Le pouvoir dans le Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien

Thibault Panis - 2016
Article théoriqueArticles théoriques : La maîtrise globale des écrits de J.R.R. Tolkien est nécessaire pour bien saisir la portée des articles de cette catégorie, les sujets étant analysés de façon poussée par leurs auteurs.
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Il semblait que le pouvoir maléfique établi à Grand’Peur n’avait été chassé par le conseil Blanc que pour resurgir, plus puissant encore, au sein des anciennes forteresses du Mordor. La Tour Sombre était désormais reconstruite, disait-on. De là, le pouvoir se répandait dans toutes les directions1).

Bien que faisant rarement l’objet d’un discours explicite dans le Seigneur des Anneaux, la notion de Pouvoir n’en est pas moins nichée en son cœur. Prise comme clé de lecture de l’œuvre, elle devient une intarissable source de réflexion.

Le livre nous fait le récit d’un Anneau, foyer de toutes les tensions et cause de toutes les batailles. Le terme qu’élit Tolkien pour le qualifier n’a rien d’anecdotique : « Anneau de Pouvoir ». Sans ambigüité, l’Anneau renferme en lui le concept de Pouvoir. Il le cristallise en un point nodal du récit. Un Pouvoir qui n’a d’autre raison d’être que sa propre expansion sans limite. Le Pouvoir pour le pouvoir : une circularité qu’exprime judicieusement la forme même de son incarnation. L’auteur prend soin de ne laisser par ailleurs aucun doute planer quant à sa nature foncièrement néfaste. Le pouvoir fait l’objet d’un sévère jugement moral, mis en évidence par la scission des protagonistes en deux camps : ceux qui résistent à l’Anneau et souhaitent le détruire, et ceux qui le recherchent pour s’en emparer. Au fond, c’est le rapport de chaque personnage au pouvoir qui délimite la plus intime frontière du Bien et du Mal.

Mais le pouvoir n’est pas qu’une tentation individuelle. Il est aussi l’élément qui, dans une collectivité humaine, cimente l’organisation sociale. Cet aspect de la notion n’est pas non plus laissé de côté dans le Seigneur des Anneaux. Les personnages participent de fait à une lutte collective dont l’enjeu est l'ordonnancement du monde. Ils entrent en résistance face à un « ennemi », Sauron, dont le désir assumé est d'établir son régime sur la totalité de la Terre du Milieu. Ils luttent pour faire advenir un ordre concurrent qu'ils estiment souhaitable. Mais où s’enracine la légitimité de la couronne des « Justes » par rapport à celle du tyran Sauron ? Il s’agira d’identifier les lignes de fractures qui opposent les deux visions antagonistes du récit : le système hégémonique de Barad-dûr d’un côté, et les monarchies traditionnelles de l’autre.

L’interrogation qui porte l'ensemble de ce travail peut donc être résumée ainsi : Dans quelle mesure le Seigneur des Anneaux exprime-t-il une critique du Pouvoir ? Quelle(s) définition(s) du pouvoir propose-t-il ? Pourquoi la Volonté de Pouvoir, incarnée par Sauron et l'Anneau Unique, est-elle radicalement associée au Mal ? Pourquoi, à l'inverse, le pouvoir du Roi et les institutions monarchiques traditionnelles sont-t-ils associés au Bien? Qu'est-ce qui fonde la légitimité du pouvoir ou, au contraire, le condamne ?

Première Partie : Le Pouvoir comme Volonté

Chapitre 1 : Le Pouvoir, une périlleuse convoitise

Dans le roman, l’Anneau Unique incarne le désir de Pouvoir et est décrit comme fondamentalement maléfique. Le propos n’en est pas moins complexe. Le récit interroge non seulement la volonté de l'individu d'accéder au pouvoir, mais aussi l’énigmatique « volonté propre » du pouvoir sur l’individu. Cette inversion des termes est riche de sens. Elle soulève l’inquiétante question : peut-t-on conserver son libre-arbitre si l’on cède à sa volonté de pouvoir ?

Chapitre 2 : La Technique comme volonté réalisée

Le Pouvoir s'appuie sur une technique et lui est intrinsèquement lié. À ce titre, l’Anneau peut être considéré comme un outil. Mais il n’est que l’un des nombreux dispositifs mis en œuvre par Sauron pour étendre sa domination. Ces procédés visent à la fois au contrôle de la matière, via la Machine ou la Magie (notions par ailleurs intimement liées), et à l’asservissement du collectif via un système hégémonique dont le Mordor est l’archétype.

Deuxième Partie : Le Pouvoir comme ordre politique

Chapitre 3 : La Terre du Milieu, Terre apolitique ?

La notion même de politique, puisqu’elle implique celle de pouvoir, fait l'objet d'une grande méfiance de la part de la majorité des personnages du Seigneur des Anneaux. Quelles représentations le récit propose-t-il du « fait politique » (dans toute sa polysémie) et quelles critiques renferment-elles ?

Chapitre 4 : L’ordonnancement du Monde

A défaut d’un pacte politique, l'ordre social en Terre du Milieu est fondé sur un ordre supérieur, que l’on peut qualifier de « cosmogonique ». S’il est des « pouvoirs bons », à l’instar de ceux que déploient des personnages comme Gandalf, Elrond, ou Aragorn, ne sont-ils pas considérés « bons » qu’en vertu seulement de leur inscription respectueuse dans cet ordre supérieur ? En empruntant des notions telles que l’Autorité ou la Légitimité aux sciences politiques, ainsi qu’en recherchant dans le texte la manière dont elles s’expriment, il est peut-être possible de mettre en lumière l’articulation du Pouvoir à cet ordre transcendantal.

Sur Tolkiendil

1) Tolkien J.R.R., Le Seigneur des Anneaux, La Fraternité de l'Anneau, Christian Bourgois éditeur, 2014, seconde traduction de Daniel Lauzon, p. 67.
 
essais/travaux/panis_pouvoir_sda.txt · Dernière modification: 15/09/2017 19:22 par Druss
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