Les tengwar de Fëanor

 Trois Anneaux
Måns Björkman
traduit de l’anglais par Julien Mansencal
Articles de synthèse : Ces articles permettent d’avoir une vue d’ensemble du thème traité mais ils nécessitent une bonne connaissance des principales œuvres de J.R.R. Tolkien.

Fëanor s’intéressa très tôt dans sa carrière aux langues et aux systèmes d’écriture, et il inventa les tengwar en l’année valienne 12501). Les tengwar étaient fortement influencés par les sarati de Rúmil, qui constituaient jusqu’alors l’unique système d’écriture existant, mais, de la même façon que Rúmil avait incorporé les idées philologiques contemporaines dans sa création, Fëanor conçut lui aussi son système d’écriture d’après ses propres théories. La différence majeure entre les deux systèmes était que les sarati comprenaient des lettres d’apparence assez variée, alors que les lettres fëanoriennes consistaient en majeure partie d’un nombre très limité d’éléments qui pouvaient être combinés pour former un système de lettres cohérent et consistant. En outre, alors que les sarati permettaient plusieurs sens d’écriture différents, la seule direction correcte pour les tengwar était horizontalement, de gauche à droite.

On peut diviser les symboles des tengwar en lettres, les tengwar proprement dits, et les diacritiques, les tehtar. Ils sont détaillés séparément ci-dessous.

Lettres

Les deux éléments de base de tous les tengwar primaires étaient un telco, « queue », et un lúva, « arc », qui pouvaient être combinés et modifiés de plusieurs façons différentes. Le telco pouvait être pendant (jambage, son état « par défaut »), raccourci, dressé (hampe), ou étendu. Le lúva pouvait être placé soit à gauche, soit à droite du telco. Il pouvait être soit ouvert, soit fermé par une ligne horizontale. En outre, le lúva pouvait être doublé. Ainsi, à partir d’un nombre limité de modifications, un système composé de trente-deux tengwar fut conçu.

Telcor Lúvar
Les telcorLes lúvar

Note concernant les pluriels en -r : En quenya, qui est la langue utilisée pour la plupart des termes en relation avec la description des tengwar, le pluriel des noms se forme en général en ajoutant -r ou -i. C’est pourquoi on a un tengwa, tehta, telco, lúva, téma, tyelle - des tengwar, tehtar, telcor, lúvar, témar, tyeller.

Il fut alors décidé que les tengwar dont les telcor et lúvar étaient organisés d’une façon donnée représentaient un groupe donné de phonèmes liés : les telcor déterminaient la façon dont le son s’articulait, et les lúvar, l’endroit de la bouche où il était formé. L’assignation des phonèmes aux tengwar pouvait être ajustée selon les besoins d’une langue particulière. Ces ajustements étaient appelés modes (cf. SdA, App. E).

Vers la fin du Troisième Âge, il était devenu usuel de présenter les tengwar primaires classés par apparence dans un tableau à quatre colonnes (en quenya témar « séries ») et six rangées (tyeller, « degrés »). Dans un tel tableau, chaque téma correspondait à un point d’articulation, et chaque tyellë à une méthode d’articulation. Cela est aisément visible sur la figure 1, où les valeurs de chaque tengwa dans certains modes répandus sont données dans l’alphabet phonétique international (API). Les deux séries de tengwar aux queues étendues n’étaient généralement pas incluses, étant considérées comme des variantes des tengwar dotés de hampes (degrés 3 et 4).

Témar (séries)

Tyeller (grades)
I
Dentales
II
Labiales
III
Palatales
Vélaires
IV
Vélaires
Labio-vélaires
1. Occlusives sourdes 1 t

2 p

3 c/tʃ
k
4 k
kw
2. Occlusives voisées
Occlusives voisées nasalisées
5 d
nd

6 b
mb

7 ɟ/dʒ
g
ŋg
8 g
ŋgw

3. Fricatives sourdes 9 θ

10 f

11 ç/ʃ
x
12 x
ʍ
4. Fricatives voisées
Fricatives voisées nasalisées
13 ð/z
nt
14 v
mp
15 ʝ/ʒ
ŋk
16 ɣ
ŋkw
5. Nasales
Nasales longues
17 n
18 m
19 ɲ
ŋ
20 ŋ
ŋw
6. « Faibles »
Nasales courtes
21 r
n
22 w
m
23 j
o
24 a
w

Figure 1 : Tableau des lettres primaires. Les termes phonétiques donnés à gauche et en haut correspondent aux valeurs phonétiques écrites dans le même style à l’intérieur le tableau. Ainsi, puisque ŋk, série III, grade 4, est écrit en gras et en italique, le phonème est une fricative voisée nasalisée vélaire.

Dans tous les modes, chaque tengwa recevait un nom dans lequel le phonème qu’il représentait apparaissait aussi tôt que possible. Mais lorsqu’il fallait un nom unique et sans ambiguïté pour chaque tengwa, les noms en quenya étaient utilisés. Puisque les tengwar du premier degré se prononçaient t, p, c et qu en quenya, leurs noms étaient tinco, parma, calma et quesse. Les quatre séries étaient en conséquent universellement connues sous les noms de tincotéma, parmatéma, calmatéma et quessetéma. Pour une description détaillée des noms des lettres, voir l’article sur Les noms des tengwar.

En plus de ces lettres primaires, il existait un grand nombre de lettres supplémentaires irrégulières, qui n’étaient pas basées sur un telco et un lúva. Parmi celles-ci, douze des plus répandues étaient souvent inclues dans l’arrangement en tableau du Troisième Âge, bien que leurs valeurs phoniques ne correspondissent pas au système phonétique des quatre séries. Ces lettres supplémentaires sont présentées dans la figure 2.

25 r/w 26 r̥/rd 27 l 28 l̥/ld
29 s 30 s/y 31 z 32 z
33 h 34 ʍ 35 e/i 36 u/o

Figure 2 : Tableau des lettres supplémentaires.

La plupart des lettres supplémentaires étaient en réalité des formes modifiées de lettres primaires. Les dérivations suivantes sont soit données par Tolkien, soit les suppositions les plus probables ; ces dernières sont en gris.

Évolution des tengwar supplémentaires

Diacritiques

Quelques tehtar

Les tehtar sont des signes d’apparence variable qui sont placés autour des tengwar pour modifier leur prononciation. Un tehta courant a la forme d’une ligne horizontale placée sous les lúvar : il est fréquemment employé pour indiquer qu’une consonne est longue ou double. Le même tehta placé au-dessus sert souvent à indiquer que le tengwa est précédé d’une nasale de la même série (voir figure 1). Un autre tehta a la forme d’une boucle attachée au tengwa, généralement en bas à droite du lúva le plus à droite. Il indique que la consonne est suivie d’un s.

Contrairement à ce que pensaient Rúmil et ses contemporains, Fëanor estimait que les voyelles avaient une valeur phonique aussi importante que les consonnes. Comme en sarati, les voyelles étaient généralement représentées en tengwar par des signes diacritiques, appelés ómatehtar ou « marques de voyelles ». Toutefois, ce n’était que dans un but de concision, et Fëanor élabora également un mode pour le quenya dans lequel chaque voyelle était assignée à un tengwa. Ce mode était avant tout destiné aux « maîtres du savoir », et était rarement employé ; si des exemples en ont été préservés, ils n’ont pas été publiés, et nous ignorons à quoi il ressemblait. On dit qu’il est à l’origine de modes comme le mode sindarin de Beleriand2).

La figure 3 présente certaines des marques de voyelles les plus fréquentes. Les valeurs qui leur sont données sont loin d’être les seules utilisées. Les ómatehtar étaient généralement placés sur le tengwa consonantique précédent ou suivant, selon les conventions d’écriture. Dans certains exemples, les marques de voyelles sont également placées sous les tengwar. Dans ce cas, ils sont toujours renversés.

Les ómatehtar

Figure 3 : Les ómatehtar.

Porteurs

Lorsqu’il n’y a pas de tengwa en position requise, on utilise souvent un porteur pour porter le tehta-voyelle. Il s’agit d’un héritier direct du porteur de voyelle des sarati. Beaucoup de modes distinguent un porteur long, qui peut être utilisé lorsque la voyelle concernée est longue.

Dans de nombreux modes, les tengwar sont considérés comme ayant une « voyelle inhérente », un son (généralement a) prononcé après leur valeur consonantique. Dans de tels modes, cette voyelle n’a pas besoin d’être notée. En revanche, les consonnes qui ne sont pas suivies de voyelles sont marquées par un tehta (généralement un point en-dessous).

Le concept de « voyelle inhérente » peut expliquer en partie pourquoi les tengwar de grade 6 de la dernière série sont souvent utilisés pour les voyelles (voir la figure 1). Les valeurs consonantiques « faibles » que représentaient à l’origine ces tengwar avaient cessé d’être prononcées dans les langues concernées, laissant leur valeur vocalique sans valeur consonantique précédente. Un développement similaire donna naissance à l’usage de matres lectionis, des lettres à part entière représentant des voyelles, dans l’alphabet hébreu.

Sens d’écriture

Dans la quasi-totalité des sources, les tengwar sont écrits horizontalement de gauche à droite et de haut en bas. C’était la façon « correcte » d’écrire avec cet alphabet tel que Fëanor l’avait élaboré : les formes des lettres étaient conçues pour être faciles à écrire de la main droite. Mais les Elfes, ambidextres, pouvaient aussi bien écrire des deux mains. Dans leur correspondance ou dans des textes privés, les Elfes écrivaient parfois de droite à gauche. Dans ce cas, ils se servaient de leur main gauche et écrivaient les lettres comme dans un miroir, afin d’avoir toujours le même côté tourné dans le sens d’écriture, comme pour les sarati3).

De gauche à droite (sens normal)De droite à gauche (documents privés)
De gauche à droite
(sens normal)
De droite à gauche
(documents privés)

Ponctuation

Les signes de ponctuation représentant une pause dans le texte (comme le point, la virgule ou le point-virgule dans l’alphabet latin) sont généralement basés sur des assemblages de points : plus les points sont nombreux, plus la pause est forte. Un seul point à mi-hauteur (·) correspond plus ou moins à une virgule. Deux points (:) sont équivalents à un point-virgule ou à un point. Des pauses plus fortes, par exemple pour marquer la fin d’une proposition, peuvent être indiquées par trois (:·) ou quatre (::) points. La fin d’un texte est parfois indiquée par deux points suivis d’une ligne ondulée simple ou double.

Dans beaucoup de textes anglais, Tolkien a utilisé les signes de ponctuation classiques de l’alphabet latin : le point < . >, la virgule < , >, le point-virgule < ; >, les deux-points < : >, le point d’exclamation < ! >, le point d’interrogation < ? >, et les guillemets < ‘ ’ > < “ ” >.

Voir aussi

Sur Tolkiendil

Sur le net

1) The Annals of Aman, Morgoth’s Ring
2) From Quendi and Eldar, Appendix D, Vinyar Tengwar nº 39
3) « Eldarin Hands, Fingers & Numerals and Related Writings », Vinyar Tengwar nos 47 & 48
 
langues/ecritures/tengwar/tengwar_feanor.txt · Dernière modification: 14/06/2011 05:51 par Elendil
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