Les tengwar : le Mode de Beleriand

 Deux Anneaux
Måns Björkman
traduit de l’anglais par Julien Mansencal
Articles de synthèse : Ces articles permettent d’avoir une vue d’ensemble du thème traité mais ils nécessitent une bonne connaissance des principales œuvres de J.R.R. Tolkien.

Introduction

Le nom de ce mode gris-elfique des tengwar est donné dans la légende de DTS 8. Il semble raisonnable d’admettre que ce mode fut créé au Beleriand, ou du moins que c’est là qu’il entra en usage. Les Ñoldor sont dits être les premiers à avoir appliqué les tengwar au sindarin1), mais il est impossible d’assurer avec certitude que le mode qu’ils créèrent était le Mode de Beleriand.

Nos sources pour le Mode de Beleriand se limitent à ce jour à six spécimens : DTS 8, DTS 21, DTS 58, et trois brouillons presque identiques de l’inscription des Portes de Durin2). Quelques notes sont également présentes dans l’Appendice E. Toutes ces sources s’accordent à la perfection.

Il sera souvent fait référence aux différents tengwar par leurs noms en quenya. Pour une liste complète de ceux-ci, voir l’article sur Les noms des tengwar.

Tengwar

Cet « antique mode s[indarin] »3) est un mode de quanta sarme (« écriture complète »), ce qui veut dire que les consonnes et les voyelles sont écrites avec des tengwar. De ce point de vue, il suit le quanta sarme que Fëanor créa « pour les Maîtres du Savoir » pour représenter le quenya. Il est dit que pour les langues comme le sindarin, « la méthode diacritique d’indication des voyelles ne convenait pas »4). Les signes diacritiques, les tehtar, servent à modifier les valeurs phoniques des tengwar.

La Figure 1 montre les valeurs des tengwar dans le Mode de Beleriand selon la méthode de transcription utilisée dans le Seigneur des Anneaux. Les sons non attestés sont marqués d’un astérisque. Pour la prononciation du sindarin, voir l’Appendice E. Les notes sont données plus bas.

1 t 2 p 3 c 4
5 d 6 b 7 g 8
9 th 10 f 11 ch 12
13 dh 14 v 15 16
17 nn 18 mm 19 *ng 20
21 n 22 m 23 o 24 w
25 r 26 *rh 27 l 28 *lh
29 s 30 y 31 32
33 h 34 *hw 35 e 36 u
a a vala *mh i gasdil '

Figure 1 : Les tengwar

Notes

ampa ampa. Dans le Seigneur des Anneaux, Tolkien transcrit les v finaux par des {f}. Cette pratique n’a pas d’équivalent en tengwar, aussi les {f} finaux doivent être écrits avec ampa dans le Mode de Beleriand.

noldo noldo. « NG est le ng de finger, mais en finale on le prononçait comme dans l’anglais sing »5). Dans le Mode de Beleriand, le premier son aurait été représenté par anga avec un tehta de nasalisation (voir plus bas les Consonnes nasalisées). On ignore comment était écrit l’autre son, mais il est possible que noldo ait été utilisé.

aldaarda arda et alda. Ces lettres ne sont pas attestées dans le Mode de Beleriand, mais l’Appendice E indique qu’elles étaient « souvent utilisées pour représenter un r (rh) et un l (lh) sourds », des sons qui apparaissaient en sindarin et nécessitaient une façon d’être écrits. Si arda et alda étaient utilisés dans le Mode de Beleriand, c’était certainement pour ces sons.

hwesta sindarinwa hwesta sindarinwa. D’après l’Appendice E, le hwesta sindarinwa, ou « hw gris-elfique », « en ses rares occurrences, exprimait le w muet ». On n’a aucun exemple sindarin de ce tengwa, même si son nom suggère fortement qu’il fut créé pour le sindarin. Une théorie veut que le hw sindarin soit prononcé chʷ à l’époque où les Noldor découvrirent cette langue. En quenya, hw représente un w muet, et les Noldor ressentaient donc le besoin d’avoir un tengwa distinct du hwesta pour représenter le son gris-elfique. Toutefois, il semble que ce que Tolkien transcrivait par hw représentait un w muet en quenya comme en sindarin6).

ia Les tengwar représentant a et i peuvent être distingués de façon plus claire en inscrivant un point au-dessus, ce qui est particulièrement pratique lorsque ces tengwar risquent d’être confondus avec l’arc ou la base d’une lettre adjacente. Dans ce mode, le i peut être représenté indifféremment par le porteur long ou court.

vala Dans l’un des brouillons pour les Portes de Durin7), le mot mellon contient un tengwa légèrement différent pour m. Il semble probable que la courbe ajoutée à vala signifie que le son est lénifié, une caractéristique du sindarin que Tolkien perçut différemment au fil du temps. Si tel est le cas, le tengwa devrait se prononcer comme la « spirante n (ou la nasale v) »8). Un tengwa similaire apparaît dans DTS 49. Par la suite, Tolkien décida que sur les Portes de Durin, mellon n’était pas dans un contexte qui déclenchait la lénition, et ce tengwa n’apparaît donc pas dans l’inscription finale.

gasdil gasdil. Le tengwa autrement connu sous le nom de halla pouvait servir à indiquer un g lénifié et donc silencieux9). On n’en connaît aucun exemple.

Modifications consonantiques

Consonnes longues ou doubles

Consonnes longues Les seules consonnes longues ou doubles attestées dans nos échantillons du Mode de Beleriand sont ll, mm et nn. Le l long est écrit avec deux lambe consécutifs, comme dans la transcription. Les m et n longs sont écrits respectivement avec malta et númen. Ces deux derniers sont indubitablement des raccourcis d’écriture pour des doubles vala et óre, les signes normaux pour m et n dans ce mode. On peut supposer que toutes les autres consonnes étaient écrites en doublant les tengwar.

Consonnes nasalisées

Consonnes nasalisées D’après l’Appendice E, « une barre placée au-dessus d’une consonne (ou un signe analogue au tilde espagnol) avait souvent pour fonction d’indiquer que la lettre était précédée d’une nasale de la même série (cas de nt, mp ou nk) », la nasale étant soit m, soit n, en fonction de la colonne contenant le tengwa. DTS 8 témoigne de l’usage du tehta de nasalisation dans le Mode de Beleriand. Dans des mots composés de façon lâche, lorsque le premier mot se termine sur une nasale homorganique avec la première consonne du second mot, il était apparemment préférable de séparer les deux sons et de les écrire tous deux avec les tengwar. Cela est suggéré par DTS 21, où le n du mot palan-díriel (le tiret n’a pas d’équivalent en tengwar) est écrit avec un óre.

Consonnes labialisées

Consonnes labialisées Dans le Mode de Beleriand, « le signe indiquant qu’un w suivait (nécessaire à l’expression de au et aw) » était « la boucle du u ou une variante de cette boucle ~ »10). Aucun exemple n’existe, mais d’autres modes gris-elfiques des tengwar emploient un tehta à cette fin qui ressemble approximativement à une tilde inversée (~). C’est incontestablement ce tehta que Tolkien décrit. Toutefois, ce tehta ne servait probablement pas à l’écriture de toutes les consonnes labialisées.

En décrivant le système des lettres primaires, l’Appendice E parle d’un mode dans lequel les quatre premiers tengwar de la quatrième série du tableau ont les valeurs phonétiques labiales de kw, gw, khw/hw et ghw/w. Il n’y a aucun texte où ces lettres sont associées à ces sons. Toutefois, les sons des trois premières séries de ce même mode correspondent parfaitement à ceux du Mode de Beleriand, et étant donné que vilya a le son w dans le Mode de Beleriand, on sait que la quatrième série était réservé aux consonnes labialisées. Vilya est également le seul tengwa des lettres primaires de la quatrième série qui apparaît dans nos échantillons de ce mode. Si gw était apparu dans ces échantillons, il aurait peut-être été écrit avec ungwe. Les autres sons (kw, khw/hw et ghw/w) sont plus problématiques.

Le w suivant apparaît dans un certain nombre de groupes consonantiques en sindarin, mais parmi ceux-ci, seuls gw et hw sont couverts par les sons listés plus haut. Les autres sons de la liste n’apparaissent pas du tout en sindarin. Il est possible que la liste ait été purement théorique, utilisée par l’Appendice E en tant que présentation la plus systématique d’une série labialisée, mais n’existant pas vraiment en pratique. La plupart des w suivants devaient être écrits avec la « variante de la boucle du u » (hw était sans doute écrit avec un hwesta sindarinwa, comme noté plus haut). Plutôt que de solliciter encore plus la mémoire en utilisant un tengwa unitaire pour gw, ce son était sans doute également écrit à l’aide du tehta, de la même façon que dw et rw.

Modifications vocaliques

Voyelles longues

Voyelles longues

Figure 2 : Les voyelles longues

Dans ce mode, les voyelles longues étaient indiquées en superposant « un “accent aigu”, dit en l’occurrence andaith “marque d’insistance” »11). On estime souvent que les voyelles « prolongées tout particulièrement », marquées d’un circonflexe par Tolkien, n’étaient pas distinguées des voyelles longues normales, mais il s’agit là de pure spéculation. Il est possible qu’elles aient été marquées par un andaith doublé, par exemple. Les voyelles longues sont montrées dans la Figure 2.

Diphtongues

Voyelles longues

Figure 3 : Les diphtongues

Dans le Mode de Beleriand, les diphtongues étaient écrites de plusieurs façons, en fonction des voyelles impliquées. La Figure 3 résume ces diverses façons. Pour les diphtongues qui se terminent en -i, la première voyelle est représentée par son tengwa, et la deuxième par deux points.

En ce qui concerne au, l’Appendice E décrit un tehta « nécessaire à l’expression de au et aw », comme indiqué plus haut dans la section Consonnes nasalisées. Ce tehta est représenté dans la Figure 3.

Le paragraphe cité ci-dessus se poursuit ainsi : « Mais les diphtongues étaient souvent orthographiées intégralement, comme c’est le cas dans la transcription en question » ; autrement dit, les deux voyelles étaient représentées par un tengwa. En fait, c’est ainsi qu’est écrite systématiquement la diphtongue ae dans tous nos échantillons du Mode de Beleriand. On peut supposer que oe était écrit selon le même principe.

Voir aussi

Sur Tolkiendil

Sur le net

1) « From Quendi and Eldar, Appendix D », §20
2) DTS 29, 30 et 31
3) DTS 58
4) « From Quendi and Eldar, Appendix D », Vinyar Tengwar nº 39
5) , 6) , 8) , 11) SdA, App. E
7) DTS 31
10) SdA, App. E.
N.d.T. : La traduction de ce passage a été revue ici.
 
langues/ecritures/tengwar/mode_beleriand.txt · Dernière modification: 14/06/2011 05:53 par Elendil
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