À quoi ressemble le quenya vanyarin ?

 Trois Anneaux
Thorsten Renk
traduit de l’anglais par Pascal Burkhard
Articles de synthèse : Ces articles permettent d’avoir une vue d’ensemble du thème traité mais ils nécessitent une bonne connaissance des principales œuvres de J.R.R. Tolkien.

Histoire externe

C’est au cours de la création du SdA que Tolkien conçut pour la première fois l’idée d’une distinction entre les dialectes du quenya vanyarin et ñoldorin. On peut voir clairement dans « Les Étymologies »1)2)3) (que l’on peut lier aux premiers brouillons du SdA), que la langue des Ñoldor n’est pas le quenya mais noldorin, qui fait partie de la branche des langues elfiques à thème celtique, laquelle devint par la suite le sindarin. Cette idée remonte très loin – dès le « Gnomish Lexicon »4), la première des langues à thème celtique, goldogrin est présenté comme i·Lam na·Ngoldathon « la langue des gnomes » et PE 11, p. 41 donne « goldogrin : golda, qenya : noldo » pour « gnome, i.e. un sage ». La relation entre quenya, noldorin et la langue des Vanyar (appelés Lindar à cette époque), telle qu’on la voit dans la période précédant le SdA, est particulièrement mise en évidence dans le Lhammas5). Dans les Lhammas A et B, la langue lindarine primitive est préservée sous une forme écrite et est appelée « quenya », mais il existe également une langue plus tardive des Lindar, appelée « lindarin ». Cependant, dans le Lammasethen, le quenya est une langue directement dérivée du valarin, tandis que le lindarin est la langue quotidienne des Lindar, qui a évolué de façon originale6). Même si la caractéristique du lindarin d’être « particulièrement beau et des moins changeants »7) n’est pas très éloignée de ce que Tolkien écrivit plus tard à propos du vanyarin, il faut relever que la différence entre le noldorin comme langue à thème celtique et le quenya comme langue à thème finnois-latin est bien plus importante que la différence plus tardive entre le ñoldorin et le quenya vanyarin comme deux dialectes mutuellement intellegibles du même thème inspiré par le finnois et le latin.

L’association entre les Ñoldor et une langue à thème celtique disparaît dans l’Appendice E du SdA. Discutant des variantes de noms de tengwar, Tolkien affirme : « Là où il y a des variantes, cela est dû aux noms donnés avant que certains changements n’affectent le quenya tel qu’il est parlé par les Exilés [i.e. les Noldor]. »8), c’est pourquoi à partir de ce moment-là dans le scénario linguistique de Tolkien, les Ñoldor comme les Vanyar parlèrent le quenya, mais en utilisant des dialectes différents.

Il est très probable que Tolkien n’a pas créé la différence entre le quenya ñoldorin et vanyarin à partir de rien – les premiers matériaux contiennent des références à des formes dialectales de qenya, comme dans PE 14, p. 41, qui mentionne le développement standard de certains groupes consonantiques par opposition à des formes dialectales. C’est pourquoi des idées déjà vraisemblablement existantes à propos de divers dialectes de q(u)enya ont été utilisées pour caractériser les différences entre le quenya ñoldorin et vanyarin.

Elostirion (© John Howe)

Cependant, même si les différences entre le quenya ñoldorin et vanyarin sont pour l’essentiel définies, nous n’en apprenons guère plus, sauf sur les mutations phonétiques impliqués dans les noms des tengwar. De plus amples informations sur le vanyarin apparaissent dans l’essai « Quendi & Eldar »9), écrit vers 1959-1960, surtout dans le contexte d’une explication sur les moyens par lesquels certains termes valarins pourraient avoir été préservés en Terre du Milieu. Finalement, l’essai de 1968 « Le Schibboleth de Fëanor »10) introduit d’avantage d’informations concernant les différences entre ñoldorin et vanyarin. À cette occasion-là, Tolkien luttait avec le problème de savoir quand placer exactement le changement de þ > s et finit par présenter une solution où la politique s’immisça dans les questions liguistiques.

Dans l’ensemble, les traces concrètes concernant l’aspect du quenya vanyarin sont plutôt rares ; il existe quelques rares formes attestées et candidats possibles dispersés à travers le corpus. Comme il est probable que les éléments du développement du q(u)enya était plus ou moins fixés alors que les Noldor parlaient encore le noldorin des « Étymologies », nous allons assumer par la suite que les transformations phonétiques du quenya suivent le cadre défini par Helge Fauskanger dans The Evolution from Primitive Elvish to Quenya (se fondant principalement sur le matériel disponible dans « Les Étymologies »), et que l’idée des deux dialectes de quenya, qui émergea plus tard, ne changea pas grand chose à la situation.

Histoire interne

Le quenya vanyarin n’est apparent dans les écrits de Tolkien qu’à une période très spécifique – juste avant que les Ñoldor ne partent de Valinor. Lorsque les Vanyar et les Ñoldor habitaient encore ensembles, il n’y avait apparemment guère de différences entre leurs deux langues : « Cela [l’amour ñoldorin du changement et de la nouveauté] avait été restraint et altéré alors qu’ils [les Ñoldor] vivaient encore dans une communauté linguistique unique avec les Vanyar conservateurs, dont l’assentiment devait être obtenu avant qu’une innovation puisse être reconnue comme du quenya véritable. »11), i.e. les changements linguistiques étaient coordonnés avec les maîtres du savoir des Vanyar.

Cependant, après que les Ñoldor soient partis en Exil pour la Terre du Milieu, aucune information sur le quenya vanyarin ne peut plus être trouvée. Après cela, seuls de rares individus quittent la terre bénie, dont Gandalf, Radagast et Glorfindel. Même s’ils auraient pu nous fournir des informations quant au développement du quenya vanyarin entretemps, il n’y a aucun récit qui nous indique qu’ils l’auraient fait.

C’est pourquoi notre connaissance du quenya vanyarin est limitée au quenya tel qu’il existait juste avant l’Exil des Ñoldor. Comme nous connaissons certains des changements qui affectèrent le quenya des Exilés au cours de leur séjour en Terre du Milieu, nous pouvons nous faire une idée plausible de la nature que devaient avoir certains éléments du quenya vanyarin. Vu le conservatisme des maîtres du savoir vanyarins en l’absence de l’influence des Ñoldor, il y a toutefois des chances pour que cette langue n’ait guère évoluée en terre bénie.

Les différences entre le ñoldorin et le vanyarin

Tolkien résume les différences entre ces deux dialectes comme suit : « Après la séparation, quoique les deux dialectes soient restés aisément compréhensibles pour les Vanyar et les Ñoldor, le quenya ñoldorin acquit rapidement de nombreux nouveaux mots et fonctions grammaticales ; mais dans le domaine de la phonétique et de la structure de sons, la seule divergence sérieuse était le traitement du þ. »12).

Cela signifie malheureusement que nous connaissons seulement la plus petite partie des différences entre les deux dialectes. Alors que nous avons une certaines compréhension à propos des différences dans le domaine phonétique (qui ne sont pas limités aux changements mentionnés à l’époque de la séparation, puisque le quenya ñoldorin tel que nous l’étudions a continué de se développer en Terre du Milieu), nous pouvons le plus souvent qu’essayer de deviner quels nouveaux mots furent acquis et nous n’avons pas un seul exemple d’une construction grammaticale différente en ñoldorin et vanyarin.

La plupart des changements phonétiques peuvent être déduit des variantes de noms des tengwar décrits dans l’appendice E du SdA. La liste utile est (avec les formes anciennes données entre parenthèses) : súle (þúle) « esprit », harma « trésor » ou aha « rage », noldo (ngoldo) « un du peuple des Ñoldor », nwalme (ngwalme) « supplice », vilya (wilya) « air, ciel ». Tolkien explique : « Là où il y a des variantes, cela est dû au fait que les noms furent attribués avant que certains changements n’affectent le quenya tel qu’il est parlé par les Exilés. Ainsi le nº 11 était appelé harma lorsqu’il représentait la spirante ch dans toutes les positions, mais lorsque ce son devint un h aspiré initialement (mais conservant sa valeur initiale médialement), le nom aha fut conçu ; áre était initialement áze, mais lorsque ce z fut confondu avec le 21 [óre], le signe fut alors utilisé en quenya pour le très fréquent ss […]. »13). On a répertorié ici la plupart des changements phonétiques.

Il est intéressant de noter que les Vanyar semblent avoir été moins conservatifs par le passé. Dans PM, p. 402 on trouve : « Ainsi fut-il que lorsque le nom Banyai fut changé en Vanyar, il en fut ainsi seulement parce que le son b fut modifié dans toute la langue […] et ce changement […] commença parmi les Vanyar ; tandis que pour exprimer un grand nombre, le nouvel artifice du -r fut introduit et utilisé […] et cela […] commença parmi les Noldor. »14) Nous voyons ici les Vanyar comme des esthètes changeant la structure phonétique du langage alors que les Noldor sont vu comme des théoréticiens modifiant les constructions grammaticales (ici le pluriel).

Nous allons maintenant discuter en détail des différences individuelles et nous allons illustrer leurs conséquences en observant comment certains mots aurait pu être écrits en quenya vanyarin.

-þ- et -s-

Il était clair pour Tolkien que le changement þ > s apparaissant uniquement en quenya ñoldorin était la différence la plus significative. Il s’agit là du sujet principal de l’essai « Le Schibboleth de Fëanor »15) et le but recherché par Tolkien écrivant cet essai peut être résumé avec ses propres mots : « Puisque le sindarin fait grand usage de þ, le changement þ > s a dû se produire en quenya ñoldorin avant la rébellion et l’exil des Ñoldor, quoique pas nécessairement longtemps avant. »16) De là, Tolkien se lance dans un récit détaillé expliquant que Fëanor voyait les changements phonétiques effectués par les Ñoldor comme une insulte personnelle à la mémoire de sa mère et y résista.

De plus amples indications sur ce changement (ou les variantes de forme) peuvent être trouvé par exemple dans « Quendi & Eldar », cf. les formes q. van. : þinde, dialecte ñold. : sinde « gris, gris pâle ou argenté »17) ou q. van. : aþar, ñold. : asar « heure fixée, festival »18).

Conceptuellement, ce changement est relativement simple à saisir : En quenya ñoldorin, tout les apparitions de -þ- se transformèrent en -s-, cela n’eut pas lieu en quenya vanyarin. Dans l’évolution du quenya, le son -þ- fait ou bien directement partie de la racine comme -TH- (auquel cas il peut être à l’intérieur du mot) ou est créé par un ST- initial. C’est pourquoi le nombre de mots connus affectés par cette règle est relativement limité. On peut avoir par exemple :

  • Q. van. : #chíþë ; q. ñold. : hísë (RP, p. 413)
  • Q. van. : #þamno ; q. ñold. : samno “constructeur, charpentier” (RP, p. 444)
  • Q. van. : #þanyë ; q. ñold. : sanyë “règle, loi” (RP, p. 445)

D’après l’appendice E au SdA, l’écriture des tengwar en ñoldorin préserve cette distinction originelle en utilisant silme et súle là où ils doivent l’être. Naturellement en vanyarin þúle serait utilisé pour þ.

-z- et -r-

La règle importante qui suit est rendue apparente par l’ancien nom du tengwa áze – elle concerne le changement z > r qui eut lieu en quenya ñoldorin mais pas en vanyarin. Comme exemple supplémentaire on trouve : « Aurel < aw(a)delo Oärel < awādelo. Dans le dialecte vanyarin Auzel et Oäzel. »19)

Le problème avec cette règle, si l’on est plus familier avec le quenya ñoldorin (comme l’auteur du présent article), est que les formes vanyarines ne peuvent pas simplement être déduites en remplaçant tous les -r- avec des -z-. Tandis que le -z- vanyarin est presque toujours transformé en -r- en ñoldorin, tous les -r- du quenya ñoldorin ne proviennent pas d’un -z- à l’origine (l’exception à ce changement historique est décrit par Tolkien comme étant : « [le] z médian < s est devenu r dans le dialecte ñoldorin du quenya, sauf lorsque qu’une syllabe adjacente ou (comme ici [i.e. Kasar pas **Karar]) la même syllabe contient déjà un r. »20) suggérerait que dans cette position le -s demeure également comme tel en vanyarin (si l’on avait eu ? oloz à un certain point, cette forme devrait alors être ? olor en ñoldorin, ce qui est effectivement la forme qu’on trouve dans « Les Étymologies »)21). Le pluriel serait bien sûr toujours le q. van. olozi ou q. nold. olori. Il n’y cependant pas d’indication qu’un -d final primitif ne donnerait pas -z, comme par exemple le q. van. #taz, q. nold. tar « vers, en direction de »22). Le son vanyarin devrait être écrit en tengwar avec áze. En ñoldorin, rómen ou óre prend sa place. ==== -f- et -hw- ==== U<html><span style=“font-variant: small-caps;”>n problème quelque peu étrange nous est</span></html> présenté par deux remarques plutôt techniques : « De façon similaire, la spirante labiale f était bilabiale et le demeura en vanyarin. »23) et « Avant d’effectuer le changement, les Ñoldor accusaient les Vanyar de confondre les deux sons [i.e. f et hw]. En réalité, si on avait laissé les choses se faire, les deux sons auraient probablement fusionné dans le quenya hw. Leur approche similaire (en ralentissant la friction spirantale de f) avant la sépration des Vanyar et des Ñoldor est vu dans le développement phu- > hwu- > hu-, comme dans le quenya huine “obscurité, tristesse” […]. Plus tard, alors que la fusion avait été stoppée en ñoldorin, une des plaisanteries de Fëanor consistait à déclarer que les Vanyar appelaient son père Hwinwe et lui même Hwëanáro. »24). Cela semble signifier que le f (des PH- ou SP- primitifs) était un son très doux en quenya avant la séparation et qu’il s’adoucit encore avec le temps, menaçant de fusionner avec hw (du SW- primitif). Les Ñoldor s’opposaient à cette fusion et introduirent (du telerin) le son f normal, mais apparemment les Vanyar n’ont rien fait de tel. La question reste ouverte de savoir si les deux sons ont finalement fusionné en vanyarin ou sont simplement devenu très similaires. Dans les exemples qui suivent, nous assumerons qu’ils ont fusionné et que tout les mots découlant des racines PH- et SP- se développent en hw- en vanyarin (mais PHU- > hu-) : * Q. van. : *hwalma ; q. nold. : falma “vague” (RP, p. 435) * Q. van. : *hwarya- ; q. nold. : farya- “suffire” (RP, p. 435) * Q. van. : huine ; q. nold. : fuine “ombre profonde” (RP, p. 437) * Q. van. : *hwenda ; q. nold. : fenda “seuil” (RP, p. 436) Ce son est écrit en utilisant formen en ñoldorin. On peut supposer que les Vanyar auraient préservé cette façon d’écrire et n’auraient que changé la valeur du son plutôt que d’utiliser hwesta. ==== h- et ch- ==== L<html><span style=“font-variant: small-caps;”>a différence qui suit est principalement</span></html> déduite du fait que le tengwa aha avait comme précurseur harma avec un son ch- initial. C’est pourquoi, au moment de la séparation, il y a avait encore une différence entre le son ch- développé à partir de KH- et SK- et le son h- dérivé de 3-, qui ne disparut qu’en quenya ñoldorin. Si tel est le cas, on peut s’attendre a : * Q. van. : harya- ; q. nold. : harya- “posséder” (RP, p. 407) * Q. van. : helle ; q. nold. : helle “ciel” (RP, p. 408) Mais : * Q. van. : *chala ; q. nold. : hala “poisson” (RP, p. 411) * Q. van. : *chanya- ; q. nold : hanya- “comprendre” (RP, p. 412) * Q. van. : *charwe ; q. nold. : harwe “blessure” (RP, p. 442) * Q. van. : *chat- ; q. nold. : hat- “rompre” (RP, p. 442) Ce son serait alors écrit avec harma en vanyarin mais avec hyarmen en ñoldorin. ==== v- et w- ==== D<html><span style=“font-variant: small-caps;”>e la même façon, du fait que le tengwa</span></html> vilya était autrefois wilya, on peut déduire le changement de son w- > v- en quenya ñoldorin. Il a également été assumé, du fait que le f non-voisé en vanyarin est un son très doux, que la même chose est vraie pour son équivalent voisé, le vanyarin v. Même si cela est plausible, il n’existe pas de preuve à ce propos dans les écrits de Tolkien et nous allons par la suite représenter le son vanyarin avec un v-, gardant en tête qu’il pourrait être plus doux qu’un v- ñoldorin. Dans notre référencement des différences entre vanyarin et ñoldorin, nous devons à présent comprendre de quelle racines donneraient un w- préservé en vanyarin. C’est relativement simple – toutes les racines en W- et GW- donnent w- en vanyarin, toutes celles en B- par contre, résultent en v-. On peut donc trouver : * Q. van. : verya- ; q. nold. : verya- “oser” (RP, p. 397) * Q. van. : *vezno ; q. nold. : verno “époux” (RP, p. 397) Mais : * Q. van. : *wanya- ; q. nold. : vanya- “partir” (RP, p. 457) * Q. van. : wende ; q. nold. : vende “jeune fille, vierge” (RP, p. 458) * Q. van. : wilwa ; q. nold. : vilwa “air (en tant que substance)” (RP, p. 459) Naturellement, ce son s’écrit avec vilya dans les deux dialectes. ==== ñ-, n-, ñw-, nw- ==== F<html><span style=“font-variant: small-caps;”>inalement, on peut arguer en faveur</span></html> d’un changement de son (qui n’est pas accompagné d’un changement à l’écrit) en quenya ñoldorin, concernant les tengwar ñoldo et ñwalme. Donc : * Q. van. : ñolwe ; q. nold. : nolwe “sagesse” (RP, p. 430) * Q. van. : ñwalka ; q. nold. : nwalka “cruel” (RP, p. 431) ==== Déclinaisons des cas ==== D<html><span style=“font-variant: small-caps;”>ans <i><A href=“http://folk.uib.no/hnohf/qevolution.pdf”>The Evolution from Primitive Elvish to Quenya</A></i>,</span></html> Helge Fauskanger, se basant sur la « Lettre Plotz » (comme on l’appelle), mentionne de nombreux changements dans les formes flexionnelles du quenya des Exilés. Le quenya vanyarin n’aurait donc vraisemblablement pas subi ces changements et serait encore proche de ce que l’on nomme le « quenya livresque »25). En détail, les formes affectées sont : * Le nominatif pluriel des noms se terminant en serait * < *-ei en vanyarin et pas abrégé comme en quenya ñoldorin. On trouverait donc le q. van. lassí au lieu du q. nold. lassi « feuilles ». * L’accusatif singulier du quenya vanyarin serait similaire au quenya livresque, i.e. marqué par une voyelle finale allongée. Donc q. van. : *Tirin kiryá « J’observe un navire ». * L’accusatif pluriel du quenya vanyarin serait -i pour les noms qui reçoivent un -r en quenya noldorin et pour les autres. On aurait donc les q. van. *Tirin kiryai « J’observe des navires » ou *Tirin elení « J’observe des étoiles ». * Le génitif singulier des noms se terminant en -a serait * < *-ao en vanyarin et pas abrégé en -o comme en ñoldorin. Donc q. van. : Vardó à la place du q. nold. : Vardo « de Varda ». * Les adjectifs en -a pourraient garder le pluriel *-ai en vanyarin au lieu de subir le changement en comme en ñoldorin. On aurait donc le q. van. *lintai kiryar « des navires rapides ». * Les adjectifs en -ëa pourraient garder le pluriel *-ëai au lieu de subir le changement en -ië comme en ñoldorin. On aurait donc le q. van. laureai lassí « des feuilles dorées ». En vanyarin, les deux premières lignes de Namárië pourraient donc donner :

<html><b><i><center></html>Ai ! laurëai lantar lassí súrinen,
yéni únótimai ve rámar aldaron !<html></center></i></b></html> ==== Autres changements phonétiques ==== C<html><span style=“font-variant: small-caps;”>omme indiqué ci-dessus, le quenya vanyarin</span></html> semble être plus conservatif, au sens où il préserve plus de groupes consonantiques originaux. Un exemple de plus à ce sujet se trouve dans le nom de la langue « quendya, qui fut conservé dans le dialecte vanyarin mais qui devint quenya en ñoldorin. »26). Cependant, vu que le groupe de consonnes -ndy- n’est pas fréquemment rencontré, cet exemple n’a pas une grande influence la saveur d’ensemble de la langue. Détail amusant, puisque les Vanyar « l’acceptèrent [le nom Vanyar], mais continuèrent de s’appeller eux-mêmes plus fréquemment par leur ancien nom numérique, Minyar »27), ils auraient probablement appelé leur propre dialecte
quendya minyarin plutôt que quenya vanyarin. ==== Différences de vocabulaire ==== T<html><span style=“font-variant: small-caps;”>ournons à présent le dos à la phonétique</span></html> et aux changements de sons et étudions les deux autres domaines de changements – le vocabulaire et la grammaire. Il y a très peu de mots pour lesquels nous savons qu’ils sont utilisé exclusivement en vanyarin ou en ñoldorin. Les mots propres au vanyarin semblent principalement des emprunts au valarin : « Pengolodh cite aussi les noms de couleurs, qui selon lui peuvent être trouvés dans d’anciens poèmes, quoique ils ne soient utilisé que par les Vanyar, “qui, comme Rúmil le relate, adoptèrent bien plus de mots [du valarin] que ne le firent les Ñoldor” : ezel, ezella “vert”, nasar “rouge”, ulban “bleu”, tulka “jaune” »28). Cependant, comme notre connaissance du valarin n’est pas très riche, cette information ne nous apprend pas beaucoup en-dehors des noms de ces quatre couleurs. D’un autre côté, le bon sens peut nous apprendre quels mots n’ont probablement pas pu être utilisés en Vanyarin – il s’agit en particulier de mots que les Ñoldor n’ont pu apprendre qu’en Terre du Milieu et de vocabulaire influencé par le contact avec le sindarin. Quelques exemples suffiront : * certa « rune » adapté du sindarin certh29) ne pouvait clairement pas être connu des Vanyar puisque les runes ont été développées en Doriath. * orko comme variante pour urko « spectre, orque » est dit montrer « l’influence du sindarin »30) et n’existerait donc pas en vanyarin. * kasar « nain » fut inventé par les Exilés et devrait être absent du vanyarin31). ==== Conséquences du conservatisme linguistique ==== C<html><span style=“font-variant: small-caps;”>omme mentionné plus haut, les maîtres</span></html> du savoir Vanyar était décrits comme « conservateurs » dans VT 41, p. 8. Ils auraient donc tendance à garder d’anciennes formes au lieu de les remplacer par des formations analogiques. Des indications dans ce sens peuvent être trouvé par exemple dans la discussion de Tolkien sur le mot quenya pour « cinquième » : « lemenya doit être abandonné, la résultante de l’ancien quenya en vanyarin était lepenya (comme en telerin). En quenya noldorin, cette aberration fut corrigée en lempea (avec le -ea des autres ordinaux), dérivé de lempe et avant l’Exil c’était déjà la forme orale habituelle pour cinquième en quenya noldorin, quoique les Noldor connussent tous lepenya, puisqu’il était utilisé en vanyarin et aussi en telerin. »32). Le quenya vanyarin présenterait donc moins de formations analogiques. Par exemple dans RP, p. 450, nous trouvons telko « jambe » avec un pluriel analogique telqi. Ce que cela signifie c’est que le pluriel est produit à partir d’exemples comme urko, pl. urqui < urkui, dans lequel le radical se termine par -u ; mais le radical de telko se termine en fait par -o. C’est pourquoi le pluriel vanyarin serait peut être #telkor et ne présenterait pas de formation analogique. Orque de Saruman (© John Howe) L<html><span style=“font-variant: small-caps;”>e nivellement analogique a une grande</span></html> influence dans la formation de mots composés33). Cela soulève la question du degré auquel le développement dominant trouvé en quenya ñoldorin, i.e. le comportement analogique « simple » des composés, aurait lieu en quenya vanyarin. Malheureusement, nous ne connaissons pas beaucoup de composés en vanyarin, mais il existe un cas qui pourrait en être un. Le Silmarillion, chap. 8, dit : « Des événements de ce jour, beaucoup est relaté dans l’Aldudénië [Lamentation pour les Deux Arbres] qu’Elemmírë des Vanyar composa et qui est connue de tous les Eldar. »34). Aldudénië peut difficilement être du quenya ñoldorin puisqu’il contient l’intervocalique -d- isolée, qui n’existe pas dans ce dialecte. De plus, le mot est explicitement lié avec un Vanya. C’est pourquoi il y a des chances qu’on ait ici affaire à un composé vanyarin. Si tel est le cas, cela soulève cependant plus de questions que cela n’en résout. Il n’y a pas de développement phonétique en quenya qui crée un -d- isolé, nous devons donc assumer qu’il ferait partie d’une racine primitive. Une racine DEM « triste, morose » peut être trouvé dans « Les Étymologies »35). Comme nous n’avons pas affaire à précisément le même scénario linguistique dans le Silmarillion et la Route perdue, cela représente en tout cas un candidat possible. Cependant, dans l’évolution du quenya, une mutation d- > l- a lieu (sauf dans quelques cas où un renforcement en ND- intervient ou lorsqu’un mot déterminant un développement analogique existe, auquel cas on trouve d- > n-). Une composition « simple » devrait alors donner <html><b><i>aldulénië</i></b></html>. D’un autre côté, en suivant un développement historique, l’intervocalique -d- > -ð- > -z-, et on trouverait alors <html><i><b>alduzénië</b></i></html>. On ne peut donc pas expliquer le mot attesté comme un mot composé simple ou comme un développement historique. Le conservatisme linguistique pourrait-il aller jusqu’à restorer la consonne racine originelle ? Mais pourquoi alors l’intervocalique -d- fut-elle changée dans des exemples comme Auzel < aw(a)delo36). Rien que de concevoir un moyen d’écrire cette forme dans un mode quenya des tengwar semble compliqué. Ainsi, il nous faut en pratique laisser la question de la création des mots composés en vanyarin sans réponse. ==== Différences possibles dans la grammaire ==== A<html><span style=“font-variant: small-caps;”>lors que nous n’avons pas d’exemples</span></html> attestés d’une phrase en vanyarin ou d’une construction spécifique au quenya vanyarin, nous pouvons au moins faire quelques hypothèses en partant des changements connus du quenya ñoldorin en Terre du Milieu et du conservatisme des maîtres du savoir vanyar. En ce qui concerne la distinction entre génitif et possessif en quenya, WJ signale (p. 369) : « il restait naturellement de nombreux cas où soit le génitif possessif-adjectival, soit le partitif-dérivatif pourraient être utilisés, et la tendance s’accrut à préférer le second, ou à l’utiliser à la place du premier. »37). Ainsi en quenya moderne, il devient donc de plus en plus acceptable d’utiliser seulement le génitif (partitif). Cela est en tout cas conforme avec l’idée qu’une personne parlant le sindarin aurait des problèmes avec la distinction entre le génitif possesif et le génitif partitif en quenya, puisque le sindarin ne possède pas cette construction. Ainsi il serait raisonable de supposer qu’en vanyarin la distinction subsista. U<html><span style=“font-variant: small-caps;”>n cas similaire se trouve dans WJ, p. 366,</span></html> où il est dit que : « les formes du passé [simple] et du parfait devinrent progressivement plus étroitement associées en quenya. »38) Ceci est également un changement qu’on pourrait attendre d’une personne principalement habituée à parler le sindarin lorsqu’elle s’exprime en quenya (d’après ce que nous en savons, aucune distinction entre passé simple et parfait n’existe en sindarin). Un dernier exemple pourrait être la courte phrase et i péti « #sortant des lèvres »39). De façon assez suprenante, elle utilise la préposition et sans ablatif derrière. L’idée qu’elle devrait être suivie d’un ablatif remonte cependant jusqu’aux « Étymologies »40) et se voit également dans Et earello […]41). Le changement serait conforme (même s’il n’y a pas de réelle indication que c’est là l’idée de base) avec ce qu’une personne parlant le sindarin (où les déclinaisons de cas sont absentes) pourrait peut-être produire. Dans tout les cas, le quenya vanyarin ne présenterait probablement pas le changement. ===== Inspiration du vanyarin ? - l’Ataremma IIa ===== B<html><span style=“font-variant: small-caps;”>ien qu’il n’y ait pas trace d’un lien</span></html> historique interne avec le quenya vanyarin, terminons en jettant un regard à la traduction que Tolkien fit de la prière du Notre Père en quenya. La version IIa de l’Ataremma, que l’on trouve dans VT 43 (p. 9) est particulièrement intéressante en relation avec le quenya historique : A ataremma i menelzea, na aire esselya, na tule túrinastalya, na carina mendelya ier menelze tier cemenze. Alye anta men hyáze ilyázea mastamma ar avatyara mello i luciemmar ier emme avatyarir ta va menya lucindor úalye mittanya me terpelienna ono na etrúna me va ulco. san na. Il s’y trouve clairement des éléments que nous avons identifiés ci-dessus comme étant caractéristiques d’une forme ancienne du quenya. Particulièrement notable est l’utilisation de áze dans hyáze « aujourd’hui » ou ilyázea « quotidiennement ». Cependant, d’autres changements phonétiques ne sont pas présent, cf. va « de », dérivé de AWA, alors qu’une forme <html><i><b>wa</b></i></html> aurait été attendue dans le scénario que nous avons tracé au-dessus. Aucun des termes n’utilise non plus l’accusatif livresque. Le degré auquel ce texte devrait nous influencer pour comprendre le quenya vanyarin n’est donc pas clair. Devrions nous supposer que -ze était une terminaison locative usuelle en vanyarin à la place de -sse ? Pouvons nous présumer que va était fréquemment utilisé au lieu de l’ablatif ? Clairement nous ne pouvons pas en être certains, et dans tout les cas, Tolkien décida de retirer les éléments archaïques tels que ilyáze** dans les versions ultérieures de la prière. Néanmoins, la courte apparition de certains éléments archaïques dans ce texte reste un élément secondaire intéressant. ===== Remerciements ===== T<html><span style=“font-variant: small-caps;”><a href=“http://folk.uib.no/hnohf/qevolution.pdf”>he Evolution from Primitive Elvish to Quenya</a></span></html> de Helge Fauskanger a été très utile comme ressource pour comprendre les mutations phonétiques dans le développement du quenya. ===== Voir aussi ===== ==== Sur Tolkiendil ==== * Langues : Nivellement analogique en quenya * Forum : Venez commenter cet article sur le forum ==== Sur le net ==== * Parma Tyelpelassiva : Version originale de ce texte * Ardalambion : The Evolution from Primitive Elvish to Quenya, de Helge Kåre Fauskanger

1) « Les Étymologies » dans La Route perdue, éditées par Christopher Tolkien
2) « Addenda et Corrigenda aux “Étymologies” partie I », Vinyar Tengwar 45, édités par Patrick H. Wynne et Carl F. Hostetter
3) « Addenda et Corrigenda aux “Étymologies” partie II », Vinyar Tengwar 46, édités par Patrick H. Wynne et Carl F. Hostetter
4) PE 11
5) RP, p. 193
6) RP, p. 224
7) RP, p. 199
8) Version originale : « Where there are variants, this is due to the names given before certain changes affected Quenya as spoken by the Exiles [i.e. Noldor]. »
9) « Quendi & Eldar » in The War of the Jewels, édité par Christopher Tolkien
10) « The Shibboleth of Fëanor », The Peoples of Middle-Earth, édité par Christopher Tolkien
11) Version originale : « This [the Ñoldorin love of change and novelty] had been restrained and modified while they [the Ñoldor] still lived in a single speech-community with the conservative Vanyar, whose assent had to be obtained before any innovation could become recognized as genuine Quenya. » VT 41, p. 7
12) Version originale : « After the separation, though the two dialects remained readily intellegible to Vanyar or Ñoldor, the Ñoldorin Quenya soon acquired many new words, and new grammatical devices; but in the department of phonetics and sound structure the only serious divergence was this treatment of þ. » VT 41, p. 7
13) Version originale : « Where there are variants, this is due to the names given before certain changes affected Quenya as spoken by the Exiles. Thus No. 11 was called harma when it represented the spirant ch in all positions, but when this sound became breath h initially (though remaining medially) the name aha was devised. áre was originally áze, but when this z became merged with 21 [óre], the sign was in Quenya used for the very frequent ss […]. » SdA, App. E
14) Version originale : « Thus it was that when the name Banyai of old was changed to Vanyar this was done only because the sound b was changed throughout the language […] and this change […] began among the Vanyar; whereas for the showing of many the new device of -r was brought in and used […] and this […] was begun among the Noldor. »
15) PM, p. 331
16) Version originale : « Since Sindarin made great use of þ, the change þ > s must have occured in the Ñoldorin Quenya in Valinor before the rebellion and exile of the Ñoldor, though not necessarily long before it. »
17) WJ, p. 384
18) WJ, p. 399
19) , 36) WJ, p. 363
20) Version originale : « Medial z < s had become r in the Ñoldorin dialect of Q except when an adjacent syllable, or (as here [i.e. Kasar, not <html><i><b>Karar</b></i></html>]) the same syllable, already contained an r. » WJ, p. 363)). C<html><span style=“font-variant: small-caps;”>’est pourquoi, afin de comprendre</span></html> comment le -z- apparaît en quenya vanyarin (et donc quels -r- en quenya ñoldorin proviennent de ce changement), il est nécessaire d’étudier plus en détail le développement du quenya, (The Evolution from Primitive Elvish to Quenya est une bonne référence pour le lecteur intéressé ; les exemples qui suivent sont adaptés à partir de la présentation de Helge Fauskanger). Au final, les -d- et -s- primitifs peuvent potentiellement devenir -z-. En ancien quenya, un s interne est voisé en z s’il est suivi par une voyelle ou une consonne voisée : * #thausā > #þausā > #þausa > #þauza “immonde” * #besū > #vesū > #vesu > #vezu “couple marié” * #besnō > #vesnō > #vesno > #vezno “époux” * #pisjā > #pisya > #pizya “sirop” Cependant, si une consonne non voisée suit, le s est conservé : * *usuk-wē > #uskwē > uskwe “puanteur” (pas <html><b><i>uzque</i></b></html>) * *bessē > #vessē > vesse “épouse” (pas <html><b><i>vezse</i></b></html>) La spirante ð, provenant d’un d post-vocalique originel, se change également en z : * #nidwō > #nidwā > #niðwa > #nizwa “coussin” Tout les -z- qui se développent ainsi seraient préservés en vanyarin, mais se transforment en -r- en ñoldorin ; nous pourrions donc nous attendre à voir : * Q. van. : #þauza ; q. nold. : saura “immonde” * Q. van. : #vezu ; q. nold. : veru “couple marié” (RP, p. 397) * Q. van. : #pizya ; q. nold. : pirya “sirop” (RP, p. 437) * Q. van. : #nizwa ; q. nold. : nirwa “coussin” (RP, p. 431) Une règle spéciale s’applique lorsque le -s est final – dans ce cas olos « rêve »((UT, p. 396
21) RP, p. 432
22) RP, p. 446
23) Version originale : « Similar, the labial spirant f was bilabial, and so remained in Vanyarin. » VT 41, p. 7
24) Version originale : « The Ñoldor, before they made the change, accused the Vanyar of confusing the two sounds [i.e. f and hw]. In fact, if left to unheeded change they would probably have merged in Quenya hw. Their near approach (by slackening the spirantal friction of f) before the separation of Vanyar and Ñoldor is seen in the development phu- > hwu- > hu-, as in Quenya huine “gloom” […]. Later, when the merging had been checked in Ñoldorin it was one of Fëanor’s jests to declare that the Vanyar called his father Hwinwe and himself Hwëanáro. » VT 41, p. 8
25) N.d.T. : angl. « Book-Quenya.
26) Version originale : « quendya, which remained in the Vanyarin dialect, but in Ñoldorin became Quenya. » WJ, p. 361
27) Version originale : « accepted it [the name Vanyar] but continued to call themselves most often by their old numerical name Minyar » WJ, p. 382
28) Version originale : « Pengolodh also cites the colour-words, which he says may be found in ancient verse, though they are only used by the Vanyar, “who, as Rúmil reports, adopted many more words than did the Ñoldor” : ezel, ezella “green”, nasar “red”, ulban “blue”, tulka “yellow” ; WJ, p. 399
29) WJ, p. 396
30) WJ, p. 390
31) WJ, p. 388
32) Version originale : « lemenya must be abandoned, the Old Quenya reflex in Vanyarin was lepenya (as in Telerin). In Noldorin Quenya its aberration was corrected by lempea (with -ea of the other ordinals) derived from lempe, and before the Exile this was already the usual spoken form of 5th in Noldorin Quenya, though the Noldor all knew lepenya since that was used in Vanyarin and also in Telerin. » VT 42, p. 26
34) Version originale : « Of the deeds of that day much is told in the Aldudénië [Lament for the Two Trees] that Elemmírë of the Vanyar made and is known to all the Eldar. »
35) RP, p. 399
37) Version originale : « there remained naturally many cases where either possessive-adjectival or partitive-derivative genitives might be used, and the tendency to prefer the latter, or to use them in place of the former, increased. »
38) Version originale : « the forms of past and perfect became progressively more closely associated in Quenya. »
39) VT 47, p. 35
40) VT 45, p. 13
 
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