de son possesseur. Pour autant, rien n’empêchait un Noldo de choisir un nouveau deuxième nom, s’il estimait que sa personnalité avait évolué. Ces changements étaient néanmoins peu fréquents. L’essë paternel demeurait, quoi qu’il en soit, le nom officiel de l’Elfe.

Les anessi, ensuite, peuvent être de deux types : ils peuvent être donnés par la mère (parfois longtemps après la naissance), à l’image de Míriel qui appelle son fils Fëanor (en fait elle l’appelle Feänáro, « esprit de feu », qui devient Faenor en sindarin, retranscrit, abusivement, Feänor5)). La tradition veut que ce nom maternel soit le plus proche de la véritable nature de l’être, les femmes étant considérées comme possédant une sensibilité particulière qui leur confère le don de pressentir l’essence des choses, de manière quasi-prophétique6). C’est ce que l’on appelle l’amilessë tercenya (« nom maternel pénétrant ») ou amilessë apacenya (« nom maternel visionnaire ») dont l’usage public (et officiel) était plus fréquent dans les jours anciens7).

Ils peuvent aussi donné par les autres ou par soi-même. Il s’agit de l’epessë, ou surnom8). Gil-galad, par exemple, fut désigné ainsi du fait de l’éclatante brillance de son armure, semblable à celle d’une étoile9) (gil : étoile, galad : brillance, en sindarin). Son vrai nom (essë) était Ereinion, qui signifie « Descendant des Rois ». Elwë, seigneur des Teleri, devint connu par son anessë Sindicollo (« manteau gris »). Son nom complet fut dès lors Elu Thingol, la forme sindarine.

Galadriel (© John Howe)

Dans un même esprit, le cas de Galadriel est particulièrement intéressant10) :

  • essë : Artanis (donné par le père, Finarfin)
  • amilessë : Nerwen (donné par la mère, Eärwen)
  • epessë : Alatáriel (donné par son époux, Celeborn, en telerin, car il était un Elfe des mers), qui devient Altariel en quenya et, finalement, par transformation euphonique, Galadriel en sindarin.

Ce simple exemple est à même de démontrer le souci permanent de Tolkien pour l’onomastique, et son rôle de ciment du monde imaginaire. Les langues elfiques sont vouées à l’évolution, par les créations esthétiques successives de chaque génération, depuis les premiers jours d’Arda. Un exemple de ce processus dans notre monde me vient à l’esprit. En 1912, en Lituanie, un jeune passionné, Johannes Aavik, inventa toute une série de mots dans le but de moderniser la langue, mais aussi de la rénover selon des critères esthétiques. Chez les Noldor, le sage Rúmil, en inventant le premier système d’écriture, joua un rôle similaire. Le processus de création littéraire chez Tolkien, on ne le répètera jamais assez, repose sur le langage. Tolkien le philologue décline ses talents de poète, au véritable sens du terme : poète, le créateur.

Voir aussi sur Tolkiendil

3) Ibid., p. 214-215
4) Ibid., p. 215-216
10) Contes et légendes inachevés : Deuxième Âge - L’histoire de Galadriel et Celeborn - Appendice E
 
langues/textes/noms-elfes.txt · Dernière modification: 14/06/2011 19:09 par Elendil
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