Les tengwar : le Quanta Sarmë

 Trois Anneaux
Damien Bador — Mai 2011
Articles de synthèse : Ces articles permettent d’avoir une vue d’ensemble du thème traité mais ils nécessitent une bonne connaissance des principales œuvres de J.R.R. Tolkien.
L’interprétation qui voudrait faire de certains textes en tengwar présents dans le Parma Eldalamberon no 18 des représentations du mode d’écriture quanta sarmë auquel il est fait allusion dans le Vinyar Tengwar no 39, p. 8, n’est pas unanimement partagée. Il convient donc d’exprimer un caveat à ce sujet. J’espère néanmoins montrer de manière suffisamment convaincante qu’il s’agit de l’hypothèse la plus logique à la lecture des textes linguistiques de Tolkien publiés à ce jour. Évidemment, cela ne préjuge pas du fait que de nouvelles publications puissent remettre en question le raisonnement qui suit.

Introduction

Les modes des tengwar peuvent être divisés en deux grandes catégories : les modes avec tehtar, ou signes diacritiques vocaliques, et les « modes pleins », où consonnes et voyelles sont semblablement représentées par des tengwar. Dans le Seigneur des Anneaux, l’inscription de l’Anneau Unique (SdA, Livre I, chap. 2 : DTS 7) est un exemple de mode avec tehtar, tandis que celle des Portes occidentales de la Moria (SdA, Livre II, chap. 4 : DTS 8) est rédigée dans un mode plein. Tous les modes ne conviennent pas à n’importe quelle langue et ne sont pas connus dans la même mesure, car Tolkien ne les décrivit pas de manière systématique. La compréhension qu’on a d’un mode dépend donc du nombre d’échantillons attestés pour celui-ci. Parmi les modes d’écriture des Hauts-Elfes, le plus mystérieux a longtemps été le quanta sarmë, pour lequel nous ne disposions que d’une seule allusion dans un texte linguistique et d’aucun exemple. La seule mention explicite du quanta sarmë se trouve dans un texte du VT 39 intitulé « From Quendi and Eldar, Appendix D » :

« Feanor devisa en fait “pour les Maîtres du Savoir” des lettres individuelles différentes pour les voyelles, distinctes des tehtar. Ce quanta sarme ou “écriture pleine” était en effet surtout utilisé par les Maîtres du Savoir dans des buts spécifiques, jusqu’à ce qu’en Terre du Milieu les lettres feanoriennes soient appliquées à d’autres langues, comme le sindarin, pour lequel la méthode diacritique était peu pratique pour indiquer les voyelles. »1)

Le quanta sarmë est donc un mode d’écriture fëanorienne dans lequel consonnes comme voyelles sont représentées par des lettres indépendantes, c’est-à-dire des tengwar. Il était destiné à l’usage des Maîtres du Savoir. De fait, le seul exemple de quanta sarmë dont nous disposions décrit les sons du quendien primitif. Chose importante, il convient de distinguer le quanta sarmë d’un autre concept linguistique : les quante tengwi ou « signes pleins ». Suivant une ancienne théorie linguistique des Eldar plus tard réfutée par Fëanor, les tengwi de base des langues elfiques, qui étaient alors considérées comme des phonèmes, étaient constituées de « chacune des consonnes de base réelles ou hypothétiques suivie par une des voyelles de base qui […] la “coloraient”. »2) Ce groupe consonne + voyelle était nommé un #quanta tengwë. De fait, l’invention du mode d’écriture quanta sarmë constitue une réaction vis-à-vis de cette théorie erronée, puisque Fëanor estimait que « les voyelles étaient chacune des tengwi, ou éléments de construction des mots, indépendants… »3)

Les Elfes à Cuiviénen (© Ted Nasmith)

Bien que quanta sarmë signifie « écriture pleine », ce terme ne désigne pas l’ensemble des modes pleins des tengwar4). Le Mode de Beleriand, employé pour les Portes de la Moria, est certainement le plus connu d’entre eux. Il en existe plusieurs variantes, qui sont discutées dans l’article que Måns Björkman consacra à ce sujet. Il existe aussi un mode plein souvent appelé « Convention westronne », que Tolkien utilisa principalement pour des textes en anglais, quoique les deux premières versions en sindarin de la Lettre du Roi5) suivent aussi cette méthode. Les manuscrits de Tolkien contiennent en outre diverses versions des tengwar antérieures à la recension définitive faite dans l’Appendice E du SdA. Hormis les tengwar présents dans le manuscrit des « Étymologies », auxquels Arden Smith a consacré un article, on connaît encore assez mal les premières étapes d’élaboration de l’alphabet fëanorien. Le commentaire éditorial sur l’échantillon R25 des sarati mentionne un « mode plein » des tengwar remontant à la seconde moitié des années 1930, mais ne donne aucune précision à son propos6). Il convient toutefois d’éviter l’emploi du terme quanta sarmë pour de tels modes. En effet, les échantillons des premières versions de l’alphabet fëanorien qui ont été publiés jusqu’à présent ne sont pas vraiment compatibles avec la version finale des tengwar telle que Tolkien la décrit dans l’Appendice E du SdA.

Le PE 18 lui-même contient deux modes différents des tengwar, dont l’un est employé pour une série de titres en quenya7) et l’autre sert principalement à représenter les sons du quendien primitif. Bien que le premier de ces modes emploie des tengwar pour représenter les voyelles o et u, il ne saurait être considéré comme un mode plein au sens propre. Le e comme le i sont représentés par des diacritiques juchés sur des porteurs courts, tandis que le a est systématiquement omis (conformément aux règles qui permettent de le faire ; cf. SdA, App. E, n. 10) On peut aussi noter qu’un w suivant une consonne est généralement représenté par un diacritique inspiré du signe pour u dans le Mode classique des tengwar8). Le fait que ce mode d’écriture du quenya soit utilisé dans un manuscrit censément rédigé par Ælfwine lors de son séjour à Tol Eressëa9) pourrait suggérer que Tolkien voulait représenter là une méthode d’écriture plus tardive ou même un solécisme du rédacteur supposé10).

Les trois seules attestations vraisemblables du quanta sarmë sont donc deux tableaux publiés aux pages 30 et 32 du PE 18 et un mot présenté dans l’introduction de ce même recueil, en page 10. Les tableaux représentent respectivement les consonnes et les voyelles du quendien primitif. Ils ne précisent pas explicitement que le mode dans lequel ils sont rédigés est le quanta sarmë. Cependant, le second d’entre eux indique que « [l]a notation qenderine et sa transcription utilisée ici ne sont employées que dans des traités grammaticaux », ce qui recoupe le texte du VT 39, lequel fait du quanta sarmë l’apanage des Maîtres du Savoir. Il semblerait en fait que ce mode ait été l’équivalent fëanorien de l’Alphabet Phonétique International (API) ou des systèmes de représentation phonétique qui l’ont précédé, lesquels furent élaborés pour les besoins de la philologie comparative. Le fait que ces deux tableaux traitent de la vision qu’avaient les Ñoldor de l’elfique primitif est ainsi une confirmation en soi. Le manuscrit intermédiaire de « Quendi & Eldar » ajoute d’ailleurs que le quanta sarmë servait à « coucher sur le papier des propos qui étaient jusqu’ici restés oraux »11). C’était justement la tâche des Lambeñgolmor d’étudier les formes des mots elfiques antérieures à l’invention de l’écriture. Le quanta sarmë, par son absence d’ambiguïté, était particulièrement approprié pour en donner la représentation phonétique la plus exacte possible.

Ólamar (consonnes)

Le tableau synthétique des consonnes12) de l’elfique primitif du PE 18, p. 30, indique l’usage qui est fait des tengwar dans la version du quanta sarmë employée pour l’elfique primitif. Bien que Rúmil n’ait dénombré que vingt-deux consonnes simples pour la langue elfique primitive, il est possible de déduire un certain nombre de consonnes supplémentaires. Le tableau suivant reprend l’ordonnancement élaboré par Rúmil, en l’adaptant le cas échéant :

Tyeller
Grades
[p.]
parmatéma

série du p

[t.]
tinkotéma

série du t

[k.]
kalmatéma

série du k

Puntar
occlusives.
1. Alómear
sourdes.

p

t

k
2.
fricatives sourdes.

ph, φ

th, θ

kh, χ
3. Alómea na-súrimar
aspirées sourdes.

ph

th

kh
4. Ómaisi
voisées.

b

d

g
5.
fricatives voisées.

v, ƀ

dh, ð

gh, ɣ
6. Ómaisë na-súrimar
aspirées voisées.

bh

dh

gh
Vórear
continues.
7. Nengwear
nasales.

m

n

ŋ
8. Milyar ou Perómandar
palatalisées ou semi-vocaliques.
sonantes.

v

,

r, l

, ,

y ou ı̯, j ou ʒ , w ou
9. Suryar
spirantes.

s

Les tengwar des cellules grisées ne sont pas directement attestés, mais les sons qu’ils représentent peuvent être reconstruits à partir des autres modes dont nous avons connaissance (se reporter aux notes ci-dessous).

Consonnes additionnelles

A la suite de ce tableau sont mentionnées trois consonnes supplémentaires, qui constituaient de simples allophones des consonnes de base, apparaissant dans certains environnements13). Elles n’étaient donc pas comprises dans le tableau primaire de l’elfique primitif et étaient représentées par des modifications des signes de base, plutôt que par un grade additionnel. Seuls deux de ces signes sont attestés, mais là encore il est possible de déduire la forme du troisième grâce aux autres modes connus (se reporter aux notes pour plus de détails).

Consonnes additionnelles

ch, ʃ

h, ç

z

Notes

, , : Dans le tableau des sons de l’elfique primitif, ces trois lettres sont indiquées être des aspirées sourdes, mais les transcriptions de ces caractères en feraient plutôt des fricatives sourdes. On sait par ailleurs que les occlusives aspirées sourdes de l’elfique primitif se transformèrent rapidement en fricatives bilabiales14). Un tableau complet du quanta sarmë doit plutôt considérer les caractères , , comme des fricatives, ce qui correspond d’ailleurs à leur valeur dans le Mode classique des tengwar. L’Appendice E du SdA indique en effet que les aspirées étaient représentées par des tengwar dotés d’une queue étendue (voir ci-dessous).

, , : Ces caractères ne sont représentés nulle part dans les écrits publiés de Tolkien, mais l’Appendice E du SdA indique que « [l]e système fëanorien possédait aussi un grade avec des queues étendues, tant au-dessus qu’en dessous de la ligne. Ceux-ci représentaient habituellement les consonnes aspirées (e.g. t+h, p+h, k+h) ». Il est ajouté que ces lettres étaient fréquemment usitées comme variantes des tengwar dotés d’une hampe. Il est donc logique de faire de ces signes les représentations des aspirées lorsqu’on souhaite différentier celles-ci des fricatives.

: Ce caractère ne figure pas dans le tableau de Rúmil, mais est néanmoins attesté dans l’introduction du PE 18, p. 10, où Christopher Gilson signale que le mot « valarin » figure sur une page placée devant la première version de la « Tengwesta Qenderinwa ». Il doit cependant s’agir d’une fricative voisée bilabiale plutôt que labiodentale, car la consonne sourde correspondante était originellement bilabiale en quenya15). Ce son ne correspond donc pas tout à fait au v classique du français.

, : Le fait que soit attesté corrobore l’existence d’un tyellë pour les fricatives voisées16). Étant donné que ces sons n’existaient pas en elfique primitif, il est logique qu’ils n’aient pas été représentés dans le tableau de Rúmil. Toutefois, leur présence en valarin et en sindarin rend nécessaire leur inclusion dans un tableau complet du quanta sarmë.

, , : Selon l’Appendice E du SdA, ces caractères étaient respectivement des variantes de , , et devaient correspondre aux aspirées voisées. Bien que ces sons ne soient guère utiles pour les langues elfiques, ils devaient certainement être employés pour représenter certains mots valarins, comme mirubhōzē-17).

: Comme l’indique une note de Tolkien publiée dans le PE 13, p. 88, ce signe, comme d’autres tengwar du tableau principal, avait été adapté par Fëanor à partir de l’alphabet de Rúmil. Il dérivait du sarat représentant le y consonantique, nommé ya.

: Si le son correspondant à ce signe est bel et bien décrit, sa transcription en tengwar ne l’est pas. Le PE 18, p. 30, indique qu’il s’agit de la forme sourde de [ʒ], soit [ʃ], le ich-Laut allemand. Or l’Appendice E du SdA indique que « était à l’origine une variation représentant une variété (plus faible) » de , lequel correspondait initialement au ach-Laut. Le son [ʃ] devrait donc s’écrire en quanta sarmë.

: Dans l’Appendice E du SdA, ce signe est dit représenter les h aspirés originaux, ce qui correspond visiblement au même son que celui qui est attribué à ce signe en PE 18, p. 30 : « [h] un [χ] faible ». Ce signe était dérivé du sarat nommé ha18).

: Une note de l’Appendice E du SdA indique que ce caractère était à l’origine une modification de . Cela pourrait avoir influencé son utilisation dans le Mode classique, où il représente un r roulé plutôt qu’un z, comme dans le cas présent. Le signe fut probablement inventé pour pallier ce défaut et rétablir un lien visuel entre les sons s et z, qui étaient des allophones en elfique primitif et en quenya vanyarin.

Ómandi (voyelles)

Le tableau suivant du PE 18, en page 32, indique comment sont représentées les voyelles de l’elfique primitif en quanta sarmë. Contrairement au tableau des consonnes, il ne semble pas que le quanta sarmë ait comporté des signes vocaliques supplémentaires (voir notamment la section sur les influences du « quanta sarmë »). La représentation des voyelles présentée ici est très différente des autres modes attestés et constitue la particularité principale du quanta sarmë. C’est le seul mode à proposer des signes spécifiques pour les sons ǣ et ǭ, qui disparurent de toutes les descendants connus de l’elfique primitif, mais étaient néanmoins employés en valarin19).

Sintar
voyelles brèves.

i

e

a

o

u
Andar
voyelles longues

ī

ē
ǣ

ǣ

ā

ǭ

ō

ū
Okamnar
diphtongues.

ei

ai

oi

ui

iu

eu

au

ou

La plupart des signes de ce tableau n’ont pas d’équivalents dans le Mode classique. Les similarités et différences notables sont discutées dans les notes ci-dessous.

Notes

, : Contrairement au mode classique, où les porteurs n’ont pas de valeur propre, le quanta sarmë représente les voyelles par des tengwar à part entière. Les diacritiques servent uniquement à noter la longueur vocalique et à représenter les diphtongues. Dans ce mode, représente i et e. De ce fait, possède la valeur ē dans le Mode classique comme en quanta sarmë, mais il n’en va pas de même pour . Dans le premier cas, il représente e et dans le second ī.

ǣ, : Les deux voyelles longues ǣ et ǭ avaient déjà été présentées dans le VT 39, p. 9–10. Il était expliqué qu’elles étaient seulement attestées dans la branche vanya-ñoldorine de l’elfique, en tant que descendantes des diphtongues a͡e et a͡o. Ces sons devinrent respectivement ē et ō en quenya classique, ce qu’on appela « les e et o de Fëanor ».

: Vu que représente ici u et pas seulement le second élément d’une diphtongue en –u comme dans le Mode classique, est la lettre unitaire ū. Dans le Mode classique, ce signe correspond en revanche à la diphtongue eu, relativement rare.

Andar (voyelles longues)

Les voyelles longues ā, ē, ī, ō, ū, directement dérivées des voyelles brèves, se distinguent visuellement de ces dernières grâce à d’un signe diacritique qui prend la forme d’un accent aigu, comme pour le Mode de Beleriand. Il est intéressant de remarquer que l’Appendice E du SdA fait allusion à cette méthode de représentation de la longueur vocalique dans une discussion sur la manière de représenter les langues elfiques au moyen de l’alphabet latin : « Les voyelles longues sont habituellement marquées par un “accent aigu”, comme dans certaines variétés de l’écriture fëanorienne. »20)

Okamnar (diphtongues)

« Quanta sarmë » et Mode classique
Les diphtongues sont aussi marquées de façon similaire à celles du Mode de Beleriand (décrit dans le SdA, App. E) et du mode quenya attesté dans le PE 18 : celles en –i sont indiquées par un tréma au-dessus de la voyelle, tandis que celles en –u le sont au moyen d’un diacritique proche du signe pour u dans le Mode classique. Contrairement au Mode classique, la présente méthode évite d’inverser le sens de lecture pour les diphtongues.

Utilisation et influences du quanta sarmë

La structure du quanta sarmë permet de mieux comprendre la genèse des autres modes d’écriture des tengwar employés en Terre du Milieu. On constate que le Mode de Beleriand partage de nombreux points communs avec celui-ci : les trois témar correspondent et parmi les consonnes, seuls les tyeller des nengwear et des milyar sont altérés. Vu que le tengwa sert à représenter le son r, les deux premiers milyar se voient attribuer d’autres valeurs afin d’assigner un tengwa spécifique aux groupes nn et mm, très fréquents en sindarin. Les voyelles du Mode de Beleriand s’inspirent aussi très visiblement de celles du quanta sarmë. Les signes servant à représenter a, i et u sont identiques. La lettre , qui sert à représenter o, pourrait être une déformation du signe correspondant en quanta sarmë, . En revanche, la voyelle y utilise , qui n’est pas attesté en quanta sarmë. Cela laisse libre pour le e, qui est un signe plus distinctif que le porteur long. Comme on l’a noté, les diphtongues communes aux deux modes s’écrivent de la même manière. Il est d’ailleurs intéressant de noter que les diphtongues en –e, spécifiques au sindarin, s’écrivent au moyen de deux signes, probablement parce qu’elles n’étaient pas attestées en quanta sarmë. En revanche, l’Usage général s’écarte des conventions du quanta sarmë en transférant les valeurs du kalmatéma au quessetéma. Cela découle vraisemblablement du fait que ce mode servait aussi à représenter des langues dotées d’une phonologie assez éloignée des langues elfiques, comme l’adûnaïque ou le westron.

Reste encore à mentionner le cas des Vanyar. Il semble que ces derniers aient continué à utiliser les sarati après que Fëanor inventa les tengwar21), ce qui peut sans doute s’expliquer par le fait que le nouvel alphabet fut élaboré longtemps après leur départ de Tirion22). Pourtant, les manuscrits de Tolkien ne semblent pas exclure que les Vanyar aient aussi pu utiliser les tengwar par la suite. De plus, s’il arrivait aux Lambeñgolmor ñoldorins d’écrire des textes en vanyarin ou de citer certaines formes de ce dialecte, il ne fait guère de doute qu’ils aient utilisé les tengwar de Fëanor pour ce faire23). Le quanta sarmë se révèle ici d’une grande aide. La dentale voisée d était susceptible d’apparaître en position intervocalique dans les noms composés vanyarins, comme en témoigne la complainte de l’Aldudénië rédigée par la Vanya Elemmírë24). Il en allait peut-être de même pour les autres ómaisi. Le Mode classique des tengwar n’étant pas capable de distinguer les dentales voisées de leurs équivalents nasalisés, l’emploi du quanta sarmë était sans doute la manière la plus simple de représenter ces noms. En effet, l’emploi de l’Usage général aurait prêté à confusion, puisqu’il n’est pas aisé de le distinguer visuellement du Mode classique.

Exemple

On peut retranscrire les questions qui suivent au moyen du quanta sarmë :



« Manen lambë Quendion ahyanë
« Mana i·coimas Eldaron »

— Deux éléments du savoir de Pengoloð (Voir le « Dangweth Pengoloð » en PM, p. 395)

Voir aussi sur Tolkiendil

1) Version originale : « Feanor actually devised “for the Loremasters” separate independent letters for the vowels, distinct from the tehtar. This quanta sarme or “full writing” was indeed mainly used by the Loremasters for special purposes, until later in Middle-earth the Feanorian letters were applied to other languages, such as Sindarin, in which the diacritic method of indicating vowels was inconvenient. » VT 39, p. 8.
Le mot quanta est glosé par « rempli, plein » en PE 17, p. 68. Le nom quantemma ou quanta emma signifie « un “fac-similé”, une reproduction visuelle complète et détaillée (par n’importe quel moyen) d’une chose visible » ; cf. PE 17, p. 179.
2) VT 39, p. 5
3) VT 39, p. 8
4) Souvenons-nous au passage que quenya signifie « langue, parler ».
5) AI no 199, p. 202 : DTS 45 ; SD, p. 130 : DTS 48
6) Voir le fac-similé des sarati qui figurent sur la même page en PE 13, p. 88 et le commentaire lui-même, p. 89.
7) PE 18, p. 7, 8, 22, 69–70
8) Toutefois, ce dernier point n’a pas d’influence sur la qualification « écriture pleine », puisque c’était une possibilité qu’offrait aussi le Mode de Beleriand, comme l’indique l’Appendice E du SdA.
9) Voir notamment le PE 18, p. 23 n. 3, 25 n. 15, 71–72, 75.
10) On peut comparer avec les commentaires de Tolkien sur l’écriture d’Ori dans le Livre de Mazarbul en PM, p. 298.
11) VT 39, p. 19 n. 15
12) Les écrits de Tolkien contiennent différents noms quenyarins pour les consonnes, les voyelles et les diphtongues. On peut noter entre autres les termes ñáva-tengwi ou ñávear « consonnes », óma-tengwi ou ómear « voyelles » et ohloni « diphtongues », qui apparaissent dans la version révisée de l’Appendice D de « Quendi & Eldar ». Faute de connaître la chronologie comparée de « Quendi & Eldar » et de la « Tengwesta Qenderinwa », il a paru préférable de conserver ici les termes employés avec les tableaux représentant les signes du quanta sarmë.
13) PE 18, p. 30
14) PE 19, p. 27, 32
15) VT 41, p. 7–8
16) L’asymétrie du tableau de Rúmil et le fait que ce tyellë sert justement à représenter les fricatives voisées dans l’Usage général et le Mode de Beleriand sont d’autres indices en faveur de cette attribution.
17) WJ, p. 399
18) PE 13, p. 88
19) Voir notamment le nom Arǭmēz « Oromë » en WJ, p. 400, ainsi que le tableau des développements phonologiques des voyelles de l’elfique en PE 19, p. 25.
20) Version originale : « Long vowels are usually marked with the ‘acute accent’, as in some varieties of Fëanorian script. »
21) , 23) TI, p. 453
22) Se reporter à la chronologie publiée en MR, p. 87, 92.
24) Silm., chap. 8 ; MR, p. 166
 
langues/ecritures/tengwar/quanta_sarme.txt · Dernière modification: 28/08/2013 17:57 par Elendil
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