J.R.R. Tolkien : Chant, poésie et création de la Terre du Milieu

Clément Pierson - 2016
Article théoriqueArticles théoriques : La maîtrise globale des écrits de J.R.R. Tolkien est nécessaire pour bien saisir la portée des articles de cette catégorie, les sujets étant analysés de façon poussée par leurs auteurs.

Résumé de l'auteur

Ce mémoire de Master 2 a été rédigé et soutenu lors de l'année scolaire 2015-2016 à l'université Paris-Est-Créteil, sous la direction de M. Vincent Ferré. Le jury de soutenance était composé par Mme Marie-Madeleine Huchet et M.Vincent Ferré. Ayant davantage reçu de louanges pour ses quelques qualités que de critiques pour ses nombreux défauts, le mémoire a été pourvu par le jury d'une mention (TB).

Mon point de départ a été un étonnement : pourquoi Tolkien a-t-il inséré tant de poèmes dans ses romans ? De cette première question, beaucoup d'autres en découlaient, telles que : pourquoi ces poèmes sont-ils en même temps des chansons ? Quelle importance pouvait-on leur accorder ? Se constituaient-ils en œuvres à part entière, ou bien ne pouvaient-ils être détachés de leur contexte dans les romans ? Et qu'aurait été l'œuvre sans eux ? Afin de donner une orientation à mon questionnement, je désirai tout d'abord éprouver la thèse de Tolkien selon laquelle une œuvre se doit d'être cohérente, d'avoir la « consistance interne de la réalité » pour être mieux savourée par le lecteur. C'est ainsi que la concept de création m'est apparu comme la notion la plus commune à tous les poèmes et à tous les chants de la Terre du Milieu (que les paroles soient d'ailleurs présentes ou non dans le texte) ; puisqu'en effet ce monde est censé être créé par un chant. Mais non content de trouver ici un point de départ, le concept de création permettait de bénéficier de la richesse de deux compréhension de la notion ; soit la création comme acte, soit la création comme résultat de l'acte. Ce prisme idéal me permettait enfin d'introduire un préfixe qui répondait à mon attente d'évoquer la dimension temporelle des poèmes, à travers la recréation.

Dans la première partie de mon étude, je me suis donc d'abord penché sur le chant identifié comme acte créateur, proposition présentée par le texte de l'Ainulindalë, conte sur l'origine du monde où l’Être divin accorde son Feu aux chants des Ainur, créant d'un même mouvement le Monde et son Histoire. Qu'en est-il par la suite ? Je commence par analyser les répercussions de ce chant dans l'espace et le temps, avant de poser la question de savoir si par suite le chant conserve ce pouvoir créateur. Identifiant une force, envoûtante sinon magique, je dois néanmoins conclure à la perte de cette capacité créatrice du chant en Terre du Milieu. J'en vois cependant un écho dans le concept de subcréation, théorisé par Tolkien dans Du Conte de Fées, et dont j'essaie de trouver une application en Terre du Milieu.

Dans un deuxième temps, j'envisage la création comme résultat incarné en Terre du Milieu. C'est l'occasion d'analyser le rapport des créatures avec leurs créations. Qu'ont de différent les compositions d'un Elfes avec celles d'un Nain, ou d'un Hobbit ? Qui interprète le chant, et selon quelle interprétation ? Comment Tolkien essaie-t-il de nous donner, rien qu'à la lecture, une expérience proprement musicale ? À tous ces éléments qui donnent la chair de la chanson en Terre du Milieu, j'ajoute une autre question : qu'est que ces chants essaient de traduire de la condition vécue par les personnages au moment où ils chantent ?

Ce questionnement me guide ainsi vers une troisième partie qui pose la question de la vie des chansons dans la durée du temps en Terre du Milieu et rejoint des préoccupations historiques. D'un passé qui se dit essentiellement en poésie, peut-on être sûr ? La chanson qui doit initialement conserver l'Histoire, n'en fait-elle pas alors une recréation, poétique qui plus est ? L'étude analyse ainsi le rapport que les personnages entretiennent envers leur passé dont l'accès se fait par la chanson. Trois données attirent particulièrement l'attention : le choix de l'oral ou de l'écrit, des vers ou de la prose, et enfin celui du rédacteur. C'est ainsi que ces recherches se terminent sur la réécriture, principe de la recréation, pour l'envisager comme une poétique propre à l'œuvre de la Terre du Milieu, et de Tolkien lui-même. Consolation enfin de cette réécriture, qui loin de nous faire tourner en rond, nous apporte nouveauté et profondeur.

Je voudrais sincèrement remercier quiconque voudra jeter un œil sur ce travail. Je ne le considère pas comme un achèvement, mais comme ce que tout écrit sur la littérature devrait être : le point de départ d'une discussion qui vise à mieux comprendre et à mieux apprécier les œuvres que nous lisons. C'est pourquoi j'invite avec insistance tous ceux et celles qui daigneront s'intéresser à ce travail à entrer en contact avec moi pour discuter des thèses et hypothèses que j'avance, afin de louer ce qui peut l'être, mais bien plus pour améliorer, affiner, élargir, corriger, préciser, expliquer, détailler ou argumenter tout ce qui a besoin de l'être.

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Discussion

Nous vous invitons par ailleurs à discuter de ce travail sur le sujet dédié du forum Tolkiendil.

 
essais/travaux/pierson_chant_poesie.txt · Dernière modification: 03/11/2017 17:43 par Hofnarr Felder
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