Húrin et Huor, les deux lignées

S. Veyrié - octobre 2002
Articles de synthèseArticles de synthèse : Ces articles permettent d'avoir une vue d'ensemble du thème traité mais ils nécessitent une bonne connaissance des principales œuvres de J.R.R Tolkien.
« Ils entendirent une clameur dans les bois, et ils s'immobilisèrent tels deux rochers gris, prêtant l'oreille. Mais la voix était mélodieuse bien que toute baignée de chagrin, et elle appelait sans cesse, semble-t-il un nom comme un qui a perdu ce qu'il aime. Et ils attendirent, et voila qu'il s'en vint un, en effet, qui parcourait les bois, et ils virent que c'était un Homme de haute taille, en armes et vêtu de noir, avec une longue épée à nu ; et ils s'étonnèrent car la lame était noire elle aussi, mais son fil étincelait, clair et froid. La douleur sillonnait le visage de l'homme, et lorsqu'il aperçut les ruines d'Ivrin, il cria son désespoir, disant : « Ivrin, Faelivrin ! Gwindor et Beleg ! Ici un jour je fus guéri. Mais jamais plus jamais je ne boirais à la coupe de la paix ! »

Et il s'en fut rapidement vers le nord comme qui court à la poursuite de quelqu'un ou en quête de quelque chose, et ils entendirent crier « Faelivrin, Finduilas ! » jusqu'à ce que la voix s'éteignît au fond des bois. Mais ils ignoraient que Nargothrond était tombée ; et que c'était Túrin, fils de Húrin, la Noire-Épée ; et qu'ainsi pour un bref instant - et par la suite jamais plus - se croisèrent les chemins de Túrin et de Tuor, qui étaient cousins.
»
Contes et légendes inachevés - Le Premier Âge

 Tuor © Ted Nasmith  Túrin © Ted Nasmith

Les deux passages de l'œuvre de J.R.R. Tolkien qui sont parmi les plus anciens et les plus travaillés sont La Chute de Gondolin, remaniée maintes fois et le Narn i Hîn Húrin, « le plus long des chants qui nous parlent de cette époque » (Le Silmarillion). Pourquoi Tolkien a-t-il pris autant de soin à conter les aventures des lignées des deux fils de Galdor, Húrin et Huor ? Pourquoi, par exemple, fait-il se croiser rapidement Tuor et Túrin près de la fontaine d'Ivrin ?

Je vais essayer de mettre en parallèle ces deux familles, et de montrer quelles interprétations l'on peut donner à leurs ressemblances et à leurs différences.

L'histoire

Galdor, seigneur de Dor-lómin, eut deux fils, Húrin et Huor, qui combattirent très jeunes à Dagor Bragollach et furent les seuls Humains - à l'exception de Tuor - à se rendre à Gondolin. Ils épousèrent deux cousines de la maison de Bëor, Morwen et Rían, et Húrin eut pour enfant Túrin, Lalaith et Nienor, tandis que Huor eut Tuor pour enfant unique. Ils partirent tout deux pour Nirnaeth Arnoediad, se sacrifiant pour sauver Turgon et Gondolin ; c'est là que les deux lignées se séparèrent.

Húrin Thalion, considéré par Tolkien comme « le plus grand guerrier parmi les mortels » (Le Silmarillion) fut capturé par Morgoth. Celui-ci le maudit ainsi que toute sa famille. Son fils Túrin, sous le coup, de plus, de la malédiction liée à son épée Gurthang, fut recueilli par Thingol à Doriath mais s'en enfuit suite au meurtre semi-accidentel de Saeros. Son ami Beleg le rejoignit, mais il le tua également accidentellement après de multiples aventures. Il alla alors à Nargothrond où il devint le capitaine du roi Orodreth. Sa stratégie guerrière causa la chute du palais des Noldor par l'armée du Père des Dragons, Glaurung. Il se réfugia par la suite dans la forêt de Brethil où il épousa sans le savoir sa propre sœur, Nienor Níniel, rendue amnésique par Glaurung. Túrin affronta le Dragon, brisant le sortilège et Nienor, enceinte, se jeta dans le Teiglin. Comprenant tout, Túrin se suicida. Morgoth libéra alors Húrin et celui-ci alla se lamenter devant Gondolin, puis se rendit dans les ruines de Nargothrond et en rapporta le Nauglamír qu'il offrit à Thingol avant d'aller se jeter dans la mer.

Huor mourut à la Bataille des Larmes Innombrables et son fils Tuor devint un guerrier errant et traqué. À l'appel d'Ulmo, il s'en alla à Vinyamar où le Vala lui donna comme mission de se rendre à Gondolin pour signifier à Turgon de quitter sa ville avant que le malheur de la Terre du Milieu ne le rattrape. Tuor parvint à se rendre dans la Cité Cachée mais pas à convaincre Turgon. Il devint l'un des seigneurs de la Cité et épousa Idril Celebrindal, la fille du roi, suscitant la haine de Maeglin, lequel trahit et livra la cité à Morgoth. Malgré tout, Tuor, Idril et leur fils Eärendil réussirent à s'enfuir. Tuor et Idril quittèrent la Terre du Milieu en bateau pour l'Ouest et on ne sut rien d'eux - la légende dit que Tuor fut accepté parmi les Premiers-Nés. Eärendil prit ensuite le même chemin avec le Nauglamir serti du Silmaril pour provoquer la Guerre de la Grande Colère et par la suite être sanctifié. De lui descendent une grande partie des héros des Deuxième et Troisième Âges.

 Tuor © Anke Katrin Eissmann

Les deux lignées

Tout d'abord, on peut remarquer une très grande similitude entre les deux lignées. Pour commencer, les noms, Húrin et Túrin, Huor et Tuor, sont comme fabriqués sur le même moule, comme pour marquer une ressemblance. Ensuite, ils épousent deux cousines, et vivent et combattent pratiquement ensemble : à Dagor Bragollach et à Nirnaeth Arnoediad.

Turgon les traite avec grand honneur à Gondolin, et ils sont sur un pied d'égalité avec les princes Noldor à la Bataille des Larmes Innombrables. « Voyez, peuple des Elfes, pères des Humains, le jour est venu » (Le Silmarillion) : le même traitement est offert aux deux peuples pour la première fois. Un peu plus loin : « Le cœur des Noldor s'enflamma, leurs capitaines voulurent se jeter sur les ennemis dans la plaine, mais Húrin s'y opposa » (Le Silmarillion) : un Humain donnant des injonctions - et non pas des demandes ou des prières comme par exemple pour le peuple de Haleth - aux seigneurs Elfes ne s'était encore jamais vu auparavant, loin s'en faut ! Ce cas se rencontrera presque systématiquement par la suite pour tous les Hommes de la maison de Hador et leurs descendants 1).

Leurs fils sont également tous les deux traités avec un grand honneur chez les Elfes, et tous deux pareillement deviennent fils adoptifs - Thingol pour Túrin et Turgon pour Tuor - et capitaines d'un de leurs rois - Orodreth pour Túrin et Turgon pour Tuor : « Quand Orodreth apprit que Mormegil était le fils de Húrin Thalion, il lui fit grand honneur et Túrin devint l'un des puissants de Nargothrond » (Le Silmarillion). Ils reçoivent également l'amour de filles de rois des Noldor - Finduilas pour Túrin et Idril pour Tuor, et ces amours ne sont pas du tout contestés parmi les Noldor, loin de là, surtout si l'on compare leur cas avec celui de Beren qui manqua d'être exécuté pour avoir levé les yeux sur Lúthien : « Tu as mérité la mort avec ces paroles » (Le Silmarillion) déclare Thingol. C'est une fois de plus une première pour les Humains que les deux cousins provoquent : « Mais Tuor était si haut dans la faveur du Roi qu'au bout de sept années Turgon ne lui refusa plus rien, pas même la main de sa fille » (Le Silmarillion). D'ailleurs, dans Le Livre des Contes Perdus (dans une ébauche antérieure du récit), Finduilas n'est pas encore la fille d'Orodreth, et il est remarquable que Tolkien ait changé ce fait. De plus, tous deux assistent à la ruine de ceux qu'ils avaient joints, et tous deux sont marqués par le destin, Tuor par la prophétie d'Ulmo et Túrin par les multiples malédictions qui pèsent sur lui. Pourquoi Thorondor aurait-il amené Húrin et Huor à Gondolin, sinon sur ordre explicite ou implicite de Manwë ? D'autre part Turgon les accueille avec honneur car un rêve d'Ulmo lui en a donné le conseil. On voit donc que le destin marque profondément les deux familles. Mais les ressemblances s'arrêtent là pour faire place à ce qui les oppose.

La lignée de Húrin est interrompue, ses enfants n'ont pas de descendance. Tous se suicident - sauf Lalaith, morte en bas âge : Nienor, enceinte, se jette dans le Teiglin, Túrin se transperce de son épée, Morwen se laisse mourir et Húrin se jette dans Belegaer. Cette lignée est donc marquée par la fin, l'interruption, la destruction. On remarque que cette famille est directement ou indirectement responsable de la chute des trois grands havres de paix elfiques de la Terre du Milieu - Nargothrond, Doriath et Gondolin - et de la mort directe ou indirecte des plus grands seigneurs et héros Elfes. Nargothrond chute clairement par la faute de Túrin qui impose une guerre ouverte contre Morgoth, livrant les grottes au pillage et à la ruine. Húrin révèle sans le vouloir à Morgoth l'emplacement de Gondolin, qui lui permet de cerner l'endroit et de capturer Maeglin (qui trahit la Cité) : « Ce fut le premier mal qu'apporta la libération d'Húrin » (Le Silmarillion). Ce n'est donc que le premier : Doriath est ruinée par la cadeau fait par Húrin à Thingol, le Nauglamír, qui entraîne inéluctablement sa fin. On constate par ailleurs que, si Húrin et Túrin provoquent la chute des cités elfiques, les Humains sont plutôt protégés : Dor-lómin est débarrassé de Brodda et des ses lieutenants et Túrin protège la forêt de Brethil de la destruction de Glaurung2).

La lignée de Huor est la plus prolifique de toute l'histoire de la Terre du Milieu. De lui descendent les Demi-Elfes, les seigneurs de Númenor3), de Gondor, d'Arnor, des Dúnedain4) et cette lignée se retrouve au Quatrième Âge avec la dynastie d'Elessar : « les branches longtemps disjointes des Demi-Elfes se trouvèrent rétablies et leur lignée rétablie » (Le Seigneur des Anneaux).

Tuor est élevé pendant son enfance chez les Elfes par Annael, un Sinda. Il est l'envoyé d'Ulmo à Gondolin, et le seul Humain avec son père et son oncle à y être allé. Sur le conseil d'Idril, sa femme, princesse Noldo, il permet à une partie des Gondolindrim de s'échapper et il vainc Maeglin en duel. Il devient leur chef en exil à Tumladen et il part vers l'Ouest pour devenir, semble-t-il, un des Premiers-Nés. On peut donc voir que la vie de Tuor est pratiquement liée aux Ainur et aux Elfes, n'ayant quasiment fréquenté que des Quendi depuis l'âge de huit ans. Il ne peut en rencontrer depuis lors que durant son séjour aux embouchures du Sirion, ce qui est peu probable… Le fait qu'il devienne l'un d'eux est un signe particulier, comme la sanctification5) de son fils Eärendil, « bien que son cœur penchât plutôt vers les Humains, le peuple de son père » (Le Silmarillion).

 Túrin @ Alan Lee

Interprétations

On peut donc émettre des suppositions sur les interprétations à donner au parallèle entre ces deux lignées. On peut en trouver deux, qui sont tout à fait compatibles.

Tout d'abord, la lignée de Húrin, par opposition à celle de Huor, représente la fin de la domination de la Terre du Milieu par les Elfes. Après eux, les véritables maîtres de cette Terre, et les véritables protagonistes de l'histoire des âges qui suivront, sont les Humains, par l'histoire des descendants d'Elros. Les Elfes ne sont plus qu'en attente du départ vers Aman, et cela dès ce moment, et non pas après la Guerre de la Grande Colère. Celle-ci est d'ailleurs provoquée par lignée de Huor, car c'est à cette époque que les Elfes commencent à tenter d'envoyer des messages à Valinor : « [Turgon] envoya des messagers [à Círdan] qui construisît à sa demande sept navires qui firent aussitôt voile vers l'Ouest » (Le Silmarillion).

On peut ajouter que, hormis durant la Guerre de la Grande Colère, les Elfes sont toujours en quelque sorte les renforts des Dúnedain, mais jamais les meneurs. Seule l'intervention des Númenoréens permet de sauver la Terre du Milieu de Sauron, la Dernière Alliance des Elfes et des Hommes apparaissant comme l'ultime fait important des Elfes, ceux-ci attendant la flotte de Gondor pour résister au Roi-Sorcier qui bat l'Arthedain qui les avait protégés jusque là. Pendant la Guerre de l'Anneau, la Lórien se contente d'une posture défensive… Au contraire, les Humains sont vraiment ceux qui façonnent l'image de la Terre du Milieu dès cette période, et non pas à la fin du Troisième Âge, comme on a pu le croire : « Le temps des Elfes est fini » (Le Seigneur des Anneaux - II, 2) dit Saruman. Il ne dit pas qu' « il s'achève », il dit que c'en est déjà fait, que les Elfes ne sont déjà plus chez eux.

De plus, Gil-galad, qui devient le Haut Roi des Noldor en Exil à cette époque (celle des enfants directs du Húrin et Huor) est sans enfant. Mais il y a un autre symbole marqué par la lignée de Huor, celui de la nostalgie des Elfes pour la Terre du Milieu, symbolisé par Elrond. Pourquoi reste-t-il là alors qu'il a choisit le destin des Elfes et que son peuple, son père et sa mère ont vogué vers l'ouest ? Parce qu'il marque, comme Galadriel, l'enracinement des Elfes en Terre du Milieu, et le fait qu'en dépit de tout, ils s'y attardent encore, et la lignée de Huor, toujours fascinée, influencée par les Elfes, restera toujours un lien avec les Humains, et le conte d'Eriol en est le souvenir toujours renouvelé.

Mais on peut trouver une interprétation plus large à l'observation des deux lignées, qui prend cependant sa source dans la première.

Húrin et Túrin sont des guerriers fabuleux, et Tolkien n'est pas loin de dire qu'aucun être ne peut se mesurer à eux sur la Terre du Milieu : « Túrin ce jour-là paraissait immense et terrible, il marchait à la droite d'Orodreth et inspirait courage à toute l'armée [des Elfes de Nargothrond]. Mais les légions de Morgoth étaient plus nombreuses que n'avaient dit les éclaireurs et nul ne pouvait tenir à l'approche de Glaurung, sauf Túrin » (Le Silmarillion). Ils sont la force brute, ils sont fiers et rudes, mais leur sagesse est mise à rude épreuve et ils sont le jouet de Morgoth. Ils représentent ce que Tolkien réprouve chez l'être humain, le manque d'émerveillement, la tentation d'aller directement aux choses - Túrin ne supportant pas la guérilla des guerriers de Nargothrond - sans considérer leur beauté, la rage de vivre et la révolte contre la destinée, qui les rattrape. Turambar, le nom que Túrin se choisit, signifie « Maître du Destin » : Níniel en se suicidant crie « A Túrin Turambar turun ambartanen, Maître du Destin vaincu par le destin ! » (Le Silmarillion). Les multiples changements de nom de Túrin montrent cette volonté d'échapper à la destinée.

Les trois cités des Elfes chutent à cause de leur révélation : Nargothrond entre en guerre ouverte et se montre au grand jour, la retraite de Gondolin est révélée par Húrin, le don du Nauglamír entraîne la mort de Thingol, qui provoque le départ de Melian, ce qui laisse Doriath impuissant face à ses ennemis, la disparition de l'Anneau révélant la cité au monde (On remarquera d'ailleurs que Nargothrond, Gondolin - avec ses tunnels - et Menegroth sont des grottes, des espaces clos6)). Ainsi pour Tolkien ce qui est caché doit le rester pour conserver sa beauté, c'est le principe de Faërie, comme on peut le sentir dans Smith de Grand Wooton (peut-être le plus beau des contes de Tolkien) ou dans l'essai Du conte de fées (Faërie et autres textes) : « même aux frontières de Faërie nous ne les rencontrons que par hasard à quelque croisée des chemins ». Ainsi tout le bonheur de celui qui découvre Tolkien est le coté initiatique de cette œuvre, par la découverte de tout ce qui est dissimulé. Les Elfes, les Hobbits, la Faërie en général sont montrés comme cachés, et la fameuse « voie droite » permettant d'atteindre Valinor en est un exemple. C'est d'ailleurs là tout le problème qu'a dû connaître Tolkien : créer en thaumaturge un monde cohérent tout en en gardant le mystère, rester dans la caverne de Platon. « J'ai moi-même des doutes au sujet de l'entreprise [d'écrire le Silmarillon]. Une partie de l'attraction du Seigneur des Anneaux est, je pense, due aux aperçus d'une histoire plus large à l'arrière-plan ; une attraction comme celle d'observer au loin une île que l'on ne visite pas, ou de voir les tours d'une cité lointaine miroitant dans une brume ensoleillée. Y aller serait détruire la magie, à moins que de nouvelles perspectives inaccessibles ne soient ensuite révélées. » 7) (Lettres de J.R.R. Tolkien, cité dans l'introduction du Livre des Contes Perdus).

Les descendants de Tuor acceptent leur destinée - à part les Númenoréens dans le conte de l'Akallabêth (Le Silmarillion) : Tuor est destiné à aller à Gondolin, et il obéit à l'ordre d'Ulmo alors que Túrin combat un ordre de ce même Ulmo, transmis par Círdan : « Je me méfie des messagers fauteurs de troubles » (Contes et légendes inachevés - Le Premier Âge) déclare le fils de Húrin. Tuor est, plus que Beren8), le véritable symbole du sang elfique chez les Hommes, « ainsi pour la première fois furent réunies en juste noces un enfant des Hommes et une fille d'Elfinesse » (Le Livre des Contes Perdus - tome II).

Tolkien, à mon sens, voit là le symbole de notre sagesse, le contraire de Túrin, l'émerveillement devant la nature - « Tuor se tenait debout sur la falaise, les bras grands ouverts, et un âpre languir emplissait son cœur. On dit qu'il fût le premier Homme à atteindre la Mer Immense, et que personne, hormis les Eldar, n'a senti plus puissamment le désir qu'elle suscite » (Contes et légendes inachevés - Le Premier Âge) - la nostalgie de la Faërie, la demande de calme devant l'agitation des êtres - « je [Eärendil] suis fatigué du monde » (Le Silmarillion) - ce qui nous porte vers le merveilleux, le beau, le fabuleux, le spirituel, qui nous détourne de la fureur, qui nous entraîne loin de cette musique « bruyante et vaine, sans cesse répétée, avec un ensemble tapageur en guise d'harmonie, comme si de nombreuses trompettes jouaient la fanfare sur quelques notes » (Ainulindalë - Le Silmarillion) jouée par Melkor. Pour Tolkien, le départ des Elfes marque l'éloignement de ce qui est merveilleux, la révélation brutale des choses, et il veut marquer dans notre esprit cette opposition par les deux fils de Galdor, Húrin et Huor. L'un rappelle la Tradition, l'autre marque violemment le pouvoir et le droit des Humains sur cette Terre du Milieu. Le fait que Tolkien rende une de ces lignées stérile et l'autre fertile nous montre celle qu'il choisit, et Tuor et Túrin se croisant près de l'étang d'Ivrin, l'un allant vers le massacre des Orientaux à Dor-lómin, l'autre vers les merveilles de Gondolin illustrent bien ce choix.

 Tuor © John Howe

Voir aussi sur Tolkiendil

1) Ainsi Númenor eut la suzeraineté sur la Terre du Milieu, mis à part quelques territoires réservés aux Elfes, et ces territoires s'amoindrirent avec le temps aux Second et Troisième Âges.
2) À noter tout de même que le texte intitulé The Wanderings of Húrin, publié dans The War of the Jewels, voit Húrin venir en Brethil et y semer involontairement le chaos, entraînant notamment l'extinction de la lignée des seigneurs des Haladin.
3) Si les Rois de Númenor et les Seigneurs d'Andúnië sont directement issus d'Elros, on ne peut pas en dire autant de toute son aristocratie.
4) Sachant que les Dúnedain sont les Edain (les Hommes des Trois Maisons fidèles aux Elfes) qui ont migré à Númenor, l'auteur a signifié par ce terme les Chefs des Dúnedain du Nord desquels Aragorn II est le dernier représentant.
5) Le terme sanctification vient du fait qu'Eärendil est le premier Enfant d'Ilúvatar à qui les Valar firent choisir son destin entre celui des Quendi et celui des Atani. Puis l'envoyant voguer en Ekkaia, les Valar le tranforment en astre (par la suite, il fut connu comme la planète Vénus) devenant ainsi symbole sacré chez les Elfes comme chez les Humains.
6) Traiter de ce sujet nécessiterait un article dédié, qui ne peut donc être développé ici.
7) Merci à Thomas Caspar pour le rappel de cette citation et à Julien Mansencal pour l'avoir retrouvée.
8) Le lien de Beren et Lúthien a toujours eu un côté particulier, et Dior n'a jamais été appelé Semi-Elfe, mais Hériter de Thingol, c'est-à-dire de facto un seigneur des Elfes. Mais le statut de Dior et des premiers enfants d'Elfes et d'Humains appelle lui aussi à être traité de façon plus ample.
 
essais/personnages/hurin-huor.txt · Dernière modification: 01/11/2012 17:32 par Zelphalya
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