Le passé du goldogrin

Cinq Anneaux
Patrick H. Wynne — Avril 2004
traduit de l’anglais par Damien Bador
Article théoriqueArticles théoriques : La maîtrise globale des écrits de J.R.R. Tolkien est nécessaire pour bien saisir la portée des articles de cette catégorie, les sujets étant analysés de façon poussée par leurs auteurs.

Introduction

Le « Gnomish Lexicon » (GL) contient plus de 230 formes au passé, dont beaucoup sont libellées « prét. », i.e. prétérit, un terme qui est synonyme de « passé simple » (du latin praeteritus, participe passé de praeterire « aller ou dépasser » ; praeter « au-delà, par » + ire « aller »). Le terme « passé » apparaît une seule fois dans le GL, dans l’entrée pour gî(laith) « jadis, dans le passé », qui remarque que la particule est « utilisée de façon imprécise comme simple “aide” pour un passé. » (Pour plus de détails sur cette particule, voir l’Appendice à la fin de cet article.)

Le goldogrin, comme ses successeurs noldorin et sindarin, possède des prétérits forts et faibles1). Pour résumer, les prétérits forts du goldogrin sont caractérisés soit par 1) allongement de la voyelle radicale (qui provoque généralement aussi un changement de qualité vocalique ou une diphtongaison), e.g. bab- « boire, ingurgiter », prét. bôbi (avec l’habituel développement goldogrin ā > ō) ; soit par 2) infixation nasale du radical verbal, e.g. tag- « fixer, rendre ferme, construire », prét. tanci (*ta-n-k < racine TAKA « fixer, attacher » dans le QL). À l’allongement vocalique (formation la plus fréquente du prétérit en goldogrin) comme à l’infixation nasale s’ajoute le suffixe –i. Les prétérits faibles du goldogrin sont simplement formés par ajout d’un suffixe (-i, -thi ou –ni) au radical, qui demeure autrement inchangé2), e.g. celu- « ruisseler », prét. celwi- ; ol- « apparaître, sembler », prét. olthi ; rûtha « demeurer, rester », prét. rûthani.

Il n’est pas inhabituel qu’un verbe goldogrin possède deux formes au prétérit. Parfois, les deux sont fortes, e.g. nag « mâcher, ronger », prét. nôgi ou nanci et parfois elles sont faibles, e.g. palta- « battre », prét. palti ou paltathi. Il arrive que l’une soit forte et l’autre faible, e.g. sana- « pouvoir, savoir comment », prét. sôni (fort) ou santhi (faible). Quelques verbes ont même trois formes prétérites, e.g. sô- « nettoyer, baigner » possède un prétérit faible (sôthi), un fort (sûvi) et une forme mixte contenant des caractéristiques fortes et faibles (sûthi). Il est possible que l’ordre dans lequel Tolkien a listé ces formes au prétérit soit significatif, i.e. la première pourrait être la plus usuelle. Le verbe tur- (turthi, tauri) « pouvoir, avoir pouvoir de » le suggère — une entrée séparée pour le prét. tauri affirme que turthi est « plus fréquent ».

Dans cet article, la liste des verbes et de leurs prétérits a été standardisée au moyen de la formule verbe (prétérit) « traduction », suivie par des notes placées entre crochets lorsqu’il y en a (celles-ci se rapportent fréquemment à des modifications jugées d’intérêt morphologique et ont aussi été standardisées de sorte que la forme finale soit donnée en premier) ; e.g. l’entrée qui apparaît dans le GL sous la forme « caltha- croître. grandir. prospérer. côli [cal-caltha-.] » est ici donnée ainsi : « caltha- (côli) “croître, grandir, prospérer”. [caltha-cal-.] »

I. Prétérits forts I — Allongement de la voyelle radicale

L’utilisation de l’allongement de la voyelle racine d’un verbe radical pour dénoter le prétérit remonte probablement à la période eldarine3), puisque de nombreux prétérits goldogrins de ce type ont des termes clairement apparentés en qenya. Dans les exemples suivants, les formes en qenya sont tirées du QL :

  • Gn. lav- « lécher », prét. lôvi — q. lava- « lécher », prét. lāve-.
  • Gn. mel- « aimer », prét. mîli — q. mel- « aimer », prét. mēle.
  • Gn. lor- « dormir profondément ; rêver », prét. lûri — q. lor- « sommeiller », prét. lōre.
  • Gn. gwil- « naviguer, flotter, voler », prét. gwaili — q. ‘wili- « naviguer, voler, flotter », prét. wīle-.
  • Gn. tur- « pouvoir, avoir le pouvoir de », prét. tauri — q. turu- « peut, est capable », prét. tūre-.

Noter que les voyelles racines a, e, o, i, u des exemples cités au-dessus ont subi un changement qualitatif aussi bien que quantitatif au prétérit, ou bien sont devenues des diphtongues, ces changements découlant du développement historique des ā, ē, ō, ī, ū primitifs > ô, î, û, ai, au dans les syllabes accentuées en goldogrin4). Noter aussi qu’un suffixe -i, équivalent au q. –e, est rajouté à ces prétérits. L’étymologie de ce suffixe prétérit apparaît dans le GL s.v. gôtha- (gui) « posséder, avoir, tenir ». D’après cette entrée, gôtha dérive de ı̯otta et le prét. gui de ı̯ōı̯ē. Cette dernière paire montre que le prétérit goldogrin –i dérive de -ı̯ē. Cela ressemble étroitement à l’étymologie donnée dans la table des terminaisons verbales du qenya associée au « Qenya Lexicon », dans laquelle la terminaison impersonnelle du singulier au passé –e dérive de ı̯ĕ (avec un ĕ final bref) et la terminaison neutre du singulier au passé –ie de ı̯ē < -ı̯ĕ + ə5).

Le changement ū accentué > au n’était cependant pas universel en goldogrin et à côté des verbes forts de type I pour lesquels la voyelle racine -u- devient -au- au prétérit (e.g. cug- « considérer », prét. caugi), il existe un autre groupe de verbes forts du même type pour lesquels la voyelle racine -u- devient -ū- au prétérit (e.g. cum- « (s’)allonger », prét. cûmi). Tous les radicaux verbaux du deuxième groupe se terminent par une consonne labiale, soit une bilabiale b ou m (tub-, cum-, gum-, hum-, mum-, num-) soit une labiodentale f ou v (nuf-, ruf-, luv-)6). Cela montre qu’en goldogrin, le ū originel résistait à la diphtongaison lorsqu’il était suivi par une consonne labiale7). Deux de ces verbes possèdent des formes prétérites alternatives (et probablement analogiques) en -au- : gum- « charger », prét. gûmi ou gaumi, et ruf « déchirer », prét. raufi ou rûfi.

I.1. Prétérits forts I-A — Allongement de la voyelle radicale dans les verbes de base

En goldogrin, la majorité des prétérits forts appartient à des « verbes de base » (I-A forts), i.e. des verbes qui sont directement formés sur une racine sans ajout d’un suffixe dérivationnel, comme nag « mâcher, ronger » < NAKA « mordre », cwel- « s’évanouir, disparaître, se faner » < QELE- « périr, mourir, se délabrer, faillir », nor- « courir, rouler » < NORO « courir, chevaucher, tournoyer », gwidh- « tisser » < GWIĐI- « #tisser » et tul- « apporter ; venir à » < TULU- « aller chercher, porter, apporter ; bouger, venir »8).

Le goldogrin et le qenya possèdent aussi un nombre de « verbes sonants », i.e. des verbes dérivés de racines dotées des voyelles , ou (e.g. KḶKḶ « rassembler », SṆTṆ « estimer » et MṚĐṚ « moudre » dans le QL). À l’origine, tous étaient manifestement des verbes forts I-A, bien que cela ne soit pas immédiatement apparent dans les langues qui en descendent, principalement à cause des différents développements des , et brefs par rapport aux , ṇ̄ et longs. Par exemple, cwintha- (cwanthi) « remplir » semble former son prétérit par apophonie qualitative (substitution d’une voyelle radicale par une autre), mais dérive en fait d’un allongement vocalique de la voyelle dans la racine QṆTṆ : radical présent *qṇt- > cwinth-, radical prétérit fort I-A *qṇ̄t- > cwanth-. Étant donnée la complexité des processus phonologiques et analogiques liés aux verbes sonants, ils seront présentés plus loin dans une section séparée, après la discussion des classes de verbes faibles.

I.1.1 Voyelle radicale A

  • bab- (bôbi) « boire, ingurgiter ».
  • bag- (bōgi) « vendre, commercer ».
  • bas- (bôsi) « cuire ».
  • brath- (brôthi) « cuisiner » (trans.)
  • caf- (côfi) « goûter ».
  • cwas- (cwôsi) « brandiller, agiter, battre (des ailes), claquer » (trans.)
  • daf- (dôfi) « dénuder, écorcher, peler la peau ».
  • dala- (dôli) « chanter ou sonner ».
  • drab- (drôbi) trans. « trimer, travailler » ; impersonnel, « irriter, ennuyer ».
  • fab- (fobi) « manier, toucher, sentir ».
  • faf- (fofi) « s’essouffler, souffler, haleter ».
  • far- (fori) « séparer, sectionner, diviser » (intrans.) ; « partir, laisser, quitter » (c[um]gén.)
  • fas- (fôsi) « laver ».
  • fau (fui) impersonnel « ça sent, produit une odeur ».
  • gada- (gôdi, archaïque †ganthi) « relier, joindre, unir ». [gada-gad-. « prét. gôdi archaïque ganthi† » ← « prét. ganti ».]
  • gal- (gôli) « briller (doré, comme le Soleil) ».
  • gama- (gômi) « appeler, crier vers ». [gama-gam-.]
  • gav- (gôvi) « produire, générer, porter des fruits ».
  • gratha- (grôthi, grathi) « frotter, écorcher, effilocher ».
  • gwar- (g(w)ôri) « observer, dans tous les sens du terme ; garder ».
  • hadha- (hodhi, †hanni) « se cramponner, s’accrocher à » [hadha-hadh-.]
  • hag- (hôgi) « siéger, être assis, s’asseoir ».
  • hala- (hôli) « traîner, tracter tirer… enfiler ». [hala-hal-.]
  • haw-, hau (prét. hui < hôwi ou hauthi) « être allongé, s’étendre ».
  • lag- (lôgi) « rassembler, récupérer, obtenir ».
  • lang- (longi) « beugler, faire un fracas métallique, sonner ».
  • las- (lôsi) « observer, guigner ».
  • lav- (lôvi) « lécher ».
  • mal- (môli) « mâcher ».
  • mav- (môvi) « j’aime ».
  • nab- (nôbi) « prendre, mettre la main sur ».
  • naf- (nôfi) « suspecter, avoir un soupçon que ».
  • nag (nôgi et nanci) « mâcher, ronger ».
  • nam- (nômi) « retirer, prolonger, retirer, reprendre ; aussi intrans. se retirer, se retraiter, abandonner ».
  • rag- (rôgi) « briser, éclater ».
  • ras- (rôsi) « roussir, griller ».
  • sad- (sôdi) « prendre garde, se soucier, chérir, estimer ; montrer du respect pour ; considérer ».
  • sam- (sômi) « arranger, mettre ensemble ; ajuster, établir, réconcilier ».
  • sana- (sôni ou santhi) « pouvoir, savoir comment ; posséder une connaissance, un métier ou un talent ».
  • tab- (tôbi) « couper à la forme, façonner ».
  • thar- (thôri) « scier, tronçonner ».
  • thas- (thôsi) « raser ».

Dans le GL, cinq prétérits de ce groupe sont donnés avec un -o- bref plutôt qu’un -ô- : fab- (fobi) « manier », faf- (fofi) « souffler », far- (fori) « séparer », hadha- (hodhi) « se cramponner » et lang- (longi) « beugler ». Parmi ceux-ci, seul longi « beugla » semble posséder un -o- bref pour une raison phonologique discernable : ici ng représente probablement un /ŋg/ développé à partir du /ŋ/ originel9), de sorte que *lāŋ- > *lōŋ- > long-, avec ō abrévié en o avec la fermeture de la syllabe (à de rares exceptions près, â, ê, î, ô, û n’apparaissent généralement pas dans les syllabes fermées du goldogrin et aucune voyelle longue n’est attestée devant ng). Il n’apparaît y avoir aucune raison phonologique pour le -o- bref de fobi, fofi, fori et hodhi ; celui-ci ne peut être dû à la consonne initiale dans le radical verbal (comparer avec fas- (fôsi) « laver », hala- (hôli) « traîner ») ou à la consonne médiane (comparer avec bab- (bôbi) « boire », caf- (côfi) « goûter », thar- (thôri) « scier, tronçonner » et avec le nom tôdhi « enclos »). Il semble donc probable que dans ces quatre cas Tolkien ait simplement négligé de marquer les voyelles comme longues.

Une autre variation a lieu dans les verbes de ce groupe dont le radical comprend un –u ou –w final : haw- ou hau « être allongé, s’étendre », prét. hui et fau « cela sent », prét. fui. Tolkien note que le prét. hui est dérivé d’un ancien hôwi, qui présente la forme caractéristique de ce groupe et d’où il s’ensuit que fui est pareillement dérivé d’un ancien #fôwi (comparer avec la racine FAWA « sentir » dans le QL). La diphtongue oi devient ui en goldogrin, comme le montrent les paires q. moile, gn. muil « petit lac de montagne » et q. moina, gn. muin « sauf, en sécurité » (les termes apparentés en qenya sont donnés dans le GL). Cela suggère que les anciens hôwi, #fôwi furent abréviés en #hoi, #foi, qui devinrent ensuite hui, fui.

Trois entrées sont supprimées dans le GL pour des verbes de ce groupe : cav- (côvi) « courber », cav- (côvi) « courber, faire se pencher » et tath- (tanthi, tôth[i]) « compter ».

I.1.2 Voyelle radicale E

  • cwel- (cwîli) « s’évanouir, disparaître, se faner, etc. »
  • gwel- (gwîli) « bouillir, bouillonner » (intrans.)
  • gwer- (gwîri) « enrouler, tourner, courber » (trans.)
  • gwes- (gwîsi) « accueillir, recevoir, saluer ».
  • hel- (hîli) « geler, figer » (intrans.)
  • mel- (mîli) « aimer ».
  • thê- (thai) « voir ».
  • ther- (thîri) « lier ».

En dépit de sa forme atypique, thai prétérit de thê- « voir » appartient très probablement à ce groupe. Dans la « Qenya Phonology », la forme primitive de la racine sous-jacente est dite être √þeχe10), qui apparaît sous la forme SEHE dans le QL, avec le dérivé verbal sehta « voir », prét. sie. Le QL procure aussi l’étymologie de la forme prétérite : « sie = (sēχı̯ə) ». Cela montre qu’il s’agissait à l’origine d’un prétérit fort I-A, quoique cela ait été obscurci par divers changements phonologiques dans la forme ultérieure. Les formes étymologiques attestées dans le GL montrent que le originel donna ai en goldogrin (devenant probablement ei en premier lieu) devant certaines consonnes, notamment t et s, par exemple aith « épine » < eχtă- et lais « pelouse, clairière » < leχ-sa. Le prét. thai suggère que devint aussi ai devant la semi-consonne ı̯ — peut-être un prétérit fort I-A *þēχ-ı̯ē avec une voyelle radicale allongée et un suffixe -ı̯ē (comparer avec le prét. gui < ı̯ōı̯ē discuté ci-dessus) > *thei-i (avec le radical *thēi- abrévié en *thei- ; les diphtongues ayant une voyelle longue initiale n’existent pas en goldogrin)11) > thai.

À l’origine, ce groupe comprenait gwedh- (gwîdhî) « enrouler, tourner, se courber » (intrans.) mais ce verbe fut subséquemment émendé en gwed- (gwenthi) avec la même traduction et sa classe devint celle des forts II (prétérits formés par infixation nasale).

I.1.3 Voyelle radicale O

  • dol- (dûli) « creuser ». [dol-dal-.]
  • gol- (gûli) « puer ».
  • lor- (lûri) « dormir profondément ; rêver (trans.) ».
  • mog- (mugi) « détester, haïr ».
  • nor- (nûri) « courir, rouler ».
  • og- (ûgi) « suis capable, peut ».
  • ol- (ûli ou olthi) « apparaître, sembler ».
  • sô- (sôthi aussi sûvi et sûthi) « nettoyer, baigner » (trans. & intrans.)
  • sog- (sûgi) « boire ».
  • thol- (thûli) « rouler ».

Le u bref de mugi, prét. de mog- « détester, haïr », est probablement une coquille (comparer avec og- « suis capable », prét. ûgi). Une entrée supprimée pour odra ou od (prét. onti) « suis capable, peux » comprenait aussi à l’origine un prétérit alternatif ûd (lecture incertaine), qui fut biffé avant que la totalité de l’entrée ne soit rejetée. Des trois prétérits de sô- « nettoyer, baigner », seul sûvi appartient à la classe des prétérits forts I-A ; le -v- dérive du -ƀ- de la racine originelle, qui est donnée sous la forme soƀ- dans l’entrée sôn « pur, propre » (comparer avec SOVO et SOW̯O « laver » dans le QL), i.e. *sōƀ-ı̯ē > sûvi. Pour les autres prétérits de sô-, voir la discussion de pâ-, rô- et sô- ci-dessous dans la section sur les verbes faibles II-A.

I.1.4 Voyelle radicale I

  • cwir- (cwairi) « remuer ; touiller, faire tourner ».
  • cwiv- (cwaivi) « suis éveillé ».
  • gil- (gaili) « luire, briller pâle et argenté, comme pour la lune ».
  • gima- (gaimi) « entendre ». [gima-gim-.]
  • gwidh- (gwaidhi, †gwinni) « tisser » (trans.)
  • gwil- (gwaili) « naviguer, flotter, voler » [gwailigwîli.]
  • gwir- (gwairi) « regarder, regarder qqc ».
  • îr- (airi ou irthi) « suis volontaire ; ferai, ai l’intention de, vouloir faire ».
  • lin- (laini et linthi) « retentir » (intrans.)
  • lir- (lairi) « chanter ».
  • lith- (laithi) « aller, partir, être fini, finir, terminer, mourir ». [Un prétérit alternatif, linthi, a été supprimé.]
  • nig (naigi) « se déplacer furtivement, ramper, faire ou avancer subrepticement ».
  • rig- (raigi) « entortiller, tordre ».
  • rin- (raini) « (intrans.) pivoter, retourner, revenir — faire à nouveau ».
  • thin- ou thinta- (thaini) « écrémer, écumer ».
  • tif- (taifi) « siffler ».
  • tir- (tairi ou tirthi) « chercher, guetter, surveiller, attendre, s’attendre à ».
  • uir-, anciennement uvir (uthairi ou gwirthi) « ne pas souhaiter, ne pas avoir l’intention de, vouloir ne pas ». [L’entrée îr- « suis volontaire » offre une comparaison avec uir (uthairi ou uvairi).]

Dans deux cas, les verbes forts I-A avec voyelle racine i avaient à l’origine des prétérits en î plutôt qu’en ai : le prétérit de gwil- « naviguer, flotter, voler » fut d’abord écrit gwîli, changé en gwaili et une ancienne entrée au crayon pour tif (tîfi) « siffler » fut remplacée par tif- (taifi) « siffler » dans la strate à l’encre.

De façon transparente, le verbe uir-, anciennement uvir « ne pas souhaiter, ne pas avoir l’intention » est le préfixe négatif û- + îr- « suis volontaire ; ferai, ai l’intention de, vouloir faire ». Le prétérit uvairi pointe vers un ancien #uvīr- (comparer avec le négatif q. u- ou ūv-, « préfixe principalement utilisé devant des voyelles, = un- » dans le QL) ; pour gwirthi, voir la discussion du présent gwirtha- ci-dessous avec les verbes faibles I. Le prét. uthairi est une forme difficile à expliquer. Comme uvairi, il pourrait simplement s’agir d’une forme du préfixe négatif û- + prét. airi. Le GL liste ug-, um-, un-, ub- comme formes renforcées du û- négatif, auxquelles nous pouvons ajouter uv- (d’uvir, uvairi). S’il y avait bien un préfixe négatif *uth-, sa seule autre occurrence serait uthairil « inintentionnel ; réticent », clairement apparenté au prét. uthairi. Dans le GL, le prétérit du verbe négatif û- « ne pas être, ne pas faire » était originellement dit être ûthi (i.e. faible II û- + -thi) et la réinterprétation de cela en tant que prétérit faible I (ûth- + -i) pourrait avoir généré #uth- en tant que variante du préfixe négatif. Toutefois, ûthi et son pluriel ûthin furent biffés. Nous pourrions aussi postuler un verbe #thair- ou #thir- « être volontaire, vouloir faire » comme source d'uthairiol et uthairi, mais une telle forme n’est pas attestée dans le GL.

I.1.5 Voyelle radicale U

U > AU
  • cug- (caugi) « réfléchir ; décider, penser ; considérer, etc. »
  • cur- (cauri) « tourner, cailler, congeler » (intrans.)
  • fug- (faugi) « charbonner, couver sous la cendre ».
  • fur- (fauri) « dissimuler, mentir ».
  • gudh- (gaudhi) « suis chaud » (intrans.)
  • gum- (gûmi ou gaumi) « charger ».
  • lur- (lauri) « froncer les sourcils, être revêche ».
  • mug- (maugi) « rester silencieux, ne rien dire (sur) ».
  • mul- (mauli) « mugir, beugler, brailler ».
  • nur- (nauri) « grogner, grommeler ».
  • nus- (nausi) « s’apercevoir de, percevoir ».
  • ruf (raufi ou rûfi) « déchirer ».
  • tul- (tauli ou tulthi) « apporter ; venir à ».
  • tur- (turthi, tauri) « pouvoir, avoir le pouvoir de ».
  • tûs- (tausi-) « carder la laine, démêler ».
  • us- aussi usta- (ausi) « laisser, quitter, partir ».

Une forme antérieure supprimée de l’entrée pour cur- « tourner, cailler, congeler » possède le prétérit caur. Un autre verbe supprimé du GL appartient à ce groupe : gul- (gauli) « suinter, ruisseler »

U > Û
  • cum- (cûmi) « être allongé, s’allonger ».
  • gum- (gûmi ou gaumi) « charger ».
  • hum- (hûmi) « dormir, sommeiller ».
  • luv- (lûvi) « stagner, descendre, pour des nuages ».
  • mum- (mûmi) « mugir, beugler, brailler ».
  • nuf- (nûfi) « flairer, percevoir l’odeur de, sentir (trans.) »
  • num- (nûmi) « couler, décliner, être en pente, descendre ».
  • ruf (raufi ou rûfi) « déchirer ».
  • tû- (tûvi) « recevoir ; prendre ; obtenir ; devenir ». [Une version antérieure au crayon donne (tûvi ou analogique tauvi) « obtenir, acquérir, recevoir, prendre » ; pl. tuin ou tuvin.]
  • tub- (tûbi) « couvrir ».

Le verbe tû- dérive apparemment d’une racine #tuƀ- (donnée sous la forme TUVU dans le QL, d’où tuvu- « recevoir, accepter, prendre »), le ƀ devenant (semi-)consonantique dans le radical au présent (#tuƀ- > #tuu̯- ou #tuu- > tû-), tandis qu’il était gardé en tant que v en position intervocalique dans le prét. tûvi (pour ƀ intervocalique > v en goldogrin, voir des formes comme Ivon < ı̯əƀánna, s.v. gav- dans le GL). Le verbe rejeté sû- (sûvi, sûthi) « nettoyer » < √soƀ (sû- fut d’abord écrit sûtha-) ressemble beaucoup à tû- (tûvi) par sa forme et son étymologie ; il fut remplacé par sô- (sôthi, aussi sûvi et sûthi) « nettoyer », probablement parce que Tolkien réalisa que √soƀ donnerait *sou̯- > sô- plutôt que sû-12). La raison pour laquelle luv- (lûvi) « pendre » ne développa pas de présent **lû- analogue à tû- n’est pas claire ; il est possible qu’une variation dialectale ait eu lieu ou que le v du prétérit ait été réintroduit dans le radical du présent pour éviter une confusion avec lu « occasion, temps ».

I.2. Prétérits forts I-B — Allongement de la voyelle radicale dans les verbes dérivés

Les « verbes dérivés » consistent en une racine (habituellement verbale) + un suffixe dérivatif (-tha, -ta, -na, etc.) Parfois le suffixe change la signification de la racine, e.g. en la rendant causative ; comparer le sog- « boire » basique avec le dérivé soctha- « donner à boire, désaltérer », tous deux venant de SOKO13). Mais souvent un suffixe dérivé ne change pas la signification de la racine, agissant simplement comme une sorte d’extension ; e.g. antha- « donner » < ANA- « donner, envoyer vers »14). Le suffixe dérivatif employé au présent des verbes forts I-B n’apparaît pas au prétérit, qui ne présente à la place que le radical verbal nu conjugué de la même manière que les verbes forts I-A. Par exemple, cartha- « fabriquer, finir » consiste en un radical car- (= KARA- « faire, fabriquer » dans le QL) + suffixe dérivatif –tha, tandis que le prétérit côri ne présente pas de suffixe –tha, étant directement formé à partir du radical verbal car- avec allongement vocalique et ajout du suffixe –i. Les mêmes changements vocaliques qui ont lieu dans les prétérits des verbes forts I-A (ā, ē, ō, ī, ū > ô, î, û, ai, au) apparaissent aussi dans les verbes à prétérit fort I-B.

  • antha- (ōni) « donner ».
  • cacha-, aussi cancha (cachui ou côgi) « rire ».
  • caltha- (côli) « croître, grandir, prospérer ». [caltha-cal-.]
  • cartha- (côri) « fabriquer, finir ». [cartha-car-.]
  • gôtha- ou gai (gui) « posséder, avoir, tenir ».
  • gwista (gwais) « être ignorant de, ne pas savoir ».
  • hosta- (hûsi) « rassembler, collecter ».
  • intha- (aini) « aller ; se porter, voyager, procéder ».
  • ista- (aisi) « sais, suis au courant, perçois, sens ».
  • rautha- (rôvi) « chasser, pourchasser, poursuivre ».
  • saptha- (†sôbi ou sapthani) « creuser, mordre dans ».
  • teltha- (« prét. irrégulier » tîli) « couvrir dans (fermer avec un toit, couvercle, voûte, etc.) ».
  • tertha-, tercha- (« prét. irrégulier » tîri) « dévorer, détruire ».
  • thin- ou thinta- (thaini) « écrémer, écumer ».
  • urna- (auri) « flamber, brûler (intrans.) ». [urna-urtha-, sans que le prétérit ne soit donné.]
  • us- aussi usta- (ausi) « laisser, quitter, partir ».

De nombreux exemples de prétérits qenyarins forts I-B apparaissent aussi dans le « Qenya Lexicon », bien qu’il n’y en ait que deux à avoir des équivalents directs dans le « Gnomish Lexicon » :

  • Gn. antha- « donner », prét. ōni — q. anta- « donne », prét. āne.
  • Gn. rautha- « chasser, pourchasser, poursuivre », prét. rôvi — q. rauta- « pourchasser, chasser, poursuivre », prét. rāve.

Le prétérit gwais de gwista « être ignorant de, ne pas savoir » ne possède pas le suffixe –i. Il est difficile de déterminer si c’est intentionnel ou s’il s’agit d’une coquille ; deux autres exemples de prétérits forts I sans –i final sont présents dans le GL : tath- « compter », prét. tôth (donné sous la forme tôth[i] dans le texte publié, suivant l’hypothèse que cette forme était une coquille) et cur- « cailler », prét. caur — mais ces deux entrées furent supprimées (une version ultérieure de l’entrée cur- donne cauri comme prétérit). Deux prétérits de ce groupe sont dits « irrégulier[s] » : tîli, prét. de teltha- « couvrir dans » et tîri, prét. de terhta-, tercha- « dévorer, détruire ». Puisque ces deux prétérits semblent être des verbes forts I-B typiques, il est probable qu’« irrégulier » doit décrire la totalité de la classe des prétérits forts I-B, par opposition aux verbes dérivés faibles, bien plus fréquents, qui sont environs trois fois plus nombreux que les verbes dérivés forts.

II. Prétérits forts II — Infixation nasale

Les prétérits forts II sont formés par infixation nasale, i.e. une nasale homorganique (m, n, ŋ)15) était ajoutée au radical verbal devant la dernière consonne. Cette manière de former le prétérit était aussi fréquente en qenya et de nombreux termes apparentés aux prétérits gnomiques forts II apparaissent dans le « Qenya Lexicon », comme par exemple :

  • HEPE « lier » (infixation *he-m-p-) — gn. heb- (hemfi) « lier » ; q. hepin (hempe) « je lie ».
  • MATA « manger » (infixation *ma-n-t-) — gn. mad- (manti) « manger » ; q. mat- (mante-) « manger ».
  • TAKA « fixer » (infixation *ta-ŋ-k-) — gn. tag- (tanci) « fixer, rendre ferme » ; q. taka- (tanke) « fixer, attacher ».
  • HAŘA « rester » (infixation *ha-n-ð-) — gn. hadha- (†hanni) « se cramponner, s’attacher à » ; q. harin (hande) « reste ».

On peut également noter que la même terminaison –i (= q. –e) apparaissant dans la classe des verbes forts I est ajoutée aux prétérits forts II.

II.1. Prétérits forts II-A — Infixation nasale dans les verbes de base

La plupart des prétérits forts II du goldogrin appartiennent à des verbes de base (forts II-A) avec des radicaux se terminant par une occlusive voisée b, d, g dérivé d’un p, t ou k originel – la « Qenya Phonology » note que les combinaisons mp, nt et nk « étaient de celles particulièrement favorisées par le qenya »16) et il en allait clairement de même pour le goldogrin. Il y avait aussi quelques verbes forts II-A avec des radicaux se terminant par les spirantes dh ou th. De nombreux verbes forts I-A possédaient des radicaux se terminant par b, d, g, dh ou th et dans de nombreux cas, on ne sait guère pourquoi certains verbes de base dotés d’une de ces consonnes finales formaient leur prétérit par allongement vocalique tandis que d’autres employaient l’infixation nasale. Quelques verbes de ce type possèdent des prétérits forts de type I et II : gada- (gôdi, archaïque †ganthi) « relier », gwidh- (gwaidhi, †gwinni) « tisser », hadha- (hodhi, †hanni) « se cramponner » et nag (nôgi et nanci) « mâcher ». Le prétérit fort II †ganthi de gada- « relier » est dit « archaïque » et les prétérits forts II poétiques†gwinni et †hanni sont probablement aussi d’anciennes formes, suggérant que les verbes forts II avaient tendance à se rapprocher de la classe des verbes forts I, dominante.

Sont notablement absents des prétérits forts II-A les radicaux se terminant par r, l, s, v, w, m, n ou ng, que l’on se trouve tous comme consonnes finales des prétérits forts I-A ; apparemment, les radicaux se terminant par ces consonnes n’étaient pas réceptifs à l’infixation nasale — clairement un facteur en faveur de la dominance des verbes forts I, puisque cela signifiait qu’un plus grand nombre de radicaux verbaux correspondaient à cette classe. Les radicaux de base se terminant par f permettaient bien l’infixation nasale, mais s’il existe sept verbes forts I-A de ce type, e.g. caf- (côfi) « goûter », il n’y en a qu’une occurrence de radical se terminant par f dans la classe des verbes forts II, le verbe dérivé fort II-B tefla- (temfi) « mépriser » < TEFE (d’où dérive le q. teve- (tembe, tēve) « haïr, détester ») ; voir la discussion sur les verbes forts II-B ci-dessous. Tolkien semble avoir hésité quant au développement médial des mp, nt, nk originaux en goldogrin et plusieurs prétérits forts II-A se terminant en –mpi, –nti selon la première rédaction furent ultérieurement émendés en –mphi, -nthi, e.g. gab- (gampi) « aboyer » → gab- (gamphi),17) et hada (hanti) « jeter vers » → hada (hanthi). Aucun des prétérits forts II-A se terminant en –nci ne furent modifiés en –nchi, bien qu’un exemple d’un tel changement apparaisse bien parmi les verbes sonants (vois ci-dessous), dans lesquels le prétérit analogiques flinci de flig- « hacher » fut émendé en flinchi. Tolkien n’effectua pas ces changements de façon systématique ou complète ; la volonté de corriger –mpi, –nti, –nci-mphi, –nthi, –nchi semble s’être éteint après les entrées en L du GL18).

II.1.1 Radicaux avec B final

  • cab- (camfi, camphi) « sauter, bondir ». [camfi, camphicampi.]
  • gab- (gamphi) « aboyer, gueuler ; pour des chiens ». [gamphigampi.]
  • heb- (hemfi) « lier, lier autour ». [hemfihempi.]
  • leb- (lempi) « récolter, cueillir, prendre, sentir ou toucher avec les doigts ; écrémer, émonder ».
  • lib- (limpi) « goutter ».
  • lob (lompi) « courir, galoper (pour des animaux) ».

II.1.2 Radicaux avec D final

  • bada- (banthi-) « construire ».
  • cwed- (cwenthi-) « dire, raconter ». [cwenthi-cwenti.]
  • dod- (donthi) « tomber, lâcher ». [donthidonti.]
  • gada- (gôdi, archaïque †ganthi) « relier, joindre, unir ». [gada-gad-. « prét. gôdi archaïque ganthi † » ← « prét. ganti ».]
  • gwed- (gwenthi) « enrouler, tourner, se courber » (intrans.) [← gwedh- (gwîdhi), avec la même traduction.]
  • hada (hanthi) « jeter à ; c[um] dat. viser ». [hanthihanti.]
  • loda (lonthi) « avaler, engloutir ». [loda (lonthi) ← lod- (lonti).]
  • lud (lunti) « s’écouler, fluer, flotter ».
  • mad- (manti) « manger ».

Le GL donne aussi une entrée supprimée appartenant à ce groupe : odra ou od (onti) « suis capable, peux ». L’entrée pour gada- « relier, joindre, unir » comprend une note affirmant que « au prét. ganthi, prét. de yat- et yṇt- sont unis ». Cela se réfère au fait que ganthi était la forme prétérite de deux verbes différents, gada- (de la racine yat-) et intha- ou gintha- « se joindre à, ajouter, accroître » (de la racine yṇt-). Pour intha-, gintha- voir ci-dessous dans la section sur les « Verbes sonants ».

II.1.3 Radicaux avec G final

  • fag- (fanci) « couper ».
  • log- (lonci) « boucler, se courber (intrans.) ; enrouler (embobiner autour de n’importe quoi), bobiner ».
  • nag (nôgi et nanci) « mâcher, ronger ».
  • tag- (tanci) « fixer, rendre ferme, construire ».
  • thig- (thinci) « opter pour, sélectionner, choisir ».
  • *thug (thunci) « couler »19).
  • tug- (tunci) « frapper, atteindre la cible » etc.

II.1.4 Radicaux avec DH final

  • gwadh- (gwanni) « demeurer ». [gwannigwandi.]
  • gwidh- (gwaidhi, †gwinni) « tisser » (trans.)
  • hadha- (hodhi, †hanni) « se cramponner, s’attacher à » [hadha-hadh-.]

II.1.5 Radicaux avec TH final

  • cwas- et cwath- (« le prét. des deux est soit cwanthi soit cwasti ») « agiter, hocher, brandiller » (trans. & intrans.)
  • gretha- (grenthi) « sauver, secourir, préserver ».

L’entrée pour lith- (laithi) « aller, partir » comprenait à l’origine un prétérit alternatif linthi qui fut subséquemment supprimé. Deux autres entrées appartenant à ce groupe le furent complètement : tath- (tanthi, tôth[i]) « compter » et reth- (renti-) « sauver, secourir, préserver ». Noter que cette dernière entrée est inhabituelle en ce que la spirante finale –th du radical verbal reth- est déspirantisée en –t dans le prét. renti- (cette lecture est claire dans le manuscrit).

II.2. Prétérits forts II-B — Infixation nasale dans les verbes dérivés

La petite classe des verbes forts II-B consiste de verbes dérivés formant leur prétérit par infixation nasale. Exactement comme pour la classe forte I-B, le suffixe dérivationnel utilisé au présent des verbes forts II-B n’apparaît pas au prétérit, qui est formé à partir du radical verbal nu, conjugué de la même manière que les verbes forts II-A : tefla- « mépriser », radical nu tef- > prét. temfi. Seuls deux verbes du GL appartiennent à cette classe :

  • sibra-, †sib- (simpi) « pleurer, gémir ».
  • tefla- (« prét. irrégulier » temfi) « mépriser ».

Le prét. temfi est dit « irrégulier », probablement pour la même raison que deux prétérits forts I-B sont dits l’être : il est bien plus commun pour les verbes dérivés d’avoir un prétérit faible. Une ancienne entrée au crayon, ultérieurement rejetée, présente ce verbe comme un verbe fort II-A : tef- (temfi-) « mépriser ». Le GL comprend aussi l’entrée rejetée odra ou od (onti) « suis capable, peux » qui appartient aux verbes forts II-B (odra, avec radical nu od- > prét. onti).

Tous les verbes forts II-B attestés se terminent par les suffixes dérivationnels -la (tefla- « mépriser ») ou -ra (sibra- « pleurer », forme rejetée odra « peux ») ; en fait, les seuls prétérits de verbes dérivés en –la, -ra dans le GL sont les trois formes fortes II-B précitées. Cependant, il existe un nombre substantiel de verbes dérivés de ce type donnés dans le GL sans indication de leur forme au prétérit, e.g. fugla- « fumer (une pipe) » (comparer avec fug- (faugi) « charbonner, couver sous la cendre »), rumla- « faire un bruit » (comparer avec rum « bruit ») ; et fadra- « rassasier, fatiguer ; “passer les limites” » (comparer avec fad « assez »), cwivra- « éveiller (intrans.) » (comparer avec cwiv- (cwaivi) « suis éveillé »). Tandis que nombre de ces verbes se terminant en –la ou –ra pourraient s’accommoder de prétérits forts II-B — e.g. fugla- « fumer », prét. #func(h)i ; fadra- « rassasier », prét. #fant(h)i — il est clair que d’autre, comme rumla- « faire un bruit » et cwivra- « éveiller » auraient à former leur prétérit d’une autre manière, puisque leurs radicaux (rum-, cwiv-) se terminent par des consonnes non réceptives à l’infixation nasale.

III. Prétérits faibles I — Suffixation de « -i »

Les verbes faibles I forment leur prétérit par ajout du suffixe –i. Cette classe consiste presque uniquement de verbes dérivés, à l’exception des verbes de base cwas-, cwath- « secouer, hocher, brandiller » (qui possède apparemment un prétérit supplétif cwasti) et na- « est » (avec le prétérit irrégulier thini). Les verbes faibles I se terminant en –tha, le type le plus fréquent, omettent leur –a final et le remplace par le prét. –i (bactha- « marcher », prét. bacthi), comme le font ceux se terminant par –ta (nosta- « suis né », prét. nosti). Les verbes finissant par l’extension –u représentent un troisième et relativement fréquent sous-groupe de la classe faible I ; pour ces verbes, la terminaison –u est conservée au prétérit, avec -ui > -wi (felu « sembler », prét. felwi).

III.1. Verbes dérivés en « -tha »

  • bactha- (bacthi) « marcher ».
  • ciloba- ou ciloptha- (« prét. toujours cilopthi ») « jacasser, pépier, gazouiller ».
  • cuitha- (cuithi) « suis vivant, vis ».
  • gratha- (grôthi, grathi) « frotter, écorcher, effilocher ».
  • gultha- (gulthi) « endurer ».
  • gwirtha- (gwirthi, « au sens propre uir ») « ne pas souhaiter, ne pas avoir l’intention, vouloir ne pas ».
  • haitha- (haithi) « se hâter, aller, se porter, voyager, marcher ».
  • lentha- (lenthi) « venir vers le locuteur, approcher, se rapprocher ».
  • lintha- (linthi et linthani) « faire retentir (trans.) ; frapper ou sonner une cloche, etc. ; jouer d’un instrument ».
  • mactha- (macthi) « abattre, tuer ».
  • murtha- (murthi) « rêver ».
  • mútha- (mûthi) « partir, aller, laisser, quitter ».
  • nactha- (nacthi) « mordre ».
  • nictha (nicthi) « il pleut, grêle, neige ».
  • rôtha· (rôthi) « étreindre ».
  • sactha- (sacthi) « combattre ».
  • tortha- (torthi) « roussir ».

Plusieurs formes faibles I du GL furent rejetées. L’entrée baidha- « habiller » (sans prétérit attesté) remplaça une version antérieure biffée à l’encre : baitha- « habiller », prét. baithi. Le verbe bara- ou barna- « demeurer dans, labourer (trans.) la terre » fut d’abord écrit bartha- et l’entrée comprenait initialement le prétérit barthi, qui fut ultérieurement biffé, peut-être en même temps que bartha- fut changé en « bara- ou barna- ». Le verbe dortha- « établir » (trans. & intrans.) comprenait à l’origine le prét. trans. dorthi (faible I) et intrans. dorthani (faible III), qui furent tous deux biffés et non remplacés. L’entrée pour sô- « nettoyer, baigner » (trans. & intrans.) fut d’abord écrite sôtha- (sôthi) « baigner », trans. & intrans.

Le verbe gwirtha- « ne pas souhaiter » est inhabituel en ce qu’il s’agit d’un présent analogique, dit être une « formation nouvelle », modelée sur le prét. gwirthi, qui est en fait le prétérit de uir- « ne pas souhaiter ». Au prétérit, le u- de uir- (nég. û- + îr « suis volontaire ») devint un consonantique, qui se développa régulièrement en gw- en position initiale ; ainsi *u̯irthi > gwirthi (comparer avec u̯iri > gwir- « regarder » et u̯ar > gwar- « surveiller », PE 11, p. 46)20). Alors que gwirthi était à l’origine un prétérit faible II formé par suffixation de –thi sur uir-, il vint ainsi à être perçu comme le prétérit faible I d’un gwirtha- analogique.

III.2. Verbes dérivés en « -ta »

  • nosta- (nosti, -athi) « suis né ».
  • palta- (palti, -tathi) « battre ».

III.3. Verbes dérivés en « -u »

  • celu-, celwa- (celwi-) « ruisseler ».
  • felu (felwi) « sembler ».
  • lenu, pl. lenwin (lenwi(r)) « venir vers le locuteur, approcher, se rapprocher ».
  • nelu (nelwi) « sonner (trans. & intrans.) ».
  • pelu- (pelwi) « clôturer, enclore » ; « habituellement sous la forme gobelu-, gobelwi ».
  • telu- (telwi) « clore, terminer, finir ».

Une entrée lenu- (lenwi) « étirer, étendre en longueur, traîner » fut supprimée, probablement parce que Tolkien décida à la place d’assigner à ce verbe la signification « venir, approcher » (voir ci-dessus). Le verbe belu-, belwa- (beluthi) « se dérouler, se déployer (intransitif) ; renfler (pour des voiles), gonfler » fut d’abord écrit belu- (belwi-) « dérouler, déployer ».

L’entrée pour lenu « venir, approcher » cite plusieurs formes plurielles pour le présent et le prétérit : présent pl. lenwin, avec lenwi(r) = prét. sing. lenwi, prét. pl. lenwir. Les pluriels au présent dénotés par le suffixe –in sont bien attestés dans le GL, e.g. na « est » pl. nain, « obtenir, acquérir » pl. tuin ou tuvin et û « ne pas être, ne pas faire » pl. uin (cette liste n’est pas exhaustive). La forme lenwir est notre seul exemple de prétérit pluriel en –r, bien que la « Gnomish Grammar » se réfère à « l’existence en g[oldogrin] d’un signe pluriel –r pour les verbes »21). Le seul autre exemple attesté de prétérit pluriel en goldogrin apparaît dans l’entrée du verbe négatif û- « ne pas être, ne pas faire », qui incluait à l’origine le « prét. ûthi, ûthin ». Ici, ûthin possède la terminaison plurielle –n plutôt que –r (la lecture de –n est claire dans le manuscrit). Cependant, ûthi comme ûthin furent biffés et non remplacés.

III.4. Autres

  • cacha-, aussi cancha (cachui ou côgi) « rire ».
  • cwas- et cwath- (« le prét. des deux est soit cwanthi soit cwasti ») « agiter, hocher, brandiller » (trans. & intrans.)
  • na- (thi) « est ». [thini.]

Les verbes cacha- ou cancha « rire », cwas- et cwath- « agiter, hocher, brandiller », ainsi que na- « est » tombent en-dehors des trois principales sous-catégories des verbes faibles I et tous trois possèdent des prétérits inhabituels. Cacha-, cancha « rire » a deux prétérits, cachui et côgi — dans le manuscrit, la terminaison –ui du premier est claire, on ne saurait la lire **cachni ou **cachai. Ce verbe dérive de la racine KAKA « rire » donnée dans le QL (q. kakin « je ris »), peut-être par gémination de la deuxième consonne : *kakka- > gn. cacha- ; comparer avec le q. hakka, gn. hacha « les jambons, fesses ». Le radical non géminé se voit dans le prétérit côgi (< *kāk-)22). Le radical de la forme alternative du présent cancha est lui formé par infixation nasale : *ka-n-k- > cancha (comparer avec le q. kankale [n.] « rire » dans le QL). La diphtongue finale –ui du prét. cachui est étonnante. Elle pourrait résulter d’une transformation du –a final de cacha- en –o, avec ajout du prét. –i : *cacha-i > *cacho-i > cachui (oi devient régulièrement ui en goldogrin). On peut observer un parallèle possible avec la paire alfa et alfuil, signifiant tous deux « cygne », le deuxième venant apparemment d’alfa + fém. –il (comparer avec ainil, forme féminine d’Ain « un Dieu »). Cependant, étant donné qu’alfa dérive d’un ancien alchwa (q. alqe), le –uil de alfuil pourrait simplement découler de : *alchw-il > *alchuil > alfuil, aussi n’avons-nous pas de corroboration indubitable de *a-i > ui en goldogrin. Les formes glóna- « commencer à faire jour » et glonaith « [le jour] se lève » (avec un –ith apparemment pronominal ; voir « Les Pronoms goldogrins » de Patrick H. Wynne) servent aussi de contre-argument à ce développement. D’un autre côté, il existe en goldogrin une tendance à voir a (quelle que soit son origine) devenir o devant certaines consonnes dans les syllabes inaccentuées. La « Gnomish Grammar » affirme que les –an inaccentués deviennent universellement –on23), comme dans coma « maladie » (dans lequel le –a dérive de –ē ; comparer avec le terme qenya apparenté qāme), gén. comon, la même évolution se voyant dans le datif comor. Le changement -as > -os est aussi attesté, comme dans leptha « doigt » pl. lepthos et odinthas « dix-sept », avec la variante odinthos24). Peut-être le ı̯ consonantique du suffixe prétérit originel -ı̯ē (voir la discussion de gôtha- (gui) « posséder » ci-dessus) avait-il un effet similaire dans cachui à celui de -n, -r et -s dans comon, comor et lepthos25).

Tuor à Vinyamar (© Ted Nasmith)

Les verbes cwas- et cwath- « agiter, hocher, brandiller » (trans. & intrans.) sont clairement apparentés à la racine QASA du QL, d’où dérive le q. qasa- (qasse) « agiter, battre (des ailes), claquer, hocher, froisser » (intrans.) Les formes goldogrines suggèrent qu’il existait à l’origine deux variantes de la racine : #qas- et #qath-, qui fusionnèrent en QASA en qenya (langue dans laquelle le th intervocalique devint s) mais demeurèrent distinctes en goldogrin (où le th était conservé). Cwanthi est un prétérit fort II-A, formé par infixation nasale de cwath-. À l’origine, cwasti semble avoir été le prétérit faible I d’un verbe dérivé #cwasta- (comparer avec nosta- « suis né », prét. nosti), possiblement une forme causative « faire trembler ou branler quelque chose » — et bien que le présent de ce verbe dérivé n’ait pas survécu, son prétérit fut absorbé par le paradigme de cwas-, cwath-, ce qui explique peut-être pourquoi ces verbes goldogrins sont transitifs et intransitifs, alors que le q. qasa- « secouer » est uniquement intransitif. Sur une page différente du GL se trouve une autre entrée pour cwas- « brandiller, agiter, battre (des ailes), claquer » (trans.), avec le prétérit fort I-A cwôsi. Il est possible que cela représente une conception différente de ce verbe par rapport à celle de l’entrée pour cwas- et cwath-, à moins que cela indique que cwas- (cwôsi) vint à être considéré exclusivement transitif, par opposition à l’intransitif cwath-, cwanthi et cwasti étant utilisés comme prétérits pour l’une ou l’autre forme.

Dans le GL, l’entrée pour na- « est » décrit ce verbe comme étant « fort irrégulier », se référant au fait que le prétérit thi et le participe ol- dérivent de racines différentes de celle du radical au présent26), un phénomène appelé supplétion27). Le prétérit de na- était initialement écrit ni dans le GL, une forme faible I dérivée de la même racine que le présent. Elle fut remplacée par thi, qui semble aussi être un prétérit faible I dont le présent serait #tha- « est », bien que cette forme ne soit pas attestée en tant que verbe indépendant dans les matériaux goldogrins. Cependant, le suffixe verbal causatif / inchoatif –tha (qui s’applique à des radicaux verbaux, adjectivaux et nominaux) lui est probablement apparenté ; on a par exemple captha- « surprendre » < cab- « sauter, bondir », fairtha- « libérer » < fair « libre » et fuitha « tomber (pour la nuit) ; devenir sombre » < fui « nuit ». Comparer avec la racine indo-eur. *bheu-, *bhū- « venir à l’existence, devenir », source du verbe « être » dans de nombreuses langues-filles, y compris l’anglais be, le gallois bod, le latin fuī « j’ai été », etc.28) Cette même racine indo-européenne était la source de la marque de l’imparfait en latin, -ba- (amō « j’aime », amābam « j’aimais »), en lumière de quoi il semble improbable qu’il s’agisse d’une coïncidence si les suffixes prétérits faibles II et III –thi et –ni (voir ci-dessous) sont de forme identique au prétérit thi et à sa première forme ni. Il n’y a en revanche aucune preuve suggérant que le prétérit goldogrin était un passé continu ou progressif29).

IV. Prétérits faibles II — Suffixation de « -thi »

La classe des verbes faibles II est composée de verbes formant leur prétérit au moyen du suffixe –thi ; pour une étymologie probable de ce suffixe, voir la discussion de na- « est » ci-dessus. Il s’agit de la seule classe faible du goldogrin qui comprend un nombre substantiel de verbes de base ; la classe des verbes faibles I n’en contient qu’un (na- « est ») et la classe faible III est entièrement composée de verbes dérivés.

IV.1. Prétérits faibles II-A — Suffixation de « -thi » dans les verbes de base

Pour la plupart des verbes faibles II-A, le suffixe -thi s’ajoute directement au radical du présent, que celui-ci se termine par une consonne ou une voyelle, e.g. gai « posséder », prét. gaithi ; ol- « apparaître, sembler », prét. olthi. Dans deux cas, le –a final du radical du présent tombe avant que soit ajouté -thi : ciloba- « pépier », prét. cilopthi ; et sana- « pouvoir », prét. santhi.

  • ciloba- ou ciloptha- (« prét. toujours cilopthi ») « jacasser, pépier, gazouiller »30).
  • gai « posséder » (gaithi « il avait »).
  • haw-, hau (hui < hôwi ; ou hauthi) « être allongé, s’étendre ».
  • îr- (airi ou irthi) « suis volontaire ; ferai, ai l’intention de, vouloir faire ».
  • lin- (laini & linthi) « retentir (intrans.) ».
  • ol- (ûli ou olthi) « apparaître, sembler ».
  • pâ- (pôthi ou pâthi) « faire, poser ».
  • rô- (rûthi ou rôthi) « rester, séjourner, se tenir debout — (dat.) endurer ».
  • sana- (sôni ou santhi) « peux, sais comment ; possède une connaissance, un métier ou un talent ».
  • sô- (sôthi ; aussi sûvi et sûthi) « nettoyer, baigner » (trans. & intrans.)
  • tir- (tairi ou tirthi) « chercher, guetter, surveiller, attendre, s’attendre à ».
  • tul- (tauli ou tulthi) « apporter ; venir à ».
  • tur- (turthi, tauri) « peux, ai le pouvoir de ».
  • ug- (unthi) verbe négatif.
  • uir- (uthairi ou gwirthi) « ne pas souhaiter, ne pas avoir l’intention de, vouloir ne pas ». [Pour gwirthi en tant que prétérit de uir-, voir la discussion du verbe faible I gwirtha- ci-dessus.]

Les formes faibles II-A rejetées du GL comprennent en (enthi) « suis appelé », une entrée qui fut émendée en enn « nom » et gwara- (gwarathi) « errer, vaguer, voyager (loin) », qui fut modifié en gwada- avec la même glose, mais sans qu’un nouveau prétérit ne soit fourni. De plus, l’entrée du GL pour le verbe négatif û- « ne pas être, ne pas faire » possédait à l’origine les prétérits faibles II-A ûthi et ûthin (singulier et pluriel, respectivement), mais ils furent biffés. Cependant, les verbes faibles II-A comprennent un autre verbe négatif, ug-, doté du prét. unthi. L’entrée pour û- « préfixe négatif pour n’importe quel partie du discours » (une entrée distincte du verbe û- « ne pas être ») affirme que ce préfixe prenait aussi fréquemment les formes renforcées ug-, um-, un- ou ub-. Les formes ug- et un- sont apparemment utilisées dans le verbe ug- (unthi), ug- étant employé pour le radical du présent et un- pour le prétérit.

En plus de leurs prétérits faibles II (pâthi, rôthi, sôthi), les verbes pâ- « faire », rô- « rester » et sô- « nettoyer »31) possèdent des formes prétérites alternatives « de classe mixte » dans lesquelles le suffixe faible II –thi s’ajoute à une forme forte I-A du radical verbal (pâ- > pô-, rô- > rû-, sô- > sû-) : on a ainsi pâ-, prét. pôthi ; rô-, prét. rûthi ; et sô-, prét. sûthi. Le GL comprend aussi l’entrée supprimée fâ- (fothi) « avoir, tenir, posséder » dont le seul prétérit est de classe mixte. Sô- possède un troisième prétérit, la forme purement forte I-A sûvi (son étymologie est discutée plus haut parmi les verbes forts I-A).

IV.2. Prétérits faibles II-B — Suffixation de « -thi » dans les verbes dérivés

Les verbes faibles II-B se terminent par les suffixes dérivationnels –ta, –tha et –u, –wa.

  • belu-, belwa- (beluthi) « se dérouler, se déployer (intransitif) ; renfler (pour des voiles), gonfler ».
  • enu-, enwa- (enuthi) « suis appelé, suis nommé »32).
  • ilta- (iltathi) « enfoncer dans, aiguillonner, piquer ». [La forme au prétérit apparaît uniquement dans la phrase on iltathi nin pieg « #il m’a piqué avec une épingle ».]33)
  • lantha- (lantathi) « tomber sur, se poser, descendre ». [lantha-lanta-.]
  • nosta- (nosti, -athi) « suis né ».
  • palta- (palti, -tathi) « frapper ».

Les formes faibles II-B du GL qui furent rejetées comprennent l’entrée canca- (cancathi) « rire » ; le prétérit fut émendé en canghathi avant que la totalité de l’entrée ne soit biffée et ne soit ultérieurement remplacée dans le même groupe d’entrées (listées sous cag « une plaisanterie, farce ») par cacha- (cachui ou côgi) « rire ». L’entrée pour elma- « s’émerveiller à, admirer » comprenait à l’origine le prét. elmathi, mais celui-ci fut biffé et non remplacé34). Le verbe lantha- « tomber sur » fut initialement écrit lanta- et son prétérit lantathi comprend un léger trait au crayon à travers, indiquant peut-être que Tolkien le rejeta (probablement en même temps que lanta- fut changé au crayon en lantha-).

V. Prétérits faibles III — Suffixation de « -ni »

La classe des verbes faibles III comprend uniquement des verbes dérivés se terminant par –tha et formant leur prétérit par ajout de –ni ; pour une étymologie probable de ce suffixe, voir la discussion de na- « est » ci-dessus.

  • lintha- (linthi et linthani) « faire retentir (trans.) ; frapper ou sonner une cloche, etc. ; jouer d’un instrument ».
  • rûtha (rûthani) « demeurer, rester ».
  • santha- (-thani) « montrer, déclarer, pointer, souligner, rendre connu ou clair ».
  • saptha- (†sôbi ou sapthani) « creuser, mordre dans ».

Deux prétérits faibles III du GL furent rejetés. Comme nous l’avons noté dans la discussion des verbes faibles I, l’entrée pour dortha- « établir », comprenait originellement deux prétérits, le trans. dorthi (faible I) et l’intrans. dorthani (faible III), qui furent tous deux biffés. L’entrée failtha- « pâlir » possédait elle aussi un prétérit à l’origine, [fail]thani, qui fut biffé et non remplacé.

VI. Verbes sonants — Dérivés de racines avec « ḷ », « ṇ », « ṛ » vocaliques

Le système vocalique de l’eldarin primitif de la période des Contes perdus comprend , et 35), désignés collectivement comme des « sonantes » dans la « Qenya Phonology »36). Comme les autres voyelles (a, e, o, i, u), les sonantes , , pouvaient être longues ou brèves et apparaissent en tant que voyelle dans un grand nombre de racines — le QL comprend de nombreux exemples comme FḶKḶ « fendre, hacher », LṆQṆ « attraper, trouver, obtenir » et VṚTYṚ « servir ».

En qenya et en goldogrin, , , subirent un processus que la « Qenya Phonology » appelle « résolution des sonantes »37). En qenya, cela signifiait que les sonantes devenaient des « diphtongues » composées de u, a ou i + l, r ou n. Les diphtongues résultantes variaient suivant deux facteurs : 1) la longueur de la sonante originelle et 2) la position d’articulation (q, k, ƙ, t, p) de la consonne suivant la sonante originelle. Par exemple, le bref devenait ul devant q et p (e.g. sulpa « soupe » < SḶPḶ) et il devant k, ƙ et t (e.g. silkesse « foin, moisson » < SḶKḶ), tandis que le long devint al dans tous les cas (e.g. salpa « bol » < SḶPḶ, salka « faux » < SḶKḶ). Le développement de fut le plus varié, donnant , , , an, um ou am selon les deux facteurs notés ci-dessus. Une discussion complète de ce phénomène se trouve dans la « Qenya Phonology »38). En goldogrin, les résolutions de sonantes les plus fréquentes donnaient ce qui suit39) :

  • bref > liglith « vallon, coteau » < nḷđ.
  • long > alnal « vallon, val » < *nḹđ.
    [Le QL a NḶDḶ (nḷřḷ), d’où le q. nal (nald-) « vallon, combe ».]
  • bref > inin(d)ra « long » < ṇdr.
  • ṇ̄ long > anannai « au loin » < ṇ̄dai.
    [Le QL a NĐN « étirer », d’où le q. ande, andea « long ».]
  • bref > ritricthon « racine (fibreuse, fine) » < tṛk.
  • long > artarc « racine (particulièrement les racines comestibles) » < *tṝk.
    [Le QL a TṚKṚ, d’où le q. tarka « racine ».]

Ce processus de résolution des sonantes donna lieu à un certain nombre de verbes apophoniques en qenya et en goldogrin. Ceux-ci étaient à l’origine des verbes forts I-A (i.e. des verbes de base dotés d’une voyelle allongée au prétérit) dérivés de racines avec des voyelles sonantes ; et les différentes résolutions des sonantes brèves et longues généra souvent d’apparentes apophonies qualitatives pour ces verbes dans les langues-filles, i.e. le prétérit semble avoir été formé par substitution d’une voyelle radicale différente de celle du radical du présen40). En goldogrin, le présent de ces verbes sonants possède presque toujours la voyelle radicale i (résolution des sonantes brèves , , > li (ou il), in, ri), avec la voyelle radicale a au prétérit (résolution des sonantes longues , ṇ̄, > al, an, ar). Par exemple :

  • — Gn. ilt- (galti) « accoupler, coupler, relier » < YḶTḶ. Comparer avec le q. tulpu- (talpe) « supporter, soutenir » < TḶPḶ.
  • — Gn. tinta- (tanti) « danser »< TṆTṆ. Compare avec le q. tunq- (tanqe-) « entendre » < TṆQṆ.
  • — Gn. briga (*barchi) « je crains » < VṚKṚ (avec le prétérit analogique braigi- remplaçant ultérieurement l’étymologique *barchi). Comparer avec le q. tirty- (tartye-) « scinder, diviser » < TṚT͡͡YṚ.

Glaurung et Finduilas (© Ted Nasmith)

Les verbes sonants du goldogrin se divisent en deux groupes principaux : 1) ceux qui conservèrent leur prétérit apophonique, soit comme unique passé ou en compagnie de prétérits analogiques modelés sur d’autres classes verbales ; et 2) ceux qui perdirent leur prétérit apophonique, les remplaçant par des formes analogiques. Le premier groupe comprend les verbes suivants :

  • cinga- (cangi-) « faire fausse route, s’emmêler ». [Apparemment dérivé d’une racine *kṇg-, d’où aussi cang « emmêlé, confus, mélangé, désordonné, faux », que le GL compare avec cing « araignée ». Possiblement apparenté à la racine KANGA- « tisser » du QL, d’où provient le q. kangale « une toile, arantèle », kangaris « araignée ».]
  • cintha- (canthi) « éclairer, allumer ». [Le QL a la racine KṆŘṆ « briller », d’où le q. kanda- (kandane ou kande) « flamber ».]
  • cwintha- (cwanthi) « remplir ». [← cwinta- (cwintathi ou cwanti) « remplir ». Le QL a la racine QṆTṆ ou QATA, d’où le q. qanta- (qante, qantane) « remplir, compléter ».]
  • gartha- (garthi) « respecter, admirer, avoir de l’affection ou du respect pour ». [Le GL donne la racine gṛþ- = q. karda, avec gṛþ-kṛþ- ; karda n’apparaît pas dans le QL, pas plus que n’importe quelle racine analogue à kṛþ- ou gṛþ-.]
  • grith- (graithi, « analogue pour garthi ») « assister, soigner, faire attention, se soucier de, s’occuper de ». [Les formes furent modifiées à l’encre ← gridh-, graidhi & gardhi.]
  • gwinta- (gwanthi) « voir » [gwanthigwanti. Apparemment dérivé d’une racine *gwṇt-, d’où aussi gwint « face », gwintha- « confronter, affronter ».]
  • ilt- (galti ; aussi ilti ou iltathi) « accoupler, coupler, relier ». [Le QL a la racine YḶTḶ, d’où le q. yalta « accoupler, coupler ».]
  • intha-(1) ou gintha- (ganthi) « se joindre à (intrans.) ; ajouter, accroître ; ajouter à ». [← int- (ganti). Le QL a la racine DẎṆTṆ, d’où le q. ‘yanta- (yante-) « élargir, accroître, ajouter à ».]
  • tinta- (« prét. irrégulier » tanti) « danser ». [tantitinti. Le QL a la racine TṆTṆ, d’où le q. tanta- (tante-) « ricocher, sauter, s’élancer, rebondir » et tanta- (tantane) « danser (trans.), faire rebondir, agiter, balancer ».]

Le verbe gartha- (garthi) « respecter, admirer » est dit venir d’une racine gṛþ- et est inhabituel pour les verbes sonants goldogrins du fait d’un présent doté de la voyelle radicale a plutôt que i. Cela vient probablement de la présence d’une voyelle longue originelle dans le radical du présent : gartha- < *gṝþ-. Un autre exemple possible est canga- « emmêler » (avec un prétérit faible II cangathi biffé), qui semble dériver de la même racine *kṇg- que cinga- « faire fausse route, s’emmêler », mais avec une voyelle longue au présent canga- < *kṇ̄g-. Comme discuté dans la note 31, certaines formes goldogrines possèdent une voyelle radicale longue au présent, laquelle semble dans certains cas originelle, e.g. lada- « aplanir » possède la variante lôda, qui doit dériver de *lāt-. Grith- « assister, soigner, faire attention à », comme gartha- « respecter, admirer », dérive apparemment de gṛþ- (ces deux verbes sont groupés ensembles dans le GL) mais possède à la place ri < bref. Grith- possède le prétérit analogique graithi, modelé sur les prétérits forts I-A comme gwir- (gwairi) « regarder ». La forme analogique pourrait être apparue afin d’éviter un conflit potentiel découlant du fait que garthi (le prétérit historique) était identique à celui de gartha- « respecter, admirer » ; l’absence d’un astérisque à côté de garthi dans l’entrée grith- sous-entend qu’il continua à être une forme usitée en parallèle de graithi (comparer cela avec les formes marquées d’un astérisque dans le groupe 2) ci-dessous). Ilt- « accoupler, coupler, relier » possède trois prétérits, l’un historique (galti < *yḹt-) et deux analogiques (faible I ilti et faible II iltathi).

L’entrée pour tinta- « danser » se réfère à tanti comme à un « prét. irrégulier » et une entrée distincte pour la forme prétérite décrit tanti comme étant le « prét. irrégulier du [verbe] faible tinta- ». Dans le goldogrin tardif, tinta- fut manifestement perçu comme un verbe dérivé venant de *tin- + -ta, qui aurait dû avoir un prétérit faible en -i ou -thi, comme nosta- (nosti, -athi) « suis né » et palta- (palti, -tathi) « battre ». Le prétérit tanti était donc considéré comme irrégulier. Il semble probable que cette sorte de réinterprétation des verbes sonants finissants par -ta ou -tha comme verbes dérivés pourrait aussi avoir eu lieu pour d’autres verbes du premier groupe (cintha-, gwinta-, intha-, etc.).

Lúthien (© Ted Nasmith)

Le second groupe, celui des verbes sonants qui remplacèrent leur prétérit apophonique par de nouvelles formes analogiques, comprend les formes suivantes :

  • briga (braigi-, « nouvelle forme, analogique pour *barchi ») « je crains, ai peur de ». [brigabrig- ; « pour *barchi » ← *barci. Le QL a VṚKṚ, d’où le q. varkin « je redoute, je crains ».]
  • clib- (claibi, « analogique pour talpi* ») « supporter, soutenir » ; réflexif avec allatif, « pencher ». [Le GL donne la racine sous la forme tḷp- ; le QL a « TḶPḶ (gn. clib-) », d’où le q. tulpu- (talpe) « supporter, soutenir ».]
  • crib- (« prét. analogique » crimpi) « rassembler, cueillir ». [Le QL a la racine KARPAR « cueillir ».]
  • drib- (« prét. analogique » draibi) « pourrir, se délabrer, user ». [Le GL donne la racine sous la forme nṛq- ; le QL a NṚQṚ « dépérir, s’évanouir, disparaître, se flétrir », d’où le q. narqa- « dépérir » (intrans.).]
  • drith- (« nouveau prét. analogique » drinthi- pour *nardi-) « cela sent, a des relents de, a l’odeur de ». [Le GL donne le nom apparenté drith « odeur, saveur, flaveur », dérivé de la racine nṛþ-. Le QL a la racine NṚŘṚ « sentir bon », d’où le q. narda- « sentir bon ».]
  • flig- (flaigi ou flinchi, « tous deux analogiques pour *falci ») « hacher ». [flinchiflinci. Le QL a la racine FḶKḶ « fendre, hacher ».]
  • thlib- (thlaibi, pour salpi*) « souper, boire comme du petit-lait, licher, sucer ». [Le QL a la racine SḶPḶ, d’où le q. sulp- (salpe) « lécher, souper, léchouiller, lamper, écluser ».]
  • thlid- (thlinti, pour salti*) « trier ; tamiser, cribler ; discriminer ». [Le QL a la racine SḶTḶ, d’où silt- (salte-) « trier, tamiser, vanner ».]

Ici les formes prétérites apophoniques originelles disparurent, apparemment à une étape relativement précoce du développement du goldogrin, puisque lorsqu’elles sont citées, elle sont marquées d’un astérisque (*barchi, *nardi-, *falci, etc.), indiquant une forme ancienne hypothétique reconstruite à partir de formes attestées plus tardives. (La pratique habituelle de Tolkien dans le GL était de placer un astérisque devant une forme hypothétique, mais dans le cas de talpi*, salpi* et salti*, l’astérisque suit ; si cela était supposé être significatif, la distinction effectuée est obscure.)41)

Une comparaison de ce second groupe de verbes sonants avec le premier suggère une cause à la disparition des prétérits apophoniques historiques. Dans le second, les prétérits abandonnés sont généralement d’apparence très différente des formes au présent : briga (*barchi), clib- (talpi*), drith- (*nardi-), flig- (*falci), thlib- (salpi*) et thlid- (salti*)42). Cette disparité est due au fait que ces verbes dérivent tous de racines sonantes en et — les et brefs du présent donnèrent respectivement li et ri, générant des combinaisons consonantiques initiales qui subirent fréquemment des changements ultérieurs ; par exemple, *tḷ- > *tli- > cli- (dans clib-), *nṛ- > *nri- > dri- (dans drith-), *sḷ- > *sli- > thli- (dans thlib-). Au prétérit cependant, , se résolurent en al et ar, de sorte qu’aucune combinaison consonantique initiale n’apparut : *tḹ- > tal- (dans talpi*), *nṝ- > nar- (dans *nardi-), *sḹ- > sal- (dans salpi*). C’est une différence marquée avec le premier groupe, dont la plupart des verbes sont dérivés de racines sonantes en , qui sont toujours résolues en une voyelle + n ( > in, ṇ̄ > an), ce qui signifie que les présents de ce groupe demeuraient d’une forme proche de leurs prétérits apophoniques, n’en différant habituellement qu’au travers de la variation de la voyelle radicale : cinga- (cangi-), cintha- (canthi), cwintha- (cwanthi), gwinta- (gwanthi), intha- ou gintha- (ganthi), tinta- (tanti).

La disparité formelle entre les prétérits apophoniques et les présents du second groupe doit avoir généré une forte tendance à remplacer les formes apophoniques par des prétérits analogiques ressemblant plus aux présents. Il est remarquable à cet égard que même dans le premier groupe, le verbe dont le prétérit apophonique ressemble le moins à son présent — ilt- (galti) « accoupler, coupler, relier » — développa deux prétérits analogiques ressemblant plus au présent : ilti, iltathi. Il existe quelques autres verbes listés dans le GL qui sont probablement dérivés de racines sonantes, mais pour lesquels n’est mentionnée aucune forme prétérite apophonique (conservée ou perdue). Par exemple, rig- « #gronder, grogner, ricaner » (avec le nom apparenté rig « un grondement, un grognement, un ricanement » est comparé avec arc « féroce, rude, dur, désagréable » < r̄k (i.e. ṝk) et brigla- « changer, varier » dérive de vṛt (le QL a vṛt-, d’où le q. varta « changer »). D’autres exemples pourraient comprendre ilta- (iltathi) « enfoncer dans » (le QL a ILTIL « pousser dans », d’où le q. iltin « je pousse au but, j’atteins »), irtha- « becqueter » (le QL a IRTYIR- « becqueter, piquer », d’où le q. irtin « je becquette, pique ») et sinta- « étinceler » (le QL a SṆT͡YṆ « scintiller », d’où le q. sinty- (santye) « étinceler »).

Appendice : La particule auxiliaire du passé « gi »

L’entrée du GL gî(laith) « jadis, dans le passé » inclut la note suivante : « souvent, sous la forme , utilisé d’une façon imprécise comme simple “aide” à un passé. » Malheureusement, il n’y a pas d’exemple attesté de utilisé comme auxiliaire au passé dans le corpus goldogrin, bien que l’on trouve deux autres formes apparentées groupées avec gî(laith) : gîr « hier » et gîrin « révolu ; vieux, appartenant à des jours anciens ». Cependant, dans deux tables de conjugaison de verbes du noldorin premier datant de la période de Leeds, un préfixe gi- apparaît dans deux formes aoristes : (gi) mennin 1ère sing. aoriste de mad- « manger »43) et gindengin 1ère sing. aoriste de dagion « je tue »44). Sous gindengin est écrite une forme alternative di·nengin, dans laquelle le préfixe di- semble correspondre à gi-. Il semble probable que ce préfixe aoriste du noldorin premier gi-, di- soit le successeur conceptuel de l’auxiliaire prétérit goldogrin .

Le QL possède la racine DYĒ (aussi dyeye et dyene) « derrière, en arrière (avant, pour le temps) », d’où ‘yenye(n) « hier », die « hier », diéra « d’hier ; révolu, terminé, passé », et d’autres dérivés. La forme la plus simple de cette racine, DYĒ, est probablement la source du gn. . Le *dy- initial originel devenait g- en goldogrin, comme dans le gn. gulin « patient, endurant, souffrant longtemps (lit. chargé) » < √dyulu-45) et gantha « plus » < yṇt46), une racine qui apparaît dans le QL sous la forme DẎṆTṆ. Ainsi *dyē > gn. (avec l’habituel développement *ē > gn. ī). En noldorin premier, gi- possède probablement la même étymologie, la forme alternative di- dérivant aussi de la même racine DYĒ, quoique par l’intermédiaire d’une forme dans laquelle le Y devint vocalique : *dyē > *die (comparer avec le q. die « hier ») > di-. Le GL comprend plusieurs formes en di- qui sont probablement dérivées de DYĒ d’une façon similaire, y compris dîn « (il était) une fois, longtemps auparavant, anciennement » et dim « précédent, passé, terminé ».

Bibliographie

  • Baldi, Philip. An Introduction to the Indo-European Languages. Carbondale et Edwardsville : Southern Illinois University Press, 1983.
  • Mossé, Fernand. A Handbook of Middle English, cinquième impression, corrigée et augmentée. Traduit par James A. Walker. Baltimore : The Johns Hopkins Press, 1968.
    Version originale : Manuel de l’anglais du Moyen-âge des origines au XIVe siècle
  • Wright, Joseph et Elizabeth Mary Wright. An Elementary Middle English Grammar, deuxième édition. Londres : Geoffrey Cumberlege, Oxford University Press, 1928.

Se reporter également à la bibliographie générale de Tengwestië.

Voir aussi

Sur Tolkiendil

Sur le net

1) Voir l’article de Carl F. Hostetter « The Past-Tense Verb in the Noldorin of the Etymologies: A Formal Classification ». Tolkien emploie une seule fois le terme « faible » dans le GL, se référant à la forme tanti en tant que « prét. irrégulier du tinta- faible », ce dernier étant glosé « danser ». Aucun verbe du GL n’est explicitement dit « fort », mais l’existence d’une classe opposée de verbes goldogrins « forts » découle logiquement de la référence à tinta- « faible ».
2) Bien que le radical verbal subisse bien des changements mineurs dans quelques formes prétérites faibles, ceux-ci ne remplissent aucune fonction grammaticale mais sont purement phonologiques, découlant d’un environnement phonologique différent au prétérit ; ainsi de felu- « sembler », prét. felwi ; ciloba- « pépier », prét. cilopthi ; uir- « ne pas souhaiter », prét. gwirthi, etc.
3) Dans la Qenyaqetsa, les termes eldarin et eldarin primitif renvoient au parler originel jadis commun à tous les Elfes, la langue que les écrits ultérieurs de Tolkien désigneront sous le terme de quendien primitif. « Tous ceux qui furent éveillés à Palisor à Koivienéni sont par conséquent appelés Eldar et ce peuple les Eldalie ; ce pourquoi Rûmil dit qu’il y avait jadis un unique eldarin parlé en commun par tous ces Eldar »
Version originale : « All who were awakened in Palisor at Koivienéni are therefore called Eldar and that kindred the Eldalie; for which reason doth Rûmil say that there was once a single Eldarin spoken by all these Eldar in common » ; PE 12, p. 1.
4) Ces mêmes transformations se retrouvent dans des noms et des adjectifs, comme dans les exemples qui suivent (les termes apparentés en qenya sont tous cités dans le GL) :
  • Gn. ôm « esprit, cœur, pensée » — q. āma.
  • Gn. Cîmir, nom de Yavanna — q. Kēmi « Terre Mère ».
  • Gn. sûr « long, traînant » — q. sōra.
  • Gn. cail « lèvre » — q. kīla.
  • Gn. baul « corps, tronc » — q. pūle.
Il est intéressant de noter qu’à l’exception de ā > ō, il s’agit des mêmes changements que ceux qui eurent lieu lors du Grand changement vocalique [anglais], qui eut lieu entre les XIIe et XVIIIe siècles et affecta le degré d’aperture des voyelles longues accentuées. Pour simplifier, les ā, ē, ō du moyen anglais furent fermés en ē, ī, ū, respectivement, et les ī et ū du moyen anglais, qui ne pouvaient être fermés puisqu’ils étaient déjà aux degrés d’aperture les plus fermés des voyelles antérieures et postérieures devinrent les diphtongues ai et au. Le changement goldogrin ā > ō rappelle plutôt le développement du vieil anglais en moyen anglais — dès le début du XIIIe siècle, le v. angl. ā était devenu le moy. angl. ǭ dans tous les dialectes au sud de la rivière Humber, e.g. le v. angl. stān devint le moy. angl. stoon /stɔ:n/, anglais moderne stone « pierre ». D’autres exemples seraient les termes anglais modernes bone « os » (v. angl. bān), boat « bateau » (v. angl. bāt) et toe « orteil » (v. angl. ). (Voir Joseph Wright, An Elementary Middle English Grammar, §51.)
En position inaccentuée, différents développements advinrent apparemment aux ā, ē, ō, ī, ū originaux en goldogrin. Par exemple, d’après la « Gnomish Grammar » (GG), les ‑ā, ‑ē, ‑ō finaux originels des noms fusionnèrent en –a en goldogrin — d’où les q. elda, gn. egla « fée » (< ‑ā) ; q. qāme, gn. coma « maladie » (< ‑ē) ; et q. noldo, gn. golda « gnome » (< ‑ō). La GG affirme aussi que phonologiquement, les –u et –i finaux des noms comme culu « or » et brindi « reine » « renvoient seulement à ‑ū, ‑ī ». Mais il reste à prouver que ces affirmations de la GG sont appliquées avec consistance dans les noms attestés du GL ; une étude complète et systématique de la phonologie du goldogrin n’a pas encore été effectuée.
5) PE 14, p. 31
6) Il n’existe pas d’affirmation explicite selon laquelle les f et v du goldogrin étaient labiodentaux plutôt que bilabiaux. Cependant, il est noté dans la Qenyaqetsa que l’eldarin f était une spirante bilabiale (PE 12, p. 15), qui devint initialement la labiodentale f en qenya, tandis que médialement entre voyelles elle devint probablement la labiodentale v (cf. « f labiodental > v » ; PE 12, p. 20).
7) Cette règle phonologique se voit aussi dans divers noms et adjectifs du GL, par exemple (les formes en qenya sont tirées du QL) :
  • Gn. hûm « sommeil, assoupissement » — q. fūme (e) « sommeil ».
  • Gn. lûm « temps » — q. lūme (i) « temps ».
  • Gn. nûmin « l’Ouest » — q. nūme « Ouest ».
  • Gn. ûmi « large » — q. ūmea « large ».
La seule exception possible à cette règle se trouvant dans le GL est le nom auba « un cri », qui est comparé au verbe uptha- « crier ». Ces formes suggèrent une racine originelle #UP- et auba pourrait dérivé de #ūp-. D’un autre côté, le GL note que le préfixe a- était « utilisé pour former nombre d’adjs. Et occasionnellement de noms — inaccentués et probablement d’origine diverse » et il se pourrait qu’auba représente plutôt #a‑up-.
La règle selon laquelle ū ne devient pas au en goldogrin lorsqu’il est suivi par une consonne labiale présente un autre parallèle intrigant avec la phonologie anglaise. Comme nous l’avons remarqué dans la note 4, le moyen anglais ū devint la diphtongue au durant le Grand changement vocalique. Cependant, il y eut une exception à cela : le moy. angl. ū ne devenait pas une diphtongue lorsqu’il était suivi d’une consonne labiale (en particulier p ou b), e.g. moy. angl. droupen > angl. mod. droop « pendre, tomber », moy. angl. toumbe > angl. mod. tomb « tombe », moy. angl. roum > angl. mod. room « chambre » (tous avec /u/). Chose remarquable, on observe exactement la même exception en goldogrin.
Cette exception phonologique partagée par le goldogrin et le moyen anglais, en plus des parallèles goldogrins avec le Grand changement vocalique commence à suggérer une réponse à une question qui a longtemps intrigué les spécialistes de Tolkien : pourquoi le goldogrin n’est-il pas plus proche du gallois ? Il y a vingt ans, Christopher Tolkien nota dans son introduction à l’Appendice des noms du Livre des Contes perdus que les premières langues de son père possédaient « diverses ressemblances à l’anglais ancien qui ne sont manifestement pas fortuites », citant le gn. hôr « vieux » (v. angl. hār « séculaire, gris, vieux ») et rûm « secret (murmure) » (v. angl. rūn « mystère, secret »). De plus, la formation du pluriel en goldogrin, via les suffixes –in ou –th (parfois dissimilé en –s ou –f) ressemble plus à la formation du pluriel en moyen anglais (eye « œil », pl. eyen ; fowel « oiseau », pl. foweles) qu’au système gallois, bien plus complexe, dans lequel les changements vocaliques jouent un rôle majeur (brân « corneille », pl. brain ; maneg « gant », pl. menig, etc.) en plus d’une large variété de suffixes (arf « arme », pl. arfau ; cath « chat », pl. cathod ; pechadur « pécheur », pl. pechaduriaid ; etc.). Il semble que Tolkien ait voulu que le goldogrin soit une sorte d’hybride anglo-gallois, ayant d’importantes similarités phonologiques, morphologiques et grammaticales avec l’anglais et des ressemblances avec le gallois.
8) Ces étymologies ne sont pas données en tant que telles dans le GL et représentent mes propres suppositions. Ici, les racines sont tirées du QL, qui donne typiquement les racines sous la forme CVCV, dans laquelle la seconde voyelle est habituellement une répétition de la première et n’est pas essentielle à la signification de la racine. Les racines citées dans le GL omettent fréquemment cette voyelle finale répétée et présentent la forme CVC ; par exemple, les entrées en S- du GL comprennent les racines sab- (= SAPA « creuser, excaver » dans le QL, sog (= SOKO « #boire » dans le QL) et soƀ- (= SOVO, SOW̯O « laver » dans le QL).
9) Le développement du ŋ intervocalique originel > ng (i.e. /ŋg/) eut évidemment lieu en goldogrin comme dans le qenya contemporain ; e.g. le QL a EŊE, d’où q. enga « hydromel », avec un parent goldogrin enga « plaine, val » dans le GL. La table de la « Qenya Phonology » listant le développement des consonnes en position initiale, médiale et finale (PE 12, p. 28) donne aussi ‑ng- comme développement médian de ŋ. Le développement du ŋ intervocalique ou médian changea dans les écrits ultérieurs de Tolkien. Dans « Les Étymologies », ŋ (représenté par la lettre ñ) semble avoir habituellement disparu en position médiane, comme dans le q. téra, nold. tîr « droit, juste » < *teñrā (s.v. entrée TEȜ-) et nold. « ligne, rangée » < *tēñe (s.v. entrée TEÑ-). « From Quendi and Eldar, Appendix D » (c. 1959–1960) renvoie au « ñ intervocalique, tombant plus tard en quenya » (VT 39, p. 6–7), avec des exemples comme le q. « lèvre » < *peñe, duel peu « les deux lèvres, l’ouverture buccale » < peñū (VT 39, p. 11).
10) PE 12, p. 21
11) La seule occurrence de diphtongue avec une voyelle initiale longue dans le GL est gâi « posséder » et cette forme fut significativement changée en gai.
12) Dans toutes les autres occurrences du GL, l’ancien *ou̯ donne régulièrement ô (χou̯-ră > hôr « vieux, âgé, ancien », lou̯me > lôm « obscurité, ombre ») ou o (ou̯χ̯ē > ocha « toison », sou̯þ- > soth « bain »).
13) PE 12, p. 85
14) PE 12, p. 31
15) Nasale homorganique — une nasale prononcée en utilisant les mêmes organes vocaux que pour prononcer la consonne qui suit, i.e. une nasale de la même position articulatoire que la consonne qu’elle précède. M est la nasale homorganique de p (labiale) ; de même, n est la nasale homorganique de t (dentale), et ŋ de k (vélaire).
16) PE 12, p. 25
17) En orthographiant les mots goldogrins, Tolkien employait occasionnellement ph pour représenter le son /f/ lorsqu’il était dérivé de /p/, ce qui est aussi l’un des emplois de ph dans l’orthographe sindarine ultérieure (voir l’Appendice E du Seigneur des Anneaux, entrée PH) ; de ce point de vue, noter que Tolkien donne aussi bien camfi que camphi comme orthographes alternatives du prétérit de cab- « bondir, sauter ». Cependant, par opposition au sindarin, dans lequel f représente /v/ en position finale des mots, e.g. dans Nindlaf, Fladrif (Appendice E, entrée F), le f de l’orthographe goldogrine représente manifestement toujours /f/ et jamais /v/. Dans les cas où un –f final en goldogrin correspond à un -v- médian — e.g. gôf « fruit », pl. gôvin — cela est dû au dévoisement des spirantes voisées en position finale des mots. Comparer avec le dévoisement du /ð/ final > /þ/ dans des formes comme le gn. tath « haie, barrière », pl. tadhin, probablement dérivé de la racine TAĐA du QL, d’où vient le q. tanda « haie, barrière, enceinte », tar « barrière », etc. Ce phénomène crée un autre parallèle phonologique avec le moyen anglais, dans lequel les -z, -v et ð finaux étaient dévoisés en s, f et þ, comme dans le dialecte septentrional gif, angl. [to] give « donner » ; luf, angl. [to] love « aimer », à côté du dialecte des Midlands ȝiven, lȯven (ces exemples sont ceux donnés par Fernand Mossé, A Handbook of Middle English, §45).
18) Pas plus que ces changements n’étaient restreints à des verbes au prétérit — limp, limpelis « la boisson des fées » fut changée avec hésitation en limfa, limfelis ; Gilthalunta « Argent-navire (nom de la lune) » → Gilthaluntha (quoique l’entrée indépendante lunta « un navire » resta inchangée) ; et lencos « distance » → lenchos, pour ne citer que quelques exemples. Il est possible que Tolkien ait voulu introduire des formes avec mph, nth, nch médian en plus de celles en mp, nt, nc, afin de représenter des variations dialectales du goldogrin ; noter, par exemple, que tent « orteil » possède deux pluriels, un de chaque type : tenthin et tentin.
19) Cette entrée n’apparaît pas en tant que telle dans le GL, mais est reconstruite ici sur la base des indices suivants. Dans la « Gnomish Grammar », le prétérit nûmi « coula » (aussi dans le GL) de l’expression nûmi Galmir i·saroth « Galmir coula dans la mer » (PE 11, p. 12) fut d’abord écrit sous la forme thunci, représentant probablement aussi le prétérit « coula ». Étant donnée l’existence de verbes forts II-A attestés comme tug- (tunci) « frapper, atteindre la cible » et tag- (tanci) « fixer, rendre ferme », il semble probable que thunci soit le prétérit d’un verbe #thug- et le GL liste bien une forme thug, quoiqu’elle soit dépourvue de traduction et ne comporte pas de tiret final (tiret qui manque aussi à de nombreux radicaux verbaux du GL, comme nag « mâcher » de la liste ci-dessus).
20) Le même développement du u- négatif > gw- apparaît dans gwirin « stérile, aride », anciennement uivrin (« qui survit toujours, ui étant remplacé par analogie ») < nég. û + ivrin « fertile ».
21) Version originale : « the existence in G. of an –r plural sign in verbs » ; PE 11, p. 10.
22) Alternativement, la terminaison –cha de cacha pourrait venir d’un suffixe dérivationnel *-ka. *kak-ka- > cacha. Il semble qu’une terminaison dérivationnelle –ca, –cha apparaisse dans quelques verbes goldogrins, par exemple glisca- « aimer les choses douces, les sucreries » (comparer avec glis « doux ») et halcha- « traîner (rudement) sur le sol » (comparer avec hala- « traîner »).
23) , 24) PE 11, p. 13
25) On devrait cependant noter que le *ai originel restait généralement inchangé en goldogrin, e.g. Ain « un Dieu » (q. ainu « un dieu païen » < AY̯A « honorer, révérer » dans le QL). Quelques exemples de ai > e sont attestés, comme Elwing « écume lacustre », avec l’« ancienne orthographe » Ailwing préservant l’élément initial ail « un lac, étang » inchangé. Le ai originel demeurait aussi inchangé dans les syllabes finales inaccentuées, e.g. annai « au loin », pour lequel le GL donne la forme étymologique ṇ̄dai.
Une autre possibilité est que le –ui du prét. cachui soit un emprunt analogique aux verbes faibles I se terminant par –u, bien que ceux-ci aient systématiquement des prétérits en –wi, non –ui. Peut-être estimait-on que cachui était simplement plus euphonique que **cachwi ; noter que la combinaison chw est autorisée en goldogrin, e.g. celchwed « vitreux » et sachwen « été, mi-été »). Cependant, tous les autres verbes faibles I avec –u final attestés sont dérivés de racines se terminant par -l (belu-, celu-, felu, nelu, pelu-, telu-) ou par -n (lenu, enu-), ce qui rend cacha- un improbable candidat pour une analogie avec ces formes.
26) Le participe ol· est peut-être dérivé de la racine Ō « être, exister » donnée dans le QL avec pour seul dérivé ō- « suis ».
27) N.d.T. : Phénomène qui se répète d’ailleurs pour le verbe « être » dans de nombreuses langues indo-européennes, notamment le lat. esse : prés. est, prét. fuit ; l’angl. to be : prés. it is, prét. he was et le gallois bod, prés. ys, prét. buodd.
28) À ce propos, il est aussi intéressant que les « Noldorin Word-lists » (remontant à la période de Leeds, au cours de laquelle Tolkien révisa le goldogrin pour en faire une première version de noldorin) comprennent un verbe tha- « fabriquer, causer être », passé aist (de *s’ta-, asti-), au sujet duquel Tolkien écrit « De ceci provient le suffixe causatif, -tha »
Version originale : « From this arises the causative suffix, -tha » ; PE 13, p. 153).
Les formes étymologiques de tha- et aist citées dans cette entrée présentent une ressemblance frappante à d’autres racines indo-européennes et aux dérivés dotés du sens « être » qui leur sont associés : comparer *s’ta- à l’indo-eur. *stā- « se tenir », d’où vient l’espagnol estar « être », et asti- à l’indo-eur. *es-, dont dérive le latin est « est », l’anglais moderne is et (fort notablement) le sanskrit as-, 3e pers. sing. asti.
29) N.d.T. : C’est-à-dire un imparfait plutôt qu’un passé simple.
30) ciloba- « jacasser, pépier, gazouiller » ne possède pas la structure C(C)VC caractéristique de presque tous les verbes de base, comme lav- « lécher » et cwir- « remuer ». Les noms associés cílobi, cilobinc « rouge-gorge » sont apparentés au q. kilapi, -ink « rouge-gorge » listé dans le QL en compagnie de kilapitya- « pépier ». Aucune racine n’est listée dans le QL, probablement parce que kilapi est simplement une approximation onomatopéique du gazouillis du rouge-gorge familier (Erithacus rubecula). Les verbes gn. ciloba-, ciloptha- et q. kilapitya- étaient apparemment dérivés des noms, ayant le sens « #chanter comme un rouge-gorge ». La forme ciloptha-, avec la terminaison dérivative -tha, montre que ciloba- était considéré comme un verbe de base du point de vue morphologique. Le prétérit cilopthi représente apparemment une convergence du prétérit faible I de ciloptha (cilopth-i) avec le prétérit faible II de ciloba- (cilop-thi).
31) Les formes goldogrines du présent qui possèdent une voyelle longue ne sont pas infréquents, apparaissant pour une large variété de types de verbes, tant de base (û- « ne pas être », îr- « suis volontaire », tûs- « carder la laine », lûda- « fleurir, éclore », etc.) que dérivés (lûtha- « passer (pour le temps) », fôtha « il neige », etc.). Ces voyelles longues sont d’origine diverse et il n’est pas possible de toutes les examiner ici, bien que l’on puisse citer quelques exemples. Certains dérivent de voyelles longues originelles, comme lada- « aplanir » avec la variante lôda < *lāt-. D’autres sont des allongements tardifs de voyelles brèves originelles, comme gôtha- « posséder » < ı̯otta (une forme étymologique donnée dans cette entrée du GL). D’autre résultent apparemment de la perte d’une consonne intervocalique originelle, qui causa soit un allongement compensatoire de la voyelle précédente soit peut-être la mise en contact deux voyelles brèves ayant la même qualité après la disparition de la consonne intermédiaire, comme thê- « voir », probablement dérivé de *the’e- < √þeχe (cette racine est citée dans la « Qenya Phonology », PE 12, p. 21) ; comparer aussi avec l’étymologie de « marque, ligne », qui selon le GL est dérivé de teȝ́e, tandis que (qui a la même signification) vient de .
32) Dans le texte publié du GL l’entrée pour ce verbe et celle qui suit immédiatement apparaissent ainsi :
enu-, enwa- suis appelé, suis nommé. [crayon.]
enos, enuith titre. (enuthi.) [← « enos titre. »]
Bien que cela reproduise l’arrangement réel des formes dans le manuscrit, enuthi n’était probablement pas supposé être une forme étymologique d’enos, enuith « titre » (comme le suggère le texte publié du GL) ; il est plus probable qu’enuthi soit le prétérit d’enu-, enwa-, ayant été écrit sur la ligne en dessous de ce verbe, du fait d’un manque de place après la glose « suis appelé, suis nommé ».
33) ilta- pourrait être un verbe sonant < *ḷt- plutôt qu’un verbe dérivé < *il- + -ta; voir la section sur « Les verbes sonants ».
34) elma- « s’émerveiller à, admirer » semble être dérivé du nom elm « une merveille, une chose singulière, merveilleuse ou unique ; quelque chose d’étrange » ; ces formes et les termes apparentés, comme elelg « différent, autre » et elfel « différent, étrange, quelque chose d’autre » pointent vers une racine #EL- « autre, différent » (pas donnée dans le QL). Comparer avec olma- « je rêve », probablement tiré du nom olm « un rêve » < OLO, une racine comparée à LORO « somme(iller), assoupissement / s’assoupir » dans le QL.
35) PE 12, p. 3
36) , 37) PE 12, p. 10
38) PE 12, p. 10-11
39) Bien qu’une discussion détaillée de la résolution des sonantes en goldogrin ne puisse avoir lieu ici, quelques développements supplémentaires peuvent être notés. Les brefs deviennent parfois il ou ul plutôt que li, comme dans le préfixe il- (ul-) dénotant « l’opposé, l’inversion, i.e. plus qu’une simple négation », « confondu avec ul- < √ul […] parce que, dérivant de , il donnait ul- devant m, b, w, etc. » — comparer avec l’entrée du GL pour ulm « jarre, bonbonne », qui comprenait à l’origine la forme étymologique ḷm (ultérieurement biffée), un autre exemple de > ul- devant m comme affirmé dans l’entrée de il- (ul-). Les brefs derrière une labiovélaire semblent devenir ur plutôt que ri, ainsi de curdhu « péché, perversité, mal » < qṛđ (le QL a QṚŘṚ, d’où qarda « mauvais »), et gurth « #mort » < ngwṛþ- (s.v. Gurtholfin ; le QL a GWṚĐR « mourir », d’où le q. urdu « mort »). Les sonantes et restaient parfois inchangées en position finale d’un mot, e.g. aithl « une source » < ektḷ, ethl(in) « lierre » < etḷ- et idhr (indr, inr) « long, une longue période » (av.) < ṇdr. Mais comparer avec le développement du final > li dans bothli « four » < mbāsḷ, comme du final > -il, -l dans Danigwethil, Danigwethl « la grande montagne de Valinor » (avec -thḷ < -tḷ).
40) Tolkien lui-même utilise le terme « apophonie apparente » pour décrire ces formes dans « The Qenya Verb Forms », quatre feuilles volantes détaillant la conjugaison des verbes en qenya glissées dans la page de couverture du « Qenya Lexicon ». Une note sur le suffixe passé –e dans la table intitulée « Terminaisons » affirme que « en plus de ces terminaisons ce temps se distingue par (1) renforcement en -n-, (2) accroissement de la longueur vocalique, (3) apophonie “apparente” ou (4) suffixe entre le radical et la terminaison »
Version originale : « in addition to the endings this tense is distinguished by (1) -n- strengthening, or (2) vowel-length strengthening, or (3) ‘apparent’ ablaut, or (4) suffix between stem and ending » ; PE 14, p. 31.
L’apophonie qualitative en qenya (et en goldogrin) est « apparente » seulement du fait qu’il s’agit du résultat d’un développement phonologique divergent des formes brèves et longues de la même voyelle originelle dans les langues ultérieures ; tandis que dans les langues indo-européennes, l’apophonie qualitative concernait une substitution véritable d’une voyelle pour une autre. Le proto-indo-européen fait aussi usage d’apophonie quantitative, se fondant sur des alternances de longueur vocalique. La série d’apophonies qualitatives la plus proéminente en indo-européen était e / o / ø, comme on peut le voir en grec : peíth-ō « je persuade » (e), pé-poith-a « j’ai confiance en » (o), é-pith-on « j’ai persuadé » (ø). (L’anglais moderne possède de nombreuses formes verbales résultant de ce processus, comme sing « chante » / sang « chantai » / sung « ai chanté »). Le grec propose aussi un exemple d’apophonie quantitative dans la déclinaison du mot pour « père » : nom. patēr (ē), acc. patéra (e), gén. patrós (ø). (Ces exemples sont tirés d’An Introduction to the Indo-European Languages, de Philip Baldi.)
41) N.d.T. : On peut toutefois faire l’hypothèse que Tolkien ait voulu distinguer les formes non attestées des formes archaïques dont on aurait gardé trace. On notera à ce propos que les formes du GL précédées d’un astérisque sont généralement dans des entrées indépendantes accompagnées d’une glose, qui indiquent le mot de base d’un groupe, sans suggérer que le mot en question est une reconstruction. L’utilisation d’un astérisque suivant le mot pourrait donc plus spécifiquement dénoter les reconstructions effectuées par les maîtres du savoir des langues.
42) Le GL ne donne pas les prétérits des apophonies originelles de crib- (< *kṛp-) et drib- (< nṛq-), mais il est possible de reconstruire ceux-ci comme étant *carpi et *narcwi, respectivement.
43) PE 13, p. 129
44) PE 13, p. 130
45) PE 11, p. 38
46) PE 11, p. 37
 
langues/langues_elfiques/goldogrin/passe_goldogrin.txt · Dernière modification: 28/08/2013 19:09 par Elendil
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