De la nature de Gothmog, lieutenant de Morgul

Jean-Rodolphe Turlin - janvier 2013
Articles de synthèseArticles de synthèse : Ces articles permettent d'avoir une vue d'ensemble du thème traité mais ils nécessitent une bonne connaissance des principales œuvres de J.R.R Tolkien.
Version consolidée de l’exposé De la Nature de Gothmog présenté oralement à La Pinterie (36), le 8 juillet 2007 lors d’une rencontre JRRVF, et publié sur Hiswelókë en janvier 2008.

Délibérément ou involontairement, J.R.R. Tolkien a laissé plusieurs zones d’ombre dans la composition de son monde et dans la rédaction de ses œuvres majeures. Ces intrigantes énigmes participent à la féerie de la Terre du Milieu. L’exemple le plus connu est celui du petit monde de Tom Bombadil, si cher aux admirateurs de Tolkien. Mais bien d’autres protagonistes sont également cités par-ci ou par-là sans que leur origine ou leur nature soit explicitement évoquée par l’auteur.

C'est le cas de Gothmog, un personnage identifié par Tolkien, sans autre forme de précision, comme le « Lieutenant de Morgul », pendant la Guerre de l’Anneau.

On ne sait rien d’autre de ce Gothmog que le nom laissé par la tradition et sa principale fonction. Qui donc — et quoi donc — se cache derrière ce nom sinistre ? Plusieurs hypothèses peuvent être avancées à propos de ce personnage.

Ce modeste essai, tout à fait perfectible et non exhaustif, a pour but de tenter d’approcher avec une grande prudence au plus près de la nature supposée du lieutenant de Morgul, telle que J. R. R. Tolkien a pu éventuellement l’envisager, toujours en suivant de près la logique des écrits qui composent son œuvre, dans la cohérence du récit et la vraisemblance de son monde imaginaire.

Le nom de Gothmog

Si on se rapporte à ce qu’évoque Christopher Tolkien dans The War of The Ring1), le nom du lieutenant de Morgul serait issu d’une lointaine tradition remontant au Livre des Contes perdus.

En effet on peut lire dans la liste des noms de la Chute de Gondolin qu’un certain Gothmog, d’abord identifié comme un fils de Melko et de l’ogresse Fluithuin avant que cette idée soit ensuite abandonnée, était le capitaine des Balrogs (on peut lire aussi « Maréchal » des Balrogs dans le récit) pendant le sac de Gondolin et qu’il fut tué par Echtelion dans un combat singulier.

Tolkien attribue par la suite à ce fameux seigneur des Balrogs les meurtres de Fëanor, de Fingon, la capture de Húrin à la bataille des Larmes innombrables. Dans le Silmarillion, il est précisé qu’il était Haut-capitaine d’Angband et qu’il combattait entouré d’une garde de trolls au sang noir.

Le nom de Gothmog est lui-même très ancien : il faut savoir qu’on retrouve ce nom dans le Lexique qenya que Christopher Tolkien estime remonter à 1915.

Sans rentrer dans de trop longues considérations étymologiques (déjà développées dans le Livre des Contes Perdus) Gothmog serait l’équivalent gnomique du nom qenya Kosomoko et signifierait « Discorde et Haine ».

Selon une autre source, le nom sous sa forme gnomique se traduirait par « Démon de douleur ».

Une troisième tradition, dans La Route Perdue2) donne à ce nom une origine qui n’est pas elfique mais orquine. La traduction devient alors « Voix de Goth, voix du maître », un sens assez prestigieux et qui permet de supposer que son puissant porteur avait toute la confiance de Melko-Morgoth.

C’est ce nom, Gothmog, déjà porté par un terrible et fameux personnage des anciens jours, qu’on retrouve pour notre mystérieux lieutenant de Morgul.

Minas Morgul

Gothmog est cité à une seule reprise dans l’ensemble du texte du Seigneur des Anneaux. Une unique apparition qui offre à ce personnage un rôle conséquent puisqu’il se trouve être cité comme le « Lieutenant de Morgul » et qu’il est au départ censé commander à une puissante armée de réserve basée à Osgiliath dont l’intervention met les forces de Gondor et Rohan en situation désavantageuse3) :

(…) de nouvelles forces commencèrent à se déverser d'Osgiliath sur le champ de bataille. Elles avaient été rassemblées là pour le sac de la Cité et le pillage du Gondor, dans l'attente de l'appel de leur Capitaine. Il était mort à présent. Mais Gothmog, le lieutenant de Morgul, les avait jetés dans la mêlée : Orientaux armés de haches, Variags de Khand, Suderons en écarlate, et, du lointain Harad, des hommes noirs semblables à des semi-trolls avec des yeux blancs et des langues rouges. Les uns venaient en hâte derrière les Rohirrim, tandis que d'autres restaient à l'ouest pour retenir les forces de Gondor et les empêcher de rejoindre le Rohan.

Le nom de « Morgul » cité par Tolkien désigne la citadelle de Minas Morgul, longtemps connue sous le nom de Minas Ithil avant sa capture par les forces de Sauron, alors dirigées par les Nazgûl. Ceux-ci s’y installèrent et instaurèrent un règne de terreur confirmé par différents passages du Seigneur des Anneaux et d’autres textes4) :

Mais ce ne fut pas avant l’an 2000 que [les Nazgûl] se risquèrent hors du Mordor et, franchissant la passe de Cirith Ungol, vinrent assiéger Minas Ithil. Ils prirent Minas Ithil en 2002, et s’emparèrent de la Palantir que l’on gardait dans la tour. Tant que dura le Troisième Age, ils ne furent point délogés de Minas Ithil qui devint un lieu d’épouvante sous le nom de Minas Morgul. Bien des gens qui demeuraient encore en Ithilien, s’exilèrent.

Selon une note de Christopher Tolkien dans les Contes et Légendes Inachevés, sept Nazgûl s’installèrent à Minas Morgul. Parmi eux se trouvait leur grand capitaine, le terrible ex-Roi-sorcier de l’Angmar. Les deux autres, Khâmul et un lieutenant, tenaient la citadelle de Dol Guldur, au sud de la Forêt Noire.

Gothmog(© Ted Nasmith)

Nous ne reviendrons pas sur la terreur qu’inspiraient les Nazgûl. Une terreur qui transparaît continuellement dans de nombreux chapitres du Seigneur des Anneaux. À Minas Morgul, l’épouvante qui émanait d’eux devint l’assise de leur règne et empoisonna toute la région qui environnait la cité. On retrouve ces allusions jusque dans les pages du Silmarillion5) :

[les Nazgûl] portèrent leur premier coup sous le règne d’Eärnil, sortant la nuit de Mordor par les cols des Montagnes de l’Ombre. Ils s’installèrent à Minas Ithil et en firent un endroit si terrifiant que nul n’osait y porter le regard. On l’appela ensuite Minas Morgul, la Tour des Sorciers (…)

Les premiers paragraphes du livre IV du Seigneur des Anneaux, chap 8, « Les escaliers de Cirith Ungol » décrivent un territoire fantomatique, une cité terrifiante, éclairée par des « lumières cadavres », enveloppées « d’exhalations fétides de pourriture ». Dans cet environnement, Frodon et Sam deviennent presque fous de terreur. Le sortilège qui emprisonnait les lieux répond en écho à toutes les allusions sur la terreur qu’inspirent les Nazgûl.

Une terreur qui marque les orques, pourtant habitués aux pires ambiances : ainsi dans la conversation entre Shagrat et Gorbag dans les Deux Tours nous apprenons que les « Nazgûl donnent la chair de poule »6) et que « ce n’est pas drôle de servir dans la Cité »7)

Dans ces conditions, on comprend que seul un puissant sortilège empêche les hommes en service à Minas Morgul de sombrer dans la folie et l’épouvante. Ainsi, lorsque la puissante armée de Morgul quitte la citadelle à la veille de la bataille du Pelennor, sous les yeux de Frodon, Sam et Gollum, on note que Tolkien évoque la présence d’un « grand nombre de cavaliers qui se mouvaient comme des ombres en bon ordre » alors que quelques lignes auparavant il soulignait pourtant « les hennissements des chevaux fous de rage et de peur ». Puis lorsque Le Roi-sorcier s'arrête à l’entrée du pont et tourne la tête en direction de l’escalier où se cache Frodon, toute l’armée s’immobilise derrière lui dans « un silence de mort », ce qui reste étonnant pour une telle multitude. Après, sans qu’un seul ordre ne soit donné, elle repart à sa suite sur le pont en direction de la vallée de l’Anduin. Cet exemple illustre le vaste maléfice qui enveloppe la troupe et par lequel le grand Nazgûl qui reçoit tout son pouvoir directement de son maître Sauron, contrôle toute son armée, et au-delà, coordonne tous les mouvements de troupe (et pas seulement celles de Morgul) en direction de Minas Tirith… « Mais la pensée et la volonté du Capitaine noir étaient tout entières occupées par la chute de la cité… »8)

La nature de Gothmog

Gothmog est donc le lieutenant de Minas Morgul. Ce terme militaire et administratif désigne celui qui tient lieu de chef, qui remplace le chef en cas de besoin et qui le seconde directement.

Bien entendu, Gothmog accompagne le Roi-sorcier vers la grande bataille au moins jusqu’à Osgiliath, sans quoi, il n’aurait pas pu prendre le commandement sur le Pelennor après la chute du grand Nazgûl s’il était resté à Minas Morgul. Peut-être se trouve-t-il parmi les nombreux cavaliers qui se trouvent en tête de l’armée que Frodon, Sam et Gollum observent depuis l’escalier de Cirith Ungol.

On peut légitimement s’interroger sur l’origine de ce lieutenant de Morgul. En effet, Tolkien reste étonnamment silencieux sur la nature de ce personnage. On peut alors imaginer que la raison de ce silence vienne du fait qu’il n’y ait eu aucun doute dans son esprit à ce sujet, au moment de la composition de ce passage. Mais cette hypothèse reste évidemment à démontrer.

L’hypothèse que Gothmog soit un Homme , dans les conditions déjà évoquées de l’encadrement de l’armée par la terreur, semble se heurter à quelques obstacles. En effet, Gothmog détient la légitimité pour prendre le commandement et sait visiblement insuffler ce maléfice de terreur pour coordonner les mouvements des troupes après la mort du Roi-sorcier.

Or chez Tolkien, seules des créatures comme les Úmaiar du premier âge, Balrogs et Dragons, les Nazgûl du second et du troisième âge, Sauron, Saruman et Morgoth en personne ont pu être en mesure de le faire…

Sauron a cependant quelques hommes à son service, tel ce « héraut et ambassadeur » (comme il se désigne lui-même) celui qu’on connaît sous le nom de Bouche de Sauron. Mais il s’agit d’un sorcier, d’un ambassadeur, d’un « messager de Mordor » et non d’un guerrier. Il ne commande à aucune troupe, et l’appel qu’il lance aux armées de Sauron à la fin des pourparlers avec les capitaines de l’ouest sur le Morannon n’est qu’un signal « depuis longtemps convenu ». D’ailleurs, il s’enfuie après ce signal et on n’en entend plus parler.

Il est parfois arrivé que Gothmog soit confondu avec la Bouche de Sauron, agrémentant l’hypothèse d’un Gothmog humain, puisque la Bouche de Sauron est dit être un homme « de la race de ceux qu’on nomme les Numenoréens noirs ». La confusion a pu être alimentée par la proximité des termes « Bouche de Sauron » et « Voix du maître ». Cependant, dans l’esprit même de Tolkien cette idée a été rejetée puisque dans un passage manuscrit et raturé repris dans The War of the Rings, il avait écrit que ce personnage était « Lieutenant de Morgul » avant de rayer et remplacer par « Lieutenant de Barad Dûr ». Pour Christopher Tolkien, il s’agissait d’un modeste lapsus vite corrigé par son père9).

Le cavalier qui vient se présenter à la porte d’Erebor pour demander des informations sur les Hobbits et sur l’Anneau était peut-être un homme. Mais il s’agit encore là d’un ambassadeur.

Certains grands rois venus du sud et de l’est commandent leurs armées en son nom10), mais ils restent cependant inféodés aux émissaires de Sauron qui dirigent toutes les opérations dans la guerre contre le Gondor.

Quant aux célèbres capitaines des anciens temps qui combattaient au nom de Sauron dans le sud, tels les renégats numenoréens Herumor et Fuinur, cités dans le Silmarillion, ils sont qualifiés de « serviteurs », « soumis à son pouvoir ». Cela ne repousse en rien l’hypothèse qu’ils auraient pu diriger une grande opération pour le compte du Seigneur Ténébreux, mais à cette époque lointaine qui vit se réunir les étendards de la Dernière alliance, les capitaines d’un camp comme de l’autre avaient une autre envergure. On notera tout de même que les Nazgûl étaient aussi déjà en activité, même si les chroniques de ces temps éloignés restent discrètes à leur sujet…

À la mort du Roi-sorcier Gothmog prend donc les opérations en main et jette les forces de réserves dans la mêlée.

On note — et ce n’est peut-être pas anodin — que seules des troupes humaines sont alors engagées : « Orientaux armés de haches, Variags de Khand, Suderons en écarlate, et, du lointain Harad, des hommes noirs semblables à des semi-trolls avec des yeux blancs et des langues rouges ».

Ce détail pourrait grandement agrémenter l’hypothèse du lieutenant humain.

Cependant les orques combattent toujours en première ligne, et pour maintenir la cohésion de tout cet ensemble hétéroclite, disparate et très nombreux, la volonté d’un seul capitaine humain n’est pas suffisante. Il ne pourrait pas maîtriser l’épouvante nécessaire au maintien en bon ordre de l’armée comme c’était le cas avec le Roi-sorcier.

L’hypothèse du Gothmog humain ne semble donc pas complètement convaincante.

Gothmog(© John Howe)

C’est aussi le cas d’une conception d’un Gothmog d’origine orque. Trois raisons s’opposent à cette hypothèse.

Tout d’abord, Tolkien démontre dans plusieurs parties de son roman que les capitaines orques ne sont pas fiables : ils sont incapables de s’entendre et les conflits d’intérêts, les luttes de pouvoir et les crispations réciproques conduisent systématiquement à l’échec des opérations qui leurs sont confiées (rivalité Ugluk/Grishnakh et Shagrat et Gorbag). Ils semblent plus efficaces lorsqu’ils jouissent d’une relative indépendance, comme ce fut le cas pour le Grand Gobelin, et surtout pour Azog et son fils Bolg. Mais ces derniers ne commandent qu’à d’autres orques et dans le contexte particulier des Monts Brumeux.

Mais d’une manière générale, Tolkien insiste assez fréquemment sur la corruption des orques et sur la médiocrité et le manque de fiabilité de leurs commandants dans ses œuvres.

Par ailleurs, tous les exemples, du Livre des Contes perdus jusqu’à la dernière page du Seigneur des Anneaux, montrent des orques à la tête d’autres orques. Il y a donc une très faible probabilité d’un commandement orque sur des rois ou des capitaines humains qui soit cohérent avec le Légendaire tolkienien. Et d’une manière générale, nulle part dans Tolkien, les orques ne commandent à des guerriers humains.

Inversement, il n'y a pas d'exemples d'hommes commandant des armées d'orques, chez Tolkien… Ainsi, Ulfang ne commandait qu'à des hommes. Herumor aussi. Quant à la Bouche de Sauron, on a vu qu’il n'est pas un capitaine de guerre mais un sorcier et un ambassadeur.

Enfin, la troisième raison est que les noms des orques dans le Seigneur des Anneaux sont des constructions basées sur des syllabes désagréables à l’oreille anglophone, une façon de rendre leur langage hideux. Il est clair que l’illustre nom Gothmog n’a pas la même histoire et que sa récupération par Tolkien dans des traditions plus anciennes n’est pas anodine. Il est ainsi difficilement concevable qu’un tel nom qui a eu le prestige d’être porté par le plus puissant des Balrogs de Melkor — voire le propre fils de Melkor ! — soit porté par un vulgaire chef orque, fut-il de Minas Morgul.

Mais si Tolkien ne s’étend pas explicitement sur la nature de Gothmog, il nous laisse tout de même un indice de taille qui récapitule en quelques sortes tout ce qui vient d’être évoqué11) :

Mais ce n'était ni un chef orque, ni un brigand qui menait l'assaut contre Gondor (…) il avait le bras long. Il commandait toujours et disposait de grands pouvoirs, Roi, Esprit servant de l’Anneau, Seigneur des Nazgûl, il détenait maintes armes.

Ce paragraphe s’applique au Roi-sorcier. Mais il démontre bien que n’importe qui ne peut pas exercer un tel commandement. La conduite de la guerre a été confiée par Sauron à un Nazgûl. Et dans la logique de l’univers fictionnel de Tolkien, seul un Nazgûl est en mesure prendre la suite de celui qui est tombé.

Gothmog, un nazgûl ?

Lors de la composition du Seigneur des Anneaux, Tolkien avait choisi d’évoquer au moment de la chute du Roi-sorcier une sorte de fuite des Nazgûl vers le Mordor afin d’apporter les mauvaises nouvelles à Sauron.

Dans la nouvelle version de ce passage, qui deviendra la version définitive, cette fuite des Nazgûl est remplacée par la récupération du commandement par le fameux « lieutenant de Morgul », Gothmog12).

Qui d’autre peut remplacer un passage du roman prévu pour les Nazgûl qu’un autre Nazgûl ? Il semble que dans l’esprit de Tolkien, les choses étaient parfaitement claires.

De même ; on a vu que l’armée de Sauron est encadrée par la terreur, sans doute par le truchement d’un maléfice à grande échelle, un maléfice dont on retrouve l’écho à l’heure de la destruction de l’Anneau et de la chute de Sauron13) :

(…) A ce moment même, toutes les armées de Mordor tremblèrent, le doute saisit les cœurs, les rires s’éteignirent, les mains tremblèrent et les membres faillirent. La puissance qui les menait et les emplissait de haine et de furie vacillait, sa volonté n’agissait plus sur elles, et, regardant dans les yeux de leurs ennemis, elles virent une lueur mortelle, et elles eurent peur.
(…) Les créatures de Sauron, orques, trolls ou bêtes asservies par un charme, couraient stupidement de-ci, de-là ; certaines se tuaient, se jetaient dans les puits ou s’enfuyaient en gémissant pour se cacher dans des trous et de sombres endroits sans lumière, loin de toute espérance.

Seul un Nazgûl peut détenir une telle légitimité maléfique au Troisième Age. Sauron ne dispose en effet pas de vampires, loups-garous dont on suppose qu’ils ont tous disparus à l’occasion de la guerre de la Grande colère. Pas de Balrog ou de dragon non plus (cf. la remarque de Gandalf dans les Contes et Légendes Inachevés qui évoque ce qu’aurait pu faire Sauron s’il avait pu disposer d’un dragon vivant pour ses projets…)

Le Roi-sorcier est le plus puissant des Nazgûl. On sait par une note des Contes et Légendes Inachevés que le Nazgûl Khâmul, dit l’« Ombre de l’Orient » vient en second après le Roi-sorcier14). Il réside à Dol Guldur après le retour de Sauron en Mordor. Cette note précise que Khâmul a un lieutenant à ses côtés qui est lui-même un Nazgûl.

Rien n’empêche donc le premier des Nazgûl, le Roi-sorcier en résidence à Minas Morgul d’avoir donc un lieutenant Nazgûl, puisque le second parmi les esprits servants de l’Anneau peut en avoir un. D’ailleurs, le Roi-sorcier dispose tout de même de six compagnons sur place. Et dans cette cité qui est LA Cité des Nazgûl par excellence, il apparaît complètement logique que le lieutenant soit l’un d’entre eux.

Conclusion

L’idée que la nature du lieutenant de Morgul ait été certainement bien claire dans l’esprit de Tolkien pourrait expliquer en partie son silence sur la nature de Gothmog. Pour lui, Minas Morgul, l’antithèse de la puissante Minas Tirith, était la cité maudite, occupée de longue date par les esprits servants de l’Anneau. En conséquence, avec sept d’entre eux sur place, il apparaît selon toute vraisemblance que pour lui, le « lieutenant de Morgul », dont la fonction première était de seconder le Roi-sorcier dans son règne de terreur, ne pouvait être qu’un des Nazgûl.

Cependant, si tous les éléments concordent vers cette hypothèse, il convient tout de même de rappeler que ce n’est écrit nulle part noir sur blanc. Il convient donc de la soutenir avec toute la réserve nécessaire.

Dans ces conditions, l’idée d’un Gothmog humain ne peut donc pas être totalement écartée, en particulier dans le cadre d’une interprétation plus étroite de l’unique passage où ce personnage est cité, un passage qui permettrait d’envisager éventuellement le rôle de Gothmog plutôt comme un simple commandement des forces de réserves d’Osgiliath, uniquement composées d’humains, et non comme une prise en charge de la succession du Roi-sorcier. Mais on en conviendra, une telle vision dénaturerait l’impression de puissance et d’invincibilité que Tolkien a souhaité donner à l’immense armée de Sauron. Et la victoire des forces combinées de Rohan et du Gondor y perdrait grandement en majesté.

Voir aussi

Sur Tolkiendil

1) The War of the Rings, chap. 9, « The Battle of the Pelennor Fields », note 9.
2) La Route Perdue et autres textes, « Liste des noms », p. 467.
3) SdA, livre V, chap. 6 : « (…) new strength came now streaming to the field out of Osgiliath. There they had been mustered for the sack of the City and the rape of Gondor, waiting on the call of their Captain. He now was destroyed; but Gothmog the lieutenant of Morgul had flung them into the fray; Easterlings with axes, and Variags of Khand. Southrons in scarlet, and out of Far Harad black men like half-trolls with white eyes and red tongues. Some now hastened up behind the Rohirrim, others held westward to hold off the forces of Gondor and prevent their joining with Rohan. »
4) SdA, appendice A, i : « But it was not until 2000 that [The Nazgûl] issued from Mordor by the Pass of Cirith Ungol and laid siege to Minas Ithil This they took in 2002, and captured the palantír of the tower. They were not expelled while the Third Age lasted; and Minas Ithil became a place of fear, and was renamed Minas Morgul. Many of the people that still remained in Ithilien deserted it. »
5) Silm., « Of the Rings of Power and the Third Age » : « And in the days of Eärnil [the Nazgûl] made their first stroke, and they came by night out of Mordor over the passes of the Mountains of Shadow, and took Minas Ithil for their abode; and they made it a place of such dread that none dared to look upon it. Thereafter it was called Minas Morgul, the Tower of Sorcery »
6) « Those Nazgûl give me the creeps »
7) « it's no game serving down in the city »
8) SdA, p 147
9) The War of the ring, partie 3, « Minas Tirith, XIII, The Black Gate Opens ».
10) SdA, Le Retour du Roi, p. 91.
11) SdA, livre V, chap. 6 : « But it was no orc-chieftain or brigand that led the assault upon Gondor. (…) his arm was long. He was still in command, wielding great powers. King, Ringwraith, Lord of the Nazgûl, he had many weapons. »
12) The War of the Ring : « In an immediately rejected version of the passage in which the new hosts streaming in from Osgiliath are described it was said of the Black Captain: 'He was gone, and the Nazgûl in fear had fled back to Mordor bearing ill tidings' (see note 7); but this was lost in the rewriting of the passage, where appear Gothmog lieutenant of Morghul, the Variags of Khand (both names written without any precedent forms), and the black 'half-trolls' of Far Harad. »
13) SdA, livre VI, chap. 4 : « (…) and even at that moment all the hosts of Mordor trembled, doubt clutched their hearts, their laughter failed, their hands shook and their limbs were loosed. The Power that drove them on and filled them with hate and fury was wavering, its will was removed from them; and now looking in the eyes of their enemies they saw a deadly light and were afraid (…) the creatures of Sauron, orc or troll or beast spell-enslaved, ran hither and thither mindless; and some slew themselves, or cast themselves in pits, or fled wailing back to hide in holes and dark lightless places far from hope. »
14) Contes et Légendes Inachevés, « IIIè Age, La Quête de l’Anneau », p. 106 et note p. 128.
 
essais/personnages/gothmog.txt · Dernière modification: 15/11/2013 19:01 par Druss
Partager sur
Nous suivre sur
https://www.facebook.com/Tolkiendil https://www.twitter.com/TolkiendilFR https://plus.google.com/+Tolkiendil http://www.youtube.com/user/AssoTolkiendil
Tolkiendil - http://www.tolkiendil.com - Tous droits réservés © 1996-2017