Tolkien et le Moyen Âge

Titre originalTolkien et le Moyen Âge
AuteurLeo Carruthers (dir.)
Publicationnovembre 2007
ÉditeurCNRS

Sommaire

  • Le Vieux Continent : inspiration littéraire
    • Tatjana Silec : « Tolkien et le Kalevala » (Focus : Le Kalevala)
    • Frédéric Grut : « Hobbit et holbytla : la langue des Hobbits » (Focus : Les alphabets d'Arda : le Cirth)
    • Dorota Kotowicz : « Les noms propres dans Le Seigneur des Anneaux »
    • Anne-Cécile Clément : « Beorn » (Focus : Beowulf)
    • Margaux Nahon : « Gollum ou la personnification de l'Anneau »
  • Les îles : inspiration interculturelle
    • Catherine Royer-Hemet : « Les seigneurs du Seigneur des Anneaux »
    • Claire Jardiller : « Les échos arthuriens dans Le Seigneur des Anneaux » (Focus : La légende arthurienne : quelques auteurs et œuvres)
    • Cécile Bouteille : « Armes et armures dans Le Seigneur des Anneaux » (Focus : Sutton Hoo)
    • Émilie Denard : « De la grande musique d’Ilúvatar aux chants de pouvoir : la place de l’art poétique et musical en Terre du Milieu »
    • Cyrine Lourimi : « Intertextualité médiévale dans la musique, les chants et les poèmes du Seigneur des Anneaux »
  • Vers les Terres Inconnues : inspiration artistique et magique
    • Dino Meloni : « Arda : l’inspiration antique et médiévale de son architecture et de ses édifices » (Focus : Númenor et l’Atlantide)
    • Jérôme Coudurier-Abaléa : « Médecine et guérison dans Le Seigneur des Anneaux » (Focus : Les alphabets elfiques : Le Sarati et le Tengwar)
    • Clément Delasalle : « La magie d’Arda : symbole et sub-création »

L'avis des lecteurs

Jean-Rodolphe Turlin (avril 2008)

Tolkien et le Moyen-âge est un ouvrage collectif réalisé sous la direction de Leo Carruthers. Il a été publié en novembre 2007 aux éditions du CNRS. Leo Carruthers est professeur à l’Université Paris IV-Sorbonne. C’est un spécialiste de la civilisation anglaise médiévale mais aussi un admirateur de l’œuvre de Tolkien. Comme il le précise dès l’introduction du livre, le ciment de l’ouvrage est l’attachement de J.R.R. Tolkien au Moyen-âge, aux langues et littératures anciennes. Ainsi, l’ambition du recueil est de démontrer l’importance fondamentale du Moyen-âge comme source dans la composition du monde féerique de la Terre du Milieu « et au-delà, faire redécouvrir [Tolkien] et son œuvre ». Des travaux de jeunes chercheurs de maîtrise et de doctorat sont ainsi dédiés à cette ambition. Portés sur les thèmes de l’histoire des langues et de la littérature de la civilisation médiévale anglaise, ces travaux réunis par Leo Carruthers ont d’’abord été réalisés en anglais dans le cadre d’un séminaire de recherche puis réécrits en français et adaptés aux besoins de cette publication sous forme de compilation d’articles. Il en résulte une réalisation intéressante et potentiellement très riche mais qui comporte certains risques. Même si Leo Carruthers fixe au préalable quelques cadres afin d’éviter les dérives vers des sujets plus vastes et plus ardus tels l’influence de la foi et de l’imagerie chrétienne dans l’œuvre de Tolkien ou les problèmes de traduction, certaines études présentent tout de même des défauts.

Le livre présente une partition originale des articles en trois regroupements thématiques marqués, de l’aveu même de Leo Carruthers, par une heureuse interdisciplinarité. Cette partition permet de développer les sujets et de les diversifier tout en conservant le fil directeur c'est-à-dire la problématique du Moyen-âge comme source d’inspiration du Légendaire d’Arda. Ce fil directeur apporte une vraie cohésion à chacun des trois thèmes, et au-delà, à l’ensemble de l’ouvrage. Les trois thèmes sont, dans l’ordre d’apparition dans le recueil, l’inspiration littéraire, l’inspiration interculturelle et l’inspiration artistique et magique. Ils sont illustrés par des titres évocateurs (« Vieux Continent », « Îles », « Terres inconnues ») et par une carte-sommaire (p. 10-11) qui forment une sorte d’hommage au monde féerique de J.R.R. Tolkien.

La plupart des articles sont de très bon niveau et parfaitement accessibles. Sans volonté d’en mésestimer certains au profit d’autres, il peut être évoqué à mon sens deux sommets du genre, incontournables, qui donnent à l’ouvrage ses lettres de noblesses. « Beorn », est une étude dans laquelle Anne-Cécile Clément met en relief avec une docte élégance l’influence de certains aspects du folklore scandinave dans un des épisodes les plus étranges du Légendaire : le séjour de Bilbo chez Beorn. « Les échos arthuriens dans Le Seigneur des Anneaux », de Claire Jardillier, est un brillant exercice d’étude littérature comparée qui permet de comprendre les liens difficiles à cerner entre le roman de Tolkien et les légendes arthuriennes. Cet essai avait en outre déjà fait l’objet d’une publication en anglais sur le site « Modernités médiévales » mais aussi sur le site « Pour Tolkien » de Vincent Ferré.

L’ouvrage fait également la part belle à des interludes didactiques très enrichissants qui font le point sur certaines des questions abordées dans les articles de l’ouvrage. Il convient toutefois de noter que ceux concernant les civilisations médiévales : « le Kalevala », « Beowulf », « La légende arthurienne, quelques auteurs et œuvres », « Sutton Hoo », sont nettement plus clairs et plus accessibles que les interludes qui concernent l’univers de la Terre du Milieu. En effet, si l’on excepte « les alphabets d’Arda : le Cirth (sic) », qui est le meilleur focus des trois, « Numenor et l’Atlantide » est joyeusement hors-sujet dans le cadre de l’ouvrage tandis que « Les alphabets elfiques : le sarati (sic) et le tengwar (re-sic) » n’est qu’une série d’extrapolations dont l’apparente érudition résonne désagréablement comme un artifice.

Les aspects particulièrement positifs du recueil ne doivent donc pas occulter les nombreux détails contrariants et les maladresses qui le parsèment. Dans plusieurs articles pèse le sentiment d’une rédaction parfois trop académique. Même si l’on devine que l’exercice consistant à réécrire en français une étude préalablement entièrement rédigée en anglais n’est pas une chose aisée, le style est parfois dénué de souplesse. Au-delà du style, certains articles sont toutefois réellement plus faibles que d’autres et tranchent avec la qualité du reste de l’ouvrage. Il n’est pas question ici ni d’en relever toutes les erreurs ni de fustiger injustement les auteurs qui ont malgré tout réalisé un indéniable et excellent travail de recherche. C'est cependant sur le fond de plusieurs études que se dégagent de nettes insuffisances.

Tout d’abord, certains développements partent d’interprétation erronées (On parle ainsi dans un article de la « la convocation » au Conseil d’Elrond, dans d’autres du « manichéisme » de l’œuvre…) tandis que dans d’autres cas, certains des thèmes abordés poussent les comparaisons entre notre réalité historique et l’imaginaire de l’univers d’Arda jusqu’à l’inutile ou le discutable, reprenant des pistes de travail abandonnées depuis longtemps en d’autres lieux et illustrant à cette occasion les dérives de l’excès d’applicabilité. Dans cette optique, la conclusion d’une des études concernées par ce problème est tout à fait révélatrice : « La vérité, c’est que Le Seigneur des Anneaux n’est pas un monde complet, mais seulement une fenêtre ouvrant sur un monde imaginaire. Même si l’on vise la création totale et la cohérence absolue, l’on ne peut point y arriver ; tout au plus s’en rapprocher. » Ces articles auraient sans doute gagné à ne se limiter qu’à leur champ d’étude propre – la civilisation médiévale – sans chercher à se raccrocher par tous les moyens à l’univers de Tolkien. Le piège du « tout médiéval » qu’évoquait pourtant Leo Carruthers dans l’introduction du livre (p. 22) n’a pas pu être évité par certains des auteurs, au détriment de la pertinence de leur démonstration.

Enfin, outre le choix particulièrement maladroit de la couverture, très éloignée du monde de Tolkien, il est également fait quelques malheureuses références à l’adaptation cinématographique du Seigneur des Anneaux, non pas en tant que support d’étude, mais en tant que contre-exemple ou comme prétexte de départ pour aller vers les écrits de Tolkien (cf. introduction p. 15 ou dans un article p.175). Ces mentions incongrues dans un ouvrage d’études consacrées à Tolkien restent heureusement fort marginales.

En fin de compte, le travail réalisé pour cet ouvrage est remarquable même s’il reste imparfait. Il peut être un outil très intéressant pour qui souhaite détenir quelques clefs pour comprendre le lien étroit et complexe qui unissait Tolkien au Moyen-âge et de quelle façon ce lien a pu s’exprimer au travers de la composition du monde du Seigneur des Anneaux. La richesse de certains des articles permettent ainsi de faire un point complet sur les questions qu’ils abordent. Pour d’autres études de l’ouvrage, un recul est cependant nécessaire ainsi qu’un complément de lecture. Car si la fin du livre présente une bibliographie impressionnante, à la fois bibliothèque idéale du chercheur médiéviste et du tolkiendil averti, il n’en reste pas moins que le défaut commun à la majorité des étudiants qui ont rédigé ces articles est d’avoir ignoré les travaux déjà réalisés sur ces mêmes thèmes par de nombreux prédécesseurs anglophones ou francophones, en particulier ces dernières années. Comme l’avait exprimé Vincent Ferré au sujet de certaines interventions de cet ouvrage, « quand on écrit sur Tolkien, on ne peut faire comme si on était le premier, et ignorer à ce point l’état de la question ». D’une manière générale, la force de ce recueil réside peut-être finalement dans le fait qu’en le refermant, on a le sentiment d’en avoir plus appris sur le Moyen-âge proprement dit que sur Tolkien, son œuvre et leur lien avec la civilisation médiévale… mais ce n’était peut-être pas l’ambition de départ de Leo Carruthers.

Spooky (mars 2010)

Tolkien et le Moyen-âge est un ouvrage collectif, publié par le CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique), qui a essayé de déterminer les relations de son œuvre majeure (le duo Bilbo le Hobbit - Le Seigneur des Anneaux) avec les éléments médiévaux. Tous les contributeurs sont des chercheurs spécialisés dans les études médiévales, et chacun, selon sa spécialité, propose donc une étude. Léo Carruthers, lui-même chercheur dans l'estimable institution, qui dirige l'ouvrage, a réparti ces contributions en se basant sur une carte conceptuelle. En partant du « Vieux continent », c'est à dire l'inspiration littérale (du Moyen-Age vers Tolkien), nous naviguons sur les Îles, l'inspiration interculturelle vers des « terres inconnues », représentant les inspirations artistiques et magiques. Organisation, ou plutôt symbolisme audacieux, mais en accord finalement avec les écrits de Tolkien, surtout Le Seigneur des Anneaux, où nous suivons les Hobbits quittant leur Comté douillette pour partir à l'aventure, rencontrer d'autres cultures et finalement [SPOILER] partir vers l'inconnu en fin de parcours… [FIN SPOILER] À noter que ce cheminement rédactionnel est matérialisé par une carte reprenant les différents éléments.

Tolkien et le Moyen-Âge… Une relation évidente, diront les représentants du grand public, Le Seigneur des Anneaux c'est plein de châteaux forts, de soldats en armures, de seigneurs… Mais si l'on se penche plus précisément sur les éléments constitutifs du Moyen-Âge, c'est moins évident. Penchons-nous d'abord sur la littérature. Le Seigneur des Anneaux doit ainsi beaucoup au Kalevala, un long poème épique écrit en finnois et rassemblant des chants anciens à la fin du XIXème siècle. Le Kalevala semble avoir pas mal inspiré Tolkien pour le personnage de Tom Bombadil, l'énigmatique forestier que rencontre la Communauté de l'Anneau. Les légendes arthuriennes sont aussi une inspiration évidente, quand on voit des personnages comme Aragorn, qui rassemble les figures d'Arthur et de Galaad, par exemple. Médiéviste distingué, l'auteur fut aussi et surtout un philologue de haut niveau. C'est ainsi qu'il a développé des systèmes entiers de langues, et qu'en particulier les langues hobbite et rohirrim (c'est-à-dire parlée par les habitants de la région du Rohan) ont des liens très forts. La langue de la Comté était, dans l'esprit du professeur, comparable à l'anglais moderne, alors que la langue du Rohan serait à rapprocher du vieil-anglais… Les contributeurs se sont ensuite penchés sur le personnage de Beorn, l'homme-ours qui apparaît dans Bilbo le Hobbit. Un personnage emblématique qui a des occurrences dans bien des légendes médiévales européennes… Une autre étude revient sur l'une des figures centrales du Seigneur des Anneaux, celle de l'Anneau, à laquelle Gollum est indéfectiblement lié.

Les îles, l'inspiration interculturelle… Cela débute par une étude sur les différents Seigneurs du Seigneur des Anneaux. Car, s'il est acquis depuis longtemps que celui auquel fait référence le titre, c'est Sauron, le récit est truffé de princes, de rois, au premier rang desquels Aragorn, descendant des rois du Gondor, et guerrier errant qui va reconquérir sa couronne. Il y a aussi Théoden, sa fille Eowyn, Boromir, fils de l'intendant du Gondor dont la noblesse d'âme n'est plus à prouver ; son frère Faramir aussi. Et puis ceux qui n'ont pas de titre « officiel » mais qui sont aussi des seigneurs de par leur comportement. Frodo bien sûr, Elrond, qui est plus ou moins l'intendant de Fondcombe… Sa fille fort souvent perçue comme une princesse elfe, et amoureuse du futur roi de Gondor… Ça fourmille de têtes couronnées là-dedans… Ce côté très féodal se retrouve dans la vassalité d'autres personnages, tels Sam, d'une loyauté exemplaire envers Frodo, ou Pippin et Merry, qui vont se mettre au service de deux royaumes dans la Guerre de l'Anneau… Plusieurs contributeurs se sont intéressés à ce que j'appelle le Decorum du Seigneur des Anneaux et à Bilbo le Hobbit : les armes, les armures, le symbolisme, et parfois le pouvoir particuliers qu'ils revêtent aux yeux des protagonistes ou dont ils sont réellement dotés. La musique et la poésie, éléments indissociables de l'univers d’Arda, sont également passés au crible. Car c'est bien la musique et les chants qui président à la création de ce monde, sous l'égide d'Ilúvatar.

La troisième partie des études propose de revenir sur l'inspiration artistique et magique du Seigneur des Anneaux et de Bilbo le Hobbit. Ici Tolkien est allé chercher son inspiration bien loin, vers le gigantisme de l'art antique égyptien et la légende de l'Atlantide pour construire ses forteresses imprenables, ses édifices cyclopéens, l'histoire de Númenor même. On s'éloigne un peu de la culture médiévale dans ces pages. L'un des derniers chapitres aborde la question de la médecine ; je ne l'avais jamais remarqué, mais les passages consacrés aux soins et à la guérison sont aussi peu nombreux que courts dans les pages du Seigneur des Anneaux. Aragorn (investi d'un pouvoir divin, que l'on attribuait aux rois de France, il est vrai), guérit une grave affliction par imposition de la main. Frodo se réveille guéri dans la maison d'Elrond, sans qu'on sache ce que celui-ci a fait pour le guérir. Et ce sont là les passages les plus importants. Il s'agit là d'une faiblesse dans le « paysage » tolkienien, qui affaiblit l'impression de réalisme de l'ensemble. Cette étude fut l'une des plus intéressantes pour moi, car j'y ai vraiment vu un aspect nouveau, encore inédit. Et pour finir, l'étude consacrée à la magie et à la sub-création revient sur la notion de mage, incarné à la fois par Gandalf et Saruman, qui ne sont pas des Hommes, mais des Istari, c'est à dire des êtres d'essence divine et extrêmement anciens.

En conclusion, après cette lecture, je dois dire que je suis relativement mitigé. Bien sûr, comme dans tous les ouvrages collectifs, il y a de bonnes et de moins bonnes choses. Globalement je n'ai pas appris grand-chose sur l'inspiration médiévale de Tolkien. Certaines études vont un peu plus loin dans le decorum, ce qui est loin d'être inintéressant, mais en ce qui concerne le Kalevala ou Beowulf, ce sont des références depuis longtemps citées chez les exégètes du Professeur. Par contre je n'avais jamais vu le personnage de Beorn sous cet angle, et le chapitre sur la médecine m'a apporté du neuf. À lire par les acharnés.

Vous pouvez retrouver ce commentaire ainsi que de nombreuses autres critiques sur le blog de Spooky, Ansible.

Donnez votre avis !

Nom, Prénom, ou Pseudonyme :
Adresse e-mail :
Votre avis :

Retapez le mot « Adorn » en MAJUSCULES (vérification contre les robots de spam) :

Quelques éditions

 Tolkien et le Moyen Âge Tolkien et le Moyen Âge
Auteur(s)Collectif (sous la direction de Léo Carruthers)
EditeurCNRS
Languefrançais
Date2007 nov.
Pages336
Dimensions15x23cm, 474g
ISBN-102271065682
ISBN-139782271065681
Prix indicatif18.91 €
Sites

Voir aussi sur le Net

 
tolkien/sur-tolkien/leo_carruthers_-_tolkien_et_le_moyen_age.txt · Dernière modification: 19/01/2017 15:17 par Druss
Partager sur
Nous suivre sur
https://www.facebook.com/Tolkiendil https://www.twitter.com/TolkiendilFR https://plus.google.com/+Tolkiendil http://www.youtube.com/user/AssoTolkiendil
Tolkiendil - http://www.tolkiendil.com - Tous droits réservés © 1996-2017