The Last Ship

Original par J.R.R. Tolkien

Firiel looked out at three o’clock:
the grey night was going;
far away a golden cock
clear and shrill was crowing.
The trees were dark, and the dawn pale,
waking birds were cheeping,
a wind moved cool and frail
through dim leaves creeping.

She watched the gleam at window grow,
till the long light was shimmering
on land and leaf; on grass below
grey dew was glimmering.
Over the floor her white feet crept,
down the stair they twinkled,
through the grass they dancing stepped
all with dew besprinkled.

Her gown had jewels upon its hem,
as she ran down the river,
and leaned upon a willow-stem,
and watched the water quiver.
A kingfisher plunged down like a stone
in a blue flash falling,
bending reeds were softly blown,
lily-leaves were sprawling.

A sudden music to her came,
as she stood there gleaming
with free hair in the morning’s flame
on her shoulder streaming.
Flutes there were, and harps were wrung,
and there was sound of singing,
like wind-voices keen and young
and far bells ringing.

A ship with golden beak and oar
and timbers white came gliding;
swans went sailing on before,
her tall prow guiding.
Fair folk out of Elvenland
in silver grey were rowing,
and three with crowns she saw there stand
with bright hair flowing.

With harp in hand they sang their song
to the slow oars swinging:
“Green is the land, the leaves are long,
and the birds are singing.
Many a day with dawn of gold
this earth will lighten,
Many a flower will yet unfold,
ere the cornfields whiten.”

“Then whither go ye, boatmen fair,
down the river gliding?
To twilight and to secret lair
in the great forest hiding?
To Northern isles and shores of stone
on strong swans flying,
by cold waves to dwell alone
with the white gulls crying?”

“Nay!” they answered. “Far away
on the last road faring,
leaving western havens grey,
the seas of shadows daring,
we go back to Elvenhome,
where the White Tree is growing,
and the Star shines upon the foam
on the last shore flowing.

“To mortal fields say farewell,
Middle-Earth forsaking!
In Elvenhome a clear bell
in the high tower is shaking.
Here grass fades and leaves fall,
and sun and moon wither,
and we have heard the far call
that bids us journey thither.”

The oars were stayed. They turned aside:
“Do you hear the call, Earth-maiden?
Firiel! Firiel!” they cried.
“Our ship is not full-laden.
One more only we may bear.
Come! For your days are speeding.
Come! Earth-maiden elven-fair,
our last call heeding.”

Firiel looked from the river-bank,
one step daring;
then deep in clay her feet sank,
and she halted staring.
Slowly the elven-ship went by
whispering through the water:
“I cannot come!” they heard her cry.
“I was born Earth’s daughter!”

No jewels bright her gown bore,
as she walked back from the meadow
under roof and dark door,
under the house-shadow.
She donned her smock of russet brown,
her long hair braided,
and to her work came stepping down.
Soon the sunlight faded.

Year still after year flows
down the Seven Rivers;
cloud passes, sunlight glows,
reed and willow quivers
at morn and eve, but never more
westward ships have waded
in mortal waters as before,
and their song has faded.

Par Stéphanie Loubechine

Fíriel mira dehors à trois heures :
la nuit grise se dissipait ;
dans le lointain un coq de couleur d’or
coqueliquait clair aigrelet.
Les arbres étaient noirs, et l’aube pâle,
les oiseaux au réveil pépiaient,
se frayant entre les feuilles, frêles
et frais, un vent vagabondait.

Par la vitre elle vit grandir l’éclat
en longue lumière, chatoyant
sur la terre et les feuilles ; dans l’herbe en bas
scintillait la rosée d’argent.
Sur le plancher ses pieds blancs se glissèrent,
brillèrent dans les escaliers,
entre les herbes dansants ils marchèrent
tout éclaboussés de rosée.

Avec sa robe ourlée de joyaux,
elle dévala le ruisseau
et se pencha sur le tronc d’un marsault
et regarda frissonner l’eau.
Elle vit un martin-pêcheur plonger,
un éclair bleu, comme une pierre,
les roseaux étaient doucement courbés,
les feuilles-de-lis s’étalèrent.

Une musique soudaine lui vint,
comme elle luisait là, dressée,
les cheveux dans la flamme du matin
glissant sur ses épaules, dénoués.
Il y avait flûtes, et harpes pincées,
et un son de chant s’entendait,
de voix-de-vent jeunes et élevées,
des cloches lointaines tintaient.

Un navire s’approcha en glissant
coque et rames blanche, bec doré ;
quelques cygnes nageaient à ses devants
pour guider sa proue élevée.
Vêtus de gris argent, de belles gens
des Terres-des-Elfes ramaient,
et trois d’entre eux, cheveux flottant
portant couronne s’y tenaient.

Harpes à la main ils chantaient leur air
aux lentes rames balançant :
« Longues sont les feuilles, le pays est vert,
et les oiseaux pépient leur chant.
Cette terre s’éclairera longtemps
au petit jour d’une aube d’or,
avant que les blés tournent blanc,
bien des fleurs s’ouvriront encore. »

« Où allez-vous alors, gents bateliers,
en descendant cette rivière ?
Au crépuscule, pour vous dissimuler
dans une cache forestière ?
Aux Îles nordiques, aux plages de pierre
volant sur des cygnes puissants,
passant les vagues froides, et solitaires
vivre aux cris des goélands blancs ? »

« Nenni ! » répondirent-ils. « Nous suivons
la dernière voie loin d’ici,
sur les mers des ombres nous nous osons,
laissant à l’Ouest les havres gris,
nous nous en retournons au beau Pays
des Elfes, où l’Arbre Blanc s’élève,
et où l’Etoile sur l’écume luit
flottant sur la dernière grève. »

« Oublions donc la Terre-du-Milieu,
disons adieu aux champs mortels !
Au Pays-des-Elfes sonne clair-joyeux
une cloche dans la haute tourelle.
Ici soleil et lune sont en déclin,
feuille et herbe vont s’étioler ;
nous avons entendu l’appel au loin
qui nous incite à traverser. »

Les rames cessèrent. Ils se retournèrent,
criant : « Fíriel, Fíriel !
Entends-tu, Demoiselle-de-la-Terre
d’une beauté d’Elfe, cet appel ?
Notre navire n’est pas encor plein.
Viens ! Tes jours vont à tire-d’aile,
Viens ! Nous pouvons encor porter quelqu’un !
Ecoute notre ultime appel ! »

De la rive, Fíriel les regarda,
osant un pas ; alors son pied
profondément dans la boue s’enfonça,
et elle s’arrêta, figée.
Doucement la nef des Elfes passa,
chuchotant de par la rivière :
« Je ne peux pas venir ! » cria sa voix
« Je suis née fille de la Terre ! »

Sa robe était nue de joyaux brillants,
comme sous voûte et porte sombre
elle rentra en traversant les champs,
passant sous la maison et l’ombre.
Elle revêtit son sarrau brun-rouille,
ses longs cheveux elle tressa
et elle descendit à son travail.
Bientôt l’éclat du jour fana.

Les unes après les autres, les années
coulent le long des Sept Rivières ;
passent nuages, les jours ensoleillés,
le saule tremble en roselière
à l’aube et à l’aurore, mais plus jamais
de navire à l’ouest n’est parti
par les eaux mortelles comme ils faisaient,
et leur chant s’est évanoui.

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arts/traductions/atb/the_last_ship.txt · Dernière modification: 11/08/2012 14:39 par pas31
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