Foyer, aventure et poésie hobbite

Clément Pierson - 2018
Note de lectureNotes de lecture : En tant que présentations ou compilations, ces articles sont les plus accessibles à tous les lecteurs. Aucune connaissance sur J.R.R. Tolkien n'est requise.
Cet article est la transcription d'une conférence de Clément Pierson, donnée à l'occasion du Tolkien Reading Day 2018, au Dernier Bar avant la Fin du Monde, à Paris, le 25 mars.

Le thème de cette édition du Tolkien Reading Day était : Le chez-soi et le foyer : des nombreuses manières d'être un hobbit.

« In a hole in the ground there lived a hobbit ». À son premier contact avec l’univers des charmants hobbits, le lecteur se fait rapidement l’idée d’un peuple paisible, installé dans son confort rural, sans prétentions aventurières. Le trou de hobbit, sous la colline, dit à la fois l’enracinement et l’immobilité des Semi-Hommes. Le Comté n’est pas destiné d’abord à devenir une terre de héros de chansons.

Ainsi Bilbo Baggins, comme tous ceux de son espèce, est bien tranquille dans son trou, avant que l’aventure ne vienne le mettre hors de son foyer. Il est au premier abord le type même du hobbit sédentaire sans histoire. Il finit pourtant par être déconsidéré et marginalisé, justement – puisqu’il y a bien une histoire à raconter – parce qu’il a quitté sa maison, pour partir toute une année à l’aventure, si bien qu’on le croit rapidement mort – la mort sociale, en tout cas, n’a pas été loin. Ses semblables ne lui pardonnent jamais vraiment cette excentricité qui d’ailleurs ne le quitte plus. Ainsi la tension est palpable entre la tranquillité du foyer et la fougue de l’aventure, deux types de vie profondément antithétiques pour un hobbit respectable. Pour autant, les cinq hobbits au cœur des deux histoires de Tolkien, Le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux, sont bien d’authentiques Semi-Hommes attachés au Comté comme à leur terre identitaire, malgré leurs voyages et leurs exploits au bout du monde. L’aventure ne saurait pour eux entrer en contradiction avec leur caractère et leurs aspirations proprement hobbites.

Comment tenir à la fois l’attachement de ces hobbits à leur foyer et leur appel à l’aventure, si loin de leur confortable chez soi ?

La réponse consistera ici en la poésie. Une telle réponse peut sembler inappropriée : de quel moyen d’action peut se revendiquer la poésie, le plus souvent réduite à son intérêt contemplatif ? De ce point de vue elle peut éventuellement égayer le foyer mais en rien ne peut prétendre être aventureuse. La poésie peut aussi être épique : bien sûr, mais alors comment appliquer cela aux tranquilles hobbits ? Quels exploits inexistants peuvent chanter ces sédentaires coupés du monde ? Ou bien la poésie ne saurait alors prendre part à l’aventure, ou bien elle ne saurait être propre aux hobbits.

De quelle aventure une poésie authentiquement hobbite peut-elle se revendiquer ?

La poésie explique bien en effet en grande partie pourquoi les hobbits se sentent la force de se lancer dans l’aventure, d’y survivre et d’en revenir. Et elle leur permet tout aussi bien d’habiter leurs foyers une fois revenus du bout de la Terre du Milieu. La poésie se présente ainsi comme un aller et retour. Mais outre cette dimension spatiale, une dimension temporelle, essentielle chez Tolkien, est aussi en jeu. Habiter le temps jusqu’au bout de l’aventure de la vie et de la mort, et même après, voilà un autre défi auquel la poésie hobbite tente une réponse.

Les principales figures d’intérêt ici sont bien sûr Bilbo et Frodo, héros principaux et principaux producteurs de poésie, ainsi que Sam, et parfois Merry et Pippin.1)

I) L’aller. La poésie : désir, usage et accomplissement

A) Jeté hors du foyer : désir et exotisme

La poésie est d’abord l’une des causes de l’aventure : en effet elle en éveille le désir, en suscitant les sens et l’imagination de ceux qui l’écoutent. Bilbo, alors que les Nains chantent chez lui, se laissent happer par le pouvoir envoûtant de la poésie naine :

As they sang the hobbit felt the love of beautiful things made by hands and by cunning and by magic moving through him, a fierce and a jealous love, the desire of the heart of dwarves. Then something Tookish woke up inside him, and he wish to go and see the great mountains, and hear the pine-trees and the waterfalls, and explore caves, and wear a sword instead of a walking-stick. He looked out of the window. The stars were out in a dark sky above the trees. He thought of the jewels of the dwarves shining in dark caverns2).

Le chant des Nains fait comme vivre au hobbit par anticipation ce qui l’attend sur la route de la Montagne Solitaire. Mais surtout il éveille en Bilbo un désir de partir. En effet, le poème chanté a trois effets sur le hobbit. D’abord, il lui fait partager les sentiments qui habitent les Nains, l’amour féroce et jaloux de leur trésor, ressentiment à l’origine de leur propre projet aventureux de reconquête. De plus, cette proximité avec les sentiments exaltés des Nains entre en résonnance avec quelque chose qui sommeille chez Bilbo : une part de son être hérité d’une famille hobbite un peu plus aventurière que les autres. Ce réveil change le désir de Bilbo : le bâton de promenade se transforme en épée, symbole évident de l’aventure. Enfin, associant la scintillance des étoiles à celles des joyaux des nains, il réinterprète la nature hors de chez lui avec le prisme de son nouveau désir. La peur du feu – du dragon – éteint provisoirement celui que la poésie a allumé, mais le premier éveil est bien là.

Cet appel de la poésie n’est pas propre à l’histoire de Bilbo. Lors de leur propre départ du Comté, bien des années plus tard, les hobbits ne se jettent pas sur les routes sans se donner le courage nécessaire que procure cette poésie enivrante. Merry et Pippin chantent ainsi à Frodo une composition où le départ à l’aventure est très explicite :

Farewell we call to hearth and hall !
Though wind may blow and rain may fall,
We must away ere break of day
Far over wood and moutain tall3).

Le narrateur précise même : « It was made on the model of the dwarf-song that started Bilbo on his adventure long ago, and went to the same tune »4). Parfaitement dans la continuité de leur prédécesseur, les nouveaux aventuriers se repaissent de la même poésie avant de quitter leur foyer pour réveiller leur désir du départ5).

En fait, la poésie a ce pouvoir d’envoûtement notamment parce qu’elle est exotique. Elle n’est pas un domaine où les hobbits sont à l’aise avant Bilbo, quand elle n’est pas suspecte6). Elle est davantage une invention lointaine, une importation étrangère. Sans compter la part de magie qui est associée au chant, la poésie en tant qu’œuvre étrangère est une invitation à un ailleurs qui engage les hobbits à se lancer dans la découverte d’un monde qu’ils ne connaissent pas de leurs propres yeux mais seulement par ce que la poésie leur en a dit. Sam a cœur de partir voir des Elfes dont il ne connaît l’existence que par les poèmes qu’il apprend près de Bilbo. Lors de son passage en Ithilien, le même Sam s’extasie devant l’existence de l’Oliphant. Un poème circule dans le Comté à propos de cette bête gigantesque, qui affirme que personne ne peut croire qu’elle est réelle avant de l’avoir vue. Sam ne conçoit pas en effet qu’il sera cru lorsqu’il reviendra au Comté. Partir à l’aventure était le seul moyen pour lui de se trouver en face de cette créature exotique qu’il désirait voir à cause de la poésie7).

La poésie, sans bien sûr être la seule cause du départ à l’aventure, en est un élément néanmoins nécessaire, car elle éveille le désir profond de l’inconnu, en dépit de l’attachement au foyer. Elle ne quitte pas les personnages par la suite, au contraire, elle se révèle un outil efficace.

B) Plus tranchante qu’une épée…

La poésie est un moyen de l’aventure, un moyen efficace, au même titre que les armes et artefacts des héros. À plusieurs moments, les hobbits se servent de la poésie pour combattre ou faire avancer l’aventure. À cette première remarque doit tout de suite en suivre une autre : le plus souvent, lorsque la poésie aide l’action à avancer, elle se réfère de près ou de loin au foyer. Le quitter n’est pas l’oublier, bien au contraire puiser en lui permet d’aller plus loin.

Bilbo a deux usages de combat de la poésie dans son aventure. Le premier, lorsque qu’il doit tenir un duel d’énigmes contre Gollum dans la caverne. L’enjeu de la victoire est sa sortie à l’air libre : s’il perd, il se fait manger ! Or les énigmes que s’envoient les deux concourants sont de petits poèmes en rimes. Ici Bilbo a dû faire appel à des souvenirs d’enfance pour tenir le duel le plus longtemps possible. Plus tard contre les Araignées, Bilbo leur chante une petite comptine improvisée pour les attirer loin des Nains. Il doit devenir poète pour sortir ses compagnons du danger dans lequel ils sont tombés.

La chanson de Sam à Cirith Ungol illustre également comment la poésie permet de continuer l’aventure lorsque tout semble perdu. Sam se trouve ici aussi seul, Frodo étant prisonnier sans qu’il sache où, dans un lieu de ténèbres. Alors que la situation laisse présager qu’il en est arrivé « à la vaine fin de son long voyage et de sa douleur »8), une force le pousse alors à chanter :

He murmured old childish tunes out of the Shire, and snatches of Mr. Bilbo’s rhymes that came into his mind like fleeting glimpses of the country of his home. And then suddenly new strengh rose in him, and his voice rang out, while words of his own came unbidden to fit the simple tune9).

Sa chanson évoque son pays à l’Ouest, et sa beauté. Ce souvenir bienheureux de sa région natale lui permet, dans la deuxième strophe, de reprendre courage. Qu’importe le fait que désormais il se trouve dans cette affreuse tour sombre, il suffit que la beauté qu’il a connue perdure. Cette beauté, la poésie la lui recrée, et par elle, Sam exprime avec une pleine assurance son refus d’abandonner l’aventure :

I will not say the Day is done,
Nor bid the Stars farewell10).

Regain de force, certes, mais pas uniquement : la chanson fait bel et bien avancer l’action, puisque Frodo, entendant Sam depuis sa cellule, répond en chantant lui-même. Sam localise ainsi son compagnon et peut le délivrer de son geôlier. Plus sûre qu’une boussole… La poésie est donc bien davantage qu’une manie hobbite sur la route du voyage, elle a un véritable rôle narratif.

C) L’aventurier est le poète

D’une certaine manière, la poésie est la fin en soi de l’aventure. Dans un conte, il est souvent nécessaire que le héros, qui subit normalement une évolution, soit reconnu comme le héros qu’il est devenu grâce à l’aventure. Cette reconnaissance est au moins aussi importante que l’accomplissement de la quête elle-même. Dans Le Hobbit, ce rôle de validation est tenu par Gandalf, le même qui avait jeté Bilbo dans l’aventure, d’une manière tout à fait explicite :

« My dear Bilbo ! he said. Something is the matter with you ! You are not the hobbit that you were. »11)

Cette déclaration ne vient pas toutefois à proprement parler à la fin de l’aventure. En fait, stricto sensu, celle-ci est terminée depuis déjà plusieurs mois. Elle n’apparaît pas après la bataille, ni au moment où Bilbo reçoit sa part de trésor dans la quête, ou lorsqu’il fait ses adieux aux Nains. Elle est prononcée à la toute fin du voyage de retour au pays natal, lorsque la Colline est en vue. Là, Bilbo récite un poème, « Roads go ever ever on »12), qui bien évidement est de lui, inspiré par l’occasion :

Roads go ever on and on,
Under cloud and under star,

Yet feet that wandering have gone

Turn at last to home afar13).

Ce poème, véritable résumé poétique des aventures du personnage, se termine par son retour au foyer, signifiant l’importance du retour chez soi pour l’aventurier hobbit. Les hobbits partent pour mieux revenir. La présence de la poésie célèbre ici le retour comme elle avait engagé au départ, dans un effet de miroir. Mais elle est surtout capitale en regard de la reconnaissance de Gandalf, qui se fait en cet endroit. D’une certaine manière, Bilbo est enfin reconnu comme un aventurier désormais qu’il est devenu poète : les deux sont associés. Le chemin entre le Comté et la Montagne Solitaire est celui qui se dresse entre les devinettes de son enfance apprises par cœur pour aboutir à sa propre poésie, célébrant d’un même coup et l’aventure et le foyer. La poésie est la fin de l’aventure en ce double sens, célébration et accomplissement.

Une histoire se compose d’un début, d’un milieu et d’une fin. Les aventures des hobbits sont marquées par la poésie à chacune de ces trois étapes. Mais il y a bien une fin à l’aventure, et le retour au foyer s’impose. L’aventure serait-elle alors condamnée à n’être qu’un souvenir ? La poésie ici encore marque le hobbit. Elle installe l’aventure au milieu de la vie du foyer pour qu’elle y demeure, même dans la tranquillité du Comté.

 Felagund © Ted Nasmith

II) Le retour. Le temps du foyer

A) Les vieilles histoires au coin du feu

Le goût des histoires est très répandu en Terre du Milieu. Les hobbits n’en sont même pas les plus grands amateurs14), quand ils n’y sont pas au contraire plutôt suspects. Ici de nouveau, la matière de la poésie commence par être étrangère au Comté (où de toute manière, il ne se passe pas grand-chose), et elle s’y fait de nouveau connaître par Bilbo. Celui-ci, en effet, compose énormément de poèmes à partir des histoires du passé qu’il récolte lors de ses voyages, en particulier chez les Elfes. Bilbo réadapte et traduit les grandes épopées elfiques : témoins son poème sur Eärendil, ou sa traduction du lai de Gil-Galad que Sam récite en chemin15).

Pourquoi ces histoires d’aventure ? Elles traduisent l’intérêt de ces hobbits, non pas pour l’Histoire, mais pour les histoires. Lorsque Frodo part vivre sa propre aventure, son vieil oncle le presse de récolter les histoires et chansons des pays qu’il traverse16). D’où vient ce goût ? Certainement de sa propre aventure, qui, commençant par la poésie, a fait de lui un poète.

De retour chez lui, Bilbo ne renonce donc pas à l’aventure, mais il la vit autrement, en poésie ; non plus la sienne, mais celle des autres. L’aventure ne le quitte donc plus jamais tout à fait grâce à la poésie, seulement désormais elle se vit dans la littérature, tranquille chez lui. Tant qu’aux jeunes hobbits qu’il abreuve de toutes ces histoires, celles-ci leur font naître le désir de vivre leurs propres aventures : le cycle recommence.

B) Une création poétique authentiquement hobbite

En parallèle de cette poésie au foyer, naît une poésie proprement du foyer. Au-delà de ses traductions et adaptations, Bilbo, bientôt rejoint par ses deux plus fidèles disciples, Frodo et Sam, crée une poésie authentiquement hobbite17). Le but de l’aventure était bien de faire de lui un poète à part entière. Est-ce à dire qu’il s’agit d’une poésie enfin tournée vers le calme et chaleureux foyer hobbit ? En partie cela est juste, puisque le quotidien tranquille n’est pas en reste dans une telle poésie. Ainsi en est-il de la chanson de l’eau chaude, qui célèbre le confort du bain :

O ! Water Hot is a noble thing18) !

La première caractéristique de cette poésie authentiquement hobbite est donc l’ennoblissement du quotidien, des réalités considérées comme « basses » par rapport aux sujets de la poésie épique.

Toutefois, à y regarder attentivement, cette poésie hobbite est, bien davantage qu’un éloge d’une vie douce, une poésie aventurière, et cela de deux manières. D’abord tout simplement parce qu’elle évoque l’aventure. « L’homme dans la lune a veillé trop tard »19) de Frodo, ou « Le Troll de pierre »20) de Sam, racontent des aventures : un homme habitant dans la lune qui descend sur terre pour boire dans une auberge, un hobbit qui pense se mesurer à un Troll en lui donnant un coup de pied au derrière. Certes nous sommes loin du grand style épique, mais cela est parfaitement voulu.

En effet, ces poésies hobbites toutes farfelues et burlesques aux personnages étonnants, hors de toute logique ou de visées apparentes autre que l’humour et la pure imagination rendent compte de la seconde manière avec laquelle la poésie se fait aventurière : en étant innovante. En cela, elle est aidée par la fantasy. Les hobbits ne manquent pas d’imagination, et leurs fantasmagories sont l’univers extraordinaire où évoluent leurs aventures imaginaires : la chanson de Frodo fait danser un chat ivre qui joue d’un violon à cinq cordes, le personnage de Sam reconnaît sans soucis que l’os que ronge le Troll est celui de son oncle. Cette fantasy est proprement hobbite : chez les autres peuples, l’histoire est célébrée, les héros sont magnifiés, les grands thèmes existentiels sont abordés, mais il ne se trouve rien de farfelu comme chez les hobbits. Il est tentant de penser que cette poésie si authentiquement hobbite – parce qu’elle n’est composée nulle part ailleurs – naît de leur terre et de leur mode de vie. Les hommes et les Elfes ont la guerre et les chagrins du monde. Mais de la vie tranquille des hobbits qui n’en connaissent pas les dangers comme Frodo et Sam, l’aventure devient ce rêve curieux et drôle marqué par le merveilleux. Peuple joyeux et marqué d’une certaine insouciance du fait de leur isolement, les hobbits inventent cette poésie fantaisiste nouvelle. Elle prend chair dans des comptines aux nombreuses rimes et aux strophes compliquées, qui participent à leur humour et de leur spontanéité. Il y a bien en ce sens une aventure d’écriture chez les hobbits.

C) L’appel du foyer

Cependant, le hobbit poète demeure hobbit, et sa poésie aussi entend bien rentrer à la maison. La chanson de marche de Bilbo est le reflet pur de cette manie hobbite de vouloir partir et revenir en même temps, cristallisée dans la poésie :

Home is behind, the world ahead,
And there are many paths to tread
Through shadows to the edge of night,
Until the stars are all alight.
Then world behind and home ahead,
We’ll wander back to home and bed.
Mist and twilight, cloud and shade,
Away shall fade ! Away shall fade !
Fire and lamp, and meat and bread,
And then to bed ! And then to bed21) !

Cette strophe est une sorte d’aller et retour entre la route (le monde) et le foyer (la maison). Encore au début de son voyage nocturne, le hobbit entend bien aller au bout de l’univers : la notion temporelle du bout de la nuit semble en effet traduire un désir de découverte spatiale, puisqu’il ambitionne de voir toutes les étoiles du ciel. Mais ce désir, malgré sa grande prétention, n’est pas pour autant un aller sans retour, et au moment même où il se met en marche, il entrevoit déjà ce qui fait le bonheur (véritable ?) du hobbit : le feu du foyer, le repas de la table, le sommeil du lit, les bonheurs simples et tranquilles du sédentaire. Le foyer est donc à l’esprit du hobbit dès son départ, et il ne quitte la maison, semble-t-il, que pour mieux y revenir. En l’évoquant, il ne le quitte pas tout à fait, même s’il doit en parler au futur, le fait même de l’évoquer le rend présent. Ainsi la poésie hobbite semble dompter dans le même temps l’amour brûlant du foyer et l’ambition même de la poésie, qui est d’appeler l’aventure à laquelle elle pousse et dans laquelle elle accomplit l’aventurier. Aventure et foyer ne se nient donc ni l’un ni l’autre, mais ensemble donnent à la fois ce mouvement et cette assise à la poésie.

Le retour au foyer ne signe donc pas la fin de l’aventure. La poésie est le lieu où elle demeure présente à l’esprit et à l’imagination des hobbits, qui se créent leur propre poésie aventurière, quoiqu’encore mesurée à leur quiétude. Mais l’aventure ne s’arrête pas au retour. L’histoire de Bilbo se poursuit après les évènements du Hobbit. De son point de vue, Le Seigneur des Anneaux est la véritable clôture de son aventure, puisqu’il embarque aux Havres Gris vers l’Ouest. Le Seigneur des Anneaux est, selon l’aveu de Tolkien, une réflexion sur la Mort et l’Immortalité22) : le personnage de Bilbo, devenu vieux et ridé, est au plein cœur de cette réflexion. Comment habiter un foyer que la mort nous fera quitter ? Ici encore, la poésie offre une réponse.

 Cul-de-Sac © John Howe

III) La mort et le mythe

A) Méditations poétiques

Dans Le Seigneur des Anneaux, Bilbo est devenu vieux. Il a tenté une dernière fois l’aventure, mais elle n’apparaît guère plus qu’une longue promenade de santé23). Désormais l’ancien héros attend, non sans une pointe de tragique, que les évènements atteignent leur fin sans lui. La poésie lui permet alors une méditation profonde :

I sit beside the fire and think
Of how the world will be
When winter comes without a spring
That I shall ever see.
For still there are so many things
That I have never seen :
In every wood in every spring
There is a different green24).

Les personnages quittent l’histoire, mais le temps continue de passer. Le vieux poète devant son feu de cheminée médite sur un avenir qu’il sait ne pouvoir jamais connaître. Alors que la position assise est signe que le poète est installé dans sa demeure, tout de suite cette assurance est mise en échec par la pensée que la mort (l’hiver) va venir sans renaissance (le printemps). La méditation s’élargit alors, devant tout ce que le poète finit par avouer ne pas connaître, et constater d’ailleurs qu’une telle connaissance est impossible : l’histoire avance et chaque génération (printemps) doit vivre une nouvelle aventure (un vert différent). Impossible alors d’habiter véritablement l’histoire ni le temps.

La méditation poétique est le moyen d’approcher le grand départ, la dernière aventure, la mort. Mais cette étape est, bien sûr, personnelle. Elle effleure à peine la question : comment demeurer malgré la mort ? La poésie donne encore une autre manière de demeurer. Il s’agit de laisser à la génération suivante une poésie qui permette d’habiter le monde.

B) Léguer à la génération suivante

Comme Bilbo cède Bag End pour repartir en voyage, il transmet l’écriture du livre rouge à Frodo une fois qu’il ne sent plus la force d’écrire. Ces deux cadeaux sont deux manières d’habiter le monde, la maison pour l’espace, la poésie pour le temps. La méditation de Bilbo se termine ainsi :

But all the while I sit and think
Of times there were before,
I listen for returning feet
And voices at the door25).

Bilbo sait que pour lui, l’aventure est finie, mais, comme nous l’avons vu plus haut, il ne perd pas l’espoir de voir le retour de ses successeurs26). Bilbo attend, en guettant les pas et les voix, la confirmation que l’aventure s’est bien poursuivie même s’il l’a quittée. L’inquiétude de Bilbo de pouvoir trouver une fin à ses mémoires est un refrain tout au long du roman. Il s’agit bien de voir que l’aventure a une continuation dans la génération : « les grandes histoires ne se terminent jamais »27). Bilbo va mourir, mais il a des neveux pour poursuivre son héritage, comme les rois anciens transmettaient aux leurs leur royaume. Cette lignée, enfin, ne s’arrête pas à Frodo, qui doit partir à l’Ouest, et qui lègue à son tour à Sam sa maison et la rédaction de l’histoire de leur aventure.

Or l’héritage de Bilbo est remarquablement vivant. Si la demeure spatiale de Bag End a quelque chose de stable et de fixe, sa poésie permet une assimilation plus personnelle, plus fluctuante temporellement. Ainsi de sa chanson « The Road goes ever on and on », reprise mot pour mot par Frodo, à l’exception d’un seul. La chanson de Bilbo est la suivante :

The Rod goes ever on and on
Down from the door where it began.

Now far ahead the Road has gone,

And I must follow, if I can,

Pursuing it with eager feet,

Until it joins some larger way

Where many paths and errands meet.

And whither then ? I cannot say28).

Frodo ne change que « eager » au vers 5, en « weary » : « avide », en « lourd, las ». L’analyse de Tom Shippey sur cette reprise est ici particulièrement éclairante29). En effet il voit notamment dans la reprise de ce poème un frottement entre temporel et intemporel. Il pointe ainsi l’importance du contexte pour interpréter ces poèmes, ou plutôt cet unique poème réinterprété. Alors que Bilbo et Frodo le récitent au moment de leur départ (ce qui ressort par ailleurs de la poésie comme point de départ de l’aventure), les circonstances sont différentes. Bilbo part avec une certaine légèreté, après sa soirée d’anniversaire. Frodo, lui, part dans une aventure beaucoup plus ténébreuse, s’arrache de son foyer plutôt à contre-cœur. En ne changeant qu’un mot, Frodo donne un sens tout différent au poème de Bilbo, plus sombre et pessimiste, mais beaucoup plus adapté à sa situation. Cette réappropriation des poèmes de Bilbo par Frodo n’est pas un cas isolé, puisque en atteignant les Havres Gris, Frodo transforme cette fois la vieille chanson de marche, encore une fois en l’adaptant à sa nouvelle situation. Et le mélange va encore plus loin, lorsqu’à la fin de l’aventure, Bilbo offre une troisième version de cette chanson, cette fois fort différente puisque seuls les trois premiers vers sont identiques, mais adaptée à son contexte de vieillard désormais invalide. Lui-même n’en a pas fini avec sa propre création.

Léguer à la génération suivante sa poésie permet de durer dans le temps grâce à la réinterprétation qu’en font les successeurs, qui maintiennent vivante la force de la poésie en l’adaptant à leur propre situation. Mais est-ce alors vraiment encore l’héritage de Bilbo ? Frodo avoue ne pas savoir si le poème est de lui ou bien s’il s’agit, le plus probable, d’une réminiscence30). En changeant un mot, Frodo change tout le poème ! Que reste-t-il au juste des origines ? Qu’est-ce qui fait survivre Bilbo, ou même Frodo, au-delà de la mort, dans ce processus d’héritage ?

C) L’intemporalité du mythe

La poésie est effectivement un héritage et un processus de transformation vivant. Elle est temporelle et intemporelle. La notion temporelle s’explique ainsi par les reprises qu’en font les personnages, adaptées à leur situation d’énonciation. Mais Shippey dénote avec justesse que cette dimension temporelle ne va pas sans une autre dimension, cette fois intemporelle. Bilbo lui-même est inscrit dans une tradition poétique : ses airs sont « as old as the hills »31), « aussi vieux que les collines ». Cependant lorsqu’il choisit ses mots, il donne, grâce à la poésie et à son pouvoir d’abstraction, une part d’intemporel à son œuvre. Ainsi cette fameuse « Route » (ce terme est déjà le premier de son poème de retour au Comté avant la validation de Gandalf) est-elle certainement d’abord une représentation de l’aventure, puisque le poème est récité dans le contexte du départ, mais elle est aussi une métaphore de la vie, clairement exprimée dans la dernière reprise du poème par Bilbo :

The Road goes ever on and on
Down from the door where it began.

Now far ahead the Road has gone,

Let others follow it who can !

Let them a journey new begin,

But I at last with weary feet

Will turn towards the lighted inn,

My evening-rest and sleep to meet32).

Désormais Bilbo ne peut plus parler de la Route comme de l’aventure, ce temps est bien terminé pour lui. Terminée aussi bientôt la vie, la dernière demeure, et aussi bien cette dernière chanson l’encourage à ce dernier voyage, aussi bien elle le fait entrer dans la demeure d’éternité. Car en effet à présent, cette Route est empreinte d’une marque quasi mythologique. Tom Shippey explique ainsi :

La poésie du Comté, en résumé, peut être nouvelle et ancienne à la fois, hautement personnelle et plus que personnelle, sujette à des modifications continuelles tout en conservant une structure reconnaissable. […] cela constitue le mythe à petite échelle. Les mythes sont ce qui est toujours disponible à chacun pour qu’il le fasse sien, pour l’appliquer à ses propres circonstances, sans jamais en avoir le contrôle ou la possession exclusive permanente33).

La route comme image de la vie est en soi une métaphore assez courante, voire banale en poésie. Mais ici l’image devient culture, authentiquement hobbite. Bilbo inaugure une poésie de référence pour tout un peuple. Bilbo seul ? Il semble même ici que non. En effet le mot qui a le plus de poids dans ce dernier poème est « weary » : effectivement parce que ses pieds sont las, Bilbo s’arrête de marcher. Or ce terme était celui que Frodo avait changé ! Cette fois, c’est comme si l’oncle s’inspirait de son neveu. Ensemble, les deux hobbits ont créé une sorte de mythologie poétique : issue de leur terre, de leur foyer tranquille, appel à l’aventure de la vie, moyen de méditer sur le monde et l’histoire, legs offert aux générations pour habiter aussi bien l’espace (le foyer) que le temps (la route, l’aventure, la vie). De ce mélange entre temporel et intemporel, la poésie apparaît comme une certaine habitation de l’éternité, au moins le temps que dure le monde.

Finalement, il faut partir à l’Ouest pour Bilbo et Frodo, celui-ci surtout ne pouvant plus demeurer en Terre du Milieu. Mais Sam demeure à Bag End, avec cette mission d’achever le Livre Rouge, qui est aussi bien le récit des aventures de l’Anneau du point de vue des hobbits, qu’une compilation de poésies composées, cette fois, par de nombreux hobbits.

Conclusion : La poésie, le véritable chez soi

La poésie est ainsi, pour les hobbits, ce trait d’union essentiel entre le foyer et l’aventure. Elle est au début comme à la fin de l’aventure sans jamais vraiment quitter les personnages. Une fois rentrés, ils composent, puisant pour leurs créations aussi bien dans leur aventure qu’autour d’eux dans leur foyer. Ils créent la poésie de leur foyer, leur propre appel à l’aventure. Cette poésie nouvelle leur permet enfin de méditer sur le monde et de traverser le temps et la mort, en donnant aux générations suivantes une sorte de poésie mythique. Et leur mythologie est très simple, comme eux le sont ; et elle offre une forme d’habitation en soi car d’elle chacun peut trouver matière à composer un poème adapté à la situation qu’il vit. Le véritable chez soi, serait-ce alors la poésie elle-même ?

Le lecteur peut lui-même entrer dans cette dimension mythique. Pour cela, il est invité à méditer lui-même sur cette poésie qui lui est présentée (hélas, le corpus est finalement très réduit). La simplicité des poèmes et des images facilite l’immersion. Ainsi le texte, en tant que legs, est non seulement celui de Bilbo à Frodo et de Frodo à Sam, mais de l’auteur au lecteur. Tolkien est en soi un excellent poète. Mais il a en plus donné une histoire à sa poésie (comme il l’a fait pour ses langues) en l’incarnant dans la bouche de personnages attachants. Le lecteur peut alors, au contact de ces personnages qu’il apprécie, s’approprier leur poésie pour en poursuivre l’aventure, depuis son propre fauteuil, bien sûr ; à moins qu’à son contact il ne ressente cet appel contagieux à se jeter hors du foyer.

Post-scriptum sur le chant

J’ai exposé cet essai à l’occasion du Tolkien Reading Day le 25 mars 2018. L’échange fructueux qui a suivi me permet de faire ici quelques remarques.

Aurélia Picard m’a ainsi éclairé sur la notion de chanson, que j’avais malheureusement délibérément laissée de côté. Elle est en fait un élément décisif dans la transmission de la culture hobbite. En effet le chant contribue à donner son caractère mythologique à la poésie tout en en facilitant la diffusion.

Aurore Nourry, quant à elle, m’a fait remarquer que la joie naturelle des hobbits atténue peut-être la gravité de leur méditation sur la mort. Cela notamment, encore une fois, en songeant que les mélodies hobbites donnent une inflexion au texte que la seule lecture ne transcrit pas entièrement. Il y aurait bien sûr à chercher sur les musiques auxquelles Tolkien songeait en écrivant sa poésie.

Par ailleurs j’ai été satisfait de voir que ma conclusion sur la culture vivante de la poésie de Tolkien est encore aujourd’hui une réalité, comme le témoigne justement les compositions musicales de nombreux lecteurs musiciens autour des poèmes évoqués dans ces quelques pages.

Voir aussi

Sur Tolkiendil

1) Références des œuvres citées, avec entre crochets l’abréviation utilisée ici :
Tolkien J.R.R., The Hobbit, Londres, HarperCollinsPublishers, 2006 [1937], 390 p. [TH]
Tolkien J.R.R., The Lord of the Rings, HarperCollinsPublishers, 2007 [1954-1955], xxvi-1190 p. [LOTR]
2) TH, p. 19. Notre traduction : « Comme ils chantaient le hobbit ressentit à travers lui l’amour des belles choses fabriquées par les mains et par savoir-faire et par magie, un amour féroce et jaloux, le désir du cœur des Nains. Alors quelque chose de Touc se réveilla en lui, et il souhaita partir et voir les grandes montagnes, et entendre les pins et les cascades, et explorer des grottes, et porter une épée au lieu d’un bâton de marche. Il regarda par la fenêtre. Les étoiles brillaient dans un ciel sombre au-dessus des arbres. Il pensa aux joyaux des Nains scintillants dans de sombres cavernes ».
3) LOTR, p. 106. Notre traduction :
Adieu, crions-nous au foyer et à l’entrée !
Car le vent peut souffler et la pluie peut tomber
Nous devons partir avant l’aurore
Par-delà le bois et la haute montagne.
4) Ibid. Notre traduction : « Elle était composée sur le modèle de la chanson naine qui avait lancé Bilbo dans son aventure longtemps auparavant, et elle suivait la même mélodie ».
5) Un désir qu’ils ne maîtrisent d’ailleurs pas très bien : Frodo leur fait remarquer que s’ils veulent vraiment suivre leur chanson, ils devront partir à l’aurore, ce à quoi Pippin s’exclame : « Oh ! That was poetry ! […] Do you really mean to start before the break of day ? » LOTR, p. 106. (« Oh ! C’était de la poésie ! Penses-tu vraiment partir avant l’aurore ? ») Quitter le foyer reste une entreprise difficile…
6) Voir le mépris qu’occasionne la simple idée qu’il puisse ennuyer ses invités avec « ce qu’il appelait de la poésie » lors de son discours d’anniversaire ; « what he called poetry », LOTR, p. 28.
7) Pour la poésie sur l’Oliphant, voir LOTR, p. 646 ; pour la rencontre avec la bête, p. 660-662.
8) « … the vain end of his long journey and his grief », LOTR, p. 908.
9) Ibid. ; notre traduction : « Il murmura de vieux airs enfantins du Comté, et des bribes de vers de Mr. Bilbo qui lui venaient à l’esprit comme de fugaces visions du pays de son foyer. Et alors soudainement une nouvelle force s’éleva en lui, et sa voix retentit, alors que ses propres mots venaient spontanément s’accorder avec la simple mélodie ».
10) Ibid., p. 909 ; notre traduction : Je ne dirai pas « le Jour est achevé », / Ni ne ferai aux Étoiles mon adieu.
11) TH, p. 347 ; notre traduction : « Mon cher Bilbo ! dit-il. Quelque chose est nouveau avec vous ! Vous n’êtes plus le hobbit que vous étiez ».
12) Ibid., p. 346-347.
13) Ibid. Notre traduction :
Les routes s’en vont encore et encore,
Sous le nuage et sous l’étoile,
Pourtant les pieds qui en errance sont allés
Se retournent enfin vers la maison au loin.
14) Mais bien les Elfes : « Not that hobbits would ever acquire quite the Elvish appetite for music and poetry and tales. They seem to like them as much as food, or more » (notre traduction : « Encore que les hobbits n’acquièrent jamais l’appétit elfique pour la musique, la poésie et les contes. Ils semblent aimer cela autant que la nourriture, voire plus » : Bilbo, presque choqué dans cette ultime remarque, demeure bien un vrai hobbit…) LOTR p. 237.
15) Cf. LOTR, respectivement p. 185 et 233-236.
16) « bring back all the news you can, and any old songs and tales you can come by » (notre traduction : « rapporte toutes les nouvelles que tu peux, et toutes les vieilles chansons et les vieux contes qu’il te sera possible »), Ibid., p. 278.
17) Nous resterons ici sur les poèmes du Seigneur des Anneaux, mais il faudra bien sûr une étude plus approfondie du recueil Les Aventures de Tom Bombadil, présenté par sa préface comme un recueil de poésie hobbite. Le titre est significatif aussi bien de l’aventure que de la fantasy…
18) Ibid., p. 101 (« Oh ! L’Eau Chaude est une noble chose ! »).
19) Ibid., p. 158-160.
20) Ibid., p. 206-208.
21) LOTR, p. 78. Notre traduction :
La maison est derrière, le monde est devant,
Et il y a de nombreux sentiers à parcourir
A travers les ombres, au plus noir de la nuit,
Jusqu’à ce que les étoiles soient toutes allumées.
Alors le monde derrière et la maison devant,
Nous retournerons à la maison et au lit.
Brumes et crépuscule, nuage et ombre,
Passeront loin ! Passeront loin !
Feu et lampe, et viande et pain,
Et puis au lit ! Et puis au lit !
22) L’expression revient au moins trois fois dans les Lettres, voir leur index.
23) LOTR, p. 231 : « 'I got here without much adventure,' he said, 'and after a rest I went on with the dwarves to Dale : my last journey. I shan’t travel again.' » Notre traduction : « Je suis arrivé ici sans trop d’aventure, dit-il, et après une pause je suis repartit avec les nains à Dale : mon dernier voyage. Je ne devrais plus bouger. »
24) Ibid., p. 278-279. Notre traduction :
Je m’assois devant le feu et je pense
À ce que deviendra le monde
Quand viendra l’hiver sans un printemps
Que je verrai jamais.
Car il y a encore tant de choses
Que je n’ai jamais vues :
Dans chaque forêt, à chaque printemps,
Il y a un vert différent.
25) Ibid. Notre traduction :
Mais tout le moment que je suis assis à penser
Aux temps qui furent jadis,
Je tends l’oreille aux pas qui reviennent
Et aux voix à la porte.
26) De fait c’est bien la même aventure, du point de vue de l’Anneau.
27) Sam pose la question : « Don’t the great tales never end ? » ; LOTR, p. 712.
28) LOTR, p. 35. Notre traduction :
La Route s’en va, encore et toujours
S’écoulant du seuil d’où elle surgit.
Là, loin en face la Route s’en est allée,
Et je dois continuer, si je peux,
En la poursuivant d’un pied avide
Jusqu’à ce qu’elle rejoigne un plus large chemin
Où bien des sentiers et des courses se rencontrent.
Et arrivé là ? Je ne peux pas le dire.
29) Tom Shippey, J. R. R. Tolkien, Author of the century, Londres, HarperCollins, 2000, 347 p. ; trad. française : J.R.R. Tolkien, auteur du siècle, trad. d’Aurélie Brémont, Paris, Bragelonne, 2016, coll. “Essais”. Voir en particulier le paragraphe « Poésie intemporelle et tradition véritable » p. 281-286 de la traduction.
30) Voir son dialogue avec Pippin à ce sujet, LOTR, p.73.
31) LOTR, p. 77
32) Ibid., p. 987. Notre traduction :
La Route s’en va, encore et toujours,
S’écoulant du seuil d’où elle surgit.
Là, loin en face la Route s’en est allée,
Que d’autres la suivent, qui le pourront !
Qu’ils commencent un voyage nouveau
Tandis que moi, avec mes pieds las,
Je m’en retournerai vers l’auberge éclairée,
Afin de trouver mon repos du soir et le sommeil.
33) Op. cit., p. 285-286 (nous donnons la traduction française sans modification).
 
essais/peuples/poesie_hobbite.txt · Dernière modification: 16/04/2018 18:52 par Druss
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