J.R.R. Tolkien, une biographie

Irène de Los Santos - 1998
Notes de lecture : En tant que présentations ou compilations, ces articles sont les plus accessibles à tous les lecteurs. Aucune connaissance sur J.R.R. Tolkien n'est requise.

Bien entendu, il ne s'agit ici que d'une courte biographie, destinée uniquement à donner les grandes lignes de la vie de Tolkien. Je ne saurai trop vous conseiller de lire l'excellente biographie écrite par Humphrey Carpenter (J.R.R. Tolkien, Une biographie, traduit chez Christian Bourgois Éditeur et disponible en livre de poche chez Presses Pocket) sur laquelle je me suis largement basée.

Petite enfance

John Ronald Reuel Tolkien est né le 3 janvier 1892 à Bloemfontein, capitale de l'état libre d'Orange, en Afrique du Sud. Sa mère, Mabel Suffield, est issue d'une famille de commerçants des Midlands qui a fait faillite, quant à son père, Arthur Tolkien, sa famille est d'origine allemande, mais parfaitement assimilée à l'Angleterre ; le père d'Arthur a fait faillite dans le commerce de piano et celui-ci gagne sa vie comme employé de banque. C'est pour gagner de l'argent plus rapidement qu'Arthur est parti en Afrique du Sud en 1888, Mabel l'a rejoint pour se marier avec lui en 1891. En 1894 naît Hilary Arthur Reuel, le frère de John. Le 15 février 1896, alors que sa femme et ses enfants sont à Birmingham chez la famille de Mabel, Arthur Tolkien meurt d'une hémorragie.

Le jeune Ronald (c'est par ce prénom qu'on l'appelle dans sa famille) passe l'année chez ses grands-parents maternels qu'il apprécie beaucoup (il écrira : « Bien que Tolkien par le nom, je suis un Suffield par mes goûts, mes talents et mon éducation »).

Retour en Angleterre

En été 1896, Mabel trouve un petit pavillon de campagne à Sarehole, au sud de Birmingham. Elle et les enfants y restent 4 ans. L'endroit est idyllique et c'est ici que Ronald apprend à aimer la nature, les arbres en particulier. Sa mère s'occupe de son éducation : il sait lire à 4 ans et se montre très doué en langue (il préfère le latin au français à cause de la sonorité), en botanique et en dessin. A sept ans il écrit sa première histoire (une histoire de dragons !). En juin 1900 sa mère se convertit au catholicisme, ce qui crée de graves dissensions avec sa famille. En septembre Ronald est admis au collège King Edward, et pour réduire le trajet, ils déménagent dans la banlieue de Birmingham, à Moseley. Le coin est sinistre, mais il découvre par hasard le gallois, langue qui le passionnera, en lisant les inscriptions sur les wagons qui passent près de la maison.

En 1902 ils déménagent à Edgbaston, une autre banlieue de Birmingham, les enfants entrent à St Philip, un collège catholique où les droits sont moins élevés qu'à King Edward. Mais l'éducation est d'un niveau trop faible et Ronald retourne à King Edward l'année suivante. C'est aussi en 1902 qu'ils font la connaissance du Père Francis Morgan, un prêtre catholique qui devint l'ami de la famille. En 1903, Ronald apprend le grec, découvre Shakespeare (qu'il déteste) et le moyen anglais (qui le fascine). En 1904, Mabel apprend qu'elle a du diabète. La maison ferme et ils passent l'été tous ensemble à Rednal, dans un hameau de campagne. Mais en novembre, Mabel tombe dans le coma et meurt 6 jours après.

Le Père Francis Morgan

Le Père Francis devient tuteur des 2 enfants. En 1905 ils vont habiter chez une tante. Ronald s'intéresse beaucoup à l'étude des langues, découvrant le gothique, et bientôt inventant des langages personnels. Chez des voisins, Ronald fait la connaissance d'Edith Bratt, qui plus tard deviendra sa femme. Ronald se lie d'amitié avec Edith, orpheline comme lui (en fait elle était illégitime), et en 1909 ils se déclarent leur flamme, il a 17 ans et elle 20. Mais le père Francis s'aperçoit de leur amour et s'y oppose, craignant pour l'avenir du garçon : dans le même temps Ronald échoue aux examens de bourse pour Oxford. En janvier 1910, Ronald et son frère doivent déménager, surtout pour éloigner Edith de Ronald. Mais les deux jeunes gens se voient toujours, et le père Francis interdit à Ronald toute communication avec la jeune fille. En décembre Ronald obtient une bourse pour le collège d'Exeter, à Oxford.

Oxford

Aussitôt à l'université, le jeune Tolkien semble tourner la page, et oublier Edith. Sa vie est pendant ces années partagée entre le travail et les activités estudiantines : sport, journaux étudiants et surtout les clubs et associations. Ceux-ci formeront pendant des années une grande part de la vie sociale de Tolkien. Avec Wiseman et Robert Quilter Gilson, il forme le T.C.B.S. (Tea Club Barrovian Society), né de soirées passées à prendre le thé et discuter à la bibliothèque King Edward.

En 1911 il découvre le Kalevala, recueil de poèmes de la mythologie nordique, qui lui inspirera entre autres la Geste des Enfants de Húrin. En été 1911, il fait un voyage en Suisse avec son frère et après il rentre à Oxford où il s'investit totalement : il fait du rugby, fait partie du club de l'essai, de la société dialectique, du Stapelton, et fonde le Club des Apolaustiques. Il fait la connaissance de Joseph Wright, professeur de philologie comparée. Il lit aussi le Kalevala en version originale et est époustouflé : « Ce fut comme de découvrir une cave pleine de bouteilles d'un vin extraordinaire et d'un goût jusqu'alors inconnu. J'en devins passablement ivre. » Le finnois a beaucoup influencé les langages qu'il commence à créer, le quenya par exemple. C'est aussi à propos des poèmes du Kalevala qu'il dit : « J'aimerais qu'il nous en reste plus - de ce qui était de cet ordre et qui appartenait aux anglais. »

Retrouvailles et premiers poèmes

Mais il n'a pas oublié Edith…

En 1913, le moment tant attendu arrive : il a 21 ans et peut donc de nouveau voir Edith. Il lui écrit une lettre, mais elle lui répond qu'elle vient de se fiancer, désespérant d'avoir de ses nouvelles. Il part donc la rejoindre, la convaincre de quitter le pauvre George Field, et se fiance avec elle. Il passe en deuxième année et se dirige vers la littérature anglaise, dans la section des philologues et des médiévistes. Il passe l'été en France comme guide d'un groupe de Mexicains, voyage qui lui laissera un très mauvais souvenir : outre un accident malheureux (un des voyageurs décède), une visite à Dinard, alors qu'il se réjouissait de voir la Bretagne, ainsi que la mentalité de certains parisiens, le confirment dans sa gallophobie.

En janvier 1914, Edith est reçue dans l'Église catholique (un peu à contrecœur) et ils se fiancent officiellement. En été il visite les Cornouailles, où il est stupéfié par la beauté de la mer, il en tire Le Voyage d'Eärendel, poème qui sera beaucoup retouché pour devenir la base du Silmarillion. Mais la guerre arrive et il reste à Oxford pour passer son diplôme, il commence l'adaptation d'un poème du Kalevala : l'histoire de Kullervo, qui deviendra plus tard le Narn i Chîn Húrin, l'histoire de Túrin Turambar. Après une réunion du T.C.B.S. à la fin de 1914, il décide qu'il sera poète. En été 1915, il est reçu dans la première classe pour son dernier examen et est enrôlé dans les fusiliers du Lancashire.

La guerre

Le 22 mars 1916 Edith et Ronald se marient à Warwick, et en juin, Ronald part en France, au front dans la Somme. Il connaît l'horreur des tranchées, qui lui enlève deux de ses amis très chers du T.C.B.S. : Bob Gilson et G.B. Smith. En novembre, il attrape ce qu'on appelle la fièvre des tranchées et doit retourner en Angleterre. C'est durant sa convalescence, début 1917, qu'il commence Le Livre des Contes perdus, la première histoire étant La Chute de Gondolin. Les langages qu'il crée (le quenya et le noldorin) sont déjà très complexes et il y retravaille, de même qu'il élabore des arbres généalogiques pour ses héros. Dans Le Livre des Contes perdus viennent s'ajouter la Geste des Enfants de Húrin et le conte de Beren et Lúthien. En novembre 1917 naît John, son fils. Il passe la fin de la guerre en Angleterre, et à l'armistice la famille Tolkien vient emménager à Oxford.

Premiers travaux

Ronald travaille à l'élaboration du Nouveau Dictionnaire où ses collègues admirent son travail, sa maîtrise de l'anglo-saxon et des langues germaniques. En 1919 il donne des cours privés et loue une petite maison. En 1920 ses cours lui rapportent assez d'argent et il quitte l'équipe du Dictionnaire. Il obtient un poste de lecteur à l'Université de Leeds, où la grisaille industrielle contraste avec Oxford. Son deuxième fils, Michael Hilary Reuel, naît en octobre. Fin 1921, sa femme et ses enfants viennent le rejoindre à Leeds.

Il collabore à l'établissement d'un lexique anglo-saxon avec des collègues de Leeds. Un nouveau lecteur arrive en 1922 : E.V. Gordon. Avec lui, Tolkien travaille à une nouvelle édition du poème en moyen anglais Sire Gauvain et le Chevalier Vert. Mais ils sont en plus de bons amis, ils fondent un club viking avec des étudiants, ce qui les rend très populaires. Tolkien écrit aussi quelques poèmes entre les copies d'examen à corriger. En mai 1923 il attrape une pneumonie, ce qui ne l'empêche pas de pratiquement finir Le Livre des Contes Perdus, qu'il rebaptise Silmarillion. En 1924 il est nommé professeur d'anglais, à 32 ans, c'est à dire très jeune, tandis que naît son troisième fils, Christopher. En été 1925, il est élu professeur d'anglo-saxon à Oxford.

Retour à Oxford

De retour à Oxford, il fait la connaissance de C.S. Lewis, que ses amis appellent Jack, en mai 1926. Tolkien fonde les Coalbiters (« mange-braises », nom que les Islandais anciens donnaient aux taciturnes assis devant le feu) pour donner une place plus importante à l'islandais dans le programme des étudiants en langues. En 1929 naît la première fille, Priscilla. En 1930 les Tolkien déménagent dans une maison un peu plus confortable, au 20 Northmoor Road.

C'est à peu près à cette époque que Tolkien commence à écrire Bilbo le Hobbit, né des histoires qu'il racontait à ses enfants. Au début des années 30 se forment les Inklings, un groupe d'amis chrétiens dont la plupart s'intéressaient à la littérature. Les Inklings (« soupçons », en anglais, avec un jeu de mot sur ink, « encre ») étaient composés de Lewis, Tolkien, du frère de Lewis, R.E. Harvard, Owen Barfield et d'Hugo Dyson. Ils prirent une grande importance dans la vie de Tolkien, tant il aimait se réunir avec un groupe d'amis autour d'une pipe pour lire et discuter. Tolkien participe aussi à de divers travaux littéraires et linguistiques, en particulier une édition du long poème épique en moyen anglais Beowulf, et des articles sur l'histoire de la langue anglaise.

Le Hobbit

The Hobbit est publié en automne 1937 par Allen & Unwin, c'est un très grand succès et Stanley Unwin lui demande une suite. Tolkien tient absolument à faire publier Le Silmarillion, mais Stanley lui fait comprendre que ce n'est pas ce que les gens attendent. Fin 1937, Tolkien commence donc à écrire une suite à Bilbo le Hobbit, qui deviendra Le Seigneur des Anneaux. Le récit subira de très nombreuses transformations avant d'être édité. Tolkien commence là un livre d'un nouveau genre, alliant étroitement la « grandeur » mythologique du Silmarillion avec l'humour et l'esprit plus « grand public » du Hobbit. En 1939 il donne une conférence à l'Université de St Andrews en l'honneur d'Andrew Lang sur les Contes de Fées, conférence où il évoque sa démarche d'écrivain et de créateur : faire une « Seconde création », qui enrichisse et embellisse le monde réel.

Le Seigneur des Anneaux

Tolkien mettra quinze ans à écrire ce livre, avec de nombreux à-coups, des arrêts dus au manque de temps (pendant la guerre s'ajoutent à ses tâches ordinaires des cours d'anglais aux jeunes recrues de l'armée, ainsi que la participation à l'effort de guerre : veilles de la défense passive, élevage de poules…) mais aussi au découragement. Le départ en Afrique du Sud de son fils préféré, Christopher, pour l'entraînement dans l'aviation, fut difficile à vivre. Mais Tolkien lui écrit tous les jours, lui envoyant au fur et à mesure les chapitres du Seigneur des Anneaux. Cela lui donne une nouvelle énergie pour l'écriture de son livre.

En 1949, il finit le premier jet de son texte. Suivent plusieurs années consacrées à réviser puis à dactylographier le texte (avec deux doigts !). Une querelle avec son éditeur, Allen & Unwin, retarde encore la publication. Tolkien aurait voulu publier d'abord Le Silmarillion (encore inachevé), et se méfiait de son éditeur, qui l'avait déjà une fois rejeté. Mais Stanley Unwin et son fils estimaient beaucoup le travail de Tolkien, et ils finirent par s'entendre pour publier Le Seigneur des Anneaux d'abord, puis Le Silmarillion quand celui-ci serait terminé.

Les conditions de publication ne plaisaient pas beaucoup à Tolkien : à cause du prix du papier à l'époque, le livre fut scindé en 3 parties afin de mieux le vendre. Mais les deux premiers tomes furent enfin publiés en 1954, emportant un assez net succès du public et de la critique. En 1955, après un délai du à la confection de la carte (par Christopher, sur les indications de son père) et des appendices, est publiée la dernière partie du Seigneur des Anneaux.

Un succès inattendu

Les ventes augmentent régulièrement jusqu'en 1965, surprenant tant l'auteur que l'éditeur. Cette année-là, l'édition américaine vient décupler le succès de Bilbo le Hobbit et du Seigneur des Anneaux. Des clubs de fans se créent partout dans le monde, et Tolkien est traduit dans une cinquantaine de langues.

En 1959, Tolkien prend sa retraite, mais reste à Oxford. En 1963 il nommé membre honoraire du collège d'Exeter et membre émérite du collège de Merton. Il passe beaucoup de temps à corriger Le Seigneur des Anneaux et surtout à revoir Le Silmarillion, qu'il ne semble pas se résoudre à terminer. En 1967, il ressent le poids de la vieillesse, et sa réflexion, sa tristesse, donnent Smith of Wootton Major. En 1968, victime du succès, mais aussi parce que leur maison n'est pas facile à entretenir, Tolkien et sa femme déménagent à Poole, près de la station balnéaire de Bournemouth.

Dernières années

Mais Edith meurt le 29 novembre 1971, laissant Tolkien inconsolé. Sur sa tombe, il fait inscrire « Lúthien ». Tolkien retourne donc à Oxford, où le collège de Merton l'invite à être membre honoraire résident, c'est à dire qu'on lui fournit une maison et du personnel pour s'occuper de lui. En 1972, il reçoit un C.B.E. des mains de la reine et un doctorat ès lettres honoraire de la part d'Oxford pour sa contribution à la philologie.

Le 28 août 1973 il se rend chez Denis Tolhurst à Bournemouth, tombe malade le lendemain, est envoyé à l'hôpital et meurt finalement le matin du 2 septembre 1973, à l'âge de 81 ans. Il est enterré à Oxford avec sa femme, et sur leur tombe on trouve l'épitaphe suivante :

La tombe des Tolkien

Edith Mary Tolkien, Luthien, 1889-1971
John Ronald Reuel Tolkien, Beren, 1892-1973

C'est à son fils Christopher que reviendra la lourde tâche de publier enfin les textes majeurs de la sous-création de Tolkien, avec Le Silmarillion, les Contes et Légendes Inachevées et la série History of Middle Earth.

Arbre généalogique de la famille proche

Mabel (1870-1904) Arthur (1857-1896)
Edith Bratt (1889-1971) John Ronald Reuel (1892-1973) Hilary Arthur Reuel (1894-1976)
John Francis Reuel (1917-2003) Michael Hilary Reuel (1920-1984) Christopher John Reuel (1924-) Priscilla Mary Anne Reuel (1929-)
 
tolkien/bio.txt · Dernière modification: 11/09/2014 21:22 par Druss
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