"A Club of the Other Sort". Coteries, cercles, cliques et autres sociétés: théories et pratiques des groupes (masculins) chez C.S. Lewis

Anne-Isabelle François - 31 juillet 2012 - Cerisy
ColloqueLes colloques de Cerisy ont, depuis longtemps, accordé une place de choix aux littératures de l’imaginaire et aux littératures dites « de genre » ; elles sont aussi, bien sûr, un lieu emblématique de réflexion sur la littérature. Une semaine sera consacrée, en juillet 2012, à l’œuvre de J.R.R. Tolkien (1892-1973) et au groupe des Inklings (C.S. Lewis, Charles Williams, Owen Barfield, etc.).

Compte-rendu de l'intervention

par Cloé Dottor

Lewis a été influencé par les Inklings dans sa façon de mettre en scène un modèle du groupe masculin dans ses fictions. Lorsqu’il y fait allusion, il parle d’un club littéraire informel, d’une confraternité dont les caractéristiques sont le caractère non institutionnel, la taille réduite, mais aussi le fait de se réunir autour d’un intérêt commun. Pourtant, ce modèle du groupe a deux facettes, une positive (les Inklings), et une négative, qui repose sur un désir d’insertion sociale plutôt que sur la vraie amitié. C’est l’idée du gang, qui emploie une terminologie spécifique (« them ») et fonctionne selon une hiérarchie interne en fonction de l’importance de ses membres. Dans les fictions de Lewis les modèles négatifs se multiplient (la Trilogie cosmique, The Screwtape letters) et sont opposés au seul modèle clair, celui des Inklings. Pourtant, une ambigüité persiste puisque même le « bon » groupe fonctionne selon des mécanismes d’exclusion : les universitaires le reprochent d’ailleurs aux Inklings.

Le problème repose sur le fait qu’une communauté essentiellement masculine est élevée au rang d'idéal universel. Lewis s’appuie sur l’idée que toutes les civilisations commencent par un petit groupe d’amis hommes, remontant jusqu’à la préhistoire : les femmes sont de fait exclues. Le débat est tributaire de l’expérience des tranchées durant la Première Guerre mondiale, durant laquelle l’intimité entre hommes était plus importante que celle vécue avec les femmes (exemple : la dysenterie). Dans le modèle construit par Lewis, le groupe se réunit dans un lieu particulier pour incarner un idéal anglais qui fait référence à des attributs spécifiques : les pantoufles, la bière, le thé, le tabac. A ceci se mêle la référence aux codes et rituels du système féodal.

Interventions de l'auditoire : Il n’y avait officiellement pas de règle inhérente qui interdisait l’accès aux femmes, c’est pourquoi une ou deux ont été invitées ponctuellement, mais elles n’appartenaient pas au cercle restreint, qui restait masculin. De plus, la dimension nostalgique de ce groupe face à une société qui se divise est absolument centrale.

 
essais/colloques/colloque_cerisy_2012/compte-rendu_anne-isabelle_francois.txt · Dernière modification: 11/04/2017 09:45 par Druss
Partager sur
Nous suivre sur
https://www.facebook.com/Tolkiendil https://www.twitter.com/TolkiendilFR https://plus.google.com/+Tolkiendil http://www.youtube.com/user/AssoTolkiendil
Tolkiendil - http://www.tolkiendil.com - Tous droits réservés © 1996-2017